DIMANCHE DANS L'OCTAVE DE LA NATIVITÉ
Présentation de Jésus au Temple. (Luc, n, 33-40.)
En ce temps-là, 33 Joseph et Marie, mère de Jésus, étaient dans l'admiration des choses qu'on disait de lui. 34 Siméon les bénit, et dit à Marie, sa mère :
— Voici que cet Enfant est établi pour la ruine et pour la résurrection d'un grand nombre en Israël, et comme un signe qui excitera la contradiction ; 35 quant à vous, un glaive vous percera l'âme, afin que Fig. 22, page 59. soient dévoilées les pensées qui sont dans bien des cœurs.
36 II y avait aussi une prophétesse, Anne, fille de Phanuel, de la tribu d'Aser ; elle était très avancée en âge, et elle avait vécu sept ans avec son mari après sa virginité. 37 Elle était veuve alors, et âgée de quatre-vingt-quatre ans ; elle ne s'éloignait pas du Temple, et servait Dieu jour et nuit dans les jeûnes et les prières. 38 Survenue, elle aussi, à cette heure, elle louait le Seigneur, et parlait de lui à tous ceux qui attendaient la rédemption d'Israël.
39 Après qu'ils eurent tout accompli selon la loi du Seigneur, ils retournèrent en Galilée, dans la ville de Nazareth.40 Cependant, l'Enfant croissait et se fortifiait, rempli de sagesse, et la grâce de Dieu était en lui.
LÉVANCELIAIRE
Le triple sujet de notre évangile. — L'évangile de ce jour nous offre, pour ainsi dire, un triple sujet de méditation, à savoir : la prédiction du vieillard Siméon, l'histoire parallèle d'Anne la prophétesse, et enfin, dans un bref mais puissant raccourci, toute la psychologie humaine de Jésus (v, 40).
C'était, pour une seule méditation, trop de richesse.
Fig. 23, page 59.
Nous nous bornerons à considérer un seul de ces trois sujets, le premier, et nous pourrons d'autant mieux le faire que nous reviendrons plus d'une fois, au cours de cet ouvrage, sur la psychologie humaine de Jésus et que nous aurons l'occasion, en commentant l'évangile de la fête du 2 février (Ev. lxi), de méditer expressément le récit de la Présentation de Notre-Seigneur au Temple.
Fig. 24. — Autel de Verden (détail), d'après Forster {Peinture, vol. I, p. 89)
Nativité mystique de 1181. L'Enfant repose, non pas dans une étable, mais sur un autol. La Vierge s'y montre comme une mère de douleur, car elle songe déjà au Calvaire où son Fils devra mourir.
En ce temps-la, — c'est-à-dire au jour de la Purification de la Vierge, dont le récit se trouve, en saint Lue, au chapitre n, du verset 22 au verset 39. Mais la première partie de cette narration, toute triomphante et joyeuse, se lit en la fête de la Présentation, comme nous venons de le dire. L'évangile d'aujourd'hui prend le texte de saint Luc à la fin du Nunc dimittis, ce qui explique pourquoi il débute en parlant de « l'admiration » où se trouvaient Joseph et Marie devant cette magnifique expression de pur enthousiasme. Dans la seconde partie, le vieillard Siméon n'annonce plus à la Vierge des réjouissances et des consolations, mais une grande tristesse et beaucoup de larmes.
La prédiction de Siméon. — Quel beau livre on écrirait, et tout rempli d'instruction, rien qu'en montrant, à travers l'histoire, cette prédiction du vieillard Siméon se réalisant au jour le jour, dès que le Christ, devenu homme, vers ses trente ans, eut inauguré sa mission parmi nous ? Le premier épisode, celui de sa vie et de sa mission à travers la Judée, est, sans doute, le plus instructif. Mais combien d'autres se rencontreraient, dans la suite, qui ne font qu'en reproduire les aspects les plus saisissants!
L'histoire du monde s'écrit uniquement avec le récit des « ruines » et des « résurrections » causées par le contact de Jésus. La vérité chrétienne, méconnue, précipite les peuples vers leur ruine, tandis qu'elle est un gage de résurrection et de salut pour les sociétés qui ont le courage d'y adapter leurs lois. Il n'y a pas, à dire vrai, de « question sociale », mais simplement, et comme toujours, une « question religieuse », autant dire la question du Christ Jésus. On est avec le Christ ou on est contre lui : pas de milieu. Impossible de faire comme s'il n'existait pas et, ce qui exaspère ses pires ennemis,
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c'est précisément de se heurter toujours et partout à lui !
