‹ L'Évangéline de Longfellow et la Suite merveilleuse d'un poèmeChapitre 6 sur 56 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Introduction historique (1).

A, — L'Acadie, première colonie française en À mérique

du Nord (1604-1710).

Contrairement à une opinion assez répandue, le nom de notre plus ancienne colonie d'Amérique n’est pas une corruption du mot Arcadie : en réalité, l’Acadie (aujourd'hui Nova Scotia ou Nouvelle-Ecosse) doit tirer son nom d’un vocable indien : cadie, dont la signification est : la terre de ou Ja terre fertile en. Cette étymologie expliquerait pourquoi le mot fut longtemps écrit la Cadie, puis l’Accadie, enfin l’Acadie. Nombreux sont, en tout cas, les noms géographiques de la péninsule de Nouvelle-Ecosse ayant conservé leur forme primitive qui possèdent cette terminaison cadie : Shubenacadie, Tracadie, Shenacadie, etc.

Malgré un grand nombre d'études anciennes ou récentes,

(1) Pour la rédaction de cette brève mais indispensable introduction historique, nous avons eu recours aux ouvrages dont nous donnons cidessous la liste. Le le teur désireux, avant de lire le poème, de s’informer plus complètement des faits historiques relatés par Longfeilow, sans s’astreindre à d'aussi importantes lectures, pourra consulter avec fruit : 1° en français, Emile Lauvrière : La Tragédie d'un Peuple, 2 vol. in-80, Paris, 1923, œuvre à laquelle on a pu reprocher une certaine véhémence dans l'exposé, mais qui n'en a pas moins renouvelé entièrement l'histoire de l’Acadie et des Acadiens ; 29 en anglais, John B. Brebner : New England's Outpost, Acadia before the Conquest of Canada, 1 vol. in-8°, New-York, Columbia University Press, et Londres, P.S. King

on n'a pas encore de données absolument précises sur la découverte de cette terre par les Européens. Pendant plusieurs siècles, les Anglais ont prétendu que la péninsule leur revenait de droit puisqu'elle avait été découverte par Jean

and Son, 1927, étude plus condensée que la précédente, mais donnant d'une manière compréhensive et objective le point de vue américain moderne dans l'affaire acadienne.

Sur l’histoire de l’Acadie et des Acadiens, voyez :

Allison (D.) : History of Nova Scotia, 3 vol. Halifax, 1916 ;

Blanchard (J. H.) : Histoire des Acadiens de l'ile du Prince-Edouard. Moncton, N. B., 1927 ;

Brebner (John Bartlet) : New England's Outpost, Acadia before the Conquest of Canada. New-York, 1927 ;

« Canada-Français (Le) » Coll. de Documents inédits sur le Canada et l'Amérique. Québec, 1888-91 ; k

Casgrain (H. R.) : Un pèlerinage au pays d’Evangéline. Québec, 1887. — Les Sulpiciens et les prêtres des Missions étrangères en Acadie (1676-1762). Québec, 1897 ;

Champlain (Samuel) : Des Sauvages, ou Voyage fait en Nouvelle- France. Paris, 1603, 1604. — Les Voyages du sieur Champlain. Paris, 1613. — Voyages et descouvertures faites en la Nouvelle-France. Paris, 1619, 1620, 1627. — Les Voyages de la Nouvelle-France occidentale. Paris. 1632. Nouvelle édit. en 2 vol. in-8°. Paris, 1830.

David (A.) : « Une Autobiographie de l'abbé Le Loutre », dans Nova Francia. vol. VI, n° 1. Paris, janv.-févr. 1931 ;

Denys (Nicolas) : Description géographique et historique des costes de l'Amérique septentrionale. Paris, 1672 ;

Dièreville : Relation du Voyage du Port-Royal de l’Acadie. Amsterdam, 1710 ;

Doughty (A. G.) : The Acadian Exiles. Toronto, 1916 ;

Entremont (H. Leander d’) : The Baronnie of Pombcoup and the Acadians. Yarmouth. N. S., 1931 ;

Garneau (F.-X.) : Histoire du Canada, 5e édit., 2 vol. Paris, 1913 ;

Gaudet (Placide): Le Grand Dérangement. Ottawa, 1922;

Haliburton (T.C.): An Historical and Statistical Account of Nova Scotia, t, 1, Halifax, 1829;

Herbin (F. J.): The History of Grand-Pré, The home of Longfellow's Evangeline. Saint-John, 1913;

Lauvrière (Emile): La Tragédie d'un peuple, 2 vol. Paris, 1923 ; 2° édit., 1926 ;

Le Gresley (Omer): L'Enseignement du français en Acadie, 1604- 1906. Paris, 1925 ;

Le Loutre (abbé) : Description de l’ Acadie, 1741 ;

Lescarbot (Marc): Histoire de la Nouvelle-France, 1612;

Cabot (1), en 1497, et que le navigateur vénitien, parti de Bristol, avait reçu mission de prendre possession, au nom

Lincoln (C. H.): The Correspondence of William Shirley (edit. by), 2 vol. New-York, 1912;

