A LA BIBLIOTHÈQUE DE FLORENCE (SIXIÈME SIÈCLE
On voit, au premier registre, un Calvaire de genre dramatique, avec le détail des soldats qui jouent aux dés la robe du Sauveur. Le registre d'en bas représente les Myrrophores, puis l'apparition, à deux femmes, de Jésus ressuscité.
seule condition est requise, aimer Jésus et observer ses commandements (*).
Tels sont les rapports individuels des chrétiens avec Dieu. En les énonçant, le Sauveur considère dans ses auditeurs simplement la qualité de disciples. Mais les fidèles sont destinés à former une société spirituelle. Ce point de vue domine l'allégorie de la vigne.
3. La vie surnaturelle, dans cette comparaison, est envisagée sous le rapport de l'activité apostolique. Il ne s'agit pas seulement de fruits de salut à produire pour son propre compte, mais de la vie à communiquer par la prédication de l'Evangile (**).
Péroraison du discours d'adieu. — L'évangile de ce jour renferme la dernière partie du discours d'adieu, — le chapitre suivant, en effet, qui contient la prière ou Tinvocation de Jésus à son Père, appartient au rite de la Pâque et ne fait point partie, à proprement parler, du discours. Nous trouvons, dans ces derniers versets du chapitre xvi, que l'Eglise nous fait lire aujourd'hui, comme un résumé de tout le discours, dans ce qu'il y a de plus essentiel, et, avec le dernier adieu de Jésus, ses dernières promesses à ses apôtres.
On pourrait les commenter longuement. Toutefois, le grand intérêt de ce passage consiste dans l'explication du verset : Encore un peu de temps et vous ne me verrez plus; puis, encore un peu de temps, et vous me verrez. Pour entendre parfaitement tout le sens de ce verset, il faut se garder de vouloir le faire de façon trop exclusive. Nous pourrons, comme nous l'avons fait plus d'une fois au cours de nos commentaires, en considérer successivement les différents sens, en prenant garde qu'ils sont
(*) P. Calmes, lib. cit., p. 409.
(**) On trouvera la suite de ce passage dans l'explication de l'évangile pour le commun des martyrs au temps pascal.
TROISIÈME DIMANCHE APRÈS PAQUES
également vrais et que d'excellents auteurs n'ont pas craint de les exposer, même l'un après l'autre, comme s'ils devaient, ensemble, conserver toute leur vérité.
Se7is direct ou historique. — L'interprétation la plus simple et la plus courante — ce n'est point, pour cela, la plus mauvaise — y voit l'annonce prophétique de la
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mort de Jésus, de sa résurrection, de son ascension, et aussi de l'envoi du Saint-Esprit.
Sens moral. — Les écrivains ascétiques ne manquent pas de signaler les leçons morales qu'on peut tirer de la méditation de ces paroles de Jésus. Nous l'avons nousmême interprété dans ce sens, dans la première rédaction de ces commentaires (*) :
Quelle admirable leçon de confiance dans ces suprê-
(*) La Semaine religieuse du diocèse de Paris, année 1903.
mes avertissements de Jésus à ses apôtres ! Il ne leur promet pas des consolations immédiates, du moment où ils vont commencer à pratiquer sa doctrine et à se montrer ses fidèles disciples, mais il leur annonce au contraire des souffrances, des pleurs, des gémissements, la persécution, enfin, avec tout ce qu'elle a de plus angoissant. La joie viendra plus tard et ce sera quand ils reverront leur Maître, après un peu de temps écoulé — elle est si brève, la vie — et dans la splendeur de sa gloire!... Alors votre cœur se réjouira et personne ne vous ravira votre joie!
Sens anagogique. — Mais déjà, dans ces derniers mots, nous inclinions vers l'interprétation anagogique, celle qui nous fait considérer nos fins dernières et les horizons de l'autre vie. Que cette interprétation puisse être proposée, malgré l'opposition de quelques auteurs contemporains, voilà ce dont on ne saurait douter, puisque Bossuet lui-même, qu'on ne saurait accuser de légèreté, n'hésite pas à le faire dans ses Méditations sur l'Evangile (*).
