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Ici commence le récit de l'apparition à saint Thomas

PREMIER DIMANCHE APRES PAQUES

qui est propre à l'Evangile de saint Jean. || 25. Si je ne mets mon doigt à la place des clous. Les autres apôtres ont « vu » les plaies de Jésus, mais ils ne les ont pas « touchées ». C'est la preuve supplémentaire que réclame Thomas : il va, pour sa plus grande confusion, la recevoir aussitôt. || 26. C'est la même mise en scène que pour l'apparition précédente. || 27. Jésus connaît l'incrédulité de Thomas, car sa science n'est pas limitée, et il répète, presque mot pour mot, la formule de ses hésitations. || 28. La preuve qu'il avait demandé de faire, Thomas n'eut pas le courage de la conduire jusqu'au bout et il adore son Maître sans plus vouloir douter de ses affirmations. || 29. Jésus se contente de cet acte d'amour, mais il nous avertit solennellement qu'il nous faudra être moins exigents que Thomas, et que la béatitude, qui est l'épanouissement de la foi, réclame plus d'humilité dans la poursuite des raisons sur lesquelles on la veut appuyer. || 30-31. Ces deux versets semblent former la conclusion, non pas de tout l'Evangile de saint Jean, mais des pages qu'il a consacrées au récit de la résurrection : il y reviendra, toutefois, dans le chapitre suivant, qui est le dernier du livre, et qui se termine, au verset 24, par cette conclusion définitive : « C'est ce même disciple (Jean lui-même) qui rend témoignage de ces choses, et nous savons que son témoignage est Yrai. »

Le Christ ressuscité. — La démonstration du grand miracle de la Résurrection, telle que nous la propose l'Evangile, comprend deux ordres de preuves, celles du tombeau trouvé vide, au matin de Pâques, celles des apparitions du Christ ressuscité, soit en Judée, soit en Galilée, et cela pendant quarante jours, jusqu'à son ascension. La liturgie nous a invités à méditer, en la solennité de Pâques, le récit du tombeau trouvé vide : elle nous propose, aujourd'hui, le récit de deux apparitions (*), qui eurent lieu, toutes deux, à Jérusalem, dans

(*) « J'ai dit : récits des apparitions, non de la résurrection. Quelques lecteurs estimeront la différence insignifiante; en réalité, elle est capitale. Personne, en effet, n'assistait à la résurrection; par conséquent, toutes les histoires qu'on nous en fera ne peuvent être que des œuvres d'imagination. Tels ne sont pas nos documents. Ils racontent ce qui a été vu par l'un ou par l'autre, par exemple le tombeau vide, ou l'apparition du Christ à Emmaùs ; sur sa sortie du sépulcre, ils se taisent absolument, aucun n'a essayé une relation quelconque; de même, ils restent muets sur ce que devenait Jésus dans les intervalles des apparitions. Ils disent ce qu'ils savent, ce qu'on a pu constater, jamais davantage. Réserve

la maison « où les disciples se trouvaient assemblés », mais à huit jours de distance, et avec un détail très caractéristique pour la seconde, celle qu'on appelle « l'apparition à saint Thomas ».

Le récit de cette double apparition étant, par luimême, suffisamment instructif, il nous semble préférable, plutôt que d'y joindre un nouveau commentaire, d'inviter à réfléchir sur les conditions particulières où se trouvait, après sa sortie du tombeau, le corps de Jésus. Voici comment l'expose, dans son excellent Commentaire sur saint Luc, M. l'abbé Girodon :

« Ce corps est bien le même qui, comme le chante l'Eglise, est né de la Vierge Marie, celui qui a souffert, qui a été immolé sur la croix pour nous, celui dont le côté percé a fourni de l'eau et du sang : car, lorsqu'on Ta cherché au tombeau, il n'y était plus, le sépulcre était vide ; les femmes, les disciples ont pu le reconnaître à ses traits, à sa voix ; il a gardé enfin les cicatrices des blessures reçues au Calvaire. Ce corps existe réellement, objectivement, puisque non seulement on le voit, mais on le touche, il occupe une portion de l'espace, il marche, il est debout, assis ou couché. D'un autre côté cependant, ses propriétés sont toutes différentes de celles de nos corps mortels : il entre dans une salle à travers les murs ; il apparaît ou disparaît à volonté ; il peut manger, mais il n'a aucun besoin de nourriture. Saint Paul, racontant d'avance la résurrection des morts, a écrit (/ Cor. y xv, 42-44) : « Semé dans la corruption, le « corps ressuscite incorruptile ; semé dans l'ignominie, il « ressuscite glorieux ; semé dans la faiblesse, il ressus- « cite plein de force ; semé corps animal, il ressuscite