L'Isle-Dieu (abbé de) : Description de l'Acadie, 1753;

Mac Donald (J. S ) : Life and Administration of Governor Lawrence, Nova Scotia Hist. Soc. Coll., XII; '

Mac Lennan (J. S.): Louisbourg from its foundation to its fall. Londres, 1918 ;

Mac Mechan (A. M.) : Red snow on Grand-Pré. Toronto, 1931 ;

Moreau (C.) : Histoire de l'Acadie française. Paris, 1873 ;

Murdoch (B.): A History of Nova Scotia, 3 vol. Halifax, 1865-1867 ;

Parkman (F.) : Pioneers of France in the New World, t. IL, Boston, 1897; — A half-century of conflict, vol. Let Il — Montcalm and Wolfe, vol. I.

Poirier (Pascal) : Origine des Acadiens. Montréal, 1574 ;

Rameau de Saint-Père : Une colonie féodale en Amérique, 2° édit., 2 vol. Paris et Montréal, 1889. — La France aux Colonies. Paris. 1859 ;

Richard (E.) : Acadia (texte anglais), 1895. — Acadie (texte français), édit. augmentée par H. d'Arles, 3 vol. Québec et Boston, 1916-1921;

Rutché (J.) et Forget (A.): Précis d'Histoire du Canada, 3° édit. Montréal, 1932 ;

Smith (P.H.) : Acadia. Pawling, 1884 ;

Wood (G. À ): William Shirley New-York, 1920 ;

Arch. Nat. Colonies, série B, vol. 104 à 189 : .

British Museum. Addit. Mss. Brown Collection. Papers relating to Nova Scotia 19049, 19069-74 ;

Arch. Publ. du Canada, Ottawa. Rapports des années 1884, 1886, 1894, 1897, 1899 (suppl.) et surtout 1905, vol. I et II. — Collection Northcliffe, 1926;

Nova Scotia Archives, Halifax ; I. Selections from the public Documents of the Province of Nova Scotia, edit. by T. B. Akins, 1869. — II. À calendar of two letter-books and one commission-book, edit. by A. M. Mac Mechan, 1900. — III. Original Minutes of his Majesty’s Council at Annapolis royal, 1720 1739, edit. by À M. Mac Mechan, 1908 ;

Nova Scotia Historical Society Collections, The Journal of Colonel John Winslow. HI, p. 71-196 : IV, p. 113-246 ;

Massachusetts Bay Archives, Boston. French Neutrals, vol. XXIII- XXIV — Court Records, XXI, XX ;

Washington, Library of Congress, The Vernon- Wager Mss.

(1) Jean Cabot (Giovanni Caboto) (1450-1498), navigateur et explorateur italien, né à Gênes ; mais résida la plus grande partie de sa vie à Venise, dont il devint citoyen, en 1476 En 1484. Cabot se transporta avec sa famille à Londres et se mit au service des marchands de Bristol, dont il reçut mission de découvrir un passage vers l'Asie. Le 5 mars 1496, il obtint, dans ce but, des lettres patentes du roi Henri VII accordant «to his well-beloved John Cabot, citizen of Venice, to Lewis, Sebastian

du roi Henri VII, de toutes les terres qu'il pourrait découvrir. Cependant, il est douteux que Jean Cabot ait même longé les côtes de la Nouvelle-Écosse actuelle : de sorte que si l’on néglige (comme ayant été sans suite) les voyages probables qu'y firent les Scandinaves vers le x° siècle, il n'est sans doute pas exagéré de dire que le premier explorateur qui prit vraiment possession de l’Acadie, au nom d'une puissance européenne, fut Jacques Cartier, en 1534.

Quoi qu'il en soit, les premiers colonisateurs de l'Acadie furent incontestablement des Français. Il est certain que des pêcheurs français, basques, rochelais, bretons et normands, fréquentaient ces parages, bien avant le célèbre voyage de l'explorateur malouin. La route de l’Acadie était donc connue et les sauvages qui habitaient la péninsule connaissaient les Européens et trafiquaient avec eux vraisemblablement depuis plusieurs centaines d'années quand, au début du xvn° siècle, la France entreprit sérieusement d'y fonder une colonie.

En 1603, un gentilhomme calviniste de Saintonge, ami de Henri IV, de Monts, sieur du Gua (1), reçut de son royal protecteur le titre de « Vice-Roy et Capitaine-général de la Cadie, Canada et autres terres de la Nouvelle-France, s’éten-

and Santius, sonnes of the said John, full and free authority, leave and power upon their own proper costs and charges, to seeke out, discover and find whatsoeverisles, countries, regions and provinces of the heathens andinfidels, which before this time have been unknown to all Christians »,

Le 2 mai 1497, Cabot mettait à la voile de Bristol, à bord d’un bateau nommé Le Mathieu monté par 18 hommes. Après 52 jours de traversée, le navigateur vénitien au service de l’Angleterre atteignit une terre qui devait être l'extrémité nord du Cap-Breton. La bannière royale fut déployée et Cabot prit possession, au nom du roi Henri VII, de cette terre inconnue qu’il croyait être l’Asie. C’est en se basant sur cette découverte assez incertaine de Jean Cabot que les Anglais revendiqueront, au xvne siècle, la possession de l’Acadie française tout entière.