Après avoir, en effet, exposé la première interprétation, il continue en ces termes : « C'est ainsi qu'on pouvait entendre ces prompts passages de la privation à la vue, et de la vue à la privation. Mais la suite nous fait voir que Jésus-Christ regarde plus loin. Nous cesserons de le voir, non précisément à cause qu'il ira à la mort ; mais à cause 'qu'il montera aux cieux à la droite de son Père, et nous le reverrons pour ne le plus perdre, lorsqu'il viendra des cieux une seconde fois pour nous y ramener avec lui. Ainsi, ce qu'il appelle un peu de temps, c'est tout le temps de la durée de ce siècle tant à cause que ce temps finit bientôt pour chacun de nous, qu'à cause qu'en le comparant à l'éternité qui doit suivre, c'est moins qu'un moment. »
Sens mystique ou surnaturel. — Le P. Calmes a raison, lui aussi, quand il l'interprète « de la manifestation inté-
(*) Bossuet, Méditations sur l'Evangile, édition citée, p. 774.
TROISIÈME DIMANCHE APRES PAQUES
rieure dont seront favorisés les fidèles, après qu'ils auront surmonté l'épreuve de la crise finale ». La foi des apôtres, en effet, allait avoir à subir une redoutable épreuve et Ton peut même se demander si elle n'avait pas, aux jours de la Passion, totalement disparu. « Mais bientôt les
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chrétiens sortiront de leur abattement, reprendront possession d'eux-mêmes ; alors leur foi revivra plus ardente, le nuage de tristesse que les scènes de la Passion avaient produit dans leur âme se dissipera, la figure du divin Maître renaîtra dans leur esprit, Jésus leur manifestera entièrement sa présence pour les consoler et les raffermir. »
Voilà qui est bien. Mais pourquoi ajouter que « cette signification estla seule qui s'adapte à l'ensemble du dis-
cours » ? On pourra le contester, et aussi qu'il n'y a qu'un sens dans lequel on puisse, raisonnablement, interpréter les paroles de Jésus.
Un ancien commentateur, d'Allioli, expliquait déjà au sens surnaturel, mais sans nier pour cela les autres, ce même verset: « Bientôt vous ne me verrez plus des yeux de la chair ; car, après ma mort et ma résurrection, j'irai me réunir à mon Père ; mais peu de temps après vous me reverrez des yeux de l'esprit ; car, ayant été une fois réuni à mon Père et glorifié auprès de lui, je vous enverrai l'Esprit dans les opérations duquel, bien qu'extérieurement invisible, vous me discernerez comme présent. »
Iconographie. — Il serait inexact, comme nous l'avons dit, de vouloir interpréter l'évangile de ce jour comme s'il ne contenait qu'une annonce, donc une prédiction, de la Résurrection : il renferme, en effet, d'autres choses encore, et, d'autre part, il faut prendre l'habitude de ne pas le séparer des évangiles suivants, qui sont empruntés, comme celui-ci, au grand Discours après la Gène, de telle sorte qu'il fera le sujet, presque unique, de nos méditations, pendant tout le temps pascal.
Joignons-y toujours, cependant, le souvenir de la Résurrection. Notre vignette (fig. 82, page 208) nous y invite, dès le début du commentaire au cours duquel nous avons donné encore trois autres Résurrections. La première est empruntée au célèbre Evangile syriaque de la bibliothèque de Florence (fig. 83, page 213), document fort précieux du sixième siècle. Les deux autres sont des Résurrections du quinzième, provenant l'une d'Italie (fig. 84, page 215), l'autre d'Allemagne (fig. 85, page 217). Raffaellino dcl Garbo était l'auteur de la première, et, pour la seconde, c'est un détail d'un retable du musée de Cologne, provenant de cette école du Rhin qui continue la primitive école flamande. Or toutes ces peintures appartiennent à cette série de « Résurrections dramatiques » dont j'ai déjà fait remarquer, plusieurs fois, le manque d'exactitude historique et peut-être même le danger au point de vue de l'illustration de la foi, car l'évangile ne nous parle pas du Christ ressuscitant, alors qu'il nous invite expressément à méditer, les manifestations du Christ ressuscité.