d'autant plus remarquable que les apocryphes ne l'ont pas imitée ; on trouvera par exemple dans l'Evangile de Pierre une peinture complète de Jésus sortant du tombeau au milieu des gardes frappés de terreur. N'est-ce pas là déjà une forte garantie de crédibilité? » (Girodon, Commentaire sur saint Luc, p. 539.)

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(( corps spirituel ; car s'il y a un corps animal, il y a aussi « un corps spirituel. » Je ne prétends pas que cela soit clair ; car enfin, « un corps spirituel », l'expression a de quoi surprendre. Mais savons-nous bien ce que c'est qu'un corps « animal », ou matériel? Restons dans la question qui nous occupe en ce moment : si nous avons de la peine à comprendre comment un corps peut demeurer le même, quoique ayant des propriétés toutes différentes, cette difficulté n'est pas spéciale à la résur-

Fig. 76, page 198.

rection. Il n'y a pas un animal qui ne se renouvelle san& cesse, et en entier; au bout d'un temps plus ou moins long, son corps a complètement changé, il ne contient plus un seul des éléments qui le composaient d'abord ; nous disons pourtant qu'il est toujours le même : comment cela est-il possible ? « La dernière démarche de la « raison », ici comme ailleurs, « est de reconnaître qu'il « y a une infinité de choses qui la surpassent ». (Pascal.) L'état du corps de Jésus-Christ, échappant à notre expérience, échappe aussi à notre connaissance ; c'est un mystère pour nous ; je dis mystère évident, connu pour tel. N'essayons pas d'en tirer une objection contre la vérité de la Résurrection, de peur de faire sourire tous

ceux qui ont jamais sondé les bornes infranchissables de l'intelligence humaine (*). »

Iconographie. — Fig. 75, page 193. — Nous faisons figurer ici, pour la seconde fois, cette vignette déjà montrée au dimanche de Pâques : c'est pour inviter à se souvenir que nous sommes toujours dans cette période de l'année liturgique où nous devons sans cesse songer au Christ ressuscité. Et, comme cette période se prolonge, pendant quarante jours, jusqu'à l'Ascension, notre vignette figurera encore, aux quatre dimanches suivants, pour nous redire toujours la même leçon.

Aujourd'hui, toutefois, l'Eglise nous invite à entrer dans la considération plus particulière du cycle des apparitions. Notre figure 76 (page 107) — c'est la reproduction d'une mosaïque de l'église Saint-Marc, à Venise — nous en fait connaître déjà deux. Je n'insisterai pas sur l'Apparition de Jésus à saint Thomas. Mais que peut bien vouloir représenter la première scène, sur la gauche, où l'on voit le Christ, debout, avec deux femmes prosternées à ses pieds? Car, nulle part, dans l'Evangile, on ne lit que le Christ, après sa résurrection, soit apparu, en même temps, à deux femmes, et nous ne connaissons, d'authentique, que l'apparition à une seule femme, la Madeleine. Le décor est, ici, un endroit où il y a des arbres et des rochers : il pourrait indiquer à la rigueur, le jardin où le Christ apparut à la Madeleine. Mais pourquoi l'artiste a-t-il, à cette dernière, donné une compagne?

L'autre gravure (fig. 77, page 199) reproduit un tableau de Cavazzuola (seizième siècle) : il nous montre, de façon suffisamment attendrie, saint Thomas qui approche sa main, avec beaucoup de confusion, de la plaie sacrée du Sauveur.

En parlant tout à l'heure de l'apparition du Christ à la Madeleine, je disais qu'elle était, dans l'espèce, la seule « authentique », car il y en a d'autres, les apparitions qui ne sont appuyées que sur la légende, et, parmi elles, nous en notons une dont une femme aurait été favorisée, avant Madeleine, et ce fut la Vierge Marie.

