W. SHIRLEY
(The Correspondence of William Shirley, édit. par H.-C. Lincoln, 2 vol., New-York, 1912 ; vol. 1, p. 336-337.)
Lettre de Sir Thomas Robinson, Secrétaire d'Etat de la Grande- Bretagne, à William Shirley, gouverneur de la colonie de Massachusetts Bay.
Londres, le 14 octobre 1747.
Sa Majesté a pris en considération votre dépêche du 19 juillet, par laquelle vous nous dites qu'il faudrait déporter les habitants de Chignictou dans la Nouvelle-Angleterre et les disperser dans les quatre provinces, et que les 2.000 hommes qui seraient envoyés de la Nouvelle-Angleterre pour chasser les troupes françaises de Chignictou devraient se partager ce district entre eux, à condition qu'ils s’y établissent avec leurs familles de la manière qu'on leur indiquera. Bien qu’un tel changement des habitants de cette partie de la province qui est la plus exposée à l'ennemi soit, à la vérité, très désirable, il est cependant à craindre que ce projet ne puisse être exécuté sans grande difficulté ni sans danger en ce moment, alors que les émissaires français s'efforcent de faire renoncer les habitants à leur allégeance à Sa Majesté. Il n'y a pas de doute qu’on interpréterait cette démarche comme une preuve indéniable qu’on veut enlever aux habitants de cette province la possession de leurs propriétés. Comme vous savez, cette rumeur a déjà circulé parmi les habitants, et ma dépêche du 10 juin vous enjoignait de la contredire de la manière la plus solennelle au nom de Sa Majesté. Mais on ne peut pas s'attendre à ce que les habitants de la Nouvelle- Ecosse ajoutent foi aux déclarations que vous pourrez faire à ce sujet quand ils verront qu’une partie de ce projet aura été mis à exécution par la déportation des habitants de l’un des districts de la province.
Il y à de grandes raisons de craindre qu'un tel acte produise une révolution générale dans cette province : c’est pourquoi Sa Majesté, toutes choses considérées, juge bon d’ajourner, pour le présent, l’exécution d'un pareil projet.
Cependant, Sa Majesté vous prie de considérer comment ce même projet pourrait être exécuté, en temps propice, et quelles précautions il faudrait prendre pour prévenir les inconvénients que l’on redoute.
(British Museum, Londres, C. O. 5, vol. 901, New England, f. 157.)
Lettre du duc de Newcastle au gouverneur Shirley.
Whitehall, 30 mai 1747.
… Attendu que M. Warren et vous m'avez informé qu’on a fait circuler parmi les habitants de la Nouvelle-Ecosse la nouvelle que ceux-ci allaient être chassés de leurs établissements et de leurs habitations et que cette rumeur a pu avoir été propagée dans le dessein de les induire à rompre leur allégeance envers Sa Majesté et à se Joindre à l’ennemi, Sa Majesté croit qu'il est nécessaire de prendre les moyens de détruire ces dangereuses insinuations, et pour cela, Sa Majesté ordonne que vous fassiez une déclaration publique et authentique aux sujets de sa Majesté, les habitants de cette province, par laquelle vous leur apprendrez qu'ils ne doivent craindre que rien de semblable ne leur arrive ; mais qu’au contraire Sa Majesté est déterminée à les protéger et : à conserver tous ceux qui seront fidèles à leurs devoirs et à leur allégeance envers Sa Majesté, dans la paisible possession de leurs établissements et de leurs habitations et de leur accorder le libre exercice de leur religion...
(Archives Canadiennes, Ottawa, 1905, vol. II, appendice C, édition en français, p. 104.)
Lettre des Lords du Commerce au gouverneur de la Nouvelle- Ecosse, Hopson.
Whitehall, 28 mars 1753.
… Il est certainement très désirable que les habitants français prêtent le serment et qu'ils s’acquittent de cette obligation le plus tôt possible. Cependant il serait très imprudent de les aigrir en leur imposant cette mesure à l'heure où ils sont tranquilles et pacifiques. Toutefois, nous devons vous recommander de les contraindre à prêter le serment lorsque les circonstances permettront de le tenter sans danger, et nous croyons devoir vous laisser libre de choisir le moment et le moyen d'obtenir ce résultat, parce que, vivant au milieu d'eux, vous êtes mieux que nous en état de juger de la situation.
(Ibid., p. 113.)
Lettre du lieutenant gouverneur de la Nouvelle-Ecosse, Lawrence, en date du 30 janvier 1755, au lieutenant-colonel Monctkon, qui a reçu l'ordre de se rendre à Boston pour y recruter deux bataillons en vue d'une expédition contre les forts français de Beauséjour et de Gaspereau, sur l'isthme de Chignictou.
.… Dans vos instructions complémentaires, vous -trouverez la substance de la déclaration que vous ferez dès votre arrivée à Chignictou, aux habitants français de ces districts, les informant du sort qui les attend s'ils refusent de faire ce qu’on exige d’eux, ce qui, pour le présent, consiste à remettre leurs armes et à demeurer tranquilles dans leurs habitations. Je ne demanderais à aucun d'eux de prêter le serment, vu que la prestation du serment nous lierait les mains et nous empêcherait de les chasser dans le cas, où, comme je le prévois, la chose deviendra nécessaire…
(Vernon-Wager's Coll. — Library of Congress, Washington.)
B, — Décision du Conseil d’'Halifax d'arrêter et de déporter les habitants français de la Nouvelle-Ecosse.
Séance du 14 juillet 1755 :
A la séance du Conseil tenue à la maison du gouverneur, à Halifax, le lundi 14 juillet 1755, le lieutenant-gouverneur informe le Conseil qu’il a reçu instruction de Sa Majesté de consulter le commandant-en-chef de la flotte sur toute question d’urgence concernant la sécurité de la province...
(No va Scotia Archives, Serie B ; vol. 8, fol. 188.)
Séance du 25 juillet 1755 :
… Sont aussi présents, sur l'invitation du lieutenant-gouverneur : l'honorable vice-amiral Boscawen et l'honorable contreamiral Mostyn.
Le lieutenant-gouverneur soumet aux amiraux les procès-verbaux des dernières délibérations du Conseilrelativesauxhatitants français, et il demande aux amiraux de donner au Conseil leur opinion et leur avis à ce sujet.
Les deux amiraux approuvent les dites délibérations et sont d'avis que le moment présent est le plus opportun, pour obliger
les dits habitants à choisir entre prêter le serment d’allégeance à Sa Majesté ou quitter le pays.
(Ibid., fol. 190.)
D'un long rapport du Juge Morris au Conseil du gouverneur, au sujet de l'expulsion des Acadiens, intitulé :-
Quelques Réflexions sur la situation des Habitants appelés communément Neutres, et quelques Méthodes proposées pour empêcher leur évasion de la Colonie, dans le cas où, ayant connaissance des projets tendant à leur Bannissement, ils essaieraient de déserter et de se joindre aux Etablissements français voisins, .… étant donné
qu'on peul s'attendre à ce que leur ferme attachement à ces derniers les pousse fortement à tenter cette évasion.
nous extrayons seulement le passage suivant :
S'il est possible de les amener Îles Français-neutres) à se rendre volontairement, ou si l’on peut s'emparer d’eux par un stratagème quelconque, le reste se soumettra sans difficultés ; mais s'ils s’entêtent et gagnent les bois, ou prennent les armes, il faudra faire appel à toutes les troupes de la colonie pour les réduire, et cela prendra un temps considérable.
Si de forts détachements étaient placés dans les villages des Mines, Piziquid et Canard, on pourrait les convoquer tous un jour dit, et s'emparer de tous ceux qui se présenteraient ; ou bien encore investir leurs églises un certain dimanche et s’emparer de tous ceux qui seraient présents ; ou bien encore investir leurs villages pendant la nuit et les saisir tous au lit... »,
Ce rapport n’est pas daté, mais il fut vraisemblablement rédigé à la demande du Conseil à la fin de juillet ou au début d'août 1755.
(British Museum, Add. Mss. Brown Collection ; Papers relating to Nova Scotia, 19072, n° 31, ff. 31-38.)
Séance du Conseil, tenue chez le gouverneur, à Halifax, le lundi 28 juillet 1755, au cours de laquelle fut décidée la déportation des Acadiens.
Etaient présents :
Le lieutenant-gouverneur (Ch. Lawrence). Benj. Green, Jno. Collier, Willm. Cotterell, Jno. Rous, Jno. Belcher ; Conseillers.
L'honorable vice-amiral Boscawen et le contre-amiral Mostyn.
Le lieutenant-gouverneur fait part au Conseil de l’arrivée des délégués de Piziquid, des Mines et de la Rivière-aux-Canards, qui ont présenté les mémoires ci-après [joints au procès-verbal | :
[I s'agit des députés acadiens qui ont été convoqués à Halifax par Lawrence et que celui-ci a fait jeter en prison sur leur refus d'abandonner leur neutralité de fait. Nous nous contentons de donner ci-dessous la pétition des Acadiens de Grand-Pré et environs.]
