‹ L'évangéliaire des dimanchesChapitre 6 sur 27 · Marc, iv, 30-32; Luc, xm · texte numérisé non relu

Marc, iv, 30-32; Luc, xm

En ce temps-là, Jésus proposa au peuple qui le suivait en foule cette parabole :

— 31 Le royaume des cieux est semblable à un grain de sénevé, qu'un homme a pris et semé dans son champ. 32 C'est la plus petite de toutes les semences: mais, lorsqu'elle a crû, elle est plus grande que toutes les plantes et elle devient un arbre, de sorte que les oiseaux du ciel viennent habiter dans ses branches.

33 II leur dit encore une autre parabole :

— Le royaume des cieux est semblable au levain qu'une femme a pris et mêlé dans trois mesures de farine, jusqu'à ce que toute la pâte soit levée.

34 Jésus dit toutes ces choses aux foules en paraboles ; il ne leur parlait pas sans paraboles, 35 afin que s'accomplît ce qui avait été dit par le prophète: J'ouvrirai ma bouche pour des paraboles, je publierai des choses cachées depuis la création du monde.

En ce temps-là, — dans les mêmes circonstances de temps et de lieu que pour l'évangile de dimanche dernier. || 31. Grano sinapis. C'est la « sinapis nigra » que nous appelons vulgairement moutarde. || Homo, c'est-à-dire, selon l'interprétation symbolique, Dieu lui-même. |) 32. Minimum, au superlatif, alors que le grec a seulement le comparatif, {MxpoTepov, qui est plus exact, car il y a des semences plus petites que celle du sénevé. On a, d'ailleurs, à la suite, omnibus seminibus, absolument comme si la traduction latine avait conservé le comparatif. || Majus est. Nous ne pouvons nous rendre compte, dans nos pays, de cette extraordinaire croissance, mais tous les voyageurs l'affirment et nous

SIXIÈME DIMANCHE APRES l'ÉPIPHANIE

pouvons ajouter foi à leurs observations. La végétation est beaucoup plus rapide dans les pays d'Orient que dans les nôtres : en Egypte, par exemple, tel arbre, auquel nous n'hésiterions pas à donner plusieurs siècles d'existence, ne remonte pas au delà d'une cinquantaine d'années, tel le fameux « arbre de la Vierge », à Matarieh. || 33. Fermentum. Le levain- est un peu de pâte « fermentée », destinée à faire « lever », c'est-à-dire augmenter, développer, la masse de farine à laquelle on la mêle. « Et voyez, dit saint Paul, quelle petite quantité de levain suffit pour préparer une grande quantité de pain 1 » (ICor.,\, 6.) || 34. Hœc omnia, etc. Jésus emploie aussi des discours directs : mais, ce jour-là, — on l'appelle « la journée des Paraboles », — il ne se servit que de paraboles pour son enseignement. || 35. Saint Matthieu cite ici le verset 2 du psaume lxxvii. C'est dans son Évangile que se rencontrent le plus de citations de l'Ancien Testament, à savoir quarante-sept. Saint Marc en contient vingt-quatre, et saint Luc, dixhuit seulement.

Du ROYAUME DES CIEUX CONSIDERE EN GENERAL. Le

royaume des cieux — ou royaume de Dieu, comme l'appellent saint Marc et saint Luc — est ce règne ou gouvernement, de nature toute spirituelle, annoncé par les prophètes, plus spécialement par saint Jean-Baptiste, et dont le Christ a ouvert, et personnellement organisé, la première période, au cours de son premier avènement sur la terre, qu'il continue, à travers les siècles, par l'intermédiaire visible de l'Eglise, et dont la troisième et dernière période, celle de la consommation, sera inaugurée par son second avènement, à la fin du monde, pour se poursuivre, dans le ciel, pendant toute l'éternité.

Un premier caractère de ce royaume, c'est d'être essentiellement spirituel, et non pas d'ordre matériel et politique, comme l'entendaient les Juifs, prédécesseurs immédiats de Jésus ou ses contemporains, quand ils parlaient du Messie promis, et attendu, pour fonder ce royaume, et comme ils continuent encore à l'entendre aujourd'hui. Ils rêvaient donc le retour des Israélites dispersés à travers le monde etqui viendraient de nouveau s'installer dans la Palestine, la terre de leurs ancêtres, pour y reconstituer le royaume d'Israël. Mais Jésus pro-

teste de toutes ses forces, et constamment, contre cette conception matérielle du royaume qu'il prêche et qu'il est venu établir: il ne se lasse pas de répéter que, d'essence toute spirituelle, son royaume n'est pas de ce monde et que c'est là son premier et principal caractère.

Du ROYAUME DE DlEU CONSIDERE AU POINT DE VUE DE

son développement. — Ce royaume, toutefois, parce qu'il a été créé dans ce monde et pour ce monde, ne pouvait manquer, tout en restant d'essence spirituelle, de se révéler par des manifestations extérieures. Le Christ les a prévues et organisées, dans la mesure, du moins, où il le pouvait et le devait : il a fondé l'Eglise. L'Eglise n'est autre chose que le royaume, ou le gouvernement de Dieu, dans la seconde période de son existence terrestre.

