XLI1I
Résurrection du fils de la veuve de Naïm. (Luc, vu, 11-16.)
En ce temps-là, Jésus allait 11 dans une ville appelée Naïm ; ses disciples raccompagnaient ainsi qu'une foule nombreuse. 12 Lorsqu'il était près de la porte de la ville, voici qu'on emportait un mort, fils unique de sa mère, et celle-ci était veuve ; il y avait avec elle beaucoup de personnes de la ville. ^Lorsque le Seigneur l'eut vue, touché de compassion pour elle, il lui dit :
— Ne pleure point.
14 Puis, il s'approcha, et toucha la litière ; les porteurs s'arrêtèrent. Jésus dit :
— Jeune homme, je te l'ordonne, lève-toi.
15 Le mort s'assit, et se mit à parler. Jésus le rendit à sa mère. 16 Tous furent saisis de crainte, et ils glorifiaient Dieu en disant :
— Un grand prophète a surgi parmi nous, et Dieu a visité son peuple.
Pourquoi Jésus fait-il des miracles ? — C'est d'abord, et sans doute, pour prouver qu'il était Dieu. Mais c'est encore pour nous persuader qu'il était homme et savait
L ÉVANGÉLIA1RE
compatir, comme tel, à toutes nos misères. On ne peut citer qu'un miracle de justice, — le figuier desséché, — un autre ayant pour but de prouver sa puissance, — les soldats renversés, lors de la trahison de Judas, — et et encore, dans l'un comme dans l'autre, la miséricorde ne manque pas d'avoir sa part. Mais, en général, quand il opère un miracle, c'est par bonté, pour répondre aux sollicitations des malheureux, pour subvenir à leurs besoins, pour montrer la vérité de sa doctrine, pour encourager la foi de ses disciples.
C'est donc la bonté qui le pousse à ressusciter le fils de cette pauvre veuve qui conduisait, tout en larmes, son unique enfant au tombeau. A sa vue le Seigneur, touché de compassion, lui dit : Ne pleure plus, misericordia motus super eam dixit illi : noli flere. « La douleur d'une mère émut son cœur si tendre. Elle lui rappelait la douleur profonde que ressentirait sa propre mère, la Vierge Marie, pendant qu'on le porterait lui-même au tombeau. Il voulut consoler divinement la pauvre veuve, et donner parla auxhommes cette assurance que, s'il les laisse souffrir parfois, ils n'en doivent accuser ni la tendresse, ni la puissance de leur Dieu. Quand la bonté divine résiste aux supplications de ceux qui souffrent, c'est qu'elle leur ménage des consolations d'un ordre supérieur à celles qu'on attend d'elles (*). »
Sens mystique. — La vraie mort de l'homme, dit Bossuet, c'est le péché, parce que c'est la mort de l'âme. Dans les trois morts que le Seigneur a ressuscités, les saints ont considéré le péché vaincu en trois états : dans son commencement, en la personne de cette jeune fille ; dans son progrès, en la personne de celui qu'on portait en terre ; dans sa consommation et dans l'état d'endurcissement et d'habitude invétérée, en la personne de
(*) Lesêtre, Notre-Seigneur Jésus-Christ, t. I, p. 230.
Lazare. La corruption, dans un mort de quatre jours, fait voir un homme qui croupit et pourrit, pour ainsi parler, dans son péché. La mauvaise odeur, c'est le scandale et la diffamation qui suit cet état. La caverne où le mort est enterré fait voir l'abîme où le pécheur s'est enfoncé. La pierre sur le tombeau, c'est la dureté dans le cœur. Les bandes dont le mort est lié sont les liens du péché qu'il ne peut rompre. Il ne paraît plus de ressource ; les gens de bien même n'espèrent plus rien... Ressusciter un tel mort (ce que fait l'Eglise « en enfantant de nouveau ce mort tout pourri »), c'est quelque chose de plus miraculeux que la résurrection de Lazare.
Saint Augustin dit encore: La veuve, mère du jeune homme, se réjouit de sa résurrection : chaque jour l'Eglise, notre mère, se réjouit de la résurrection spirituelle des hommes. Le Seigneur Jésus-Christ voulait que Ton comprît spirituellement ce qu'il faisait corporellement. Il n'opérait pas seulement des miracles pour en opérer; il voulait que les œuvres accomplies fussent des merveilles pour les yeux et des réalités pour l'intelligence. Ceux qui, à la vue des miracles du Christ, ne comprenaient pas ce qu'ils signifiaient et ce qu'ils voulaient faire entendre à l'intelligence, ne les ont admirés qu'en eux-mêmes ; les autres, en admirant l'œuvre, en ont saisi la signification.