Voici ce qu'en dit Voragine, en sa Légende dorée : « La troisième apparition (de celles dont ne parle pas l'Evangile) fut, à ce que l'on croit, quand, avant toutes les autres personnes, il se manifesta à la Vierge Marie, bien que les évangélistes n'en disent rien : mais l'Eglise romaine semble l'approuver, puisque ce jour même elle fait une station à Sainte-Marie. Et si on ne le croyait pas, pour cette raison que nul évangéliste n'en témoigne, il s'ensuivrait qu'après sa résurrection il n'apparut jamais à la Vierge Marie, puisque, pas plus sur le lieu que sur le temps de cette apparition, aucun des évangélistes ne nous a renseignés. Mais

(*) Girodon, lib. cit., p. 565.

PREMIER DIMANCHE APRES PAQUES

gardons-nous de croire qu'une telle Mère ait été déshonorée par une semblable négligence d'un tel Fils ! Si les évangélistes se taisent, c'est peut-être que leur office étant seulement de produire les témoins de la résurrection, il ne leur sembla pas convenable de citer la mère pour rendre témoignage à son propre fils. Car, si

Fig. 77, page 198.

les paroles de femmes étrangères parurent alors de vaines imaginations, combien plus aurait-on refusé d'ajouter foi au témoignage d'une mère qui aimait tant son fils ! Les évangélistes, donc, n'en voulurent rien dire, mais ils le tinrent pour une chose absolument certaine. Car, vraiment, c'était bien à sa mère que le Christ devait donner la première joie de sa résurrection, puisque, beaucoup plus que les autres, c'est elle qui avait surtout souffert de sa mort : autrement il aurait délaissé sa mère, lui qui avait tant de hâte d'aller consoler les autres. »

DEUXIÈME DIMANCHE APRÈS PAQUES

Allégorie du bon Pasteur. (Jean, x, 11-16.)

En ce temps-là, Jésus dit aux pharisiens :

— 11 Je suis le bon Pasteur. Le bon pasteur donne sa vie pour ses brebis.

12 Mais le mercenaire, lui qui n'est point pasteur, et à qui les brebis n'appartiennent pas, voit venir le loup, abandonne les brebis, et s'enfuit; alors le loup ravit et disperse les brebis. 13 Le mercenaire s'enfuit, parce qu'il est mercenaire et qu'il ne se met point en peine Fiê" 78' des brebis.

14 Je suis le bon Pasteur, je connais mes brebis, et mes brebis me connaissent, 15 comme le Père me connaît et que je connais le Père; et je donne ma vie pour mes brebis.

46 J'ai encore d'autres brebis qui ne sont pas de cette bergerie et il faut que je les amène; elles écouteront ma voix, et il n'y aura qu'une seule bergerie et qu'un seul pasteur.

En ce temps-là, — au cours d'une de ces longues discussions avec les pharisiens que rapporte saint Jean et, probablement, pendant la période du dernier ministère de Jésus à Jérusalem. Nous n'avons ici que la seconde partie de l'allégorie. [| 11. Le « mauvais pasteur », c'est le mercenaire, « qui fait paître les brebis pour le gain temporel qui lui en revient, et qui, par conséquent, a en vue la laine et non le bien de son troupeau ». (D'Allioli.) Le « bon pas-

DEUXIÈME DIMANCHE APRÈS PAQUES

teur », au contraire, ne s'occupe que de l'intérêt de ses brebis et Jésus dit , de suite, que son dévouement peut aller jusqu'à donner sa vie pour elles. || 12. Tous ces détails ne sauraient s'entendre parfaitement si l'on n'évoquait, au préalable, l'image des mœurs pastorales chez les peuples d'Orient. || 14 et 15. Ces deux versets ne doivent pas être séparés l'un de l'autre : ils introduisent, d'ailleurs, un nouvel élément dans l'allégorie, à savoir que le rapport qui unit Jésus, comme berger, à son troupeau, est semblable à celui qui l'unit lui-même à son Père céleste. [| 15. Cette insistance de Jésus à répéter que le bon pasteur donne sa vie pour ses brebis ne doit point passer inaperçue : elle revient par cinq fois dans les versets li a 18. || 16. L'horizon de Fallégorie s'élargit soudain : il ne s'agit plus maintenant de cette étroite bergerie qu'était la Synagogue, mais de la gentilité tout entière, vers qui le regard de Jésus s'arrête tout à coup et avec une émotion à peine contenue.

