‹ L'évangéliaire des dimanchesChapitre 13 sur 27 · XL1I · texte numérisé non relu

XL1I

Du mépris des richesses et de la confiance en Dieu.

(Matth., vi, 24-33.)

En ce temps-là, Jésus dit à ses disciples : — 24 Nul ne peut servir deux maîtres ; car, il haïra l'un et aimera l'autre, ou il s'attachera à l'un et méprisera l'autre. Vous ne pouvez servir Dieu et l'argent.

25 C'est pourquoi je vous dis : Ne vous inquiétez pas pour votre vie, de ce que vous mangerez ; ni pour votre corps, de ce dont vous serez vêtus. La vie n'est-elle pas plus que la nourriture, et le corps plus que le vêtement? 2,j Regardez les oiseaux du ciel : ils ne sèment ni ne moissonnent, ils n'amassent pas dans des greniers ; et votre Père céleste les nourrit. Ne valez-vous pas beaucoup plus qu'eux ? 27 Qui de vous, avec toute son intelligence, peut ajouter une coudée à sa taille? 28 Quant au vêtement, pourquoi vous inquiéter? Considérez comment croissent les lis des champs : ils ne travaillent ni ne filent; 29 cependant, je vous dis que Salomon luimême dans toute sa gloire n'a pas été vêtu comme l'un d'eux. 30 Or, si Dieu revêt ainsi l'herbe des champs, qui existe aujourd'hui et qui demain sera jetée au four, combien pins ne le fera-t-il pas pour vous, hommes de peu de foi ! 31 Ne vous inquiétez donc pas, en disant : Que mangerons-nous, ou que boirons-nous, ou de quoi nous couvrirons-nous ? 32Car ce sont les païens qui se préoccupent de toutes ces choses; mais votre Père sait que vous avez besoin de tout cela.

33 Cherchez donc premièrement le royaume de Dieu et sa justice, et toutes ces choses vous seront données par surcroît.

Commentaire. — Nous voici revenus, avec cet extrait du Discours sur la montagne, aux considérations fondamentales de la doctrine de Jésus, qui se résume, comme on sait, dans l'établissement du royaume de Dieu, c'està-dire de son règne surnaturel dans nos âmes. Jésus s'applique ici à réfuter une objection très pressante, et dont la vivacité ne laissera pas, dans tous les temps, de préoccuper ses disciples, à savoir, que les soucis de la vie surnaturelle ne peuvent cependant nous empêcher de songer à ceux de l'existence matérielle et qu'enfin, dans la vie, il faut se préoccuper, d'abord et premièrement, de « gagner de l'argent », puisque l'argent c'est la vie.

Or, Jésus le nie complètement. Il ne veut pas même admettre que les choses nécessaires à l'existence, celles dont on ne peut se passer, ne seront acquises à ses disciples qu'à prix d'argent, puisqu'il dit qu'elles seront données par sur croît. Il ne défend pas, certes, qu'on se serve d'argent, mais il ne veut pas qu'on y soit asservi ; et c'est le danger auquel s'exposent sans cesse ceux qui pensent continuellement à l'argent. Car l'argent est un maître, un tyran, c'est toujours l'ennemi, l'éternel rival de Dieu dans le gouvernement des âmes, c'est Mammon, autrement dit la richesse, entant qu'elle est divinisée et adorée comme une idole.

Rapprochez donc les deux phrases qui servent de début et de conclusion à ce développement, et vous en aurez clairement toute la signification :

Cherchez premièrement le royaume de Dieu et sa justice. Vous ne pouvez servir deux maîtres, Dieu et l'argent.

Reste à suivre, dans le texte, les raisons, et les images, sur lesquelles Jésus appuie sa démonstration. Elles sont,

à la fois, d'une netteté parfaite et d'une grâce charmante, tellement qu'on s'oublierait volontiers à en faire ressortir, uniquement, l'exquise délicatesse, au risque de laisser dans l'ombre les profonds enseignements qu'elles recouvrent.

Ony peut voir, en premier lieu, une exhortation délicate à la plus parfaite soumission à la Providence, pour tout ce qui regarde les besoins de notre vie matérielle. Mais elles renferment davantage.

Si nous devons abandonner à la Providence les soucis de la vie matérielle, c'est pour nous donner tout entier à ceux de la vie surnaturelle, pour laquelle, bien plus que pour l'autre, elle demande notre active collaboration. La vie n est-elle pas plus que la nourriture ? La vie du corps, sans doute; mais entendez-le encore, et surtout, de la vie de l'âme, c'est-à-dire de l'établissement dans notre cœur du royaume de Dieu.

