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pathie que s’il eût été un compatriote (1). En Allemagne, c'était le plus connu detous les poètes étrangers. En France, il n’était pas d’écolier débutant dans l'étude de l'anglais qui ne sût par cœur au moins Le Forgeron du Village ou La Flèche et la Chanson (2).
Aujourd'hui, cette gloire a bien pâli. L'Amérique et le monde en général ont marché depuis le temps où parurent Les Voix de la Nuit et La Légende dorée !.. Un poème, cependant, pour des raisons particulières que nous nous proposons précisément de mettre en lumière, a vu, par contre, sa renommée sans cesse grandir et atteindre un public qui, d'ordinaire, ne s'intéresse guère à la poésie : ce poème, de l'avis général le chef-d'œuvre même de Longfellow, c’est Evangéline, histoire d'Acadie. . :
(1) « I do not know a more enviable reputation than Professor Longfellow has won for himself in this country, — won, too, with a rapidity seldom experienced by our native poets. »
Mitford (Mary Russell) : Recollections of a Literary £ife. American Poets, chap. vi, 1852 ».
On pouvait lire de même dans la presse et les revues ue des appréciations comme celles-ci :
« Mr. Longfellnw’s poems are of an order to which we ne none akin. » London Metropolitan (cité par Allibone, S. Austin: À Critical Dictionary of English literature and British and American authors, vol, I, p. 1129. Philadelphie et Londres, 1877).
« We are thankful that the present age is graced by such a poet as Mr. Longfellow... » (Blackwood's Magazine, février 1852.)
« Longfellow is the most accomplished poet of the day. » The London lllustrated Times (cité par Allibone, 1bid., p. 1127.)
Longfellow fut fait docteur des Universités de Cambridge et d'Oxford en 1869. En 1874, il fut élu Lord Rector de l’Université d Edimbourg. Deux ans après sa mort, en 1884, un monument lui futélevé dans l'abbaye de Westminster, immense honneur accordé par l'opinion anglaise à un poête américain.
(2) Longfellow était également très populaire en Espagne. Il était membre de l’Académie royale d'Espagne. Il était aussi membre de l'Académie des Sciences de Saint-Pétersbourg.
A. — Le Poète américain.
Le journal intime de Longfellow nous apprend que le poète commença son « idylle en hexamètres » le 28 novembre 1845 (1) Ce n’est pas ici le lieu de refaire la biographie de Henry Wadsworth Longfellow. Les plus menus incidents de la vie régulière de ce professeur vertueux ont été racontés maintes fois, surtout dans les années qui ont suivi sa mort, avec une profusion de détails tout américaine (2)
Né à Portland (Maine), le 27 février 1807, le poète était donc dans sa trente-neuvième année quandil se mit à écrire les premiers vers d’Evangéline : il en écrivit le dernier le jour de son quarantième anniversaire. Longfellow, déjà célèbre, arrivait alors à cette époque de la vie où l’homme, en pleine possession de ses moyens, n’attend que l'occasion propice pour donner sa mesure. Evangéline porta très haut sa réputation déjà grande et fut unanimement saluée comme le chef-d'œuvre de la jeune littérature américaine.
Aussi bien, la publication d'Evangéline marque-t-elle une date dans la littérature américaine : c'est le premier grand poème de longue haleine qui, dans son thème et son inspiration, soit essentiellement américain.
L'histoire des Acadiens, qui en fournit le sujet fondamental, est empruntée à l’histoire générale de l'Amérique du Nord. Elle forme, en quelque sorte, un des premiers chants de celte grande épopée qui, en moins de deux siècles, a
(1) Voy. plus loin, p. 75.
(2) Voy. notamment : Kennedy {(W.S.) : Henry W. Longfellow, Biography, Anecdote, Letters, Criticism, Cambridge (Mass.), 1882.
Longfellow (Samuel) : Life of Henry Wadsworth Longfellow, with Extracts from his Journals and Correspondence. Boston. 1891.