Ce genre de Résurrections devint surtout populaire à partir de la Renaissance, Et toutefois, comme nous le voyons par notre miniature syriaque, ou ne peut dire que l'art primitif l'a complètement ignoré, car elle appartient, certes, par son sujet central, à la série des « Résurrections dramatiques » : mais, je m'empresse de le dire, elle
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s'en distingue essentiellement par cela qu'elle ne nous montre pas le Christ sortant du tombeau, se contentant de représenter l'épisode des soldats. C'est la traduction du texte de saint Matthieu, où l'évangéliste nous rapporte qu'au moment où (*) les saintes femmes se dirigaient vers le sépulcre « il se fit un grand tremblement déterre ; car un ange du Seigneur descendit du ciel, et, s'approchant, il roula la pierre et ilse tenaitassis dessus. Son aspect était comme l'éclair, et son vêtement blanc comme la neige. Les gardes tremblèrent de peur et devinrent comme morts (**). »
La miniature syriaque représente ce sujet, en y joignant, sur la gauche, l'arrivée des saintes femmes. C'est encore, si l'on veut, une Résurrection du « genre dramatique », mais sans le « Christ ressuscitant ».Ce genre d'images peut servir très utilement, quand on y trouve cette réserve, à l'illustration du mystère de la Résurrection.
On remarquera encore dans notre miniature, et à droite, une troisième scène, où l'on voit le Christ debout, dans l'attitude de celui qui parle, et devant lui, deux femmes agenouillées. C'est l'apparition du glorieux Ressuscité que raconte saint Matthieu, et dont furent favorisées, au matin de Pâques, deux saintes femmes : « Marie de Magdala et l'autre Marie ». (Matth., xxviii, 1 et 9.)
Nous avons de la sorte, en trois scènes différentes, toute l'illustration des dix premiers versets du récit de saint Matthieu.
(*) Le fait de la résurrection se serait donc passé, sinon en présence des saintes femmes, du moins peu de temps avant leur arrivée au sépulcre. Quand elles y sont parvenues, les gardes devaient y être encore et toujours tremblants, puisque l'ange leur dit : « Vous, ne craignez pas, cpoêeïcrfie, Ofxetç », car, dit saint Jean Chrysostome, ce n'est pas à vous de craindre, mais à eux, seulement, qui l'ont crucifié.
(**) Matth., xxviii, 2-4. Cet événement se place donc avant l'arrivée des saintes femmes au sépulcre et appartient de très près, lui aussi, à la démonstration de la résurrection. Pour cette raison, donc, nous avons cru nécessaire de le noter ici, afin de compléter l'argument du sépulcre \ide exposé le jour de Pâques.
Discours après la Cène : Jésus promet à ses apôtres de leur envoyer le Saint-Esprit et leur explique ce que sera son action dans le monde. (Jean, xvi, 5-14.)
En ce temps-là, Jésus dit à ses disciples :
— 5 Je vais à celui qui m'a envoyé, 'et personne de vous ne me demande : Où allez-vous ? 6 Mais, parce que je vous ai dit ces choses, la tristesse a rempli votre cœur. 7 Cependant, je vous dis la vérité : il vous est utile que je m'en aille. Car si je ne m'en vais pas, le Paraclet ne viendra point à vous; mais, si je m'en vais, je vous l'enverrai. 8 Lorsqu'il sera venu, il montrera les torts du monde au sujet du péché, de la justice et du jugement. 9 Au sujet du péché, parce qu'ils n'ont pas cru en moi ; 10 au sujet de la justice, parce que je m'en vais à mon Père, et que vous ne me verrez plus; 11 au sujet du jugement, parce que le prince de ce monde est déjà jugé.
12 J'ai encore beaucoup de choses à vous dire ; mais vous ne pouvez pas les porter maintenant. 13 Quand cet Esprit de vérité sera venu, il vous enseignera toute vérité ; car il ne parlera. pas de lui-même, mais il dira tout ce qu'il aura entendu, et il vous annoncera ce qui doit arriver. 44 II me glorifiera, parce qu'il recevra de ce qui est à moi, et vous l'annoncera.
