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LECTURE POUR LE TEMPS APRÈS L'ÉPIPHANIE

Les mages.

Nous ne voulons pas attendre, pour parler des mages, d'être parvenu au second volume de cet Evangéliaire, où sont commentés les évangiles des fêtes qui ne tombent pas un dimanche, et c'est le cas de la fête des Mages. Remettant toutefois à ce moment-là de fournir les quelques explications que nous croyons devoir leur consacrer, nous nous bornerons dans cette lecture, qui sera brève, à en expliquer les gravures : elles seront donc, en quelque manière, le thème, un peu naïf, que nous aurons à développer.

La vignette du début (fig. 31, page 78), sans être, je l'avoue, des plus caractéristiques, ne manque pas de grâce naïve et de charme. Elle est empruntée à cette traduction française de la Légende dorée du seizième siècle, dont on retrouvera, dans ce livre, quelques autres gravures. C'est donc une « Adoration des mages », et de l'époque de la haute Renaissance française, le seul document de ce genre que nous donnons ici, puisque nos autres gravures traduisent des œuvres dont la plus récente ne dépassera pas le quatorzième siècle.

Sans être très glorieuse, ni même très fidèle, notre seconde gravure représente une des plus anciennes Adorations des mages que l'on connaisse, celle qui se trouve aux catacombes de Sainte- Domitille à Rome. (Fig. 32, page 79.)

On remarquera que les mages y sont au nombre de quatre, ce qui semble en contradiction avec la comptabilité généralement reçue. Mais ce n'est pas la seule exception. Est-elle suffisamment expliquée, et légitimée, quand on a invoqué, pour donner la raison d'un quatrième mage, la raison de « symétrie », et rien davantage ? Il est permis d'en douter, tout en reconnaissant, d'autre part, que, pour conclure au nombre de trois, les savants ne peuvent guère s'autoriser que de raisons mystiques, le récit de saint Matthieu ne fournissant, à ce sujet, aucune donnée.

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Notons encore que, dans la fresque de Sainte-Domitille, les mages sont coiffés du bonnet phrygien, comme ils le sont, d'ailleurs, dans tous les monuments primitifs

de l'art chrétien.

On pourra s'en convaincre, pour ce qui regarde les sarcophages , en consultant la re-

production du Fig. 32.

Sarcophage du

Latran (fig. 60), qui sert à illustrer l'évangile du quatrième dimanche du Carême (Ev. xvm) et où se trouve, avec beaucoup d'autres sujets, une fort belle Adoration des mages : non seulement leur bonnet, mais leurs « chausses » et leur tunique indiquent, dans la pensée de celui qui les a sculptés, leur origine orientale. Ils sont tous trois debout, même le premier et, contrairement à

Fig. 33.

ce qui se fera plus tard, c'est lui qui montre l'étoile, tandis que le second la regarde, d'où, pour le troisième, il ne reste plus grand'chose à faire, et son attitude est assez embarrassée, — je parle au point de vue pittoresque, bien entendu.

La miniature du Saint Grégoire de Nazianze de la Bibliothèque nationale (fig. 33, page 79) est plus instructive à déchiffrer : mais il ne faut pas perdre de vue que c'est un document d'un art beaucoup plus raffiné que celui des catacombes, puisqu'il date du neuvième siècle, qui est l'âge d'or de l'art byzantin. Les mages — la gravure, hélas 1 ne le laisse guère deviner — sont vêtus avec la splendeur des princes d'Orient, dont ils ont, bien entendu, tout le costume. Leur attitude, tout en étant aussi empressée que dans

Fig. 34.

les monuments primitifs, commence à s'attendrir et à s'humaniser, comme on le voit dans le geste du premier d'entre eux. L'étoile, ici, est représentée par un ange, qui porte le bâton traditionnel des célestes messagers : ou plutôt, faut-il dire, c'est toujours la miraculeuse étoile, mais qui a repris sa forme première, qui était celle d'un ange, pour assister à la réception solennelle des mages.

On voit le même ange, sur la droite, accourir en grande hâte vers les mages endormis , pour leur communiquer Tordre céleste d'après lequel ils doivent, sans craindre de manquer à la parole donnée, retourner en leur pays par un autre chemin que Jérusalem.