Underwood (Francis) : Henry W. Longfellow, a biographical sketch. Boston, 1882,
donné l'Amérique aux Américains. Le genre de vie, la simplicité de mœurs toute patriarcale des héros du poème, appartiennent — aux différences près de la race et de la religion — au patrimoine commun des colons américains du xvuie siècle, et pour une bonne part encore, aux citoyens américains du milieu du xix°. Enfin, la nature au milieu de laquelle vivent les Acadiens, les paysages qui sont successivement témoins des amours et des malheurs d’Evangéline sont exclusivement américains. |
Dans cet ordre d'idées, le poème de Longfellow correspond à une nouvelle et importante tendance de l’esprit de l'Amérique, et spécialement de la Nouvelle-Angleterre, un peu avant 1845. L'’essor économique du pays est prodigieux. La construction des premiers chemins de fer, en faisant entrevoir la possibilité de mettre rapidement en contact les divers Etats de l'Union, a donné à la jeune génération le sentiment plus net de l’immensité de son héritage commun. La nation tout entière est orgueilleuse de sa force, de sa richesse, de son régime démocratique, du merveilleux avenir réservé à ses enfants. Tout récemment en (1842). le gouvernement américain vient de tenir tête à la Grande- Bretagne dans l'affaire des frontières méridionales du Canada, et d'obtenir gain de cause(1).
(1) L'article 2 du traité de Paris (1783) fixait les frontières de la nouvelle république et des possessions britanniques dans l'Amérique septentrionale. Mais cet article était conçu en termes si vagues que, depuis cette date, 1l avait donné lieu à d’interminables discussions. Le principal différend avait trait à la fixation de la frontière qui devait séparer le Bas- Canada et le Nouveau-Brunswick du Maine. Ces discussions étaient la suite du grand litige franco-anglais au sujet des ( anciennes limites » de l’Acadie, au xvie siècle.
Par le traité de Gand (1815), il avait été décidé qu'une nouvelle commission devrait régler définitivement ce conflit. Le roi de Hollande, pris pour arbitre, rendit sa sentence en 1831. L'Etat du Maine et le sénat des Etats-Unis refusèrent de l’accepter.
En 1833, le général Jackson, président des Etats-Unis, fit une nouvelle
La littérature américaine de cette époque montre clairement l'influence de ce très vif sentiment national. Parlant la langue de l'Angleterre, continuant de s’abreuver à sa littérature, les intellectuels sentent qu'ils ne formeront jamais une grande nation véritablement indépendante et comparable aux grandes nations d'Europe tant qu'ils n'auront pas, à leur tour, une littérature originale. Ils ne se satisfont plus de répéter, comme les générations précédentes : «(Nous avons fondé dans ces solitudes un nouveau royaume pour Christ, nous avons aménagé sur ce continent une terre promise politique », il leur faut des œuvres qui soient l'expression de leurs formes propres de penser et de vivre. Aux Européens qui raiilent leur vanité de frustes adolescents, ou méprisent ostensiblement leur Nouveau Monde sans cathédrales, sans histoire et sans littérature, les Américains riposteront par de nouvelles déclarations d'indépendance spirituelles et littéraires.
Ils répondront aux sarcasmes du Vieux Monde en exaltant leur idéal moral, leur république égalitaire et leur liberté, en chantant la « grandeur » de leurs sites naturels, en recueillant toutes les légendes nées sur leurs terroirs, en s ingéniant à colorer de poésie, et, selon leur expression usuelle, de « romantisme », le moindre événèment de l’histoire de l’Amérique.
Emerson est le grand doctrinaire de ces ambitions intel-
proposition de règlement qu'à son tour l'Angleterre refusa d’accepter…
En 1842, la situation était devenue si tendue entre les deux pays à propos de cette affaire, qu’on sentit, de part et d'autre, qu'il fallait en finir si l’on voulait éviter une nouvelle guerre. Lord Ashburton, pour la Grande-Bretagne, Daniel Webster, pour les Etats-Unis, négocièrent un compromis connu sous le nom d’Ashburton Treaty (9 août 1842).
Les Canadiens prétendent que le diplomate américain joua son adversaire anglais, et que les Etats-Unis reçurent un important territoire qui, légitimement, devait rester au Canada
Cf. Chapais (Thomas): Histoire du Canada. Québec, 1932, tome V, p. 124 et suiv.