En ce temps-la, — c'est-à-dire au soir du Jeudi saint dans les circonstances de temps et de lieu qui ont été indiquées au cours de l'explication de l'évangile précédent. Le passage d'aujourd'hui, comme aux quatre dimanches qui vont suivre, est extrait du Discours après la Cène, vers le début.
C'est ici qu'il est plus particulièrement parlé du Saint- Esprit, que Jésus promet d'envoyer à ses apôtres, dès qu'il sera remonté vers son Père, en expliquant, à l'avance, ce que sera, dans le monde, l'action de ce Saint-Esprit.
Si je ne ni en vais pas, le Paraclet ne viendra pas à vous, etc. — Jésus avait déjà dit, et cela dès le début de
son ministère, que son dé- Fig 87> page 224<
part pour le ciel était une
des conditions arrêtées dans le plan divin, pour l'envoi de son Saint-Esprit. « L'Esprit n'avait pas été donné, parce que Jésus n'avait pas encore été glorifié (*). »
L'œuvre du Saint-Esprit en ce monde. — L'œuvre du Saint-Esprit, en ce monde, sera de parfaire celle de Jésus, non pas en la complétant par quelque addition essentielle, mais en la développant, en la révélant, en la manifestant : c'est le sens du mot « convaincre », dont se sert Notre-Seigneur, et qui veut dire, ici, « manifester avec une entière évidence ».
Le monde donc, quand viendra le Saint-Esprit, sera
(*) Jean, vu, 39. Avant la Pentecôte, sans doute, le Saint-Esprit était parmi les hommes, mais non pas encore, comme après ce jour, avec la plénitude de ses dons et des marques visibles de son action.
forcé, malgré l'endurcissement de son cœur et l'aveuglement de son intelligence, à reconnaître trois choses, le péché, la justice et le jugement. Mais qu'est-ce à dire, et que faut-il entendre par ces trois mots ? Car l'explication, bien qu'elle se trouve indiquée par le Christ lui-même, a besoin de quelques développements. Voici, en raccourci, ceux que propose Bossuetdans ses Méditations (*).
Le péché du monde — entendons le péché des Juifs — ■ est de n'avoir point cru au Christ, qui leur avait été envoyé, d'avoir par là démenti leurs prophéties et Dieu qui confirmait la mission de Jésus par des miracles. Or, le Christ avait déjà convaincu les Juifs de ce péché en deux manières, l'une en accomplissant les prophéties, ce qui est la manière la plus efficace de les expliquer, l'autre en faisant des miracles. Et toutefois le Saint-Esprit la pousse encore plus loin lorsqu'il descend sur les apôtres, en leur donnant, à eux qui n'étaient que des hommes, la même puissance de prophètes et de thaumaturges, ainsi que le prouve le livre des Actes.
La justice chrétienne vient de la foi. « Mais la véritable épreuve de la foi, c'est de croire ce qu'on ne voit pas. Tant que Jésus-Christ a été sur la terre, sa présence a soutenu la foi de ses disciples ; aussitôt qu'il fut arrêté, leur foi tomba, et ceux qui auparavant croyaient en lui comme au rédempteur d'Israël, commencèrent à dire froidement : Nous espérions quil devait racheter Israël, comme s'ils disaient : mais maintenant, après son supplice, nous avons perdu cette espérance. Voilà donc la loi des apôtres morte avec Jésus-Christ. Mais quand le Saint-Esprit l'eut ressuscitée, en sorte qu'ils furent plus constamment et plus parfaitement attachés à la personne et à la doctrine de leur Maître qu'ils ne l'étaient pendant sa vie, on vit en eux une véritable foi, et dans cette foi la véritable justice, qui, étant l'ouvrage du Saint-
(*) Bossuet, Méditations sur VEvangile, édition citée, p. 756-764.