(1) Né près de Royan (Charente-[nférieure).

dant entre le 400 et le 469 de latitude nord », avec mission de peupler, de cultiver et de fortifier lesdits territoires, et de convertir leurs habitants, sans compter, bien entendu, le monopole de la traite des fourrures avec les Indiens.

De Monts (qui n’en n'était pas à son premier voyage en Acadie) partit du Havre le 7 avril 1604, emmenant avec lui son compatriote Samuel Champlain (1), « géographe du roy », et un gentilhomme de Champagne, le sieur de Poutrincourt. De Monts et ses compagnons passèrent leur premier hiver en Acadie dans l’île Sainte-Croix (aujourd'hui l'île Doucet ou Dochet, sur la côte du Maine), puis, au printemps suivant, ils fondèrent Port-Royal (l'Annapolis actuel), dans un site magnifique, à l’entrée de la baïe de

Fundy (2).

Le sieur de Poutrincourt avait traversé l'Océan avec des idées bien différentes de celles de la généralité des découvreurs de ce temps: ses projets n'étaient pas de s’enrichir rapidement par la recherche des métaux précieux, par la pêche ou la traite des pelleteries avec les sauvages, mais de fonder, pour lui-même et sa postérité, un grand domaine agricole en Acadie. Il fut si enchanté de ses découvertes qu'il revint en France, se procura les moyens nécessaires à la création d’un établissement durable et se rembarqua pour Port-Royal, cette fois de La Rochelle, le 15 mai 1606.

Poutrincourt ramenait avec lui toute une colonie de laboureurs et d'artisans, et même deux bourgeois de Paris que son projet avait enthousiasmés : l’apothicaire Louis Hébert et l'avocat Marc Lescarbot, philosophe désabusé et poète à ses heures.

(1) Né à Brouage (Charente-Inférieure).

(2) Dénommée autrefois «la Baie française ».

C'est pour passer ce deuxième hiver en Acadie en belle et joyeuse humeur que fut institué par Champlain, entre les immigrants, le fameux «Ordre du Bon Temps », avec toutes sortes de divertissements et d'amusantes cérémonies (surtout à l’ocasion des repas) d’où la poésie même n’était pas exclue. Les relations des Français avec les sauvages furent si amicales, dès l’origine, que leur vieux chef, le Sagamo Mambertou, était l'hôte attitré de ces joyeuses agapes.

Port-Royal se développa rapidement ; maïs les marchands de Saint-Malo et des autres ports de France, jaloux du monopole de de Monts intriguèrent pour que le roi lui retirât son privilège. En 1607, de Monts et Champlain, abandonnant Port-Royal à Poutrincourt, rentrèrent en France. L'année suivante, en 1608, Champlain remontait plus au nord et fondait Québec, au fond de l'estuaire du Saint- Laurent. Poutrincourt lui-même repassa dans la mèrepatrie, où il s’occupa pendant deux ans et demi à se procurer des cultivateurs, des associés et des fonds. Il se rembarqua pour l’Amérique, le 25 février 1610, emmenant avec lui un missionnaire catholique, l'abbé Fléché. En débarquant à Port-Royal, notre Champenois eut l'agréable surprise de retrouver son établissement intact: les fndiens eux-mêmes étaient si heureux de revoir les Français qu'en quelques semaines 21 d’entre eux furent convertis au catholicisme et baptisés, — à leur tête leur vieux chef Mambertou, à qui l’on donna comme parrain et marraine le roi et la reine de France ! C’est par cet événement mémorable (dont le tricentenaire fut célébré en grande pompe au Canada, le 24 juin 1910) quela France inaugura en Amérique sa politique coloniale à l’égard des indigènes.

Après un voyage ultérieur en France, le fils de Poutrincourt, Charles de Biencourt, ramena avec lui deux jésuites, le P. Biard, professeur de théologie à Lyon, et le P. Massé, deux missionnaires qui devaient être suivis de tant

d’autres : jésuites, récollets, capucins, sulpiciens, etc., non moins zélés à convertir les sauvages qu'à les attacher à la France.

Mais les établissements français d'Acadie ne purent guère prospérer en ces débuts de la colonie, à cause de la vive hostilité des colons anglais protestants dela Virginie. En 1613, le pirate Samuel Argall vint piller et dévaster Port-Royal, et emmena prisonniers les missionnaires jésuites français. Ainsi commençait un conflit où la haine religièuse renforçait encore les rivalités et les haines nationales, conflit qui devait durer un siècle et demi, — jusqu’à l'expulsion totale de l'un des adversaires.

En 1620, le roi d'Angleterre, arguant d'un droit de priorité, à cause des prétendues découvertes de Jean Cabot, étendit la concession de la fameuse compagnie de Plymouth jusqu’au 48° de latitude nord, « à travers tout le continent, d’une mer à l’autre », englobant ainsi dans les possessions anglaises tout le territoire compris actuellement entre Philadelphie etle Saint-Laurent.