Les résurrections opérées par Jésus , tout en servant à montrer, d'une façon plus pénétrante que ses autres miracles, sa puissance divine, sont encore une figure de
Fig. 119, page 33-2.
cette étonnante merveille par laquelle, dans le sacrement de pénitence, il rend au pécheur la vie surnaturelle ou vie de la grâce, et aussi de la grande œuvre de la Rédemption qui nous assure dans l'autre monde, et pour toute l'éternité, la vie de la gloire.
Les trois résurrections opérées par le Christ. — Parmi les résurrections de morts, probablement fort
Fig. 120, page 332.
nombreuses, opérées par le Christ, et indépendamment du miracle par lequel il se ressuscita lui-même, l'Evangile nous en signale trois seulement : celle de la fille de Jaïre, celle du fils de la veuve de Naïm et enfin celle de Lazare.
Le récit de cette dernière résurrection, qui se lit au vendredi de la quatrième semaine de Carême, a la veille de la Passion avec laquelle il s'enchaîne régulièrement, ne figure donc pas dans notre Evangéliaire des dimanches et des fêtes.
On trouvera plus tard, au vingt-troisième dimanche
après la Pentecôte, la narration de la résurrection de la fille de Jaïre, qui eut lieu, selon les commentateurs, pendant la première année du ministère public de Jésus.
Elle serait donc antérieure, dans l'ordre des temps, à la résurrection du fils de la veuve de Naïm, laquelle arriva au cours de la deuxième année de la vie publique, après que Jésus eut prononcé son Discours sur la monta-
Fig. 121, page 332.
gnc et guéri le fils du centurion de Capharnaùm. Naïm est un petit village, encore existant, situé à une journée de marche, environ, de Capharnaùm.
Iconographie. — C'est ici que je veux mettre la note iconographique relative aux résurrections opérées par le Christ : elle y sera mieux à sa place qu'à l'évangile du vingt-troisième dimanche après la Pentecôte, où l'attention sera suffisamment occupée par un autre miracle très fréquemment représenté dans l'art, je veux dire la guérison de l'hémorrhoïsse.
Et d'abord, pour rappeler que la plus étonnante résurrection opérée par le Christ fut quand il se rappela lui-même à la vie, on trouvera, en tête de cet évangile, une gravure — c'est un détail
de l'ivoire du Vatican — qui représente le Christ sortant du tombeau (fig. 118, page 327).
Nos deux images suivantes représentent, l'une et l'autre, la résurrection du fils de la veuve de Naïm et sont empruntées, la première, à l'Evangéliaire du P. Remigio (fig. 119, page 329), et la seconde au livre de Blessebois (fig. 120, page 330). Il convient de bien se mettre dans les yeux les circonstances de cette résurrection, — un « convoi », un personnage assis sur une sorte de civière portée sur les épaules de deux hommes, etc., — pour ne pas la confondre avec celle de la fille de Jaïre, qui eut lieu dans des conditions très différentes, ainsi que le montre fort clairement la miniature du Saint Grégoire de la Nationale que nous donnons plus bas, à la page 367.
La troisième résurrection est rappelée ici par la reproduction d'une des mosaïques de Sant'Apollinare de Ravenne (fig. 121, page 331). Lazare se voit, encore enveloppé dans son linceul, debout à l'entrée de l'édicule qui lui servait de tombeau. C'est la formule classique de l'art des sarcophages.
Guérison de l'hydropique; le sabbat, la première place au festin. (Luc, xiv, 1-11.)
En ce temps-là, 1 Jésus entra, un jour de sabbat, dans la maison d'un chef des pharisiens, pour y prendre son repas, et on l'observait. 2 Or, un hydropique se trouvait devant lui. 3 Jésus prit la parole et dit aux docteurs de la loi et aux pharisiens :
— Est-il permis de guérir le jour du sabbat ?
4 Mais ils gardèrent le silence. Alors il prit cet homme par la main, le guérit, et le renvoya.
5 Puis, s'adressant à eux, il dit :
— Qui de vous, si son âne ou son bœuf tombe dans un puits, ne l'en retirera pas aussitôt, même le jour du sabbat ?