Sur les noms que le Christ s'est acquis parles mérites de son incarnation. — Le Fils de Dieu, en se faisant homme, par son incarnation, a conquis des titres infinis à notre admiration, à notre reconnaissance et à notre amour. Ces titres peuvent se résumer sous deux rubriques principales, d'où les deux noms sous lesquels nous devons aimer à contempler sa toute-puissante vertu : il est, en effet, notre Sauveur et notre Chef. Considérons un instant les diverses appellations qui lui sont attribuées, comme corollaires de ces deux fonctions principales, et nous verrons que celle de « Pasteur », bien qu'elle ne soit qu'une appellation secondaire et dérivée, restera toujours celle dont nous aimerons le plus à nous servir, fidèles, en cela, à une très longue et très touchante pratique de l'Eglise.

Jésus est dit Sauveur, et c'est là son titre principal, celui qui manifeste le mieux son éminente dignité de Fils de Dieu et de Fils de l'homme.

Voici, maintenant, les titres qui dérivent immédiatement de cette grande, et première fonction, de Sauveur.

Il est notre Guérisseur, notre médecin. 11 est aussi notre Conservateur, car ce n'était pas assez de nous

donner le salut, s'il n'avait su nous en assurer la conservation. Or, si le Sauveur est celui qui nous assure le salut, le Conservateur est celui qui nous le conserve.

Il est aussi, comme nous le dirons dans le commentaire de l'évangile du quatrième dimanche après Pâques, notre Médiateur ■, celui qui sert d'intermédiaire entre Dieu et l'homme, et, conséquemment, notre Avocat, notre Prophète, notre Prêtre, notre Hostie.

Tels sont les noms qui lui conviennent, en tant qu'il est notre Sauveur. Voyons, maintenant, ceux qu'on lui peut donner, quand on le considère dans sa mission de chef.

Et d'abord, s'il est appelé notre Chef, c'est qu'il l'est réellement, car en lui se trouve, non seulement le principe de toutes les vertus, mais leur somme complète, ou leur totalité. Toutes les grâces qui se rencontrent, dispersées, dans les créatures, Jésus les possède, harmonieusement et pleinement réalisées en son adorable personne. Et de lui s'écoulent, comme d'une source abondante, et très pure, et intarissable, toutes les grâces qui viennent orner l'âme des justes. Lui, il est la tête, le chef : il agit, sur tous ses membres, d'une façon non seulement morale, mais encore physique, par l'admirable artifice de ses sacrements.

Parce qu'il est chef, on lui donne encore les noms de Législateur, de Roi et de Pasteur.

Point de société sans lois. Or le Christ, fondant la société des fidèles, ne pouvait manquer de lui donner des lois. On sait assez comment il l'a fait, et c'est pour cela qu'il est appelé, à bien juste titre, Législateur.

On l'appelle encore Roi : mais c'est le roi des siècles futurs, car, en ce monde, il n'a pas même où reposer sa tête.

Dans l'économie évangélique, en effet, le « jugement»

DEUXIÈME DIMANCHE APRES PAQUES

ne précède pas la «justice », mais c'est la justice qui vient après lejugement. Aussi bien le Christ n'a pas voulu venir parmi nous dans l'appareil majestueux de sa toutepuissance, mais sous les apparences de l'humilité : il s'est fait le plus humble de tous, voulant devenir comme un ver de terre, sicut vermis. Mais plus tard, lorsque les temps seront accomplis, et que la justice aura conquis ses droits, alors il apparaîtra plein de gloire et de majesté, comme le Roi des siècles, dont la splendeur ne se ternira plus jamais.

Enfin il est appelé Pasteur, et cela, pour deux raisons.

Les rois, d'abord, furent des pasteurs, et TAncienTestament nous montre qu'ils commencèrent, tout rois qu'ils étaient, par conduire des troupeaux. L'antiquité païenne ne laisse pas, elle aussi, de les appeler des pasteurs, et nous explique comment ils en remplissaient les fonctions.

Or, un pasteur conduit ses troupeaux, et il les protège, et il les guide : s'il a une houlette, c'est que, pour les défendre, il ne pourrait trouver d'arme plus appropriée à la multiplicité de ses fonctions.

Jésus, pasteur, se tient, non pas en arrière de son

Fig. 79, page 206.

troupeau, mais devant, lui montrant la voie, et les brebis, qui le connaissent, le suivent aussitôt. C'est un pasteur, mais plus vaillant, plus avisé que les autres, parce qu'il a toutes les vertus, y compris la force, étant infiniment parfait.