Pétition des habilants des Mines, la Rivière-aux-Canards et les lieux à qui en dépendent.
” À Son Excellence Charles Lawrence, etc.,
D'autant qu'il s'est répandue un Bruit parmis nous les habitants français de cette province, que son Excellence le gouverneur exige de nous un serment d’obéissance conforme en quelque façon à celuy des Sujets naturels de Sa Majesté le Roy Georges Second, et qu’en conséquence nous avons une certitude Moralle que plusieurs de nos Habitans sont retenus et génée à Halifax pour ce sujet.
Si les Intentions de Son Excellence sont celle qu'icy dessus envers nous, nous prenons la liberté de représenté à Son Excellence tous en généralle et au nom de tous les Habitans, que nous et nos Perres ayant pris pour eux et pour nous un serment de fidélité qui nous a été approuvé plusieurs fois au nom du Roy, et sous les privilèges duquel nous avons demeuré fidelle et soumis et protégé par Sa Majesté le Roy britannique suivant les Lettres et Proclamation de son Excellence Monseigneur le Gouverneur Shirley, en datte du 16 septembre 1746, et du 21 octobre 1747, nous ne commettrons jamais l’inconstance de prendre un Serment qui change tant soit peu les conditions et les privileges dans lesquels nos Souvereins etnos Perres nous ont placé par le passé.
Et comme nous pençons bien que le Roy, notre Maître, n’aimes et ne protège que des sujets constents, fidèlle et franc, et que ce n’est qu'en vertu de sa bontéet dela fidélité que nous avons gardé envers Sa Majesté qu'elle nous a accordé et continue l'entière possession de nos biens, et l'exercice libre et public de la Religion Romaine.
Ainsi nous voulons continué dans tous ce qui sera dans notre pouvoir à être fidèlle et soumis ainsi qu’il nous a été accordé par Son Excellence Mgr Richard Phillips.
La charité pour nos Habitans détenus et l'innocence que nous croyons en eux nous oblige à supplier très humblement Son Ex-
cellence à se laisser touché de leurs misères et leur donner la liberté que nous demandons pour eux avec toute la soumission possible et le Respect le plus profond.
(Signé par 203 habitants des Mines et de la Rivière aux Canards.)
Les dits délégués sont ensuite introduits. Ils refusèrent péremptoirement de prêter le serment d’allégeance à sa Majesté.
Les délégués d’Annapolis se présentèrent aussi et refusèrent de prêter le serment.
Sur ce refus, ils furent tous jetés en prison.
Comme il avait été décidé antérieurement d’expulser les habitants français de la province s'ils refusaient de prêter le serment, il n’y avait plus, en conséquence, qu'à prendre les mesures nécessaires pour opérer leur expulsion et à décider en quels endroits on devait les déporter.
Après mûre délibération, il fut convenu, à l'unanimité, que pour prévenir le retour des habitants français dans la province et les empêcher de molester les colons qui pourraient s’être établis sur leurs terres, ilétait urgent de les disperser dans les diverses colonies sur le continent et de noliser immédiatement un nombre de vaisseaux pour les y transporter.
Cas. LAWRENCE.
J.-N. Durorr, Secrélaire du Conseil (1).
(Arch. Can., Ottawa, 1905, t. II, app. B, p. 63-64.)
Extraits d'une lettre du gouverneur Lawrence au colonel Monckton :
Halifax, 31 juillet 1755.
… Sur quoi le Conseil fut d'avis, et il fut en conséquence décidé, de transporter les habitants français de la province hors du pays aussitôt que possible, et de commencer par ceux des environs de l'isthme qui ont pris les armes et pour cette raison ne
(1) Ces minutes de la séance du Conseil tenue à Halifax, le 28 juillet 1755, au cours de laquelle fut définitivement décidée la déportation des Acadiens, sont désignées comme suit au verso :« Nouvelle-Ecosse, Minute du Conseil de Sa Majesté à Halifax, 28 juillet au 7 octobre 1755; reçues avec la lettre du lieutenant-gouverneur Lawrence, du 18 octobre 1755, lues le 20 novembre 1755, [par les lords du commerce].
méritent aucune faveur (1). Pour mettre ce projet à exécution, les ordres sont donnés d’envoyer en toute diligence un nombre suffisant de vaisseaux à la Baie pour embarquer la population.
Afin de les empêcher de s'enfuir avec leurs bestiaux, il faudra avoir grand soin que ce projet ne transpiré pas. Le moyen le plus sûr pour cela me paraît d’avoir recours à quelque stratagème qui ferait tomber les hommes, jeunes et vieux (surtout les chefs de famille) en votre pouvoir. Vous les détiendrez ensuite jusqu'à l'arrivée des transports, afin qu'ils soient prêts pour l'embarquement. Une fois les hommes détenus, il n'est pas à craindre que les femmes et les enfants ne s'enfuient avec les bestiaux. Toutefois, il serait très prudent, pour prévenir leur fuite, non seulement de vous emparer de leurs chaloupes, de leurs bateaux, de leurs canots, et tous autres vaisseaux qui vous tomberont sous la main, mais en même temps de charger des détachements de surveiller les villages et les routes. Tous leurs bestiaux et leurs céréales étant confisqués au profit de la couronne, par suite de leur rébellion (2), et devant être employés au remboursement des dépenses que le gouvernement devra faire pour les déporter de ce pays, il faudra que personne n’en fasse l’acquisition sous aucun prétexte. Tout marché de ce genre serait de nul effet, parce que (depuis l’arrêté du Conseil) les habitants français sont dépourvus de leurs titres de propriété et il ne leur sera permis de rien emporter, à l'exception de leurs mobiliers et de l'argent qu’ils possèdent présentement.
Les commandants du fort de Piziquid et de la garnison d’Annapolis ont reçu à peu près les mêmes ordres à l’égard des habitants de l’intérieur.
Il est entendu que chaque navire devra être approvisionné d’une livre de farine et d’une demi-livre de pain par jour, avec une livre de bœuf par semaine pour chaque habitant ; vous recevrez le bœuf et le pain par les transports d’Halifax. Guant à la farine vous en avez déjà suffisamment...
(Ibid, p. 64-65.)
(1) A ce propos, il est bon de remarquer que l’article 4 de la capitulation de Beauséjour stipulait :
« Pour les Acadiens, comme ils ont été forcés de prendre les armes sur peine de la vie, ils seront pardonnés pour le part qu'ils vient de prendre(sic). »
Archives publiques du Canada, Collection Northcliffe, 1926 (édit. en français), p. 84. : : À re
(2) Lawrence assimile à une rébellion le refus qu'ont fait les députés acadiens de renoncer à la neutralité dont ils ont joui depuis quarante ans,
Le gouverneur Lawrence au colonel Monckton :
Halifax, 8 août 1755.
… Les navires destinés au transport des habitants, étant sur le point de mettre à la voile, arriveront bientôt chez vous. Ils vous apporteront de plus amples renseignements et en même temps des instructions particulières au sujet de la déportation des habitants et des endroits où ils doivent être transportés...
Comme il sera peut-être trés difficile de s'emparer des habitants, vous devrez autant que possible détruire tous les villages du côté nord et nord-ouest de l’isthme situés aux environs du fort Beauséjour et faire tous les efforts possibles pour réduire à la famine ceux qui tenteraient de se cacher dans les bois. Il faudra prendre grand soin de sauver les animaux et la récolte sur le champ, que vous pourrez faire rentrer sans exposer vos hommes au danger ; vous devrez aussi, autant que possible, empêcher les Français fugitifs et les sauvages d’enlever ou de détruire les bestiaux.…
(Ibid, p. 65.)
Fragment d'une lettre, datée d’'Halifax, 9 août 1755, publiée dans The New York Gazette, le 26 du même mois, et dans The Pennsylvania Gazette, le 4 septembre :
Nous formons actuellement le noble et grand projet de chasser de cette province les Français-neutres qui ont toujours été nos ennemis secrets et qui ont encouragé nos sauvages à nous couper la gorge.
Si nous pouvons réussir à les expulser, cet exploit sera le plus grand qu'aient accompli les Anglais en Amérique, car au dire de tous, dans la partie de la province que ces Français habitent se trouvent les meilleures terres du monde. Nous pourrions ensuite mettre à leurs places de bons fermiers anglais, et
nous verrions bientôtune abondance de produits agricoles dans cette province.
(Généalogie des Familles acadiennes avec documents, Arch. Can., 1905, t. IL, app. À, p. xvr.)
C. — Le colone! Winslow reçoit l'ordre ds se rendre à Grand-Pré pour y procéder à l’arrestation des Français.
Extraits du Journal de campagne du lieutenant-colonel John Winslow, commandant en chef des troupes de Sa Majesté aux Mines et lieux avoisinanis, et des leltres ou minutes de lettres y attachées.