D'autre part, un des favoris du roi d'Angleterre, le poète William Alexander (1), reçut en fief l'immense territoire compris à l’est d’une ligne tracée, en direction du nord, de la Rivière Sainte-Croix au golfe Saint-Laurent. Bien entendu, ce vaste territoire, que l'on baptisait dans la

(1) William Alexander, comte de Stirling (ce. 1567-1640) ; poète et homme d'Etat écossais, né à Menstrie House, près de Stirling. Il suivit Jacques VI en Angleterre où il devint gentilhomme extraordinaire de la chambre du Prince Henri. Pour ce prince, il écrivit un poème : Paraenesis to the Prince (1604), qui lui valut d’être anobli en 1609. De 1626 à sa mort, il fut secrétaire du rot pour l’Ecosse. En 1630, il fut fait vicomte de Stirling ; en 1639, il devint comte de Donovan. {1 mourut à Londres, en 1640.

Un premier recueil de ses œuvres parut en 1637, sous le titre : Recreations with the Muses. Une édition moderne complète, avec une introduction, date de 1870 : The Poetical Works, etc. (3 vol., Glasgow.)

charte de concession du nom de Vova Scotia (Nouvelle- Ecosse), comprenait l'Acadie des Français. Aux rivalités importées d'Europe s’ajoutait maintenant une déplorable confusion au sujet des limites des zones française et anglaise, confusion qui deviendra, dans la suite, la source d'inextricables difficultés. Pour inciter les sujets britanniques à émigrer dans la nouvelle colonie, Charles Ier fonda l'ordre des baronnets de Nouvelle-Ecosse. Ces baronnets devaient recevoir une généreuse portion de territoire, à condition de contribuer au développement de la colonie. Un très petit nombre de familles écossaises, cependant, profitèrent de ces avantages, et, jusqu'à la fondation d'Halifax, en 1749, les Anglais ne feront pour ainsi dire aucun effort pour peupler leur Nouvelle-Ecosse.

Malgré ces traverses, Charles de Biencourt fit de son mieux pour continuer l'œuvre de son père. Quand il mourut, en 1624, un des survivants de l'expédition de Monts- Champlain, un certain La Tour, se déclara son héritier, et se construisit un fort au Cap de Sable. La personnalité mystérieuse et la vie aventureuse de ce La Tour ont été le sujet de toutes sortes de controverses (1) entre les historiens de l’Acadie primitive, mais il semble bien que ce personnage ne se fit pas scrupule de servir alternativement la France et l'Angleterre, selon ce que lui commandait son intérêt.

La guerre éclatant entre la France et l'Angleterre, celle-ci tenta de chasser les colons français de l’Acadie et du Canada. - Des vaisseaux français furent saisis à l'entrée du Saint- Laurent, Port-Royal et Québec furent pris par des flottes

(1) Cf. notamment : A. Couillard-Després : En marge de la Tragédie d'un Peuple, Bruges, 1925 ; Emile Lauvrière : Deux Traîtres d'Acadie et leur Victime, Les Latour père et fils et Charles d'Aulnay, Paris, 1932.

anglaises (1629). Mais, par le traité de Saint-Germain, en 1632, Charles Ier renonçant à ses prétentions sur la Nouvelle-Ecosse, l'Acadie, le Cap-Breton et le Canada redevinrent possessions françaises.

Richelieu, dont une des grandes idées fut la fondation d'un empire colonial en Amérique du Nord, envoya en Acadie son cousin, le commandeur Isaac de Razilly.(1), qu’il nomma lieutenant général de la Nouvelle-France. Isaac de Razilly partit d'Auray le 4 juillet 1632, sur la frégate L'Espérance-en-Dieu,avec l'intention bien arrêtée de reprendre l’œuvre des Poutrincourt. Son expédition comprenait notamment « 300 cultivateurs d'élite » et trois missionnaires capucins.

Le 8 septembre, Razilly toucha à la Hève (la Have), débarqua son personnel et continua sa route jusqu'à Port- Royal, que lui remit William Alexander en exécution du traité. Une demi-douzaine de familles écossaises préférèrent demeurer avec les Français plutôt que d'abandonner leurs établissements et leurs noms sont encore courants parmi les Acadiens d’aujourd’hui : Mélanson ou Mélançon (2), Colleson, Quessy, Paisley, Pitre.

(1) Razilly (Isaac de), célèbre marin français, né en 1580, au château d'Oiseaumelle, près de Chinon (Indre-et-Loire) d'une vieille famille tourangelle.

De Razilly se distingua notamment au siège de La Rochelle, où il commandait une flotte qui s’empara de 30 navires anglais. et au cours de plusieurs expéditions contre les pirates marocains. Richelieu, dont il était le cousin, en fit son conseiller intime pour les affaires de la marine et des colonies. C’est sous l'influence de Razilly que fut fondée la fameuse compagnie des Cent-Associés (1626) qui prit, l’année suivante, le nom de « Compagnie de la Nouvelle-France ».

Le choix de Razilly indique quelle importance Richelieu attachait à la colonisation de l’Acadie.