Et toutefois, parmi ses vertus, la plus excellente de toutes, c'est la bonté. Il est le bon Pasteur. L'évangile de ce jour nous montre pourquoi, et comment, ce nom est, de tous, celui qui lui convient le plus admirablement.

Iconographie. — L'iconographie du bon Pasteur s'écrirait, avant tout, d'après les primitifs documents de l'art des catacombes. C'est en effet sous cette figure qu'on se plaisait alors à représenter le Christ, d'après ses propres paroles : ego suum pastor bonus, je suis le bon Pasteur.

« La scène du bon Pasteur, dit Armellini, est le sujet favori des chrétiens. On ne peut visiter une catacombe sans la rencontrer de tous côtés. Nous savons, d'après Tertullien, qu'elle était gravée sur les calices et les verres, sculptée sur les pierres sépulcrales, sculptée encore aux flancs des sarcophages, sur l'angle des lampes funéraires, sur les anneaux. Le sujet, naturellement, y est traité de façons diverses. Kùgler ne trouve, à cette fréquente reproduction, d'autre motif que l'heureuse combinaison des lignes et des couleurs de la composition : et toutefois l'art païen ne la connut pas. Un motif plus élevé l'a inspirée aux chrétiens.

« Ils ont vu, dans ce type unique, le drame tout entier du salut par Jésus-Christ. Jusque dans la manière de parler de l'Ancien Testament, l'action de la Providence sur le monde est plus d'une fois exprimée par des images et des allégories empruntées à la vie pastorale : Dieu est le pasteur, et les hommes sont le troupeau. Mais Jésus prend de façon personnelle, et plus directement, le rôle de pasteur, il devient par excellence le bon Pasteur. Abandonnant son céleste trône, il est descendu dans le désert de ce monde pour rechercher les fils perdus de la race humaine, pour les conduire aux prairies toujours verdoyantes de son jardin.

« Pour l'assister dans son œuvre de miséricorde, il a choisi quelques-unes de ses créatures. C'est aux hommes, et non pas aux anges, qu'il a confié la diffusion de son Evangile : au prince des apôtres et, par son intermédiaire, à tous ses autres ministres, il a donné la mission de paître son troupeau. A cause de cela il est représenté seul avec ses brebis ou encore avec les apôtres, autour desquels les brebis viennent se ranger. Tantôt le bon Pasteur se tient au milieu du troupeau, tantôt il caresse une brebis

DEUXIÈME DIMANCHE APRÈS PAQUES

isolée, tantôt il porte sur ses épaules une brebis perdue, et celle-là se trouve être parfois un bouc ou une chèvre. Qui ne voit que, dans ces cas, comment ce genre d'images est aussi une protestation contre la dureté des novatiens et des autres hérétiques qui refusaient d'admettre à la réconciliation les frères qui auraient failli ? »

Armellini fait ensuite remarquer l'analogie entre la figure du bon Pasteur et celle du bon Père, dans l'Enfant prodigue, puis il conclut : « Les paraboles du bon Père servent non seulement à inspirer au pénitent la confiance dans le pardon, mais elles ensei-

gnent encore au prêtre le devoir strict qui lui incombe de rechercher et de ramener au bercail la brebis errante qui, d'elle-même, n'y revient pas, comme elles apprennent encore aux fidèles l'esprit de charité et de miséricorde pour accueillir dans leurs bras, comme le fait le père, ou la brebis perdue ou le fils prodigue, quand il revient à la maison paternelle!*). » •

La variété des images primitives représentant le bon Pasteur est donc, nous venons de l'apprendre, très considérable : les ouvrages spéciaux le montreront amplement à ceux qui voudraient s'en rendre compte. Nous devons nous borner, ici, à quelques explications au sujet de nos gravures.

Fig. 80, page 205. Fresque des catacombes, à Rome. — La représentation la plus simple du bon Pasteur est celle dans le genre de la délicieuse statuette du musée de Latran, où on le voit, seul et isolé, portant la brebis sur ses épaules. Mais ce type se

(*) M. Armellini, Lezioni di archeologia cristiana, p. 245. Desclée, éditeur, Rome, 1898.