Camp du Fort Cumberland (nouveau nom de Beauséjour), 6 août 1755.
...Je me suis immédiatement rendu auprès du colonel Monckton. Il m'informa que le gouverneur Lawrence, dans le but d'établir des colons de la Nouvelle-Angleterre dans une partie de cette province et de me consulter à ce sujet, avait manifesté l'intention de me rapprocher et de me transférer à Piziquid avec une partie des troupes de la Nouvelle-Angleterre. Le colonel me fit la confidence qu’il avait été décidé de déporter les habitants français de la province et qu’il devait rassembler tous les hommes de Tintamar, de Shepody, d'Olake, de Beauséjour et de la Baïe Verte pour leur lire les ordres du gouverneur et profiter de cette occasion pour les retenir tous prisonniers dans le fort.
Camp du Fort Cumberland, 7 août 1755.
Quatre compagnies du bataillon du colonel Winslow doivent se préparer à embarquer sur les transports avec leur bagage et leurs tentes.
T, MONTCREIFFE,
9 août. — Les habitants de la Baie Verte et des villages circonvoisins ont été sommés de comparaître pour entendre lecture des ordres de Son Excellence le gouverneur Lawrence ; mais n'ayant pas réussi à convoquer une assemblée générale des habitants, ceux qui se sont présentés ont été renvoyés avec instruction de revenir demain matin.
10 août. — Aujourd'hui, de nombreux habitants des villages environnants se sont présentés, mais pas en aussi grand nombre qu'on s’y attendait. Pour cette raison, ils furent retenus toute la nuit sous la gueule des canons de la garnison.
Ordre au colonel Winslow.
Camp du Fort Cumberland, 11 août 1755.
Les présentes sont pour servir d’avis aux officiers, soldats, cantiniers et toutes personnes attachées au camp que tous les bœufs, chevaux, vaches, moutons et bestiaux de toutes sortes appartenant aux habitants français sont confisqués au prôfit de la Couronne, et qu’en conséquence il est défendu d'en faire l'achat sous aucun prétexte. Des officiers devront en outre faire connaître à leurs hommes qu'il leur est défendu de rôder en dehors du camp, de tuer ou de détruire les bestiaux qui appartiennent à Sa Majesté.
T. MoNTCREIFFE
11 août. — Ce jour a été mémorable. Les habitants, du moins les principaux d’entre eux, de Tintamar, de Wescoak, d’Olake, de la Baie Verte, de Beauséjour et des lieux avoisinants ont été rassemblés dans le fort Cumberland pour y entendre la sentence du gouverneur et du Conseil d'Halifax qui décidait de leurs propriétés et les déclarait rebelles. Leurs terres, leurs biens et effets sont confisqués au profit de la Couronne et eux-mêmes sont déclarés prisonniers ; puis les portes du fort furent fermées et au delà de 400 hommes furent ainsi emprisonnés.
Le major Preble et le capitaine Speakman ont été envoyés avec un détachement à Wescoak, Tintamar, etc., pour s'emparer des garçons au-dessus de seize ans.
Le major Bourn avec le capitaine Bayley et un détachement ont reçu l'ordre de conduire 150 prisonniers au Cumberland. Ces officiers devaient prendre le commandement du fort et y garder les prisonniers.
Le capitaine Cobb est parti hier soir du fort Cumberland pour s'emparer des habitants de Shepody, mais ceux-ci s'étaient sauvés dans les bois et le capitaine est revenu sans avoir capturé personne.
13 août. — Hier, le capitaine Perry et son détachement sont revenus d'Olake avec 11 prisonniers français. Nous en avons eu la garde pendant toute la nuit et ce matin, ils ont été envoyés au fort Cumberland. Le major Preble est revenu aujourd’hui avec trois habitants seulement, le reste s'étant sauvé dans les bois. Le nombre des prisonniers dans les deux forts s'élève présentement à 420.
16 août. - Ma compagnie s’est embarquée aujourd'hui sur le Warren, capitaine Adams, celles d'Osgood et du lieutenant Crooker se sont embarquées sur le York, capitaine Preble ; celle d’Adams et ce qui restait de la compagnie de Hobbs, s’em-
barquèrentsur le Grey Hound, capitaine Hodgskins, à destination de Piziquid.
18 août. — Nous avons remonté la rivière Piziquid jusqu'au fort Edouard, où nous sommes arrivés dans la matinée, à 11 heures; nous avons trouvé l'endroit agréable, mais le fort ne pourrait opposer une résistance sérieuse. Je me suis rendu ensuite auprès du capitaine Murray, nous avons dîné ensemble en compagnie de ses officiers et j'ai été mis au courant des instructions suivantes adressées au capitaine Murray savoir :
Instructions du lieutenant gouverneur Lawrence au capitaine Murray.
Il doit faire tous ses efforts pour empêcher les habitants de s’enfuir de la province.
Il doit autant qu’il est en son pouvoir empêcher les habitants de transporter leurs effets ou de les cacher dans les bois ; leur ordonner de continuer la récolte du foin, de leurs céréales et de prendre soin detous les produits de leurs terres comme s'ils devaient rester dans la province ; sinon, ils devront être traités avec la plus grande sévérité lors de l’embarquement. En conséquence, des détachements devront surveiller la campagne et se tenir au courant de tout ce qui se passera parmi les habitants qui maintenant vont avoir recours uniquement à l'intrigue et à la ruse. -
Si le capitaine Murray soupçonne que les habitants ont des armes à feu en leur possession, il doit par tous les moyens chercher à s’en emparer. [l ne leursera permis d’emporter avec eux, lors de leur déportation, que leur argent et leur mobilier ; ils doivent ignorer autant que possible les endroits qui leur sont destinés et chacun doit continuer de croire (mon opinion est qu’ils le croient certainement) que le gouvernement, après tout, ne les expulsera pas de leurs propriétés, afin qu'ils n'aient pas la moindre tentation d’inquiéter les transports lorsque ceux-ci arriveront. Il faudra tolérer le moins possible de rapportsentre les soldats et les habitants, et surtout leur cacher la défaite du général Braddock.
Immédiatement après l’arrivée du colonel Winslow aux Mines,
il établira ses quartiers aux alentours de l’église ou dans l’église même s’il le juge à propos, pour la sûreté et le bien-être de son monde... À la première occasion favorable, faites transporter par eau ou par terre les deux prêtres que vous détenez actuellement. Arrêtez et emprisonnez ceux des habitants que vous surprendrez à haranguer et à soulever le peuple... Ne souffrez pas non plus la moindre arrogance de la part des habitants, surtout après l'arrivée du colonel Winslow ; et s'ils se comportent d’une manière répréhensible, punissez-les en conséquence Si vous emprisonnez quelques habitants dans votre fort, surveillez-les étroitement, et vous devrez exiger que leurs parents ou leurs voisins les nourrissent durant le temps de leur incarcération; autrement, ils nous coûteraient bien cher et cela n'étant pas inévitable, je ne pourrais en aucune manière le tolérer.
Aussitôt après son arrivée, mettez le colonel Winslow au courant des instructions qui précèdent, et faites en sorte d’informer les habitants que, dans le cas où ils tenteraient de détruire ou de molester des troupes de Sa Majesté, soit par le moyen des sauvages ou par d’autres, vous avez reçu mes ordres d'exiger de ceux dans le voisinage desquels l’offense aurait été commise, œil pour œil, dent pour dent, en un mot, vie pour vie...
CHas. LAWRENCE.
Halifax, 9 août 1755.
Le colonel Winslow au gouverneur Lawrence.
Je suis arrivé à la Grand’Prée le 19 août et après avoir pris connaissance des lieux, j’ai trouvé les alentours de l'église que vous m'avez désignés très avantageux pour l'installation de mon camp. J’ai envoyé chercher les vieillards pour leur faire enlever les choses sacrées afin qu'elles ne soient pas souillées par les hérétiques.
Pour se protéger contreles surprises, je vais faire construire par le détachement une enceinte palissadée s'étendant de l’église jusqu'au cimetière.
Le colonel Winslow à William Shirley, gouverneur de la province de la Baie de Massachusetts.
Au camp de la Grand’Prée, Nouvelle-Ecosse, 22 août 1755.
Je me suis embarqué à Chignictou, le 16 courant, avec 315 hommes, y compris les officiers. J’ai pris connaissance des
dépêches du colonel Lawrence m’ordonnant d'établir mes quartiers aux Mines. En conséquence, profitant de la marée suivante, j'ai descendu la rivière de ce nom et je suis ensuite entré dans la rivière Gaspereau où nous avons débarqué. J'ai établi mon camp entre l’église et le cimetière. Je me loge dans le presbytère et l’église a été transformée en place d'armes. Je fais construire une enceinte palissadée dans mon camp, afin d'éviter toute surprise. J'attends un renfort de 200 hommes qui doivent arriver bientôt. Quant aux habitants appelés neutres, le sort de ceux de Chignictou semble Bxé, puisqu'il est décidé de les déporter. Nous détenons prisonniers actuellement dans les forts Lawrence et Cumberland 400 des principaux d’entre eux ; les femmes et les enfants ont la permission de rester dans leurs maisons. Il est probable que les habitants de toute la province, bien que coupables à un moindre degré que ceux de Chignictou et de la Baie Verte qui ont commis des actes de violence (1), subiront le même sort.