Sur le rôle d'Isaac de Razilly en Acadie, voy. E. Lauvrière, ouvr. cité, t. I, chap. ni.

(2) Les Mélanson ou Mélançon sont particulièrement nombreux. Ce nom a été porté et est encore porté par un grand nombre de notables acadiens, prêtres, médecins, avocats, hauts fonctionnaires.

INTRODUCTION HISTORIQUE ed

C'est de 1632 que date le réel peuplement de l’Acadie. Le commandeur de Razilly était accompagné de deux autres gentilshommes de Touraine : Charles de Menou d'Aulnay de Charnizay (1) et Nicolas Denys (2). Le premier, plus connu sous le nom de d'Aulnay, se consacra surtout à la culture des terres, tandis que le second fonda divers postes de traite et établissements de pêche plus au nord, au Cap Breton, et dans la Baie des Chaleurs. D’Aulnay s’appliqua à développer les établissements de Port-Royal et de la Hève. Au cours de plusieurs voyages qu'il fit en France, il ramena un grand nombre de familles de cultivateurs origipaires pour la plupart de la Touraine, de l'Anjou, du Poitou, de l’Aunis et de la Saintonge dont les noms, toujours très communs dans l’ouest de la France, sont encore parmi les noms acadiens les plus typiques : Amirault, Brault, Daigle (Daigre), Dion (ou Déon), Doucet, Gaudet (Godet), Gautreau, Girouard, Haché-Galland. Le Blanc, Morin, Poirier, Robicheau, Thibaudeau, Trahan, etc. Certains de ces colons provenaient des marais de l’Aunis et du Poitou (où d'importants travaux de desséchement avaient été effectués quelques années auparavant), et ce sont eux qui durent apprendre à leurs compatriotes à établir ce merveillaux réseau de levées ou digues et d’ingénieuses écluses appelées aboiteaux (3), grâce auquel la vallée marécageuse de Port-Royal et les rivages du Bassin des Mines furent trans-

(1) Charles Menou d'Aulnay de Charnizay naquit, vers 1596, à Charnizay (Indre-et-Loire), où le manoir familial (du xve siècle) subsiste toujours. D’Aulnay était le cousin de Razilly et comme lui officier de maripe.

(2) Denys (Nicolas) étaient également tourangeau. On a de lui une Description historique et géographique des côtes de l'Amérique septentrionale (Paris, 1672).

Sur le rôle de d’Aulnay et de Denys, voy. également E. Lauvrière, ouvr. cité, t. I, chap. an.

(3) Terme du Marais poitevin et saintongeais.

formés en des terres qui sont parmi les plus fertiles au monde. C'est à d’Aulnay assurément, que l’Acadie dut son caractère essentiel de colonie agricole.

Razilly mourut à la Hève en 1635, âgé seulement de quarante-huit ans. Il avait, au préalable, partagé la colonie entre ses trois principaux lieutenants : à Nicolas Denys, il donna les rives du golfe Saint-Laurent, de Canso à la Baie des Chaleurs, avec le titre de gouverneur de Cap-Breton, de l'île Saint-Jean (Prince Edouard- Island) et Terre-Neuve ; à d’Aulnay, il attribua la Hève et Port-Royal ; à La Tour, le territoire de la Rivière- Saint-Jean. Bien entendu, ces trois Français se disputèrent au sujet de leur héritage, au point de se faire une véritable guerre civile, surtout d'Aulnay et La Tour. Finalement, d'Aulnay fut trouvé noyé dans la rivière de Port-Royal, en 1650, et ce fut son rival, alors établi à Pentagoët, qui lui succéda comme lieutenant général de l’Acadie.

Mais La Tour ne put jouir longtemps en paix de son nouveau titre. D’Aulnay de Charnizay était mort laissant une succession très obérée. Son principal créancier, un marchand de La Rochelle, nommé Le Borgne, s’embarqua pour l’Acadie avec l'intention de recouvrer son dù, par la force, si besoin était. Le Borgne débarqua à Port-Royal, le 30 août 1652, s'’empara du fort et contraignit la veuve de son débiteur à lui remettre l'établissement sur lequel il avait une hypothèque. En cette conjoncture, Mme d’Aulnay rechercha l'appui de La Tour et finalement épousa celui qui avait été l'ennemi mortel de son feu mari... Le Borgne, qui était rentré en France, revint en Acadie, pourvu cette fois d’une commission royale en règle, détruisit Port-Royal et la Hève, puis se rendit au Cap-Breton, où il fit Denys prisonnier |!

Il va sans dire que ce furent les Anglais qui profitèrent de cette lamentable mésentente entre Français. En 1654, une flotte partie de la Baie de Massachusetts surprit et défit La Tour, puis attaqua, à Port-Royal, le lieutenant de Le Borgne, Pierre Mélanson qui se rendit à son tour. L'Acadie tombait à nouveau aux mains des Anglais. Néanmoins, comme ceux-ci se contentèrent d'occuper les forts avec de petites garnisons, les Français continuèrent de demeurer les vrais possesseurs du sol.