Fig. 80

l'évancéliaire

complique, presque à l'infini. Au Latran, par exemple, les deux mains du bon Pasteur sont employées à retenir, sur chacune de ses épaules, les pattes de la brebis : dans notre fresque, au contraire, sa main gauche est seule occupée à ce soin et, de l'autre, il porte la flûte de Pan, car c'est un berger, et il est représenté avec les symboles de sa profession. Dans d'autres compositions il portera un vase de lait (cimetière de Galixte), qui est le symbole de l'eucharistie, ou une houlette, ou encore un rouleau, et chacun

ne donne pas ce détail, — il y a bien deux arbres, comme dans la composition précédente : mais ce n'est là qu'une analogie de surface, et, s'il fallait donner ce titre exact à cette composition, on l'intitulerait : le Ghist donnant la loi à ses apôtres.

Par deux fois, donc, le Christ se trouve représenté dans cette gravure, d'abord sous ses apparences d'homme, puis sous un de ses symboles : car, s'il est pasteur, il est aussi brebis, la brebis qui doit être immolée pour racheter le monde, l'Agneau de Dieu, en un mot, celui que saint Jean-Baptiste portait dans ses bras. Il est debout sur une montagne, d'où s'échappent quatre fleuves, ou plutôt un seul, le Jourdain, en quatre émissaires qui se répandent sur le monde entier, pour le laver de toutes ses souillures. On ne trouve, au bas de la montagne, que six agneaux, seulement, au

de ces accessoires a sa signification mystique.

Nous trouvons ici deux arbres, car le bon Pasteur est revenu, après avoir retrouvé sa brebis perdue, dans le céleste pâturage :

le parterre en est verdoyant et, tranquillement reposées, deux autres brebis y jouissent, en paix, du bienfait de sa douce vigilance.

Fig. 81, page 207.

Fig. 79, page 203. — Dans cette autre gravure

— détail d'un sarcophage

— la scène est beaucoup plus compliquée et, à dire vrai, elle ne représente pas, à proprement parler le bon Pasteur, bien qu'elle appartienne toujours au cycle pastoral. A droite et à gauche du tertre sur lequel se trouve le Christ, — la gravure

DEUXIÈME DIMANCHE APRÈS PAQUES

lieu de douze, comme aux mosaïques des grandes basiliques de Rome, et aussi à Ravenne : mais il ne faut pas oublier que nous sommes en présence d'un détail de l'ornementation d'un sarcophage où les scènes, par suite des nécessités techniques, se racontaient le plus souvent de façon abrégée, et comme en raccourci.

Fig. 81, page 206. — On se borne difficilement, quand on commence l'illustration de ces anciens documents iconographiques, qui sont toujours pleins de pensée, tandis que les images plus modernes, qui ont surtout des préoccupations artistiques, c'est-à-dire de forme, plutôt que d'idée, s'expliquent beaucoup plus aisément, alors même qu'elles paraîtraient, au premier abord, d'un plus riche contenu. Qu'y a-t-il, par exemple, dans la petite gravure du livre de Roville que nous reproduisons ? C'est la parabole du bon Pasteur, cela ne fait aucun doute. Quand nous aurons dit qu'elle est « exposée » au premier plan, et « mise en action », par deux scènes différentes, au second, que restera- t-il à ajouter? Rien d'essentiel, ce me semble : car d'avertir que le sujet est traité d'amusante façon, cela n'est pas très instructif, et, pour ce qui est des remarques de ce genre, chacun peut les faire aisément, sans avoir besoin d'être spécialement documenté.

TROISIÈME DIMANCHE APRÈS PAQUES

Discours après la Cène : le dernier adieu et les dernières promesses de Jésus. (Jean, xyi, 16-22.)

En ce temps-là, Jésus dit à ses disciples :

— 16 Encore un peu de temps, et vous ne me verrez plus; puis encore un peu de temps, et vous me verrez, parce que je m'en vais auprès du Père.

17 Alors, quelques-uns de ses disciples se dirent les uns aux autres : Que signifie ce qu'il nous dit : Encore un peu de temps, et vous ne me verrez plus ; puis encore un peu de temps et vous me Fig. 82. verrez ; et : parce que je m'en vais auprès du Père? 18 Ils disaient donc : Que signifie ce qu'il dit : Encore un peu de temps ? Nous ne savons ce dont il parle.

