L'ÉVANGÉLIAIRE ET L'ÉTUDE DE LA VIE DE JÉSUS
De toutes les recherches qu'un chrétien peut rêver d'entreprendre en vue de s'instruire et de s'édifier, aucune ne saurait valoir les études qui ont pour but la connaissance de Celui qui nous a donné, avec notre nom de chrétien, tout ce qui nous constitue dans cet état, et nous y gardera, jusqu'à la consommation de nos plus lointaines espérances.
Et parce qu'on ne peut vraiment connaître le Christ si l'on néglige de chercher sa véritable physionomie, et ses enseignements authentiques, dans ces livres qui, pour extraordinaires et surnaturels qu'ils paraissent et qu'ils sont, n'en resteront pas moins l'unique source à laquelle il ne faut pas se lasser de puiser, nous ne devons pas nous jamais arrêter de méditer les saints Evangiles.
Mais comment le ferons- nous? Et quelle sera, parmi tant de méthodes qu'on nous propose pour y travailler utilement, celle que nous nous déciderons à choisir ?
Nous osons prétendre que, parmi les meilleures, on peut mettre, sans crainte de se tromper, l'étude régulière, approfondie et méthodique des textes contenus dans V Evangéliaire des dimanches et des fêtes.
Etudier l'Evangile en des extraits ou « morceaux choisis », et des extraits groupés, non pas dans un ordre chronologique ou didactique, mais d'après une classification beaucoup plus subtile, celle du développement del'« année liturgique », voilà, certes, une méthode dont nous n'aurions pas osé entreprendre de montrer la légitimité, et bien moins encore l'excellence, si elle n'avait été, depuis les époques les plus reculées du christianisme, la pratique même de l'Eglise, pratique consacrée par des siècles et des siècles d'expérience, sans qu'aucune voix discordante se soit jamais élevée pour mettre en doute sa bienfaisance et sa légitimité.
Nous savons, en effet, que, dès le second siècle, on avait coutume de lire, à la messe, un passage des saints Evangiles, que commentait aussitôt, du haut de la chaire, celui qui en avait reçu, de
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Févêque, la spéciale mission. Groupés ensuite dans un ordre invariable, ces différents extraits formèrent, par leur réunion dans un seul recueil, ce qu'on appela tout cle suite « le livre des évangiles des dimanches et des fêtes », ou plus simplement, et d'un seul mot, « l'Evangéliaire ».
Et qu'elle serait magnifique à écrire, rien qu'en la considérant par ses dehors, la glorieuse histoire de ces livres splendides, depuis le célèbre Evangéliaire de Milan, au cinquième siècle, jusqu'à l'Evangéliaire de la Sainte-Chapelle, et tant d'autres encore qui, pour être moins vénérables ou moins connus, n'en sont pas moins beaux, livres de tout point merveilleux par leurs qualités d'art et de beauté, par leurs miniatures, par leur calligraphie, par leurs couvertures, encore, qui sont des ivoires délicatement sculptés ou des matières rares et enrichies, comme à l'Evangéliaire de Venise, de diamants et de pierres précieuses, livres, enfin, qui attesteraient déjà, je le répète, par leurs seuls dehors, et abstraction faite de toute préoccupation d'ordre dogmatique ou pieux, l'estime singulière et constante qu'on eut, de tout temps, pour ce genre de recueils.
Nous n'avons aucune raison de supposer que, de notre temps, les choses doivent en aller autrement. L'Evangéliaire gardera toujours, dans l'Eglise et au foyer, une place d'honneur, et nous continuerons à faire, chaque semaine, comme nos Pères dans la foi, une lecture attentive et pieuse de 1' « évangile du dimanche ».
J'ose prétendre que celui qui, de façon régulière, aurait médité, chaque semaine, le passage de l'Evangile dont l'Eglise nous conseille et nous ordonne presque la lecture, celui-là ne saurait arriver à la fin de l'année sans avoir connu et approfondi tout ce qu'il y a d'essentiel dans la vie du Christ et sa doctrine. Il aura même compris l'une et l'autre de façon beaucoup plus complète que s'il les avait étudiées dans l'ordre même où elles sont exposées dans le texte des Evangiles, par cela même qu'il aura été plus souvent obligé de les replacer dans cet ordre, pour en comprendre la véritable portée et l'entière signification.
Mais il devra, au préalable, avoir arrêté nettement dans son esprit les divisions générales de la vie de Jésus, afin d'avoir toujours devant les yeux, si j'ose dire, un grand cadre, tout préparé, où viendront peu à peu se ranger, comme d'eux-mêmes, les petits tableaux que l'Eglise, au cours de l'année liturgique, nous invite à y placer.
<( En ce temps-là », voilà, comme on sait, par où commencent presque tous les extraits de l'Evangile que nous lisons à la messe : je n'ai pas besoin de dire que cette formule ne fait aucunement partie du texte même des livres révélés. Mais si l'Eglise en fait précéder, de façon régulière, la lecture officielle et publique, c'est
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il me semble, pour nous solliciter discrètement à préciser le temps, ou la période, de la vie de Jésus à laquelle ils se rapportent, afin de les replacer dans la trame du récit évangélique dans laquelle ils sont sertis et enchâssés, comme si nous ne devions pas, enfin, aborder la méditation de F « évangile du jour », sans avoir pris soin, au préalable, d'en étudier soigneusement tout le contexte.
Cette recherche nous semble tout à fait de rigueur.
Elle est déjà singulièrement facilitée, quand on a nettement arrêté, comme nous conseillons de le faire, les grandes phases ou périodes de la vie de Jésus.
Voici quelques notes qui pourront, je l'espère, rendre plus facile ce premier travail.
On partage assez généralement toute la vie de Jésus en deux grandes périodes, à savoir : « la vie cachée », jusque vers sa trentième année, et « la vie publique », qui aurait duré à peu près trois ans, jusqu'à sa mort.
Il semble nécessaire, toutefois, d'y introduire des subdivisions un peu plus détaillées, ne serait-ce que pour avoir plus de facilité à situer dans l'espace et, autant que possible, dans le temps, les différents extraits dont se compose l'Evangéliaire.
Sans entrer dans le détail des raisons particulières qui nous ont déterminé à choisir la division générale à laquelle nous nous sommes arrêté, nous dirons qu'il nous semble convenable de répartir Fensemble de nos évangiles des dimanches et des fêtes dans un cadre qui serait, si j'ose dire, divisé en neuf compartiments, correspondant à autant de périodes de la vie de Jésus. Et voici les titres que nous donnerions à chacune d'elles :