Un exemple suffira à illustrer l’anarchie politique dans laquelle vécut cette colonie à ses débuts: la même année 1657, Cromwell nomme Sir William Temple (1) gouverneur de la Nouvelle-Ecosse, tandis que Mazarin nomme Le Borgne gouverneur de l’Acadie ! Par le traité de Bréda (1667), cependant. l’Acadie redevint française et sa situation quelque peu plus nette et plus stable pendant les années qui suivirent. Avec Colbert, la Nouvelle-France fut traitée comme une province de la mère-patrie. De hauts fonctionnaires furent envoyés comme gouverneurs à Port-Royal, et, pendant quelques années au moins, l’'Acadie reçut du gouvernement français toute l'attention nécessaire. De nouveaux cultivateurs vinrent de France grossir la colonie, et Port-Royal prit peu à peu l'aspect d'une petite ville. Malheureusement dix gouverneurs se succédèrent au cours de cette quarantaine d'années que dura le régime français, et aucun, par conséquent, ne put laisser sur la colonie une empreinte véritable, à l'exception du dernier d’entre eux, toutefois, le Béarnais Auger de Subercase, qui défendit très vaillamment sa petite capitale, en 1710.

L'Acadie, en effet, était loin de jouir d'une paix entière.

(1) Sir William Temple (1628-1699), célèbre homme d'Etat, diplomate

et écrivain anglais. C’est le protecteur de Swift.

Chaque fois que la guerre s’allumait en Europe, elle en subissait le contre-coup, et, pendant toute cette deuxième moitié du règne de Louis XIV, la France et l'Angleterre furent presque constamment en guerre. Comme les colons puritains de la Nouvelle-Angleterre s'accommodaient mal de la présence des Français catholiques sur les rivages opposés aux leurs, ils décidèrent, une fois de plus, de s'emparer de l'Acadie. Une flotte anglaise, commandée par Sir William Phipps (1), parut devant Port-Royal, le 20 mai 1690. La petite place qui n'était défendue que par 86 hommes, fut prise aisément. Sir Phipps se contenta de détruire le fort, et rembarqua sestroupes. Les Français réoccupèrent leur capitale.

Mais en 1710, les Anglais résolurent de déloger définitivement les Français de l’Acadie. Une flotte de 36 vaisseaux mit à la voile de Boston etse présenta devant Port-Royal, le 5 octobre. Le corps expéditionnaire anglais était véritablement impressionnant pour un si pelit objectif : il comprenait un régiment de Royal Marines d'Europe et quatre régiments de miliciens levés en Nouvelle-Angleterre — 3.500 hommes, au total, sous le commandement du général Francis Nicholson. La garnison française se composait de 258 hommes, sous le commandement du gouverneur Subercase. Malgré son héroïsme (qui lui mérita les honneurs de la guerre), celui-ci dut capituler le 13 octobre. Les survivants dela vaillante petite troupe quittèrent leur fort en ruines « avec armes et bagages, tambours battants et drapeaux flottants », et furent transportés à La Rochelle : Port- Royal et l’Acadie passaient définitivement sous la domination anglaise.

(1) Sir William Phipps (1651-1695), fut gouverneur de la colonie de

Massachusetts.

B. — L'Acadie sous la domination anglaise.

Nous voici arrivés à la période la plus ambiguë, non pas tant à vrai dire de l’histoire de l’Acadie elle-même (qui devient anglaise incontestablement), mais de l’histoire des Acadiens, dont le sort va demeurer en suspens pendant plus d’un demi-siècle. Le traité d'Utrecht (1713) attribua à l'Angleterre toute la Nouvelle-Ecosse « en ses anciennes limites », mais sans définir ces limites. En fait, les prétentions des deux gouvernements, français et anglais, au sujet de ces « anciennes limites » s’avérèrent si opposées qu’on laissa les choses en l’état. Les plénipotentiaires français affirmaient, en effet, que ce mot de Nouvelle-Ecosse (Nova Scotia), employé pour la première fois dans un traité international, ne pouvait signifier autre chose que ce qu'ils appelaient eux-mêmes Acadie, c'est-à-dire à peu près la moitié est de la péninsule, ou au plus, la péninsule entière. Les -Anglais, par contre, soutenaient que par Nouvelle-Ecosse il fallait entendre non seulement toute la péninsule, mais encore les territoires voisins du continent correspondant aux Etats actuels du Maine (Etats-Unis) et du Nouveau-Brunswick (Canada). D'autre part, une clause spéciale (1), élargie encore par une lettre particulière de la reine Anne, permettait aux colons français de quitter le pays, s'ils le désiraient, dans le délai d’un an après que les limites du territoire cédé à l'Angleterre seraient fixées d'un commun accord. Or, non seulement les limites de la Nouvelle-Ecosse ne furent pas fixées, mais les autorités anglaises refusèrent aux colons français l'autorisation de quitter la colonie.

Pendant près de quarante ans, l'autorité des Anglais sur la colonie se borna à l'occupation de la petite ville de Port-

(1) Voy. plus loin, chap. vir.