A la suite de cette miniature de Saint Grégoire, voici maintenant quatre petites images fort anciennes (fig. 34, 35, 36, 37), qui sont empruntées à la décoration de la Porte de bronze de Béné-

fl''l'""'l!IIIlh!'llillîr-, £S> fi vent (douzième siècle).

L'époque à laquelle appartient cette œuvre magistrale est de celle dont il est difficile d'apprécier la valeur exacte et vraiment originale : nous sommes en Italie, je le sais : mais l'art sicilien du douzième siècle, qui nous dira jamais s'il est essentiellement byzantin, arabe, ou romain ou français ?

Et j'avoue, quant à moi, que, pour lire avec fruit l'histoire des mages de Bénévent, si j'ai besoin d'un rapprochement suggestif,

er. 36.

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c'est au Portail d'Amiens que je le vais chercher, car je ne connais pas, dans l'ensemble des documents artistiques, deux séries qui soient aussi proches l'une de l'autre, et plus dignes d'être comparées.

Pour ce qui est de décrire ces quatre gravures, la chose me parait superflue, car on reconnaîtra facilement, dans la première, le voyage des mages, dans le désert, à la suite de l'étoile ; dans la

Fig. 38.

seconde, leur réception par Hérode, puis l'adoration de l'Enfant, et enfin, dans la quatrième, l'avertissement de l'ange.

Remarquez, au sujet de cette dernière image, comment, sur la terrasse de la tour crénelée où ils sont montés, les mages dorment, tous les trois, dans un seul lit : c'est un détail qui se retrouvera très souvent, dans la suite, et qui pourrait bien, lui aussi, avoir sa petite signification mystique.

A Bénévent, on l'aura sans doute remarqué, les mages portent couronne en tète, car ils sont des rois, sans qu'on puisse dire, historiquement parlant, à quelle époque ils le sont devenus. Je note ici ce détail pour n'avoir pas à y insister à propos de l'image suivante, reproduction d'un détail de la chaire de Giovanni Pisano (treizième siècle) à Pistoie.

Cette belle sculpture (fig. 38, page 81) vaut d'abord et surtout — je n'ai pas besoin de le dire — par sa haute valeur artistique : mais, de celle-là, je n'ai pas à parler ici. Elle me plaît encore parce que j'y trouve, très heureusement combinés, les trois épisodes « historiques » avec lesquels s'écrit la dernière partie de l'histoire des mages, c'est-à-dire l'adoration de l'Enfant,

puis la double apparition de l'ange qui en est la conséquence et la conclusion. On notera ici, par curiosité, encore quelques détails:

l'étoile miraculeuse a un visage animé et l'on dirait, qu'on me passe la comparaison, un masque entouré d'une collerette ; en plus de l'étoile, on trouve un ange, pour introduire les mages, ce qui ne permet plus de les identifier tous les deux. La Vierge, et aussi l'Enfant, commencent à s'attendrir quelque peu, sans garder toujours l'attitude majestueuse que nous leur avions connue jusqu'ici ; les mages, enfin, quand ils sont avertis par l'ange, se trouvent, sinon dans le même lit, du moins abrités sous la même couverture, la chose est tout à fait évidente.

Notre dernière gravure, empruntée à un ivoire du Vatican (fig. 39, page 82), nous fait connaître assez exactement la formule classique de l'adoration des mages pendant la période gothique de l'art français. L'Enfant, debout sur les genoux de sa mère, s amuse à faire tinter les pièces d'or de la coupe que lui présente le plus âgé des rois mages, agenouillé devant lui, après avoir respectueusement ôté sa couronne. Des deux autres mages qui sont restés debout, et couronne en tète, l'un montre l'étoile, l'autre fait un geste d'admiration.

Nous compléterons ces quelques notes sur les mages, histoire et légende, en commentant, au second volume, l'évangile de la fête de l'Epiphanie.

Fig. 39.

Miracle de la tempête apaisée. (Matth., vrn, 23-27. [Marc, iv, 35-41 ; Luc, vin, 22-25.])

En ce temps-là, 23 Jésus monta dans une barque, et ses disciples le suivirent. 24 Tout à coup, il s'éleva sur la mer une si grande tempête que la barque était couverte par les flots; pour lui, il dormait. 25 Ses disciples s'approchèrent de lui, l'éveillèrent et lui dirent :

— Seigneur, sauvez-nous, nous périssons !

26 Jésus leur dit :

— Pourquoi craignez-vous, hommes de peu de foi ? Alors il se leva, commanda aux vents et à la mer, et il

se fit un grand calme.