6 Et ils ne pouvaient rien répondre à cela.
7 II adressa aussi aux invités une parabole, observant comment ils choisissaient les premières places. 11 leur dit :
— 8 Quand tu seras invité à des noces, ne te mets pas à la première place, de peur qu'un personnage plus considérable que toi n'ait été aussi invité, 9 et que celui qui vous a conviés, toi et lui, ne vienne te dire : Cède la place à celui-ci ; il te faudrait alors, en rougissant, aller occuper la dernière place. 10 Mais quand tu auras été invité, mets-toi à la dernière place, afin que, quand celui qui t'a invité arrivera, il te dise : Mon ami, monte plus haut. Alors ce sera pour toi un honneur devant les
autres convives. 41 Car quiconque s'élève sera humilié, et quiconque s'humilie sera élevé.
En ce temps-là, — c'est-à-dire, d'après saint Luc, au cours du dernier voyage à Jérusalem, à peu près vers le milieu de la narration. || i. Pour' prendre un repas. Ce repas chez « un chef des pharisiens » — il ne faut pas le confondre avec d'autres repas évangéliques, par exemple celui de Béthanie, chez Simon, raconté par saint Marc dans un chapitre qui est aussi un chapitre xiv — est accompagné de plusieurs faits dont il fut la cause ou l'occasion : guérison de l'hydropique et enseignements sur l'observation du sabbat (2-G), conseils sur la place que chacun doit occuper dans un repas (7-14) et parabole du grand festin (15-24), celle quenous avons expliquée au deuxième dimanche après la Pentecôte (Ev. xxx). || On l'observait, et non sans malignité, car il s'agit de pharisiens ; de plus, on était au sabbat, et par deux fois déjà, Jésus avait, ce jour-là, au grand scandale de tous, guéri des malades, à savoir, l'homme à la main desséchée (Luc, vi, 6-11), et la femme infirme depuis dix-huit ans (Luc, xm 10-17). || 2. Un homme hydropique était devant lui, placé là comme par hasard, dira-t-on, mais cela n'est pas sûr, car on peut supposer que les places n'avaient pas été attribuées à chacun sans discernement par le maître de la maison. On voulait tenter Jésus. Nous lisons, dans le récit de la première guérison de cette série : « Les scribes et les pharisiens l'observaient pour voir s'il guérirait le jour du sabbat : c'était pour trouver de quoi l'accuser.» (Luc, vi, 7.) || L'observation du sabbat était fort mal comprise par les pharisiens, qui, interprétant la loi d'étroite façon, sans en considérer l'esprit, prétendaient y satisfaire par un ensemble de pratiques extérieures auxquelles ils n'auraient voulu, pour rien au monde, déroger. On ne pouvait, d'après eux, guérir un malade ce jour-là, ni même entreprendre de le consoler ! Mais, en revanche, on pouvait s'y réjouir et donner des festins : les Pères de l'Eglise et les païens eux-mêmes ont remarqué que ces festins dégénéraient souvent en excès de tout genre, d'où vient peut-être l'expression populaire, avec le sens qu'on lui attache, de « faire le sabbat ». || 4. Ils gardèrent le silence, à l'interrogation de Jésus, comme ils le firent, encore, une fois le miracle accompli (5-0). Lors de la précédente guérison, le chef de la synagogue, ne pouvant retenir son « indignation », avait crié à la foule qui acclamait Jésus : « Il y a six jours pour travailler : venez donc vous faire guérir ces jours-là, et non pas le jour du sabbat! » (Luc, xm,14.) || 6. La justification de Jésus est la même que celle qu'il avait proposée dans des circonstances analogues : devant les cas de force majeure, il n'y a pas de loi qui tienne, et le salut d'un être humain vaut bien celui d'un âne ou d'un bœuf qui, tombé dans une citerne, risque de s'y noyer, si l'on ne s'occupe, bien vite, de l'en retirer. Or, ce n'est pas un petit
travail et il distraira bien plus du service de Dieu, autrement dit de l'observation du sabbat, que la guérison d'un malade. Les pharisiens,toutefois, qui, dans la pratique, sauvent leur âne et laissent souffrir leurs malades, ne pouvaient rien répondre à cela. Ils continuent donc à se taire, comme ils ont fait jusque-là.