Esprit, il s'ensuit qu'il donna au monde une parfaite conviction de la justice. »
Le monde, enfin, sera convaincu de jugement, c'està-dire de condamnation, parce qu'il aura nettement conscience de la défaite qu'il a éprouvée dans la personne de
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son chef. « La vie que le Saint-Esprit inspire aux fidèles condamne toutes ses maximes. Il n'y a plus d'avarice, où chacun apporte ses biens aux pieds des apôtres ; il n'y a plus de divisions ni de jalousie, il n'y a qu'un cœur et qu'une âme ; il n'y a plus de plaisirs sensuels, où l'on a de la joie d'être flagellés par l'amour de Jésus-Christ; il n'y a plus d'orgueil, où tout est soumis aux conducteurs de l'Eglise, qu'on rend maîtres de tous ses désirs, et plus encore de soi-même que de ses richesses. Commençons donc cette vie chrétienne et apostolique, et laissonsnous convaincre par le Saint-Esprit. )>
Iconographie : les apparitions du Christ ressuscité. — Je veux revenir aujourd'hui, une dernière fois, sur la série des apparitions du Christ ressuscité, et je le ferai en produisant quelques gravures, que j'invite le lecteur à regarder sérieusement.
On lira sans peine la première (fi g. 87, page 221), qui est un détail de l'ivoire du Vatican dont nous avons souvent parlé. On y voit une femme agenouillée, entre deux arbres, puis un homme, à peine couvert d'une draperie, tenant de la main gauche une
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croix, petite, mais avec une hampe fort longue, et faisant, de l'autre main, un geste de dénégation. C'est Madeleine, dans le jardin, et à laquelle le Christ ressuscité adresse le Noli me tangere, ne me touchez pas.
Dans la fresque de Giotto, à Padoue (fig. 88, page 223), le Christ, vêtu complètement, mais pas en « jardinier », comme dans nos vieilles gravures françaises, fait un geste analogue, mais plus « artistique » que celui du Christ de notre vieil ivoire : il porte à la main, non pas la croix, mais V « étendard de la résurrection », avec l'inscription qui marque comment il est le « vainqueur de la mort ». Si l'on analyse maintenant avec soin la scène représentée sur la gauche, on notera qu'elle expose, de façon nouvelle et fort originale, l'argument du sépulcre vide. Ceci n'est pas encore l'arrivée des saintes femmes, et, d'autre part, les gardes sont toujours profondément endormis. Ou plutôt, on dira que Giotto, com-
KVANG. DIM. — 15
l'évangèliaih iï
binant deux épisodes de la narration de saint Matthieu (*), nous montre, d'un côté, le tableau du sépulcre après le départ des deux Marie, les soldats étant toujours « comme morts », mais non pas endormis, et, de l'autre côté, le Christ apparaissant à la Madeleine.
Je suis maintenant obligé de prévenir que la gravure suivante (fig. 89, page 224) représente l'apparition des disciples d'Emmaùs : l'aurait-on deviné, si je ne l'avais pas dit ? C'est l'œuvre d'un peintre estimable du « seicento », Stelano de Ferrare: je laisse au lecteur le soin de démêler ce qu'elle peut bien contenir d'instruction religieuse.
Fig. 91, page 220. — Cette petite gravure est reproduite d'après cet Evangéliaire italien de 1719 auquel j'ai fait, par l'illustration
de ce livre, de notables emprunts (**). Elle représente Jésus, au milieu de ses disciples, et leur adressant la parole.
Le P. Remigio Fiorentino, auteur de l'Evangiliaire, s'en est servi plus d'une fois au cours de son commentaire ; mais il l'utilise spécialement pour illustrer l'évangile qui raconte l'apparition du Christ ressuscité à ses apôtres réunis en Galilée. 11 était nécessaire de le dire, car, sans cet avertissement, comme pour la peinture de Stefano de Ferarre, on ne l'aurait peut-être pas trouvé.