19 Jésus connut qu'ils voulaient l'interroger, et il leur dit :

— Vous vous demandez entre vous pourquoi j'ai dit: Encore un peu de temps, et vous ne me verrez plus ; puis encore un peu de temps, et vous me verrez. 20 En vérité, en vérité, je vous le dis, vous pleurerez et vous gémirez, vous, et le monde se réjouira. Vous serez dans la tristesse, mais votre tristesse sera changée en joie. 21 Quand une femme enfante, elle a de la tristesse, parce que son heure est venue ; mais, lorsqu'elle

TROISIÈME DIMANCHE APRÈS PAQUES

a enfanté un fils, elle ne se souvient plus de l'angoisse, dans la joie qu'elle a de ce qu'un homme est venu au monde.

22 Vous donc, aussi, vous êtes maintenant dans la tristesse ; mais je vous verrai de nouveau, votre cœur se réjouira, et personne ne nous ravira votre joie.

En ce temps-la, — c'est-à-dire le soir du Jeudi saint, au cours de cette dernière et solennelle allocution que Jésus adresse à ses apôtres, après la Cène, et avant de gagner le jardin des Oliviers. Ce fameux « Discours après la Cène » occupe, dans l'Evangile de saint Jean, près de quatre chapitres, auxquels vont être empruntés, dorénavant, les évangiles des dimanches après Pâques, jusqu'à celui de la Pentecôte, inclusivement.

Toutefois, et il est important de le noter, ce sera, comme pour les dimanches de l'Avent, d'après une sorte de progression régressive, de telle sorte que l'évangile delà Pentecôte, qui sera lu le dernier, est précisément celui que nous devrions commenter tout d'abord, si nous prenions ces extraits dans l'ordre même où ils se présentent en l'Evangile de saint Jean.

Le passage que nous lisons aujourd'hui se place, au contraire, tout à fait à la fin du Discours. Cela ne saurait nous empêcher de donner ici quelques réflexions sur son ensemble, et ce sera, en premier lieu, en reproduisant quelques lignes de la belle méditation de Bossuet qui est intitulée « préparation à l'intelligence des plus hautes vérités par la soumission et par une sainte frayeur (*) ».

Préface au Discours après la Cène. — ■ Lisez le chapitre xiv (**); vous y trouverez des profondeurs à faire trem-

(*) Bossuet, Méditations sur l'Evangile, Lxxvne jour, édition Lethielleux, p. 662.

(**) Le discours commence au chapitre xiiï, verset 31, et se termine

bler. Seigneur, j'en suis effrayé : ceux qui ne les sentent pas, n'entendent pas. Profitez de ce que vous entendez; adorez ce que vous n'entendez pas : c'est une grande leçon. Voulez-vous être aidé par quelque pieuse explication des paroles de Jésus-Christ. Aidez-vous vous-même, cherchez vous-même, demandez au grand Père de famille qu'il vous donne votre pain ; prenez toujours ce qu'il vous donnera par lui-même, et soyez disposé à recevoir ce qu'il vous donnera par ses ministres. Accoutumez-vous à cet exercice ; c'est ainsi qu'on vient à entendre. Les difficultés s'aplanissent peu à peu. Quand elles demeureraient, que vous importe ? Ce n'est pas la curiosité que vous voulez satisfaire ; vous voulez bien ignorer ce que Jésus-Christ ne veut pas découvrir. Tout ce que vous trouverez clair, c'est ce qu'il vous dit, c'est par là qu'il vous parle ; et lorsque vous n'entendez pas, il vous parle d'une autre manière, il vous dit : Crois, adore, humilietoi, désire, cherche ; heureux soit que tu trouves, soit que Dieu réserve cette grâce à un autre temps ; puisque en attendant tu te soumets, qui est plus que d'avoir trouvé et d'entendre, puisque c'est déjà le principe pour entendre, et que c'est entendre ce qu'il y a de meilleur.

Analyse du discours d'adieu. — Discours d'adieu «ou Testament de Jésus », ces noms, dit M. Fillion(*), expriment assez bien l'idée dominante autour de laquelle se groupent d'elles-mêmes toutes les autres pensées. L'idée mère et centrale de tout ce passage est celle de la prochaine séparation : les autres pensées viennent se greffer, pour ainsi dire, sur elle.