Royal, rebaptisée Annapolis-Royal, en l'honneur de la reine Anne. De leur côté, les habitants français ne se considérant pas comme sujets de la Grande-Bretagne (puisque leur situation n'avait pas été réglée selon les stipulations du traité) refusèrent constamment, malgré les avances ou les menaces, de prêter un serment d'allégeance : sans réserve au roi d'Angleterre. Si bien que pendant toute cette période, et même longtemps après, il fut courant, dans toute l'Amérique aussi bien qu'en Angleterre (comme en font foi de nombreux documents officiels), de leur décerner le nom de Neutral French, ou Français neutres de Nouvelle- Ecosse, ce qui signifiait évidemment qu'ils avaient, entre autres privilèges de fait, reçu l'assurance qu’on ne les obligerait en aucun cas à prendre les armes contre les Français et les Indiens.

__ Or, si le traité d'Utrecht avait enlevé à la France l’Aca-

die et Terre-Neuve, il lui laissait le Canada et les grandes îles du Cap-Breton (alors île Royale) et du Prince-Edouard. Peu après la capitulation de Port-Royal, comprenant l'importance de la perte qu'ils venaient de subir, les Français s’installèrent fortement au Cap-Breton et fondèrent, dans cette île, le célèbre port de Louisbourg (1713), dans le but de protéger l’entrée du Saint-Laurent, et par conséquent toutes leurs possessions le long de ce fleuve. En moins de trente ans, Louisbourg devint une véritable ville, un port pospère, et une imposante forteresse. Boston dénonça «la nouvelle Dunkerque de l'Amérique » comme une gêne pour la colonie, a national nuisance.

La guerre ayant à nouveau éclaté entre la France et l’Angleterre, une flotte de cent vaisseaux, portant un corps expéditionnaire de deux mille miliciens américains, sous les ordres du général Pepperel, se rassembla dans la baie de Boston et vint mettre le siège devant Louisbourg, dont elle

s’empara, après un siège de huit semaines (juillet 1745). La France humiliée, au lendemain de ses victoires sur le continent, et menacée maintenant de perdre le Canada, réagit avec énergie. Une expédition, qu'on voulait décisive, fut organisée en toule hâte. Ses buts ambitieux devaient être : 1° reprendre Louisbourg, Port-Royal et toute l'Acadie, 29 attaquer Plaisance (Terre-Neuve) ou Boston. L'Angleterre ne fut pas moins alarmée que la Nouvelle-Angleterre. L'Armada française, comme les Anglais l’appelèrent, placée sous le commandement du jeune duc d’Anville (1), appareilla de La Rochelle le 22 juin 1746.

Mais la France jouait de malheur. La grande flotte du duc d’Anville fut dispersée par une tempêteau milieu de l'Océan, et la moitié seulement de ses vaisseaux put atteindre les côtes d’Acadie et se réfugier au fond de la baie de Chibouctou (Halifax). D'Anville et douze cents de ses marins moururent du scorbut (septembre 1746); le vice-amiral d'Estournelles, à qui échéait maintenant la responsabilité de l’expédition, se suicida de désespoir. Enfin, les vaisseaux ayant quitté leur refuge, sous le commandement de l’amiral de La Jonquière, essuyèrent une deuxième tempête, au large du cap de Sable, qui les dispersa à nouveau ou les engloutit.

Les Acadiens ne se soulevèrent pas, comme le craignaient les Anglais, mais ils firent néanmoins une chose que ceux-ci

(1) Jean-Baptiste de La Rochefoucauld de Roye, marquis de Roussy, lieutenant général des armées navales, avait pris le nom de duc d'Anville, à la suite de son mariage avec Marie-Louise de La Rochefoucauld, duchesse d’Anville, arrière-petite-fille de l’auteur des Maximes et fidèle amie de Turgot, de Voltaire et des Philosophes et Economistes, qui aimaient à se réunir dans son salon.

Une cérémonie, commémorant le séjour de la grande flotte française dans le bassin de Chibouctou. eut lieu à Halifax au cours de l'été 1929. Un monument fut élevé à l'endroit où furent enterrés les marins français. Le consul général de France à Montréal et le lieutenant-gouverneur de la Nouvelle-Ecosse prononcèrent des discours. Un croiseur, le Primauguet, représentait la marine française.

ne leur pardonnèrent pas: ils ravitaillèrent en vivres frais Les marins du duc d'Anville qui se mouraient du scorbut.

L'année suivante, une autre flotte française, également sous l'amiral de La Jonquière, partie de Rochefort avec mission d’escorter un convoi de ravitaillement à destination de Québec, et ultérieurement de reprendre l’Acadie, fut anéantie en cours de route par l'amiral anglais Anson (1), qui fit quelque 4.000 prisonniers, dont lé commandant en chef. Les Bostonnais qui tremblaient depuis un an chantèrent publiquement des hymnes d'actions de grâce, — mais leur haine pour les Français-neutres ou Acadiens venait de s’accroître dangereusement.