27 Ces hommes furent dans l'admiration, et ils disaient :

— Qui est-il donc, pourque les vents et la mer luiobéissent?

En ce temps-là, — après la journée des paraboles, d'après saint Marc et saint Luc, ou, d'après saint Matthieu, un peu plus tôt, mais toujours au début du ministère galiléen. Ce récit du miracle de la tempête apaisée — ne pas confondre avec celui d'une autre tempête, au cours de laquelle Jésus apparaît soudain, marchant sur les flots (*) — est emprunté au vin6 chapitre de saint Matthieu, qui contient l'exposé d'un certain nombre de miracles (**) accomplis par

(*) Après la première multiplication des pains (Ev. xxxiv), et pendant la nuit qui suivit, quand les disciples regagnaient Capharnaum, et donc, toujours sur le lac de Tibériade, mais à une autre époque, plus tard, et dans d'autres circonstances.

(**) Le discours finit avec le chapitre vu. Viennent ensuite, dans saint Matthieu : Guérisons d'un lépreux (Ev. vin), du serviteur d'un centurion (Ev. vin), de la belle-mère de saint Pierre et de nombreux malades (Matth., vin, 14-17); puis, après un épisode dogmatique (vin, 17-27), le

L'ÉVANGÉLIArRE

Jésus dans les environs du lac de Capharnaùrn, et à la suite du Discours sur la montagne. || 23. Une grande tempête. Il faut documenter tout ce récit avec les souvenirs anecdotiques des pèlerins de Terre sainte, où l'on verra que tous les traits du récit évangélique se vérifient encore aujourd'hui avec une entière vérité, sauf ce point, que les voyageurs actuels se réjouissent de ces colères soudaines de la mer de Tibériade, qui faisaient trembler, autrefois, les disciples de Jésus. || 26. Hommes de peu de foi. Us manquent de foi : car, tout en croyant à la puissance de Jésus, ils ne croient pas qu'elle puisse s'exercer pendant son sommeil et que, continuant à dormir, il se soit aperçu du danger. || 21. Il commanda aux vents et à la mer. Le latin dit imperavit, qui, d'après le grec éizzxi^azv, serait mieuv traduit par increpavit, d'où l'on pourrait conclure, avec d'Allioli que « cela peut avoir rapport aux puissances spirituelles quiavaient suscité cette tourmente : en effet, c'est une doctrine constante des Ecritures (Eph., vi, 12) que le prince de ce monde, avec ses anges, habite dans les éléments ». Cette interprétation, franchement mystique, sourirait médiocrement à ceux qui n'expliquent l'Evangile qu'avec des documents historiques, ou même avec des souvenirs de voyage.

Sens historique et sens mystique. — Arrêtons-nous quelques instants sur ce récit de la tempête miraculeusement apaisée, pour en faire ressortir brièvement l'enseignement direct et les harmonies mystiques.

Nous sommes au lendemain du Discours sur la montagne, quand, après avoir enseigné ses apôtres par la parole, Jésus entreprend d'en confirmer l'autorité par des actions. Il leur a fait connaître par de nombreux miracles — saint Matthieu en expose la suite détaillée — sa puissance surnaturelle. Cela n'a pas suffi, cependant, pour leur donner une confiance inébranlable en celui qu'ils appellent déjà leur maître, et les voilà qui se mettent à trembler, aussitôt que la tempête se fait un peu menaçante. Ils méritent donc le reproche que leur adresse Jésus, lorsqu'il les appelle : hommes de peu de foi ! Et le nouveau témoignage que Jésus leur donne de sa puissance ne suffira pas encore à leur ouvrir complètement les yeux. Ils se contentent

miracle de la tempête apaisée (vin, 28-34) et la guérison des possédés de Gergésa (vin, 28-34). Celle du paralytique (Ev. xlyi) commence le chapitre IX.