7. Une parabole, au sens propre, a pu, suppose Maldonat, être vraiment développée à cet endroit par Jésus : un homme, dans un grand festin qu'il avait ordonné, vit un de ses invités occuper de lui-même la première place, alors qu'il n'avait aucun droit à y prétendre, etc. Après l'exposé de la parabole, Jésus en aurait proposé l'explication, et c'est elle, seulement, que nous rapporterait saint Luc. Remarquons, toutefois, que cette hypothèse de Maldonat, tout en étant vraisemblable, n'est pas nécessaire, le mot « parabole » voulant dire souvent « exemple » ou « comparaison ». || Observant, etc. Jésus était observé, mais il observe aussi : mais il le fait dans un esprit de charité et pour aboutir à donner aux convives la belle leçon d'humilité du verset 11. || 11. Saint Matthieu dit aussi, et avec les mêmes termes : Quiconque s'élèvera sera abaissé, et quiconque s'abaissera sera élevé. (Matth., xxiii,12.) C'est là un des principes fondamentaux de la vie chrétienne, que, pour arriver à la vraie gloire, il faut commencer par s'humilier, et Jésus nous a donné l'exemple, comme ditl'Apôtre, en s'humiliant jusqu'à l'ignominie de la croix, à cause de quoi le Père Fa exalté : huiniliavit semetipsum, etc. (Phil, n, 8-9 et Hébr., u, 0.)
Le plus grand commandement et la filiation du Christ. (Matth., xxii, 35-46. [Marc, xii, 28-34.])
En ce temps-là, 35 les pharisiens s'approchèrent de Jésus, et l'un d'eux, qui était docteur de la loi, lui fit cette question pour le tenter :
— 36 Maître, quel est le plus grand commandement de la loi?
37 Jésus lui dit :
— Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, et de tout ton esprit. 38 C'est là le plus grand et le premier commandement. 39 Mais le second lui est semblable : Tu aimeras ton prochain comme toimême.40 De ces deux commandements dépendent toute la loi et les prophètes.
41 Comme les pharisiens se trouvaient rassemblés, Jésus les interrogea et leur dit :
— 42 Que pensez-vous du Christ? De qui est-il fils? Ils répondirent :
— De David.
43 II leur dit :
— Comment donc David inspiré l'appelle-t-il Seigneur, quand il dit : 44 Le Seigneur a dit à mon Seigneur : Assieds-toi à ma droite, jusqu'à ce que je fasse de tes ennemis l'escabeau de tes pieds? 45 Si donc David l'appelle Seigneur, comment est-il son fils ? 46 Personne ne pouvait lui répondre; aussi, depuis ce jour, nul n'osa plus lui poser de questions.
En ce temps-là, — pendant les jours du dernier ministère de Jésus à Jérusalem, après qu'il eut réduit au silence les sadducéens — précise le texte (v. 34) — qui avaient essayé de l'embarrasser au sujet de la résurrection des corps (xxn, 23-33). Notre texte comprend deux parties : 1° Jésus répond à la question du scribe au sujet du plus grand commandement; 2° il interroge les pharisiens « rassemblés » sur la nature de sa propre filiation. || 35. Pour le tenter. Dans le récit parallèle de saint Marc (xn, 28-34), le scribe répond ensuite d'une façon tellement satisfaisante — et nous avons cette réponse — que Jésus lui dit : Ta n'es pas loin da royaume des cieux, d'où les critiques se demandent s'il faut prendre les mots de saint Matthieu pour le tenter au sens péjoratif, ou non. Le P. Knabenbauer, qui discute longuement la question (Cursus, In Matth., vol. II, p. 271), conclut, avec saint Jean Chrysostome : il l'interroge, d'abord, avec l'intention de le tenter, mais ayant su profiter de la réponse de Jésus, alors il fut loué par lui. jj 36. « Si Moïse, dit R. Simlaï, nous a prescrit trois cent soixante-cinq lois négatives et deux cent quarante-huit lois positives — on avait remarqué que le nombre des premières équivaut aux jours de l'année commune, celui des secondes à la totalité des membres du corps humain ! — assurément tous ces préceptes ne sauraient être également importants, ni toutes les transgressions également coupables. Quels sont donc les commandements importants et quelles sont les lois les moins urgentes ? » Ce n'était pas aisé de le dire; aussi bien, remarque M. Fillion (Bible Lelhielleux, p. 433), les rabbins finirent par décider que Dieu n'avait pas marqué les commandements au point de vue de leur importance, afin que l'homme fût excité, par là même, à n'en négliger aucun. La question faite à Jésus était donc embarrassante : il se devait donc à lui-même, et à nous, de la résoudre. Bossuet nous expliquera, tout à l'heure, avec quel bonheur, et quelle charité pour nous, il le fit. || 37-38. Cette double citation du Deutéronome (vi, 5) et du Lévitique (xix, 18) n'est pas absolument littérale. Nous allons dire, plus loin, ce qu'il en faut conclure.