23 août. — L’enceinte palissadée a été terminée aujourd'hui et nous avons entrepris de nous débarrasser de l’une des plaies de
l'Egypte.
Halifax, 11 août 1755.
Instructions secrètes envoyées au lieutenant-colonel Winslow, commandant des troupes de Sa Majesté aux Mines, et en son absence au capitaine Alexandre Murray, commandant des troupes de Sa Majesté à Piziquid, au sujet de l'expulsion des habitants des districts des Mines, de la rivière Piziquid, de la Rivière-aux-Canards, de Cobequid, etc, situés dans la Nouvelle-Écosse.
Monsieur, après avoir fait connaître au capitaine Murray, par ma lettre du 31 juillet dernier, les raisons qui ont fait prendre au Conseil de Sa Majesté la résolution de chasser tous les habitants français et de purger le pays de si mauvais sujets, (laquelle lettre il vous communiquera en même temps que les instructions que je vous ai envoyées depuis) il ne me reste plus qu'à vous donner les ordres et instructions nécessaires à l'exécution d’un projet si solennellement décidé.
(1) Winslow fait allusion aux Acadiens réfugiés dans la zone française autour du fort de Beauséjour. « Les habitants, de toute la province », ce sont . les Acadiens demeurés dans la zone anglaise,
Afin d'empêcher ces habitants de revenir dans cette province ou d’aller se joindre aux Français du Canada et de Louisbourg, il a été décidé qu'ils seraient dispersés dans les colonies de Sa Majesté sur le continent américain.
A cette fin, des transports sont envoyés dans la Baie pour embarquer ceux de Chignictou. Le colonel Monckton expédiera au Bassin des Mines les transports qu’il n’aura pu remplir, afin de déporter aussi les habitants de cet endroit. Vous recevrez aussi des vaisseaux de Boston en nombre suffisant pour transporter mille personnes, à raison de deux par tonneau.
A l’arrivée des navires de Boston et de Chignictou dans le Bassin des Mines, vous embarquerez tous les habitants des districts des Mines, Piziquid, Cobequid, la Rivière-aux-Canards, etc., dont vous vous emparerez par tous les moyens ; vous devrez surtout vous efforcer de saisir les chefs de famille et jeunes gens et les distribuer sur les navires à raison de deux par tonneau autant que possible.
Afin de vous faciliter la tâche de l’approvisionnement des navires j'ai confié en l’occasion la charge de préposé aux vivres à à M. Georges Saul. Je lui ai donné des instructions particulières à cet effet avec ordre de vous les communiquer...
Destination des vaisseaux assignés au rendez-vous, dans le Bassin des Mines.
Pour la Caroline du Nord, un nombre suffisant pour transporter à peu près 500 personnes.
Pour la Virginie, un nombre suffisant pour transporter à peu près 1 000 personnes.
Pour le Maryland, un nombre suffisant pour transporter à peu près 500 personnes, ou un nombre proportionnel de vaisseaux si le nombre des expulsés devait excéder 2.000.
Si les vaisseaux de Boston arrivent au Bassin des Mines avant M. Saul, ils devront attendre à cet endroit l’arrivée de celuiciavecles vivres. Si vous avez embarqué les habitants avant l’arrivée du préposé aux vivres, vous pourrez, s’il y a nécessité, faire distribuer à chaque personne 5 livres de farine et une livre de porc pour chaque semaine ; M. Saul a reçu ordre de vous remettre les vivres que vous aurez fournis.
Une fois la population mise à bord, vous aurez la bonté de remettre au capitaine de chaque vaisseau une des lettres que j'ai signées (et dont vous recevrez un nombre suffisant). Vous les adresserez au gouverneur ou au commandant en chef de chaque province où les déportés devront être débarqués.…. En mêmetemps vous donnerez aux Capitaines vos instructions par écrit. Vous leur recommanderez de suivre l'itinéraire susmentionné, et à
leur arrivée à destination, de se rendre immédiatement chez le gouverneur ou le commandant en chef de la province quileur aura été assignée, et de lui remettre la lettre dont ils seront chargés, de débarquer leurs passagers aussi promptement que possible et d'obtenir les certificats conformes à la formule cidessus. Dans vos instructions aux capitaines vous devrez leur enjoindre sévèrement de prendre les plus grandes précautions et d'exercer la plus stricte surveillance pendant toute la traversée, afin de prévenir toute tentative des déportés pour s'emparer des vaisseaux. En conséquence, les capitaines ne devront tolérer qu'un petit nombre de passagers présents à la fois sur le pont et ne rien négliger pour éviter toute tentative de ce genre ;ils devront aussi prendre bien garde que les habitants, lors de l’embarquement, n’emportent avec eux ni armes ni quoi que ce soit qui pourrait en tenir lieu, et voir à ce que les vivres soient distribués conformément à la ration fixée par les instructions données à M. Saul.
Le capitaine Murray connaissant bien ces gens etle pays, je vous conseille de le consulter en toute occasion, surtout quant aux moyens à prendre pour les rassembler et les embarquer. Si les moyens de douceur ne réussissent pas, vous aurez recours aux mesures les plus énergiques pour les embarquer et pour enlever à ceux qui prendront la fuite toute possibilité de se mettre à l'abri, en brûlant leurs maisons et en détruisant dans le pays tout ce qui pourrait leur servir de subsistance. Vous recevrez ciincluse une copie des chartes-parties convenues entre les capitaines des transports et le gouvernement. Je crois devoir vous informer que celles qui concernent les navires de Boston renferment à peu près les mêmes conditions que les autres. Vous constaterez que ces vaisseaux sont nolisés au mois et vous devrez agir le plus vite possible afin de diminuer les dépenses.
Je vous conseille d'envoyer le sloop Dove à Annapolis pour y embarquer la population de cet endroit, si rien de sérieux ne vous en empêche, vu que ce navire appartient au Connecticut et que les habitants d’Annapolis doivent être déportés dans cette province.
Immédiatement après l’embarquement de la population, au moment de mettre à la voile, vous informerez le commandant de la marine royale qu'il doit escorter les transports et prendre la mer sans perdre de temps.
Après avoir embarqué tous les habitants des environs du district du Bassin des Mines que vous aurez pu rassembler, vous vous rendrez vous-même à Annapolis Royal, sinon vous y enverrez un fort détachement pour aider le major Handfield à embar-
quer la population de cette rivière ; et tous les déserteurs que. vous pourrez saisir devront être conduits à Annapolis pour être embarqués avec les déportés de cet endroit.
Cas. LAWRENCE.
Le gouverneur Lawrence au colonel Winslow.
Halifax, 11 août 1755.
Les instructions ci-incluses renfermant toutes les explications nécessaires à l'égard de ce qu’il y a à faire, je n'ai rien à ajouter sinon que vous devrez avoir recours aux moyens les plus sûrs pour rassembler les habitants et les embarquer, et vous servir de la ruse ou de la force selon les circonstances. Je désire surtout que vous ne teniez aucun compte des supplications et des pétitions que vous adresseront les habitants, quels que soient ceux qui désirent rester...
30 août. — Le capitaine Murray est venu hier soir et a apporté toutes les commissions, instructions et lettres susmentionnées. Nous avons envisagé les mesures à prendre pour déporter tous les habitants des villages de la Grand’Prée, des Mines, de la Rivière-aux-Canards, des Habitants et de Gaspereau. Nous avons décidé de convoquer tous les habitants mâles de ces villages à l’église de la Grand’Prée, pour le 5 septembre prochain, sous le prétexte de leur communiquer les instructions du roi. Le même jour, le capitaine Murray devra rassembler de la même manière, au fort Edouard, les habitants de Piziquid et des villages voisins. J'ai écrit aujourd’hui au colonel Lawrence pour lui faire connaître le plan que nous avons adopté. Après le départ du capitaine Murray, j'ai réuni les capitaines Adams, Hobbs et Osgood et après avoir exigé d'eux le serment de garder le secret et leur avoir fait connaître mes instructions, ils approuvèrent tous le plan quele capitaine Murray-et moi venions d'adopter.
Cet après-midi, trois des transports nolisés pour la déportation des habitants français, les sloops Gooding, Stone et Dunning sont
arrivés de Boston et nous ont appris que plusieurs autres arriverontbientôt.
è Me] CO
Le colonel Winslow au gouverneur Lawrence.
Grand’Prée, 30 août 1755.