L'apparition « sur le lac » n'est sensensiblement pas mieux caractérisée dans un bon nombre de vieilles estampes. Je n'insiste pas. Mais je voudrais pour finir, donner un exemple au moins de ces œuvres d'art qui représentent, d'ensemble, une série d'apparitions du Christ ressuscité : c'est dans cette in tention que je reproduis la sculpture de Guido de Corne, à Pistoie, œuvre estimable du treizième siècle (fig. 90, page 225).
Quatre au moins de ses six panneaux, se rapportent à la Résurrection. Au centre, et dans le haut, c'est l'apparition aux onze
(*) Visite au sépulcre des deux Marie, — Marie-Madeleine et l'autre Marie, — puis, toujours d'après saint Matthieu, l'apparition du Christ à ces deux femmes (xxyiii, V), mais avec les détails empruntés à saint Jean et, qui aboutissent au Noli me tangere. (Jean, xx, 17.)
(**) Ejiistole et evangeli clic si leggono, etc. Lucca, 1719.
disciples réunis : on voit, au-dessous, l'épisode de saint Thomas qui approche sa main de la plaie du Sauveur. Les disciples d'Emmaus sont représentés à gauche, au panneau inférieur, et en deux actions différentes, quand ils sont rencontrés, sur la route, par le Sauveur, puis au moment où ils s'en vont, avec lui, vers l'hôtellerie.
La scène supérieure représente la Descente aux limbes. Or ce sujet se rapporte essentiellement, en iconographie, à la démonstration de la Résurrection. C'est pour cela que nous nous proposons d'y revenir avec quelque détail, en illustrant l'évangile de dimanche prochain, avec lequel, d'ailleurs, va s'achever le temps pascal.
Le Christ comme médiateur : confession des apôtres.
(Jean, xvi, 23-30.)
En ce temps-là, Jésus dit à ses disciples :
— 23 En vérité, en vérité, je vous le dis, si vous demandez quelque chose au Père en mon nom, il vous le donnera.
24 Jusqu'à présent vous n'avez rien demandé en mon nom. Demandez et vous recevrez, afin que votre joie soit parfaite.
25 Je vous ai dit ces choses en paraboles. L'heure arrive, où je ne vous parlerai plus en paraboles, mais où je vous parlerai clairement du Père. 2GCe jour-là vous demanderez en mon nom; je ne vous dis pas que je prierai le Père pour vous, 27 car le Père lui-même vous aime, parce que vous m'avez aimé, et que vous avez cru que je suis sorti de Dieu.28 Je suis sorti du Père, et je suis venu dans le monde ; je quitte de nouveau le monde, et je vais auprès du Père.
29 Les disciples lui dirent :
— Voici que, maintenant, vous parlez clairement, et vous ne dites plus de paraboles. so Nous reconnaissons dès lors que vous savez toutes choses, et que vous n'avez pas besoin qu'on vous interroge; voilà pourquoi nous croyons que vous êtes sorti de Dieu.
En ce temps-là, — c'est-à-dire au cours du Discours après la Gène, comme aux dimanches précédents. || 23. Jésus médiateur. Il est appelé « médiateur »,car il est vraiment le terme moyen qui sert d'intermédiaire entre Dieu et l'homme, pour communiquer à l'homme les dons de Dieu, et à Dieu les offrandes de l'homme. Or, étant donné Fabîme que le péché avait creusé entre Dieu et l'homme, il fallait vraiment, pour le combler, un médiateur d'une infinie perfection, c'est-à-dire Dieu lui-même. Parce qu'il est, donc, notre médiateur, Jésus est encore appelé notre avocat, — il plaide en effet notre cause, par ses mérites ; — notre prophète, —
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il enseigne, réprimande et fait encore, dans la mesure où il le croit nécessaire, connaître l'avenir ; — notre prêtre, notre hostie, — car l'expiation demande le sang des victimes et c'est par sa mort que Jésus a consommé son rôle de médiateur. |j 24. Prier au nom de Jésus, c'est prier parce que Jésus est ; et ainsi, c'est prier en rappelant ses mérites, dans ses sentiments et dans son esprit. C'est pour cette raison que l'Eglise adresse ses prières à Dieu le Père, mais qu'elle les termine par ces paroles : Par Jésus-Christ Notre-Seigneur, per Christum Dominum nostrum. \\ 25. Votre joie sera parjaite, et, comme Jésus l'avait dit plus haut (v. 22), personne ne vous la ravira. Le véritable objet du bonheur, d'où nous vient la seule joie vraiment digne de ce nom, c'est de posséder Dieu, et de savoir que nous le possédons. « Qui peut nous ôter ce sujet de joie ? Il faudrait pouvoir ôter Dieu : et, en l'ôtant, s'ôter soi-même, et tout être, et ne laisser que le néant. »(Bossuet, Elév., p. 778.) Seul, le péché pourait faire : mais ici encore, si Dieu est