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L'HOMME ET LE POÈTE Di
lectuelles. Il suffit de rappeler le préambule de son fameux discours à la société Phi-Beta Kappa, à Cambridge (31 août 1837) : « Notre dépendance, notre long apprentissage auprès de la culture d’autres pays, touche à sa fin. Nos millions de compatriotes qui se lancent impétueusement dans la vie ne peuvent toujours être nourris des restes desséchés des moissons étrangères (1). »
Toute une partie de la production littéraire américaine du milieu du xixe siècle procède visiblement de cet état d’esprit, de cet ardent désir de se différencier de l'Europe.
. Longfellow (que sa qualité de professeur de langues modernes portait tout naturellement vers la traduction ou l’adaptation des chefs-d'œuvre étrangers) s'était vu reprocher, à l’occasion de ses premiers recueils de vers, son didactisme et son exolisme par plusieurs de ses compatriotes, notamment par Edgar Poe (2) et la bouillante Marguerite Fuller,
(1) Emerson (Ralph Waldo) : « The American Scholar, an oration delivered before the Phi Beta Kappa Society at Cambrige (31 août 1837) » dans English Traits, etc. édit , Dent, Londres et New-York, 1919, p. 293. -
(2) Voici une des appréciations d'Edgar Poe qui, à l'époque, souleva la réprobation des amis de Longfellow C’est un compte rendu de Ballads and Other Poems de Longfellow, dans Graham's Magazine, Philadelphie, mars-avril 1842.
« He regards the inculcation of a moral as esseutial... In common with all who claim the sacred title of poet, he should limit his endeavours to the creation of novel moods of beauty, in form, in colour, in sound, in sentiment ; for over all this range has the poetry of words dominiou, To what the world terms prose may be safely and properly left all else. The artist who doubts of this thesis may always resolvehis doubt by the : single question : « Might not this matter be as well or better in prose ? »
- Ofthe pieces which constitute the present volume there are not more than one or two thoroughly fulfilling the ideas we have proposed ; although the volume, as a whole, is by no means so chargeable with didactism as Mr. Longfellow’s previous book [Voices of the Night]. We would mention as poems nearly true, The Village Blacksmith, The Wreck of the Hesperus, and specially The Skeleton in Armour. »
Dans les dernières années de sa vie (il mourut en 1819), Poe en vint à mieux apprécier le talent de son compatriote. Dans ses Literati, il n’hésite pas à dire que Longfellow « unquestiônably is a man of true genius ».
Margaret Fuller avait dit de Longfellow vers la même date (1842) que
Certains, même, étaient allés jusqu'à prononcer le mot de plagiat.
Le souci de pallier ces critiques avait déjà conduit Longfellow à écrire, sur un motif nettement américain, de petites pièces en vers : The skeleton in Armour, The wreck of the Hesperus, The Village Blacksmith, To the Driving Cloud. Avec Evangéline, il y mettait fin définitivement et victorieusement. Sous les dehors étrangers de ce poème, en effet, tous les Américains reconnurent des idées, des sentiments, des façons de vivre, des horizons familiers. C'était le chefd'œuvre attendu, le grand poème national qui, dans l'esprit des patriotes, mettait enfin la littérature américaine, en fait d'art et d'originalité, au niveau des littératures d'Europe.
On retrouve, exprimées dans Evangéline, toutes les principales tendances proprement américaines de l'époque. Les préceptes de la Bible, la noblesse morale, la simplicité et la pureté des mœurs, la tradition démocratique, la haine de toute tyrannie, y sont toujours élevées à la hauteur d’une religion d'Etat, — mais sans la rigidité austère ni le sombre pessimisme traditionnels. Quand ils cessent d’être en butte aux malheurs dela persécution,les vertueux Acadiens goûtent, sans arrière-pensée, la joie et la douceur de vivre. A la suite de Gabriel et d'Evangéline, les lecteurs de Longfellow sont aussi conviés à admirer la variété, la magnificence et la splendeur de la nature vierge américaine. C’est d’abord la Nouvelle-Ecosse, si semblable à la Nouvelle-Angleterre, puis le Mississipi géant, le paradis louisianais, les immenses Prairies, les romantiques monts Ozarks, et finalement « tout le pays enchanteur que baïgnent les eaux de la Delaware ». Les préjugés de race et de religion ont fait place à une volonté arrêtée de tolérance : Longfellow invite ses compa-
sa tendance était d'offrir à ses compatriotes « flowers of all climes but wild flowers of none ». (Cité par Kennedy, ouvr. cité, p. 265.)