J'ai eu l'honneur de recevoir de Votre Excellence ses lettres du 11 et du 26 courant, que le capitaine Murray a eu la bonté de m'apporter. Je me suis entendu avec lui au sujet de la tâche que nous avons à remplir. Mais toutes les récoltes étant coupées et la température ayant empêché les habitants de les engranger, nous avons cru devoir attendre jusqu'à vendredi pour faire connaître les ordres de Votre Excellence. Nous nous proposons de les communiquer à la population ce jour-là.
Bien que nous soyons chargés d’un devoir pénible à remplir, je crois que les mesures prises sont nécessaires et je m’efforcerai de suivre rigoureusement vos ordres. J’emploierai tous les moyens pour transporter les habitants des environs dans un meilleur pays. Quant au père Le-Blond [René Le Blanc], avec la permission de Votre Excellence, je l’enverrai à l’endroit d’où je viens moi-même.
Le Major Handfield au colonel Winslow.
Annapolis Royal, 31 août 1755.
Immédiatement après l’arrivée d'un transport envoyé par MM. Apthrop et Hancock pour déporter les habitants français, j'ai donné ordre à un détachement de s'emparer d’une centaine de chefs de famille et des jeunes gens. Mais tous les chefs de famille se sauvèrent dans les bois, emportant avec eux leur literie, etc. et nos hommes n’en trouvèrent aucun dans les villages. Je désire que vous m'’envoyiez, aussitôt que vous pourrez en disposer, un renfort de quelques hommes, afin que je puisse les mettre à la raison.
Le colonel John Winslow au capitaine Murray.
Grand’Prée, 1er septembre 1755.
.… Je me propose d’aller vous voir demain matin, afin de m’entendre avec vous au sujet des dernières dispositions à prendre. Je dois vous informer que trois des transports sont arrivés, que les habitants sont allés à bord et ont cherché à connaître Jeur destination. Mais je m'étais concerté avec les capitaines de
ces vaisseaux et ceux-ci avaient reçu ordre de répondre que ces transports avaient été envoyés pour l'utilité des troupes. Les capitaines m'ont appris que onze autres navires doivent venir de Boston et mettront à la voile dans quelques jours.
2 septembre. — Je me suis rendu en bateau de bonne heure ce matin au fort Edouard, afin de m’entendre avec le capitaine Murray, au sujet de la tâche critique que nous avons à remplir. Nous avons définitivement adopté le projet que nous ‘avions conçu, et nous sommes convenus de rassembler les Acadiens à trois heures de l’après-midi. Les habitants de mon district seront sommés de se réunir à l’église de la Grand'Prée, et ceux du district du capitaine Murray devront se rendre au fort Edouard, à Piziquid. Nousavonsfait traduire cette sommation (1)
en français par M. Beauchamp [sic pour Isaac Deschamps], marchand.
N. B. — La capitaine Murray adressera la sommation aux habitants de Piziquid, etc.
3 septembre. — Après avoir pris aujourd’hui l'avis de mes capitaines, il a été décidé que je devais adresser demain matin ma sommation aux habitants.
4 septembre. — Ce matin, j'ai chargé le D' Rodion de faire connaître la sommation aux habitants...
D. — Arrestation des Acadiens dans l’église de Grand Pré (5 septembre 1755). (Journal de Winslow, suite.)
5 seplembre. — Quatre cent dix-huit des principaux habitants se sont présentés à l’église de la Grand’Prée à trois heures de l'après-midi, conformément à l’ordre qu’ils avaient reçu. J’ai donné ordre d’apporter une table au centre de l’église, et, assisté de mes officiers qui faisaient la garde, je leur ai communiqué, au moyen d’interprètes, les ordres du roi (2).
[Winslow les déclara ensuite tous prisonniers du roi et fit publier la déclaration suivante :] :
(1) Nous donnons le texte de cette proclamation dans l'extrait d'Haliburton. Voy. plus loin.
(2) On trouvera le texte de cette proclamation dans l'extrait d'Haliburton. Voy. plus loin.
| Grand’Prée, 5 septembre 1755.
Les présentes sont pour faire savoir aux officiers, soldats et marins au service de Sa Majesté, ainsi qu’à ses sujets de toute dénomination, que tous les bestiaux, tels que chevaux, bêtes à cornes, moutons, chèvres, cochons et volailles de toutes sortes, qui appartenaient jusqu’à aujourd’hui aux habitants français sont confisqués par Sa Majesté, qui en prend possession, et que personne ne devra, sans un ordre spécial, blesser, tuer ou détruire quoi que ce soit, ni piller les vergers ou les jardins, ni faire aucun ravage d’aucune sorte dans ces districts.
JoHN WixsLow.
Je me rendis ensuite à mes quartiers. Les habitants français, par l'intermédiaire des plus anciens, exprimèrent leurs regrets d'avoir encouru le mécontentement de Sa Majesté et leurs craintes que la nouvelle de leur emprisonnement ne portât un coup terrible à leurs familles. De plus, se trouvant dans l’impossibilité d'apprendre à leurs parents la triste situation dans laquelle ils se trouvaient, ils me demandèrent de garder un certain nombre d’entre eux comme otages et de permettre au plus grand nombre de retourner dans leurs familles. Ces derniers s’engagaient à ramener avec eux ceux des habitants qui étaient absents lorsque furent lancés les ordres de rassemblement. Je leur répondis que je réfléchirais à leur demande et leur communiquerais ma déclaration.
J'ai réuni immédiatement mes officiers afin de leur soumettre la demande des prisonniers et nous décidâmes de leur faire choi- Sir vingt d’entre eux, dont ils seraient responsables. Pour former ce nombre, ils devaient en nommer dix de la Grand’Prée et dix autres de la Rivière aux Canards et de la Rivière aux Habitants, qu'ils devaient charger d’aller annoncer aux familles ce qui s'était passé et apprendre aux femmes et aux enfants qu'ils seraient en sûreté dans leurs demeures pendant l'absence des chefs de familles. Ces délégués devaient, en outre, s'assurer du nombre des habitants absents et faire leur rapport le lendemain.
Le capitaine Murray au colonel John Winslow.
Fort Edouard, 5 septembre 1755.
J'ai très bien réussi et je me suis emparé de 183 hommes. À l'exception des malades, je crois qu'il en reste très peu. J'espère que vous avez aussi opéré avec succès. Je serais heureux derecevoirles transports aussitôt que possible, car vous savez que le fort n'est pas grand.
P. S. — Je vous ai envoyé le fils de Pierre (1) Leblanc, afin qu'il soit déporté avec son père que vous avez pris sous votre protection.
Depuis que j'ai écrit ce qui précède, il est arrivé un ou deux transports.
Le colonel John Winslow au capitaine Alex. Murray.
Grand’Prée, 5 septembre 1755.
Je viens de recevoir votre lettre de ce jour et me réjouis d'apprendre que vous vous êtes acquitté avec succès de votre tâche. Je dois vous dire que tout s’est bien passé ici. Le nombre de prisonniers que j'ai présentement sous ma garde ne doit pas être beaucoup au-dessous de 506. J’ai permis à vingt d’entre eux (pour lesquels les autres sont responsables) d’aller faire connaître aux familles des prisonniers ce qui était arrivé ; ces délégués m'ont promis qu'ils reviendraient…
Quant aux transports, je vous les enverrai aussitôt qu'il seront arrivés. J'embarquerais la population d'ici et j’ordonnerais le départ si j'avais reçu les vivres. Je ne sais pourquoi M. Saul n'est pas encore arrivé ici et pour quelle raison la barge n'est pas revenue de Chignictou. La situation actuelle m'inquiète et m'embarrasse sérieusement. Je voudrais avoir un plus grand nombre d'hommes sous mon commandement, car je me demande sije vais être capable de terminer ma tâche avec le nombre de soldats que j’ai à ma disposition.
Le 5 septembre, les prisonniers français n’ayant pas de vivres et se plaignant de la faim, ont demandé du pain; je leur en ai fait distribuer et j'ai donné ordre que les familles de prisonniers
(1) Sic pour le Père Le Blanc fil s’agit du notaire),
leur fournissent la nourriture à l'avenir. Ainsi s’est terminée la journée mémorable du 5 septembre, journée de fatigue et d’inquiétude.
Le colonel John Winslow au capitaine Alex. Murray.
Grand'Prée, 7 septembre 1755.
… de dois vous apprendre qu'ici tout se passe aussi bien que possible et que la population accepte son sort avec autant de résignation que j'en aurais moi-même dans une semblable situation. Je permets aux meuniers de faire leur travail habituel, comme par le passé. Je permets également à dix prisonniers de la Rivière aux Canards, etc., et à dix autres de la Grand’Prée d'aller à tour de rôle chercher ce dont les prisonniers ont besoin. Il s’en est présenté 418 le premier jour et si la liste qu’ils m'ont donnée est exacte, 34 chefs de famille sont malades. Six autres habitants sont venus se livrer aujourd’hui et je crois qu’un très petit nombre a l'intention de prendre la fuite. Je vais envoyer un détachement cet après-midi sous les ordres du lieutenant Handfield arrivé vendredi d’Annapolis, avec instruction de se rendre jusqu'aux maisons les plus éloignées, afin de s'assurer si la liste qui nous a été fournie est exacte. Si nous découvrons que nous avons été trompés, je serai dans l’obligation de faire des exemples, conformément aux instructions que j'ai reçues...