Parmi les caractères secondaires du royaume de Dieu, il faut noter, avec son universalité, l'extraordinaire rapidité de son développement. C'est pour mieux faire comprendre ce dernier caractère que Jésus, dans cette fameuse journée desParaboles que raconte saint Matthieu au chapitre vin de son Evangile, propose au peuple qui l'écoutait sur le bord du lac de Tibériade les deux paraboles du grain de sénevé et du levain, réunies par l'Eglise, pour cette raison, dans l'évangile de ce jour.

« Dans la troisième parabole, Notre-Seigneur Jésus- Christ s'était proposé de prophétiser le développement progressif de son royaume et d'indiquer la force mystérieuse, mais active, qui produisait ce développement. Il continue, dans la parabole du levain, d'exprimer la même pensée à l'aide d une autre image, de manière à la présenter aussi sous une façon nouvelle. » (Fillion, Matth., p. 273.) Ce développement est également merveilleux, qu'on se place au point de vue de l'âme croyante ou de l'universalité des hommes répandus sur la terre. Qui dira

SIXIÈME DIMANCHE APRÈS l'ÉPIPHANIE

jamais, en effet, les merveilles opérées par Dieu dans l'âme de celui où il s'est établi par sa grâce ! Et l'une des meilleures preuves que l'apologétique ne se lasse pas d'exposer en faveur de la divinité de l'Eglise, c'est la rapidité et l'universalité de son développement.

La parabole du levain. — « Comme un peu de levain donne de la saveur à une quantité notable de farine en la faisant, sans qu'on s'en aperçoive, lever et dilater en tous sens, ainsi le royaume du ciel, l'Eglise de Dieu, pénètre insensiblement avec sa vertu surnaturelle, par une opération intime et silencieuse, dans l'humanité tout entière, et elle renouvelle et ennoblit tout ce qui ne se dérobe pas à dessein à son influence. Cela se réalise également dans chaque homme en particulier. Quand il est sincère et vrai, le sentiment chrétien pénètre l'esprit, l'âme et le corps, et il ennoblit toutes nos pensées, nos œuvres et nos démarches; il n'est pas jusqu'aux gestes et mouvements du corps qu'il ne règle et dirige. » (D'Allioli, In Matth., p. 375.)

Iconographie : Jésus qui parle. — Nous sommes entrés, depuis plusieurs semaines déjà, dans un cycle d'évangiles qui sont particulièrement rebelles à l'illustration par l'image, — à moins qu'on ne veuille mettre en action les choses enseignées par le Christ dans ses discours, ou qu'on ne produise des gravures où il est représenté, de façon uniforme, parlant à des personnages qui l'écoutent.

C'est à ce dernier parti que s'arrêtent les artistes qui veulent, coûte que coûte, meubler d'images presque toutes les pages de l'Evangile, tel ce miniaturiste grec qui a décoré de trois cent soixante-quinze peintures le manuscrit portant aujourd'hui, à la Bibliothèque nationale, le numéro 74 du fonds grec (*) : mais

(*) Bordier, dans sa Description des peintures..., des manuscrits grecs de la Bibliothèque nationale (Paris, 1883), a renoncé à dresser le catalogue complet des miniatures de ce manuscrit. M. Rohault de Fleury, dans ses Evangiles (Manie, éditeur), en comprenant au contraire tout l'intérêt, en a fait reproduire un certain nombre, seize, si j'ai bien compté, et c'est ce qui m'a décidé, personnellement, à puiser mon illustration à d'autres sources moins connues, bien qu'au début de mon travail, j'aie annoncé devoir faire de notables emprunts à cet Evangéliaire ; mais je me propose d'en publier bientôt le catalogue complet et détaillé.

combien y a-t-il de ces miniatures qui ne se distinguent par aucun trait particulier, et au bas desquelles on devrait se contenter de mettre : Jésus parlant à plusieurs personnages réunis autour de lui! C'est peu instructif, en somme.

Et toutefois les Evangéliaires de la

Fig. 42.

Renaissance et du dixseptième siècle ou du dix-huitième siècle ne sont pas sensiblement plus variés. Nous avons voulu, pour le prouver, reproduire 'ici quatre gravures du livre de notre excellent P. Remigio Fiorentino : elles représentent toutes les quatre Jésus parlant à ses disciples.

La première, je le reconnais(fig.42,PAGE94), semble, à première vue, assez caractéristique, puisqu'on y voit Jésus, dans une barque, parlant à des personnages qui sont restés à terre, et semblent l'écouter. Or il lui arriva souvent, au cours de sa prédication sur les bords du lac de Tibériade, de parler ainsi, après s'être écarté du rivage : c'est, par exemple, la mise en scène, d'après saint Marc (iv), de la parabole du semeur : « Et de nouveau il se mit à enseigner au bord de la mer, et il s'assembla autour de lui une si grande foule, que, montant dans une barque, il était assis en mer, et toute la foule était à terre, le long du rivage. » Cette image, donc, pourrait illustrer la parabole du semeur et beaucoup d'autres discours, encore, prononcés dans des circonstances sensiblement les mêmes. Et, toutefois, le P. Remigio l'a placée à un endroit de son livre beaucoup plus spécial, pour illustrer le récit, emprunté au chapitre xxi de saint Jean, de l'apparition près delà mer de Tibériade, suivi d'une pêche miraculeuse, après la Résurrection (*). Il faut reconnaître que cette

(*) Ce texte de saint Jean ne s 3 trouve pas dans notre Evangéliaire, au

page 95.

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