triotes à considérer vraiment comme de leurs concitoyens les descendants des races étrangères, héritiers d’autres langues et d'autres folklores, — les Acadiens, les Indiens, dont l'apport particulier ne fait qu’enrichir le patrimoine général américain. Le poète s’attardera complaisamment à raconter en vers harmonieux les lésendes indiennes de Mowis, le fiancé de neige, et de la belle Lilinau courtisée par un fantôme...
B. — Le Puritain humanisé.
L'importance de plus en plus grande qu'Evangéline va prendre dans la renommée de Longfellow, voire même dans l'histoire de l'Amérique du Nord, nous incite à rechercher maintenant, avant d'aborder notre étude proprement dite, comment le professeur de Harvard se trouvait préparé par sa vie, sa culture et ses idées, à écrire un poème qui centinue d'avoir dans le public plus d'autorité que l’histoire, à créer une héroïne acadienne qu'on révère aujourd’hui, dans certains milieux de langue française d'Amérique, tout à fait comme une héroïne nationale et presque comme une sainte.
Un point, en effet, surprend comme un paradoxe : Longfellow descendait en ligne directe de ces colons puritains dont la haine pour tout ce qui était catholique et français avait été, moins d'un siècle auparavant, la cause déterminante des malheurs d'Evangéline et de toute sa race. Le poète dût-il faire violence à ses sentiments naturels, faire litière de cette vénération instinctive que tout homme normal éprouve pour la mémoire de ses ancêtres directs, ou bien, libéré de tout préjugé, écrivit-il l'histoire navrante de l'expulsion des Acadiens avec autant de détachement que si les responsables eussent appartenu à une autre nationalité? Autrement dit, quel était « l'état d'âme» de Long-
fellow en cet automne de 1845, au moment où il entamait la rédaction de ce grand poème qui fait encore aujourd'hui l'objet de tant de controverses? Telle est la question que chacun peut désirer voir éclaircir, au seuil même de cette étude.
La villé de Portland où le poète était né, de même que celle de Brunswick où il étudia à Bowdoin College, étaient toutes deux imprégnées du puritanisme le plus étroit. Dans toute la Nouvelle-Angleterre, d’ailleurs, l’esprit religieux le plus strict et le plus austère régnait sans conteste. Chaque communauté était comme une petite théocratie où les town-meetings n'étaient, le plus souvent, que le reflet des critiques et des avis partis de la chaire. Comme dans l'Angleterre de Cromwell, la loi continuait d'interdire les jeux de cartes, les danses et les réjouissances publiques. Porland n'eut son premier théâtre qu’en 1831, encore fit-il faillite et fut vendu, en 1836, à une communauté baptiste.… qui en fit un temple. Vers 1821, raconte un historien de Brunswick, il fut question d'introduire une basse de viole dans le temple de la première paroisse de cette ville, mais un citoyen influent s'y opposa avec véhémence, jurant qu'il n’accepterait jamais de venir écouter un violon dans la maison de Dieu, et le projet fut abandonné.
Longfellow n’a d'ailleurs jamais caché ses origines puritaines. Dans un deses premiers ouvrages, Le Maître d'école (1), il les rappelle même avec une certaine ostentation: «Fils de la Nouvelle-Angleterre, écrit-il, j'ai été élevé dans toutes ses affections et toutes ses préventions. Aux soins de cette mère, je dois tout ce qu’il y a de bon en moi. » Son père et sa mèreétaient tous les deux de vieille souche anglaise. Un de ses ancêtres paternels, William Longfellow, avait pris part,
(1) Longfellow : « The School-Master », 1831, in : The New England
Magazine.
en 1690, à la fameuse expédition de William Phips contre Québec (1) et avait péri noyé dans le Saint-Laurent. Du côté maternel, le poète descendait de quatre ou cinq « pèlerins de la Fleur de Mai ». Son père enfin, le juge Stephen Longfellow, l'avait nourri des principes de la plus forte tradition puritaine.