Cependant, la France étant victorieuse en Europe, recouvra, à la paix, le Cap-Breton et Louisbourg Quant à l’Acadie, chose invraisemblable après les efforts que nous avions fait pour la reprendre, le traité d'Aïx-la-Chapelle (1748) ne fit que confirmer le traité d'Utrecht, en stipulant à nouveau que les limites des territoires cédés devraient être fixées par une commission spéciale dans le délai d'un an. Les membre de cette commission ne furent désignés qu’en 1749, et les Français y trouvèrent en face d'eux l’adversaire le plus redoutable qui se pût rencontrèr : William Shirley (2), gouverneur de la colonie de la Baie de Massachusetts.

(1) Anson (George, Baron) (1697-1762), célèbre amiral qui fut le principal réorganisateur de la marine anglaise au xvin® siècle.

(2) Shirley (William) (1694-1771). Né à Preston (Sussex), il fit son droit à Londres, puis émigra au Massachusetts en 1731, où il fut nommé, en 1734, (avocat-général du roi en Amérique ». Shirley devint gouverneur du Massachusetts en 1741 et fut, pour toute la Nouvelle-Angleterre, un animateur plein d'ambition et d'enthousiasme. Il fut l’âme de la conquête de Louisbourg et plaida de tout son pouvoir en faveur de l’expulsion totale des Français du Canada. Moralement, Shirley est le grand responsable de la déportation des Acadiens.

En 1756, il fut rappelé en Angleterre, puis nommé gouverneur des îles

À nouveau, les deux partis montrèrent des prétentions si inconciliables qu'aucun accord ne put intervenir et que les négociations furent pratiquement rompues, en 1753. D'autre part, bien que théoriquement les deux métropoles fussent en paix, leurs colonies d'Amérique demeuraient, en fait, en état de guerre. Les colons du Massachusetts, mécontents et inquiets de ce que Louisbourg eût été rendu aux Francais, réclamèrent et obtinrent qu’une forteresse anglaise fût fondée en Nouvelle-Ecosse, capable de faire échec à « la Dunkerque de l’Amérique ». D'où la fondation d'Halifax, au fond de la Baie de Chibouctou, en 1749, à l'endroit même où s’était réfugiée la grande flotte française, trois ans auparavant.

La fondation d Halifax signifiait un changement radical dans la politique anglaise à l'égard de l’Acadie : il ne s’agissait plus, pour l'Angleterre, d'occuper militairement quelques points stratégiques, mais de peupler un territoire où seuls, jusque-là, s'étaient établis des Français. En quelques années, Halifax devint une ville florissante comptant plus de 4.000 habitants : Anglais, Ecossais, Irlandais, Allemands surtout, et même un millier de huguenots français de la région de Montbéliard (1). Les gouverneurs anglais en firent désormais leur résidence, et la nouvelle ville devint définitivement la capitale de la Nouvelle-Ecosse.

En 1750, pour consolider sa situation dans la péninsule, et mettre «la commission des limites » en face du fait accompli, le gouverneur d'Halifax, Cornwallis, envoya des troupes, sous le commandement du colonel Lawrence, occuper un point de la zone contestée, d'une grande importance stratégique : l’isthme de Chignictou ou de Beaubassin (à la

Bahamas : mais il redevint gouverneur du Massachusetts de 1770 jusqu’à sa mort, en 1771.

(1) Le comté de Montbéliard, dont la France s'empara . en 1792, appartenait alors au duc de Wurtemberg.

limite de la Nouvelle Ecosse et du Nouveau-Brunswick actuels) où fut bâti un fort, le fort Lawrence. Immédiatement les troupes françaises du Canada répondirent à ce coup de force en construisant en face du fort anglais deux autres forts : Beauséjour et Gaspereau. Un conflit armé devenait inévitable, d'autant plusinquiétant pour les Acadiens qu'un grand nombre d’entre eux, craignant déjà pour leur tranquillitéet leurs personnes, avaient abandonné leurs terres de l'intérieur de la péninsule pour venir s'établir dans ces parages qu'ils croyaient incontestablement français

Doutant réellement de leur loyauté en cas d’invasion de la Nouvelle-Ecosse par des forces françaises, ou désirant se servir de ce prétexte pour s'approprier leurs terres exceptionnellement fertiles, les Anglais essayèrent maintenant de contraindre les Français-neutres à prêter une nouvelle formule de serment d’allégeance qui mettrait fin ispo facto à leur neutralité. Maisles Acadiens entendaient garder, coûte que coûte, cette neutralité qu'on leur avait reconnue en fait depuis quarante ans, et dont, à la vérité, ils ne s'étaient, dans leur ensemble, jamais départis. Au fait, ils savaient trop de quoi il s'agissait : renoncer à leur neutralité, c'était inévitablement consentir à voir leurs enfants ou leurs petits-enfants perdre leur religion, à laquelle ils étaient profondément attachés, et se trouver à très brève échéance dans l'obligation de porter les armes contre leurs frères du Canada ou leurs amis de toujours, les Indiens. Quoi qu'il dût leur en coûter pour ce refus, les Acadiens étaient fermement résolus à ne renier ni leur religion ni leurs affinités nationales.

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