Faut-il ajouter que, pour cette affaire, la seule vraiment importante de notre vie, nous aurons aussi la collaboration de Dieu ? Il ne nous la fera pas attendre, si, la lui demandant avec insistance, nous sommes bien persuadés qu'il ne peut nous la refuser.

Les deux maîtres, les deux étendards, — voilà l'antithèse que nous ne devons jamais cesser d'avoir présente devant les yeux de notre âme, quelle que doive être ensuite la façon, historique, pieuse, ou métaphysique, avec laquelle nous nous en servions pour méditer les grandes vérités du royaume de Dieu.

Car les méthodes sont très diverses, d'après lesquelles nous pouvons considérer, utilement, les grandes vérités contenues dans les enseignements de Jésus. Il nous plaît de trouver édifiante, et fort sage, la façon dont le P.Remigio explique ce passage de notre évangile (*).

(*) P. Remigio, lib. cit., p. 244.

« Ces deux seigneurs, auxquels l'homme ne peut, a la fois, offrir ses services, ce sont Dieu et le diable. Et l'homme, placé entre ces deux seigneurs, peut obéir à l'un et laisser l'autre : mais, avec sa prudence, il devrait bien considérer quel est, de ces deux seigneurs, celui qui commande les choses les meilleures.

« Dieu commande d'aimer les choses du ciel et de mépriser celles de la terre ; le diable commande de mépriser les choses spirituelles et d'aimer les matérielles, de faire peu de cas des biens célestes, et de se repaître des délices de la chair, et de se donner, enfin, aux plaisirs de ce monde. Comment l'homme pourra-t-il donc satisfaire en même temps ces deux seigneurs, puisqu'ils lui commandent des choses diamétralement opposées ?

« Et puisqu'il n'est aucunement possible de le faire, — car, comme dit saint Paul, on ne peut s'asseoir à la table de Dieu et à celle du diable, et il n'y a aucune proportion entre le Christ et Bélial, — dès lors il faut se résoudre à servir, et à suivre, ce Seigneur dont les commandements, quand ils sont observés, tranquillisent l'âme et assurent la sérénité de la conscience.

(( Or, Dieu commandant toujours le bien, et le diable toujours le mal, et la nature du bien qu'on fait étant de pacifiei l'âme et de rasséréner la conscience, alors que le mal la tient toujours dans le trouble, comme on peut le voir d'après les suites de toutes les mauvaises actions, il s'ensuit qu'il est meilleur d'obéir à Dieu, — lequel commande des choses qui, en apparence, nous troublent, mais cela, dans la suite, pour nous réjouir, — plutôt que d'obéir au diable méchant, lequel nous commande de faire des choses qui, pour un petit moment, sont délectables, mais pour devenir, dans la suite, pleines de remords, de trouble et de douleur. »

Sur la valeur morale des richesses. — L'argent n'est

par lui-même, ni bon, ni mauvais, et toute sa valeur morale ne peut venir que de l'usage qu'on en fait.

Est-il possible qu'on l'aime pour lui-même, sans aucun souci d'en tirer parti ? Il paraîtrait que le cas peut se rencontrer, puisqu'il y a des avares. Mais ce sont des cas morbides auxquels il ne convient pas de s'arrêter, tellement il est vrai que tout le monde ne désire l'argent que pour le parti qu'il espère en pouvoir tirer.

Or, l'expérience démontre qu'il le mettra au service de Dieu ou au service du démon, car il n'y a pas de milieu dans l'emploi qu'on en peut faire. Le mettre, en effet, uniquement au service de soi-même, c'est encore le consacrer au démon, en attisant la triple concupiscence de l'orgueil, de la chair et du monde qui couve au foud de nos âmes.

Reste l'infinie ressource de la charité, et il y a des riches dont toute la fortune est, pour ainsi dire, mise au service du prochain, jusqu'au luxe, dont ils ne peuvent, — dont ils ne doivent même se passer, — et qui devient véritablement, dans leurs mains, le « luxe des autres ».

Tel est le bon riche. Mais il y avait le mauvais riche, et il se rencontre plus fréquemment que l'autre. C'est pour cela que Jésus, le pauvre par excellence, n'a pu s'empêcher, je ne dirai pas de maudire les riches, mais, du moins, de les plaindre !

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