Cinq transports sont ici actuellement, et je suppose que vous en avez deux autres à votre disposition. Une fois les vivres arrivés, j'en ferai une distribution au prorata du nombre des prisonniers. Je suis persuadé que le gouvernement n'a pas nolisé un nombre suffisant de vaisseaux. Le fils de René Leblanc se comporte aussi bien que son père ; il nous dit qu'il a empêché les jeunes gens de prendre la fuite et je le crois digne de confiance.
Le capitaine Alex. Murray au colonel John Winslow.
Fort Edouard, 8 septembre 1755,
J'accuse réception de votre lettre, et je dois vous dire que je suis content d'apprendre que tout va bien à la Grand’Prée et que les pauvres diables sont si résignés. Ils ont montré plus de patience que j'en attendais de gens dans leur situation, et je suis grandement surpris de constater l'indifférence réelle ou feinte des femmes.
Quand je pense à ceux d’Annapolis, je me réjouis de les avoir sommés de venir au rendez-vous. Je crains qu'il n’y ait des pertes de vie avant que nous n’ayons terminé le rassemblement ; vous savez que nos soldats les détestent et qu'ils profiteront de n'importe quel prétexte pour les tuer...
J'ai hâte de voir ces pauvres infortunés embarqués et notre tâche terminée ; alors, je m’accorderai le plaisir de vous faire une visite et nous boirons à leur voyage,
[ Winslow fait embarquer 230 jeunes Acadiens.]
10 septembre. — J'ai remarqué ce matin, parmi les Français, une agitation inaccoutumée qui me cause de l'inquiétude. J'ai réuni mes officiers auxquels j'ai fait part de ce que j'avais remarqué, et, après avoir examiné la situation, il fut décidé, à l'unanimité, de séparer les prisonniers. Afin de protéger le service de Sa Majesté et de mettre tout le monde à l'abri du danger, nous convîinmes de faire monter cinquante prisonniers sur chacun des cinq vaisseaux arrivés de Boston, et de commencer par les jeunes gens. Le capitaine Adams, du Warren, vaisseau de guerre au service de Sa Majesté (1), fut chargé de prendre les transports sous son commandement, et une fois les prisonniers rendus à bord, de donner aux capitaines des vaisseaux les ordres nécessaires pour la protection du service de Sa Majesté. Il fut décidé de confier la garde de chaque vaisseau à six sous-officiers ou soldats. Ensuite le capitaine Adams et les capitaines des vaisseaux reçurent ordre de tout préparer pour l’embarquement des captifs. Je fis venir le père . Landry, leur meilleur interprète et celui d’entre eux qui parlait le mieux l'anglais. Je lui dis que nous allions commencer l’embarquement d’une partie des habitants, que nous avions décidé d'en embarquer 250 le jour même et que nous commencerions par les jeunes gens. Je le chargeai d’avertir ses compagnons de cette décision qui l’a beaucoup surpris. Je lui dis qu’il fallait que la chose se fasse, que je donnerais ordre de mettre tous les prisonniers en lignes de six hommes de front, avec les jeunes gens à gauche, et que la marée ne me permettait pas de leur accorder plus d’une heure pour se préparer. Toute la garnison fut appelée sous les armes et placée derrière le presbytère, entre l'église et les deux portes de l'enceinte palissadée. Selon mes ordres, tous les habitants français furent rassemblés,
(1) Détaché de la flotte anglaise commandée par l'amiral Boscawen, alors à l'ancre dans la rade d’Halifax.
les jeunes gens placés à gauche. Ensuite, j'ordonnai au capitaine Adams, aidé d’un lieutenant et de 80 sous-officiers etsoldats, de faire sortir des rangs 141 jeunes gens et de les escorter jusqu'aux transports. J’ordonnai aux prisonniers de marcher. Tous répondirent qu'ils ne partiraient pas sans leurs pères. Je leur répondis que c'était une parole que je ne comprenais pas, car l’ordre du roi était pour moi absolu et devait être exécuté impérieusement ; que je n’aimais pas les mesures de rigueur et que le temps n’admettait pas de pourparlers ou de délais. J’ordonnai à toutes les troupes de mettre la baïonnette au canon et de s'avancer sur les Français. Je commandai moi-même aux quatre rangées de droite des prisonniers, composées de vingt-quatre hommes, de se séparer du reste ; je saisis l’un d'entre eux qui empêchait les autres d'avancer et je lui ordonnai de marcher. Il obéit et les autres le suivirent, mais lentement. Ils s’avançaient en priant, en chantantet en se lamentant, et sur tout le parcours (un mille et demi) les femmes et les enfants, à genoux, priaient et faisaient entendre leurs lamentations.
J'ordonnai ensuite à ceux qui restaient de choisir parmi eux cent neuf hommes mariés qui devaient être embarqués après les jeunes gens. La glace était rompue et le nombre indiqué fut rassemblé sous la surveillance du capitaine Adams. J’ordonnai ensuite au capitaine Osgood, aidé d'un subalterne et de 80 sousofficiers et soldats, de les escorter, mais lors de l’embarquement le capitaine Osgood constata qu'il n’y en avait que 89 au lieu de 109. De sorte que le nombre de prisonniers mis à bord ce jourlà fut de 230. Ainsi se termina cette pénible tâche qui donna lieu à une scène navrante.
Le capitaine Adams donna ordre aux transports de descendre la rivière Gaspereau et de jeter l’ancre à l'embouchure de cette rivière et de Ja rivière Piziquid. Je fis alors connaître à la population française qu'il était loisible aux familles et aux amis des prisonniers de fournir les vivres dont ceux-ci avaient besoin à bord des transports, ou de me laisser le soin de les nourrir aux frais du roi. Comme ils décidèrent de fournir la subsistance aux prisonniers, je donnai ordre à tous les bateaux de profiter des marées de chaque jour pour venir chercher les vivres qu’apporteraient les femmes et les enfants pour les prisonniers à bord des navires, et d'envoyer un prisonnier sur chaque bateau pour les recevoir et les distribuer ensuite à chaque personne à laquelle ils étaient destinés ; et en outre de transporter sur les bateaux, en aussi grand nombre que possible, les amis qui désireraient rendre visite aux prisonniers sur les navires.
Le colonel Winslow au capitaine Murray.
Grand’Prée, 11 septembre 1755.
J'ai embarqué sur les vaisseaux 230 de nos amis les Français etje vais en ajouter vingt autres à ce nombre aujourd'hui ; leurs amis restés dans les villages leur apportent des vivres.
Je suis fatigué d'entendre des lamentations.…
Le. gouverneur Lawrence au colonel Winslow.
Halifax, 11 septembre 1755.
Le capitaine Murray m'a fait connaître que les mesures que vous avez prises pour rassembler les habitants ont très bien réussi ;et, certes, je les approuve entièrement. Le village de Cobequid faisant partie du district dont vous êtes chargé, j'y ai envoyé, à la demande du capitaine Murray, le capitaine Lewis, avec autant d'hommes dont on peut se passer ici, pour aider à s'emparer des habitants de cet endroit, et je crois que cette tàche sera rude. Le capitaine a visité ces endroits dernièrement et connaît bien la topographie de ces villages. Pour cette raison, je le crois apte à diriger cette entreprise et à vous suggérer les moyens à prendre pour la mener à bonne fin ; par conséquent, j'aimerais que tous les deux, le capitaine Murray et vous, vous concertiez avec lui. L’amiral (1) a ordonné récemment au capitaine Diggs d’escorter les transports avec un vaisseau de vingt canons ; j'espère qu'il arrivera avant longtemps. Vous devrez embarquer les hommes aussitôt que possible et faire en sorte que les femmes leur fournissent des vivres jusqu’à leur départ ; ce qui fera une économie considérable pour le gouvernement, Mais s’il vous est impossible d'obtenir cela, vous devrez suivre vos instructions. Rogers mettra à la voile demain ou après-demain, et apportera des vivres. Le détachement emmènera les députés qui ont été retenus ici, afin qu'ils soient déportés avec leurs familles ; vous réunirez ceux des Mines et de la Rivière-aux-Canards aux prisonniers de ces endroits, puis vous enverrez ceux d’Annapolis au major Handfield et vous les ferez escorter par un détachement. Je crois que les habitants auront presque terminé leurs récoltes avant leur arrestation ; et vous devrez, dans l'intérêt public,
1} Boscawen.
préserver autant de grain que vous pourrez et protéger les bestiaux, dont nous aurons grand besoin pour le ravitaillement en vivres frais de notre flotte et de nos soldats. J'ai déjà mis le capitaine Murray au courant de cette nécessité.