41 . La scène change ici , et Jésus se trouve en face, non plus d'un scribe isolé, mais de toute une assemblée de pharisiens. Aussi la discussion s'élève, et il leur pose la question capitale de la filiation davidique. || 42. Cette première réponse était facile à donner, puisque toutes les prophéties s'accordaient à dire que le Christ devait, selon la chair, sortir de la race de David. || 43. Voici maintenant la difficulté, car David, — et notez qu'il s'agit de David inspiré, c'est-à-dire écrivant sous l'inspiration du Saint-Esprit, in Spiritu, — quand il parle du Messie, l'appelle son Seigneur, et le Messie, pourtant, n'est que son fils, celui qui recueille son héritage et en profite ? A cette difficulté, les pharisiens ne peuvent répondre, car ils n'ont pas voulu comprendre que le royaume que le Messie venait établir n'était plus, comme celui de David, un gouvernement temporel, et limité dans l'espace. Mais David le savait, lui
qui écrivait sous l'inspiration du Saint-Esprit, et c'est pour cela qu'il peut appeler le Messie à la fois son fils et son Seigneur, son fils, parce qu'il est sorti de sa race, son Seigneur parce qu'il est venu de Dieu et qu'il est Dieu lui-même : s'il n'y a, en effet, qu'une seule personne en Jésus-Christ, la seconde personne de la sainte Trinité, il y a deux natures, la nature humaine et la nature divine, et ainsi il est Dieu et homme tout ensemble. Pour cette raison, donc, saint Paul distinguera couramment, dans ses épîtres, le Christ, fils de David, selon la chair, et Fils de Dieu, selon l'Esprit de sainteté. (Ad Rom., i, 3-4.)
Deux réflexions de Bossuet, dont la première porte
SUR LA CURIOSITÉ DE l'eXPLICATION LITTÉRALE DE l'ÉVAN-
gile. — (( Ecoute, Israël : le Seigneur, ton Dieu est le seul Dieu, le seul Seigneur. Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, et de toute ton âme, et de toute ta force. C'est ainsi que nous lisons dans la loi. Et l'Evangile interprète : de tout ton esprit, de toute ton intelligence, de toute ta pensée, de toute ta puissance . Il ne se faut pas tourmenter l'esprit à distinguer la vertu de chacune de ces paroles, ni à distinguer, par exemple, le cœur d'avec l'âme, ni l'un ni l'autre d'avec l'esprit et l'intelligence, ni tout cela d'avec la force de l'âme, ni la force d'avec la puissance : encore que tout cela se trouve expliqué par des paroles expresses et distinguées. Mais il faut seulement entendre que, le langage humain étant trop faible pour expliquer l'obligation d'aimer Dieu, le Saint-Esprit a ramassé tout ce qu'il y a de plus fort, pour nous faire entendre qu'il ne reste plus rien à l'homme qu'il puisse se réserver pour lui-même ; mais que tout ce qu'il a d'amour et de force pour aimer se doit réunir en Dieu. Pesons donc toutes les paroles dans cet esprit, et par le cœur et l'affection, plutôt que par la méditation et par la pensée. »
Bossuet, dans la seconde, nous fait adorer la vérité éternelle contenue dans cet admirable abrégé de toute la loi. — (( Voilà donc toute la loi rappelée à ses deux
principes généraux; et l'homme est parfaitement instruit de tous ses devoirs, puisqu'il voit en un clin d'œil ce qu'il doit à Dieu son créateur, et ce qu'il doit aux hommes ses semblables. Là est compris tout le Décalogue, puisque, dans le précepte d'aimer Dieu, toute la première table est comprise ; et dans celui d'aimer le prochain est renfermée toute la seconde. Et non seulement tout le Décalogue est compris dans ces deux préceptes, mais encore toute la loi et tous les prophètes, puisque tout aboutit à être disposé comme il faut envers Dieu et envers les hommes, et que Dieu nous apprend ici, non seulement les devoirs extérieurs, mais encore le principe intime qui nous doit faire agir, qui est l'amour. Car qui aime ne manque à rien envers ce qu'il aime. Nous voyons donc la facilité que Jésus-Christ apporte aujourd'hui à notre instruction; puisque, sans nous obliger à lire et à pénétrer toute la loi, ce que les faibles et les ignorants ne pourraient pas faire, il réduit toute la loi à six lignes ; et que, pour ne point dissiper notre attention, s'il nous fallait parcourir en particulier tous nos devoirs, il les renferme tous, et envers Dieu et envers les hommes, dans le seul principe d'un amour sincère, en disant qu'il faut aimer Dieu de tout son cœur, et son prochain comme soi-même. De ces deux préceptes, dit-il, dépendent toute la loi et tous les prophètes (*). »
(*) Bossuet, Méditations sur l'Évangile, édition citée, p. 261 et 264.