QUATRIÈME DIMANCHE APRÈS l'ÉPIPHANIE

de l'admirer et de se demander avec étonnement, comme s'ils n'auraient pas dû le savoir depuis longtemps : « Quel est donc cet homme à qui la mer et les vents obéissent? » Ce sera seulement plus tard, et dans des circonstances tout à fait semblables, au cours d'une tempête sur le même lac, quand Jésus, marchant sur les eaux, vint à eux, pour les rassurer, qu'enfin ils s'<écrieront (mais ce fut encore après de multiples hésitations) : « Tu es véritablement le Fils de Dieu (*) ! »

Pour ce qui est de l'interprétation mystique, nous dirons simplement que la tradition, de tout temps, s'est plu à considérer dans ce récit de l'Evangile le symbole de l'Eglise. Maldonat l'explique ainsi : « Cette barque était la figure de l'Eglise qui, sur la mer de ce monde, est ballottée par les flots des persécutions et des tentations. Le Seigneur, quand il est patient, semble dormir, jusqu'à ce qu'enfin, réveillé par les prières des saints, il réprime le monde et rende la tranquillité à ses enfants. » [De bapt., xn.) L'Eglise n'a rien à craindre des fureurs de l'enfer, car Jésus est avec elle, et à Pierre, son chef suprême, il a prédit que toutes les puissances infernales déchaînées contre elle ne parviendront pas à la faire sombrer. (Matth., xvi, 16-19.)

Iconographie. — La mer, dans la symbolique chrétienne, est l'image du monde et du siècle précédent, ainsi que l'indique saint Augustin : Mare pro sœculo nuncupatur. (Serm. 76.) Pour cette raison le navire, ou la barque, sont le symbole de la vie humaine, en particulier de l'Eglise, par laquelle on parvient jusqu'aux portes de la Jérusalem céleste. L'art des catacombes nous offre, en ce genre, de nombreux et très expressifs documents. Une ancienne sculpture de Spolète, que possédait de Rossi, représente une barque avec quatre rameurs, qui sont les évan-

(*) Suivons de près toute cette seconde narration dans saint Matthieu (xiv, 22-36) et saint Marc (vi, 45-52). On y verra l'hésitation des apôtres — ils furent troublés et dirent : « C'est un fantôme ! » et de frayeur, ils poussèrent des cris — et l'acte de saint Pierre, plein de foi, celui-là, malgré une défaillance passagère, qui décide la confession des autres.

gélistes, et Jésus au gouvernail. Les vieilles sculptures françaises représentent souvent le même sujet. Je citerai seulement un chapiteau roman de la « salle du Chapitre »,au musée de Toulouse,

où l'on voit une longue barque, remplie de rameurs , se développant sur trois côtés du chapiteau. Pour ce qui est de la représentation expresse de la scène racontée dans notre évangile , elle se confond le plus souvent, dans l'iconographie, avec celle du miracle de Jésus marchant sur les eaux. Ce sujet, sous le nom de la Navicella, se retrouve fréquemment dans l'art italien. Je donnerai, comme exemple, la fameuse mosaïque de Giotto, au vestibule de Saint- Pierre, à Rome.

Pour illustrer, directement notre évangile nous empruntons deux gravures à l'Evangéliaire de 1719 du P. dominicain Remigio Fiorentino : la première (fïg. 40, page 8G) représente le moment où le Christ, pendant la tempête, est réveillé par les apôtres qui lui demandent de les sauver : pour être moins dramatique que les compositions où l'on voit Jésus, debout sur la proue de la barque et commandant aux flots, cette image naïve nous fait comprendre tout aussi bien le récit de saint Matthieu et l'instruction que nous en devons tirer.

La seconde image (fig. Fig 41.

41, page 86) est relative

à l'autre tempête dont nous avons parlé et représente saint Pierre au moment où, « comme il commençait à s'enfoncer, il s'écria : Seigneur, sauvez-moi! » (Matth., xv, 30.) Nous n'aurons pas à commenter ce récit, au cours de notre Evangéliaire, puisque l'Eglise nous le fait lire, non pas un dimanche, mais un jour de semaine, le samedi qui précède le premier dimanche de Carême.

Fig. 40.

Parabole du bon grain et de l'ivraie. (Matth., xiii, 24-30.)

En ce temps-là, Jésus proposa aux peuples qui le suivaient en foule cette parabole :

24 Le royaume des cieux est semblable à un homme qui sema du bon grain dans son champ. 25 Mais, pendant qu'on dormait, son ennemi vint, sema de l'ivraie au milieu du blé et s'en alla. 26 Lorsque l'herbe eut poussé et produit son fruit, l'ivraie parut aussi.

27 Les serviteurs du père de famille, s'approchant alors, lui dirent :

— Seigneur, n'avez-vous pas semé du bon grain dans votre champ? D'où vient donc qu'il y a de l'ivraie?