Avons-nous besoin d'ajouter que la prédiction de Siméon continue à se réaliser, de nos jours, avec une exactitude que nous dirions « déconcertante », si nous n'avions pas la foi ! — Est-il donc venu au monde, le saint
Fig. 25, page 59.
Enfant de Noël, « pour la ruine ou la résurrection » de notre beau pays de France? C'est le secret de Dieu.
La Vierge douloureuse. — Voici maintenant, dans l'économie de ce drame du salut, la part réservée à la sainte Mère du Christ : « Quel menaçant horizon ouvert tout d'un coup aux yeux de la joyeuse Mère ! Ce Sauveur vient pour le salut de tous : on le contestera, et plusieurs trouveront la mort à la source même de la vie. On l'avait
encore prédit de l'Emmanuel : il sera une pierre d'achoppement, une pierre de scandale pour les deux maisons d'Israël, un piège et une cause de ruine pour les habitants de Jérusalem ; beaucoup d'entre eux se heurteront, tomberont, seront écrasés, seront enlacés et seront pris (*). La pauvre mère, si étroitement associée au mystère de l'Incarnation, devra l'être aussi au mystère de la Rédemption. Le glaive de la douleur transpercera son âme, quand elle verra son divin Fils méconnu, haï, persécuté, condamné, crucifié, et tant d'âmes, au sein même de son peuple, fermant les yeux h la lumière et périssant par leur obstination. Marie a déjà entrevu cet avenir dans les oracles prophétiques ; un dernier envoyé de Dieu vient tout exprès pour l'aider à mieux le comprendre encore. Elle aime à recueillir dans son cœur et à méditer toutes les paroles qui sont dites au sujet du divin Enfant: elle aura trente-trois ans pour savourer l'amère prédiction de Siméon, tant celle qui a enfanté Jésus sans douleur aura de souffrances à endurer pour devenir la mère des hommes (**) ! »
Iconographie. — L'évangile de ce jour ne doit pas s'illustrer avec une image empruntée au cycle des traditionnelles Purifications, — assez peu distinctes, soit dit en passant, des images de la Circoncision, — où l'on voit, d'un côté, la Vierge s'avançant avec une servante qui porte un panier, où sont les colombes, puis de l'autre, tenant le saint Enfant dans ses bras, un vieillard, qui est Siméon, ou le grand piètre, on ne sait pas toujours très bien. Le sens de notre évangile et sa véritable portée, s'accommoderaient mieux, ce me semble, d'une de ces Nativités douloureuses de l'art gothique, qui rappellent, à la fois, les joies de Bethléem et les souffrances du Calvaire. Les évangéliaires du treizième et du quatorzième siècle, parmi lesquels je citerai celui de la Sainte-Cha-
(*) « Et il deviendra votre sanctification : et il sera une pierre d'achoppement, une pierre de scandale pour les deux maisons d'Israël, un filet et un piège pour les habitants de Jérusalem. Plusieurs d'entre eux te heurteront, et tomberont, et se briseront, et seront enlacés et pris. » (la., vin, 14-15.)
(**) H. Lesêtre, Notre-Seigneur Jésus-Christ, vol. I, p. 50.
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pelle, à la Bibliothèque nationale, renferment assez souvent des peintures de ce genre.
Fig. 23, page 54. Miniature du Vatican. — La bibliothèque du Vatican possède un précieux manuscrit français provenant de l'abbaye de Cluny, où se trouve également une de ces Nativités douloureuses dont je parle. Dans le bas, la Vierge couchée et songeuse, avec l'Enfant, à côté d'elle, qu'elle n'ose regarder, puis saint Joseph, la tète entre les mains et, lui aussi, plongé dans la méditation. Dans le haut de la miniature, c'est un véritable Calvaire, avec le Christ en croix, la Vierge et saint Jean.. Voilà donc la vision qui attristait, devant le berceau de l'Enfant, la Vierge Marie et son saint époux !
Il me semble bien que c'est devant une image de ce genre, qui est, à la fois, une Nativité et un Calvaire, qu'on méditera le plus utilement l'évangile de ce dimanche dans l'octave de Noël.
La Nativité de l'autel de Verden, œuvre allemande du douzième siècle (fig. 24, page 55), appartient à cette môme série de Nativités douloureuses où Ton voit une Vierge dolente, un saint Joseph rêveur et un petit Jésus exposé sur un autel, qui est déjà l'autel du saint sacrifice.
Pour rappeler, maintenant, le souvenir direct de la Présentation au Temple, nous avons mis ici une petite vignette tirée d'une Légende dorée du seizième siècle ( fig. 22, page 53) et un détail d'un tableau du musée de Cologne où ce sujet est représenté, en même temps que trois autres relatifs à l'Evangile de l'enfance (fig. 25, page 57).