Lorsque vous enverrez un détachement au capitaine Handfield, donnez ordre de fouiller tous les villages situés le long de la rivière et de conduire à Annapolis tous les hommes qui y seront trouvés ; donnez ordre également aux femmes de les suivre avec les enfants et d'apporter autant de vivres que possible, afin de nourrir les prisonniers jusqu'à leur départ.
[Les Acadiens prisonniers à Grand-Pré rappellent les promesses solennelles que leur ont faites dans le passé les autorités britanniques de respecter leur neutraliié.]
12 septembre. — J'ai reçu, hier, des habitants neutres, une pétition rédigée en français ; je l'ai fait parvenir par le lieutenant Mercer à M. Deschamps qui, après en avoir fait la traduction en anglais, me l’a retournée.
Au colonel Winslow :
Vous trouverez ci-inclus les deux documents français. J'en ai traduit en anglais les parties essentielles qui suffiront à vous faire comprendre les demandes des habitants...
Isaac Descaamps.
N° 1. — Pétition des habitants au général Philips, demandant que le libre exercice de leur religion soit accordé à ceux qui prêteront le serment de fidélité à Sa Majesté le roi George avec le privilège d’avoir des missionnaires au milieu d’eux ; et que la possession de leurs propriétés leur soit garantie sur paiement des cens et rentes ordinaires. La réponse signée par le général Philips annonçait aux habitants que leur pétition avait été agréée (25 avril 1730). e
Vient ensuite un certificat de monsieur De la Godelis [de la Goudalie} et d'Alex. Nouville [de Noinville] prêtres, déclarant que le général Philips promit aux habitants qu'ils seraient dispensés de prendre les armes contre les Français ou contre les sauvages ; en même temps que les dits habitants s’engageaient à ne pas prendre les armes contre l’Angleterre ou contre son gouvernement.
En date du 29 avril 1730.
Nous, Charles de la Goudalie, Prêtre, Curé Missionnaire de la paroisse des Mines, Grand’Prée et la Rivière-aux-Canards, et Noël Alexandre Noiville [de Noinville], Prêtre, bachelier de la Sacrée Faculté de Théologie de Sorbonne, Missionnaire Apostolique et curé de l’Assomption et de la Sainte-Famille de Piziquid, certifions à qui il appartiendra, que Son Excellence le Seigneur Richard Philips, écuyer, capitaine en chef et Gouverneur Général de la Province de Sa Majesté, la Nouvelle Ecosse en Acadie, a promis aux habitants des Mines et autres rivières qui en dépendent, qu'il les exempte du fait des armes et de la guerre contre les François et les Sauvages, et que les dits habitants se sont engagés uniquement et ont promis de ne jamais prendre les armes dans le fait de la guerre contre le Royaume d’Angleterre et Son Gouvernement. Le présent certificat fait et donné et signé par nous cy-nommés, le 25 avril 1730, pour être mis entre les mains des habitants, et leur valoir et servir partout où besoin sera ou que de raison en est.
Signé : DE LA GOUDALIE, curé, Noëz Notivizce, Prétre et Missionnaire, DesourG BELLENUMEUR, collationné le 25 avril.
[Les prisonniers demandent à se rendre au Canada.]
No2. — Pétition adressée à John Winslow, écr., lieutenantcolonel des troupes de Sa Majesté, commandant à la Grand’ Prée :
À la vue des maux qui semblent nous menacer de tout côté, nous sommes obligés de réclamer votre protection et de vous prier d’intercéder auprès de Sa Majesté, afin qu’elle ait des égards pour ceux qui ont inviolablement gardé la fidélité et la soumission promises à Sa Majesté. Comme vous nous avez fait entendre que le roi vous a donné ordre de nous transporter hors de cette province, nous supplions que, s’il nous faut abandonner nos propriétés, il nous soit au moins permis d’aller dans des endroits où nous trouverons des compatriotes, nous engageant à nous déplacer à nos propres frais, et qu’il nous soit accordé un délai résonnable pour cela. De plus cette faveur nous permettrait de conserver notre religion à laquelle nous sommes profondément
attachés et pour laquelle nous sommes contents de sacrifier nos biens.
Le colonel Winslow à Joshua Winslow, commissaire, etc., à Chignectou.
Camp de la Grand’Prée, 19 septembre 1755:
J'ai actuellement 507 hommes sous ma garde qui, avec leurs femmes et leurs enfants, forment une population de 2.000 personnes dans mon district. Sans compter les villages circonvoisins et plusieurs localités du district de Piziquid, il y a près de 6.000 bêtes à cornes, 8.000 moutons, 4.000 cochons et 500 chevaux. Je ne puis comprendre pourquoi les transports sont encore à Chignectou, et pourquoi je ne reçois pas de vivres.
E. — Embarquement des Acadiens et de leurs families. (Journal de Winslow, suite),
Le colonel Winslow au capitaine Murray.
Grand’Prée, 25 septembre 1755.
J'ai décidé d’embarquer un certain nombre d'habitants aujour-
d’hui.
Le colonel Winslow au gouverneur Lawrence.
Camp de la Grand Prée, 29 septembre 1755.
Je suis très heureux d'apprendre que Votre Excellence approuve ce que j'ai fait, mais mon plaisir serait plus grand, si je pouvais apprendre que les vaisseaux sont arrivés de Chignectou.…
La saison devient chaque jour plus mauvaise, rien ne nous fait prévoir que nous aurons bientôt des transports et je suis peiné de cette perte de temps. J’ai été informé par le capitaine Lewis, le 23 courant, que les habitants de Cobequid ont tous quitté cet endroit, qu'il a commencé à incendier et à dévaster ce canton et qu’il croit terminer sa tâche aujourd’hui...
Le capitaine Diggs est arrivé ici le 26 de ce mois sur le Nightengil de Sa Majesté et s'attendait à trouver la population à bord des transports. Il m’apprit qu'il ne pouvait rester longtemps, que les vaisseaux fussent prêts ou non .. J'ai actuellement 300 hommes à bord des transports...
Le gouverneur Lawrence au colonel Winslow.
Halifax, 30 septembre 1755.
Je profite du départ d'un détachement chargé de porter mes lettres au colonel Monckton à Piziquid, pour vous informer, que l'amiral désire que les habitants qui, d’après vos instructions, devraient être transportés à la Caroline du Nord, soient envoyés à Philadelphie, sous l’escorte du capitaine Diggs. En conséquence, vous devrez prendre vos dispositions en vue de ce changement de destination. J’ai transmis des instructions au colonel Monckton lui ordonnant d'envoyer à la Caroline du Nord, sous le commandement du capitaine Proby, un nombre d'habitants de Chignectou équivalent à celui qui devait être envoyé du Bassin des Mines. Vous devez aussi prendre garde que M. Saul n’outrepasse pas ses instructions lors de la distribution des vivres, et je crois inutile de vous recommander de déporter la population aussitôt que possible, parce que la détention de tout ce monde
cause de grandes dépenses et de grands embarras au service public.
4 octobre. — Le capitaine Murray est venu de Piziquid pour s’entendre avec moi au sujet des dispositions à prendre ; nous avons décidé d'expédier autant de Français que les vaisseaux à notre disposition pouvaient en contenir, et de commencer ce travail lundi prochain.
6 octobre. — Après entente avec mes capitaines, il a été décidé que les familles ne devraient pas être séparées, et que les habitants d’un même village devaient être placés sur le même navire autant que les circonstances le permettraient. Je leur donnai ordre de se tenir prêts à embarquer avec leurs effets, etc. Malgré les dispositions que je venais de prendre à leur égard, je n’ai pu les convaincre que j'étais sérieux.
7 octobre. — Il a plu considérablement aujourd’hui et nous n'avons pas commencé à embarquer la population comme nous l'avions décidé. Pendant la soirée, 24 jeunes gens ont déserté des vaisseaux du capitaine Church et du capitaine Stone, bien qu’il y eût huit hommes de garde sur chaque navire en plus de l'équi-
page. Personne ne peut expliquer comment cette désertion a eu lieu.
8 octobre. — Nous avons commencé à embarquer les habitants qui abandonnèrent leurs domiciles à regret et malgré eux, les femmes très affligées portaient leurs nouveau-nés dans leurs bras, d’autres traînaient, dans des charrettes, leurs parents infirmes et leurs effets Ce fut une scène où la confusion se mélait au désespoir et à la désolation. Environ 80 familles ont été mises à bord des transports des capitaines Church et Milburry. Je fis faire l'enquête la plus rigoureuse, afin de savoir comment ces jeunes gens s'étaient évadés hier, et, après avoir pris connaissance des faits, je constatai qu'un nommé François Hébert, qui se trouvait à bord du navire et y embarquait. ce jour-là, ses effets en avait été l’auteur ou l’instigateur. Je le fis venir à terre, et le conduisis devant sa propre maison, et là, en sa présence, je fis brûler sa maison et sa grange. Je donnai ensuite avis à tous les Français que si les fugitifs ne se rendaient pas dans l'intervalle de deux jours, tous les amis des déserteurs subiraient le même sort ; que de plus, je confisquerais tous leurs effets, et que si jamais ces déserteurs tombaient entre les mains des Anglais, ilne leur serait accordé aucun quartier...