Mais il y avait loin de la pratique austère des vertus familiales et civiques chez les Longfellow du début du xixe siècle à l’étroitesse de vues, aux préjugés, aux haines aveugles des « Bostonnais » du siècle précédent. De ses origines, de son milieu, de son éducation, Longfellow ne devait garder que cette intransigeance morale qui le caractérisa toute sa vie. Il est hors de doute que le puritain fut, par certains côtés, très fort en lui ; mais son puritanisme était un puritanisme humanisé, « ayant perdu son âpreté, son étroitesse, son sectarisme, et n'ayant retenu que sa vigueur et ses vertus » (2).
Le milieu dans lequel vit Longfellow depuis 1836 (date à laquelle il prit possession de la chaire de langues modernes au Harvard College, à Cambridge) est d'ailleurs moins étroitement sectaire que celui dans lequel il a passé son enfance et sa jeunesse. Cambridge, situé aux portes de Boston, n’était qu’une bourgade de quelques milliers d’habitants ; mais la présence d'un collège déjà réputé en faisait un foyer intellectuel plus ouvert sur le monde et plus accueillant aux nouveautés spirituelles que la généralité des autres petites villes américaines.
L'attitude de Longfellow vis-à-vis du puritanisme traditionnel coïncide, d’autre part, avec celle de lélite de ses contemporains. Peu avant 1830, en effet, un grand souffle de libéralisme, parti d'Europe, est parvenu jusqu'aux
(1) Voy. Introduction historique, p. 30.
(2) Kennedy, ouvr. cité, p. 262.
rivages de la Nouvelle-Angleterre. Connu successivement sous le nom d’Unitarianisme avec Channing, puis surtout de Transcendantalisme avec Emerson, le mouvement miphilosophique mi-religieux qui est né de cette activité intellectuelle a fortement modifié l'esprit de la Nouvelle-Angleterre (1). La stricte discipline et l’intangible credo d'une petite communauté ont été tout ébranlés par ce mouvement d'idées où se rencontrent pêle-mêle les doctrines des philosophes allemands, comme Kant et Schelling, les aspirations de la Révolution française, le mysticisme des religions asiatiques, les théories de Wordsworth et de Coleridge, puis de Carlyle. Le Massachusetts, surtout, avec sa capitale Boston — ce cerveau de la jeune Amérique — a vu
(1) Cf. notamment : Brooks, (Charles) : 7. William Ellery Channing. Boston, 1880.
Chadwieck. (J. W.): William Ellerg Channing, Minister of Religion. Boston, 1903.
Channing (William Ellery) : The Works of W. E. Channing, 6 vol. Boston, 1841-1843.
Cooke (George Willis) : Unitarianism in America ; À History of its Origin and Development. Boston, 1902.
Dugard (M): Ralph Waldo Emerson : Sa vie et son œuvre. Paris, 1907. :
Emerson (Ralph Waldo) : The Complete Works of R. W. Emerson,
12 vol. Boston, 1903-1904, Londres 1904.
Goddard (Harold Clarke): Studies in New England Transcendentalism. Columbia Univ. Studies in English., 1908. — « Transcendentalism » in A History of American Literature, vol. I, chap. vin. Cambridge, 1918.
Firkins : O. W. Ralph Waldo Emerson. Boston, 1915.
Garnett (Richard): Life of R. W. Emerson. Londres, 1888.
Guernsey (Alfred Hudson) : À. W. Emerson : Philosopher and Poet.
Holmes (Oliver Wendell) : « R. W. Emerson », Boston, 1885. (American Men of Letters.)
More (Paul Elmer) : (Emerson », in À History of American Literature, ouvr. cité, chap. 1x.
Renan (Ernest) : Etudes d'Histoire Religieuse. Paris, 1864.
Schalk de la Faverie(A.): Ralph Waldo Emerson. Les premiers interprètes de la pensée américaine, p. 297-335, Paris, 1909.