Après avoir prononcé le triste mot de départ (xm,31-

au chapitre xvi, verset 39, avec un total de soixante-douze versets, dont notre Evangéliaire rapporte quarante-huit, en tenant compte de l'allégorie de la vigne et des vignerons, au commun des saints. (*) F illion, l'Evangile selon saint Jean, p. 273. Lethielleux, éditeur.

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38, plus spécialement v. 35), le divin Maître se hâte de consoler ses disciples en leur dévoilant les heureuses conséquences qui résulteront pour eux, et pour lui-même, delà séparation (xiv, 1-31) ; il les exhorte ensuite à se tenir intimement unis soit à lui, soit les uns aux autres, par les liens d'une charité indéfectible (xv, 1-27); enfin, il les instruit de ce qui les attend dans l'avenir et il contre-balance les prédictions douloureuses par les brillantes promesses de succès et de bonheur (xvi, 1-33). C'est donc la foi qui est le nœud du discours au chapitre xivr l'amour au chapitre xv, l'espérance au chapitre xvi.

Pour ce qui serait de diviser ce long discours en deux parties, dont l'une aurait été prononcée au Cénacle (xm, 31-xiv, 31), et l'autre sur le chemin qui menait à Gethsémani (xiv, 31-xvi, 33), cela n'est guère possible, puisqu'on ne se base que sur les mots du verset (xiv, 31) où il est dit par Jésus : Levez-vous, sortons d'ici. Or, si la première partie de cet ordre a pu être exécutée immédiatement, bien que le texte ne le dise pas, il est certain que la seconde ne le fut pas, et c'est le texte qui nous l'apprend. On lit, en effet, au début du chapitre xvm, et seulement à ce moment : Ayant dit cela, Jésus sortit avec ses disciples, et passa de Vautre côté du Cédron, ou il y avait un jardin dans lequel il entra, lui et ses disciples.

Synthèse dogmatique du discours d'adieu. — Le P. Calmes, dans son beau livre sur / 'Evangile selon saint Jean{*), termine le commentaire de ce discours d'adieu par une étude d'ensemble, qui en présente la synthèse dogmatique, et dont nous regrettons de ne pouvoir reproduire ici qu'un bref résumé.

Ce long entretien, fait-il remarquer à juste titre, renferme les vérités essentielles de la nouvelle loi. Toutefois,

(*) P. Calmes, l'Evangile selon saint Jean, p. 407 et suiv. Lecoffre,. éditeur.

comme il est rédigé sans souci de Tordre logique, l'analyse est impuissante à en faire ressortir la portée doctrinale. Il convient donc d'en faire la synthèse, de grouper méthodiquement les données éparses, qui convergent vers un même point du dogme chrétien.

Trois idées principales se détachent du fond des discours : rapport qui unit entre elles les trois personnes divines, union mystique de Dieu avec l'âme du fidèle, relations de Jésus-Christ avec la société des chrétiens.

1. Nulle part ailleurs, dans le quatrième Evangile, on ne rencontre une expression aussi claire du dogme trinitaire. Nous trouvons ici, avec l'énumération des trois personnes, la mention, pour chacune d'elles, desattributs propres à la divinité. Que l'on considère, dans le texte évangélique, le Père en rapport soit avec Jésus, soit avec le Paraclet, on trouve, dans un cas comme dans l'autre, les deux notions fondamentales d'identité et de distinction (*). On y distingue donc les principaux linéaments du dogme de la sainte Trinité. On peut aller plus loin, et chercher, dans le texte évangélique, les données complémentaires capables de nous faire concevoir les relations qui existent entre les troispersonnes divines (**).

2. Au point de vue mystique, le discours du Sauveur renferme des enseignements également précieux. On peut, en réunissant plusieurs textes, en tirer une description précise des rapports qui unissent le juste à Dieu: Jésus promet aux chrétiens son assistance personnelle, l'âme du fidèle deviendra l'habitation de l'Esprit-Saint, le Père, lui aussi, y fixera sa demeure, de sorte qu'elle sera divinisée. Conforme à sa nouvelle nature, la vie du chrétien sera divine, ayant son principe en Jésus. Pour que cette union organique, cette dépendance vitale persiste, une

(*) Voir les textes dans le livre même du P. Calmes, p. 408. (**) Idem, p. 409.

Fig. 83. — Miniature syriaque de l'Evangéliaire du moine Rabula,

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