9 octobre. — J'ai fait descendre les hommes qui avaient été embarqués sur les trois premiers transports afin de permettre à leurs familles de les rejoindre à l’arrivée des autres transports. Le père Landré [Landry, François] m'a fait des propositions au sujet du retour des déserteurs ; il croit qu’il serait possible de les faire revenir, mais à condition que je signe la promesse qu'ils ne seront pas punis. Je lui répondis que j'avais déjà donné ma parole d'honneur et que je ne fournirais pas d’autres garanties, quel qu’en puisse être le résultat.
Lettre du colonel Monckton au colonel Winslow.
Fort Cumberland, 7 octobre 1735.
… Je suis peiné d'apprendre les embarras et les fatigues qu'il vous faut subir et je serais heureux de vous secourir s’il m'était possible de le faire.
Après tous les efforts qui ont été faits nous n'avons pas onze cents personnes, de sorte que je vais vous envoyer trois transports d'ici. Il y a quelque temps 86 Français se sont échappés
pendant la nuit en s’ouvrant une issue sous le mur de la caserne, sur une longueur de trente pieds, dans la direction de la courtine du sud. Ce qui rend l'événement regrettable, c’est que ce sont des déserteurs dont les femmes ne sont pas encore arrêtées et qui venaient de Chipoudi, de Peticoudiak et de Memramkouk...
Lettre du major Jedidiah Prebbe au colonel Winslow.
Cumberland, 10 octobre 1755,
Il reste encore dans le fort Cumberland un certain nombre de Français que je voudrais embarquer. Les transports d’ici sont assaillis par un terrible ouragan ; quelques-uns ont cassé leurs câbles et ont été jetés à la côte, d’autres ont été poussés dans l’anse et si ces vaisseaux ne mettent pas à la voile bientôt il n'y en aura pas un en état de transporter les Tartares.
Les Français emmènent tous les jours, sous nos yeux, des bestiaux, des moutons, des cochons et rien n’est fait pour les en empêcher.
Journal de Winslow ; 12 octobre. — Deux des trois transports qui doivent se rendre à Piziquid sont partis pour cette destination. Nos détachements qui patrouillent dans la région ont rencontré un des déserteurs français qui s'est efforcé de s'échapper à cheval. Ils le hélèrent et tirèrent au-dessus de lui, mais voyant qu'il continuait de galoper, l’un de nos hommes l’abattit d’un coup de fusil. Ils rencontrèrent aussi un certain nombre de déserteurs sur lesquels ils tirèrent des coups de feu, mais sans pouvoirs les empêcher de gagner les bois.
Lettre du capitaine Murray au colonel Winslow.
Fort Edouard, 15 octobre 1755,
..Dieu merci, les vaisseaux sont enfin arrivés... Aussitôt que ., . "RE . à à j'aurai expédié mes coquins, je descendrai m’entendre avec vous et nous nous divertirons un peu.
F. — Ordre d’appareiller (13 octobre) (Journal de Winslow, suite).
Le colonel Winslow au capitaine Thomas Church, commandant de la goëlette Le Léopard.
12 octobre 1755.
Vous avez pris à bord de votre goélette 175 personnes, hommes, femmes et enfants, qui forment une partie des habitants français de la province de la Nouvelle-Ecosse. Vous devrez, lorsque le vent et la température le permettront, les transporter dans le gouvernement de Sa Majesté le Maryland. A votre arrivée vous devrez vous rendre chez l’honorable Horatio Sharp, écuyer, lieutenant-gouverneur et commandant en chef de cette colonie ou chez celui qui exercera les fonctions de commandant en chef, et lui remettre le paquet qui vous est confié. Vous devrez aussi vous hâter de débarquer vos passagers et d'obtenir des certificats conformes à la formule que j’envoie aux dits gouverneurs. Il vous faudra, en outre, avoir soin que les passagers n’emportent pas d’armes avec eux; prendre toutes les précautions et être constamment sur vos gardes durant le voyage afin que les passagers ne tentent pas de s’emparer du vaisseau.
De semblables ordres d’appareiïller ont été remis aux capitaines Adams, Millburry, Purrington, Dunning, Hazlam, Bragdon, Stone et Goodwin. Les originaux font partie du registre.
13 octobre. — Le reste des déserteurs, soit 22, est revenu hier soir et a été embarqué secrètement. Celui qui manquait a été tué hier avec son camarade, selon le rapport de ceux qui se sont rendus...
Lettre du colonel Winslow au gouverneur Wm. Shirley.
Camp dela Grand’Prée, 20 oclobre 1775.
… Nous déportons actuellement les habitants et nous aurions terminé ce travail il y a longtemps si nous avions eu des transports. J’ai déporté à peu près tous ceux de la Grand’Prée et de la rivière Gaspereau. Nous avons commencé à embarquer hier ceux de la Rivière-aux-Canards et de la Rivière-aux-Habitants, mais nous n'avons des transports que pour 1.500 personnes. J'ai fait arrêter au moins 500 personnes de plus dans mes districts et tout indique que je vais être chargé d’embarquer au delà de la moitié de la population avec l’aide de 360 hommes seulement y compris les officiers, et dans un endroit où il n’y a pas de fortifications...
Lettre du colonel Winslow au gouverneur Lawrence
Fort Edouard, 27 octobre 1755.
Dans ma lettre du 11 courant, j'ai exprimé à Votre Excellence l'espoir de terminer l’embarquement des habitants français dans le courant de la semaine. Après l’arrivée des sept navires d'Annapolis, j'en ai approvisionné trois que j'ai envoyés ‘au Fort Edouard au capitaine Murray ; les autres sont restés aux Mines où il a fallu deux jours pour les approvisionner d’eau et de bois, puis nous avons commencé l’embarquement des habitants de la Grand’Prée et de la rivière Gaspereau. Dans le but de terminer promptement ce travail, j’ai envoyé le capitaine Adams avec la moitié de mon détachement camper entre la Rivière-aux- Canards et la Rivière-aux-Habitants, à un endroit appelé la Pointe-à-Boudrot, où tous les habitants de ces rivières ainsi que ceux de la Rivière-Perreau avaient reçu ordre de se rendre et où ils s'étaient rassemblés conformément à cet ordre avec leurs familles et leurs effets. Le 18, je donnai mes ordres aux iransports sur lesquels on avait embarqué les habitants de la Grand” Prée, etc., et le 19, je me suis rendu à la Pointe-à-Boudrot pour embarquer ceux qu’on avait rassemblés à cet endroit, comptant pour cela sur les transports qui devaient venir de Chignectou. A ma grande surprise, ils ne sont pas encore arrivés. Sur l’avis de mes officiers, nous décidâmes d’embarquer autant d’habitants que les navires que nous avions à notre disposition pouvaient en transporter et de les déporter aux endroits que Votre Excellence avait désignés. Nous terminâmes ce travail le 21 courant et les transports descendirent sous l’escorte du capitaine Adams et furent confiés au Nightengal, capitaine Diggs. Bien que nous ayons chargé les navires à raison de plus de deux personnes par tonneau et que les déportés soient sérieusement entassés, il me reste cependant sur les bras, par suite du manque de transports, les populations des villages d'Antoine et de Landry et quelques personnes de la Rivière-aux Canards, formant 98 familles et un total de 600 âmes. Je les ai transférées de la Pointe-à-Boudrot à la Grand’Prée, où je les ai installées dans des maisons à proximité du camp. Sur leur parole de répondre à l’appel de leurs noms qui se fait à l'heure du coucher du soleil, je leur permets de se visiter. Je serais heureux d’avoir des vaisseaux à ma disposition et de terminer ma tâche...
Un détachement qui vient d'arriver m'apprend que les navires sont prêts à mettre à la voile...
Lettre du colonel Winslow au gouverneur Lawrence.
Fort Edouard, 31 octobre 1755.
Vos lettres du 23 et27 de ce mois m'ont été remises par le
* détachement. Je suis content de n'avoir pas à m'occuper des
expulsés d’Annapolis, car il n’y a rien de plus désolant que le
spectacle des souffrances des malheureux et je voudrais avoir terminé ma tâche aux Mines.
Après m'être entendu avec le major Murray, nous avons décidé de détruire immédiatement les villages situés dans les environs de nos districts ; nous détruirons la Grand’Prée après le départ des habitants.
(Ibid., 92.)
Incendie des villages français.
Extrait du Journal de Winslow (3 novembre 1755.)
Nombre de constructions, etc., brûlées par le lieutenant-colonel Winslow, dans le district des Mines, etc.
DÉPEN-