Woodberry (George Edward) : Ralph Waldo Emerson. New York, 1907. (English Men of Letters).
sa rigidité intellectuelle et morale se détendre, son étroitesse provinciale et sectaire s'ouvrir peu à peu à une conception plus tolérante et plus large de l'humanité. Dans l'élite, le changement est considérable. Avec Emerson, par exemple, l'esprit de tolérance devient absolu ; le sentiment des rapports nécessaires de l’homme et du genre humain s'étend brusquement de la notion de secte et de clan à la notion de l’universel.
L'œuvre de Longfellow porte nettement la marque de cette nouvelle conception américaine de la religion et de la vie. Bien qu'il n'ait jamais eu le tempérament d'un militant, et qu'il n'ait jamais fait partie du célèbre Club Transcendantal (fondé par Emerson en 1836 et auquel adhèrent les Channing, les Peabody, les Thoreau, les Hawthorne), on sent chez lui une sympathie non déguisée pour ces formes nouvelles de pensée, et l’ambition d’édifier, sur le roc du puritanisme comme base morale, un monument littéraire où auront largement leur place, à côté des thèmes traditionnels, d’une part, le sentiment et la sensibilité, d'autre part, la vie et la culture, et même la religion des peuples étrangers.
Longfellow était d'autant mieux préparé à accomplir cette œuvre qu’un aspect de son tempérament le différenciait profondément d’avec la masse de ses compatriotes. Longfellow était bon. D'une grande sévérité pour lui-même, il avait des trésors de tendresse et d'indulgence pour les autres. Naturellement enclin à la pitié, il était totalement incapable de haine. Il sympathisait d'instinct avec tout être humain. A la rectitude de ses principes moraux, il ajoutait ce désir spontané de soulager les malheurs d'autrui qu'on désiënait au xvui siècle par le beau mot d'humanité (1). Sans prendre une part active à la campagne pas-
(1) « One of the most pleasing characteristics of this writer’s works 1s
sionnée contre l'esclavage, aux côtés de tant d'autres de ses compatriotes, le poète Whittier, par exemple, Longfellow sut montrer néanmoins qu'il n’était pas indifférent à ce noble mouvement d'émancipation humaine. Il protesta et agit de la manière qui correspondait le mieux à son tempérament : avec une éloquence émue, il demanda pitié et justice pour les noirs, dans un recueil très simplement intitulé : Poems on Slavery, qu'il publia en 1842.
Cette bonté, les contemporains la lisaient sur son visage comme dans ses livres : elle explique à elle seule une bonne part de sa popularité. « Longfellow peut être appelé, par excellence, le poète de l'humanité. Aucun autre poête n’a participé si pleinement à nos luttes et à nos épreuves diverses et ne nous a apporté dans ces luttes et ces épreuves autant de réconfort... Comme il gisait sur son lit de mort, il n’est pas un seul vers qu'il eût souhaité voir retrancher de son œuvre tout entière. » Ainsi s’exprimait le Révérend Franklin Johnson en prononçant l’oraison funèbre du poète, à Cambridge (1): Dans tout le monde anglo-saxon, ce fut, aussitôt après sa mort, le même concert unanime de louanges ; chacun s’accordait à proclamer que l'auteur d'Exeelsior, de la Quarteronne (2), du Forgeron du Village (3), d’Evangéline et de tant d’autres poèmes populaires était pardessus tout le poète qui console, qui élève l’âme et apporte au cœur qui souffre la paix etle repos (4).
their intense humanity. À man’s heart beatsin his every line... Heis a brother, speaking to men as brothers... »
Gilfillan : Second Gallery of. Literary Portraits, 2e édit., p. 254-264. Edimbourg, 1852. ù
Voy. aussi Norton (C. E.): The Poetical Works of Henry W. Longfellow, Introduction, p. xvir. Londres, s. d.
(1) Cité par W. S. Kennedy, ouvr. cité, p 146.
(2) « The Quadroon Girl » fait partie du recueil intitulé : Poems on Slavery, Cambridge, 1842.
(3) « The Village Blacksmith » a été publié dans Ballads and other Poems, ouvr. cité.
(4) On pourrait former tout un recueil avec les poèmes publiés dans la