avec nous, comment pourions-nous ne pas dédaigner les joies trompeuses, et si courtes, par lesquelles il essaye de nous séduire, en nous faisant renoncer à la seule joie qui dure éternellement ! [[ 25. Je vous ai dit ces choses en paraboles, — et c'est pour cela que vous ne m'avez pas compris entièrement. Mais maintenant, dit Bossuet, je vais vous parler à découvert, vous allez tout voir en trois mots : Je suis sorti de Dieu, etc. En plus de l'explication très nette que nous trouvons ici de la mission de Jésus, prenonsen l'occasion de noter que, d'après ce texte, la théorie, autrefois classique de la « parabole aveuglante » ne manque pas d'être plus
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vraisemblable qu'on pourrait le supposer. Car nous avons ici, pour la confirmer, et les apôtres (v. 29), et Jésus lui-même.
Iconographie : la descente aux limbes. — Nous voici parvenus, avec ce cinquième dimanche après Pâques, au dernier passage, que nous aurons à commenter, du Discours après la Cène, et en même temps à la fin du temps pascal, cette époque où l'Eglise nous invite à méditer, avec plus d'attention qu'à aucune autre période de l'année, le glorieux mystère de la Résurrection. Nous nous proposons de clore tout ce que nous avons dit de ce grand miracle en produisant ici quelques gravures rappelant la Descente aux limbes. Elles appartiennent, en effet, à la « démonstration » de la Résurrection. Et cela est tellement vrai que, dans quelques grandes séries relatives à la vie du Christ, cette image suffit, à elle seule, pour résumer toute l'illustration de ce mystère du Christ ressuscité.
Nous reconnaissons que la légende n'est pas sans avoir influencé quelque peu ce procédé d'apologétique (*). Mais ce n'est pas une raison de méconnaître que, de tout temps, l'art chrétien a donné une importance exceptionnelle à cette représentation de la Descente aux limbes, et je n'ai pas besoin de rappeler comment sa légitimité s'autorise d'un article formel du Credo.
Fig. 93, page 229. Mosaïque de Venise (douzième ou treizième siècle). — On voit, au centre, le Christ, portant la croix de résurrection — elle a, ici, des caractères spéciaux — et qui foule aux
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pieds le diable vaincu : la porte des enfers, arrachée de ses gonds, est à terre, avec ses ferrures brisées. Parmi les personnages, qu'on ne peut tous identifier, on reconnaît, au moins, Adam et Ève.
Fig. 94, page 230. Miniature française de la Bibliothèque nationale, Bible en images du quatorzième siècle. — La Descente aux limbes, ou plutôt la Sortie des limbes, comme il est beaucoup plus juste de l'appeler, est ici représentée avec plusieurs parallélismes tirés de l'Ancien Testament, le Seigneur faisant sortir Abraham du pays de perdition où il habitait, Moïse faisant sortir d'Egypte le peuple d'Israël, l'ange faisant sortir de Sodome Loth et sa famille.
(*) Cf. le Christ de « la Légende dorée », p. 355-405, et Turmel, la Descente aux limbes.
Fig. 95, page 231. Miniature française du treizième siècle. — Voici enfin une Descente aux limbes encore plus caractéristique, mais compliquée d'un Calvaire et d'une Ascension : on peut regarder cette image comme un très bon document pour l'illustration synthétique du mystère de Pâques, bien que la Résurrection n'y soit pas expressément représentée.