28 II leur répondit :

— C'est un ennemi qui a fait cela. Les serviteurs lui dirent :

— Voulez:vous que nous allions l'arracher?

— 29 Non, dit-il, de peur qu'en arrachant l'ivraie, vous ne déraciniez aussi le blé. 30 Laissez croître l'un et l'autre jusqu'à la moisson, et, au temps de la moisson, je dirai aux moissonneurs : « Arrachez d'abord l'ivraie et liez-la en bottes pour la brûler, puis amassez le blé dans mon grenier. »

24. Simile factura est, à)[xotto6y), à l'aoriste, ce qui indique que le royaume de Dieu est déjà fondé : les Juifs ne le comprennent pas et il y a des savants, aujourd'hui, qui ne sont pas, à ce sujet, plus avancés que les Juifs. Simile homini, semblable à un homme, c'est-à-dire à Faction d'un homme qui, etc. 11 est bon de se rappeler que les mots grecs rj paaiXeia oypavwv, signifient l'acte de gou-

verner, ou le gouvernement des deux. [[ 25. Bonum semen, du blé ou quelque autre semence, mais, en tout cas, de la semence qui avait été soigneusement choisie et épurée. || Zizania, une mauvaise graine, quelle que soit sa nature : on l'identifie généralement avec l'ivraie ou lolium temulentum, si fréquente en Palestine, et qui ne se distingue nettement du froment qu'arrivée à sa période de maturité. De même, la séparation définitive des bons et des méchants ne se fera nettement que dans la seconde phase du règne de Dieu, c'est-à-dire après le jugement dernier.

En ce temps-la, — c'est-à-dire au début de la première période du ministère public de Jésus, alors que, de retour en Galilée, et se trouvant dans les environs de Capharnaiim, pour mieux se faire entendre de la grande foule qui était venue l'écouter, il monta dans une barque et s'assit, pendant que la foule s'étageait sur les collines qui entourent le lac de Tibériade. (Matth., xiii, 2.) Il lui proposa, ce jour-là, les huit paraboles sur le royaume de Dieu que saint Matthieu a insérées dans son chapitre vin : la parabole de l'ivraie occupe, dans cette série, la seconde place.

Explication de la parabole. — Elle nous est donnée par Jésus lui-même, en réponse aux apôtres qui, une fois la foule dispersée, viennent lui demander de leur expliquer la parabole de l'ivraie dans le champ. Et il leur répondit : « Celui qui sème la bonne semence, c'est le Fils de l'homme; le champ, c'est le monde; la bonne semence, ce sont les fils du royaume; l'ivraie ce sont les fils des méchants; l'ennemi qui l'a semée, c'est le diable; la moisson, c'est la fin du monde; les moissonneurs, ce sont les anges. Comme donc on arrache l'ivraie et la jette au feu, il en sera de même à la fin du monde. Le Fils de l'homme enverra ses anges, qui arracheront de son royaume tous les scandales et ceux qui opèrent l'iniquité, et ils les jetteront dans la fournaise ardente, où il y aura des pleurs et des grincements de dents. Alors les justes resplendiront

CINQUIÈME DIMANCHE APRÈS l'ÉPIPHANIE

comme le soleil dans le royaume de leur Père. » (Matth. , xiii, 37-43.)

Ainsi se trouve expliquée, par Jésus lui-même, toute la secrète économie du royaume de Dieu, auquel est opposé celui de Satan. Le règne de Dieu, en effet, progresse dans la mesure où Satan recule : à chaque pas en arrière de l'ennemi, correspond la marche en avant du royaume de Dieu.

La parabole de l'ivraie et du bon grain nous fait donc embrasser les phases successives du développement du royaume de Dieu, jusqu'à sa consommation, après ce dernier avènement du Fils de l'homme qui précédera la séparation des bons et des méchants, c'est-à-dire le jugement dernier.

La leçon plus particulière qui s'en dégage est que, loin de vouloir hâter, par un zèle inconsidéré et inutile, ce triage définitif, il faut savoir être patient, cultivant la bonne semence, avec Dieu, s'en reposant, pour le reste, sur l'avenir : et, le moment de cet avenir, nul n'a le pouvoir de le déterminer, sinon Dieu.

SIXIÈME DIMANCHE APRÈS L'EPIPHANIE

Paraboles du grain de sénevé et du levain. (Matth. xm,

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