LES RETOURS DU DÉMON
signe de croix, n'étant pas encore baptisé : Vas vacuum et signatum. Elle est d'ailleurs délivrée de ses immondices d'autrefois, affranchie de ses imiDuretés idolâtriques, balayée et brossée par la rude casuistique des docteurs : scopis mundatam. Même, elle est ornée, et ornatam, sinon de vertus réelles, au moins de décors extérieurs, de correction sans racine, incapable de défendre l'âme de façon efficace contre le retour de l'ennemi. C'est à la faveur de cette religion hypocrite que l'esprit mauvais, pour assurer son empire, s'en va recruter et prendre avec lui sept autres esiarits, pires que lui-même, jiires que le premier envahisseur diabolique. Et alors, la prise de possession est plus violente que celle d'autrefois ; l'état de cet homme s'aggrave. Cette idolâtrie nouvelle, cette souillure de l'esprit, est plus redoutable et plus incurable que la grossièreté de jadis. Israël idolâtre se rendait encore aux châtiments, il écoutait parfois la voix de ses prophètes : l'Israël durci, hautain, se retranche contre la vérité évangélique derrière ses traditions humaines et sa sainteté légale. Aussi l'éternelle justice lui ménage-t-elle un châtiment plus effrayant que tous ceux qui ont précédé. Quadraginta annis proximus fui generationi huic... Encore quarante ans de patience divine, et ce sera fini de Jérusalem ; la race détestable d'aujourd'hui ne sera pas éteinte avant que le Seigneur ait exercé sur elle sa vengeance : Sic erit et generationi huic pessimae.
Saint Luc termine par une note aimable. Tandis qUe le Seigneur parlait ainsi, une femme, élevant la voix du milieu de la foule, lui dit : Bienheureux le sein qui vous a porté et les mamelles que vous avez sucées ! — On devine que c'était une mère. Elle reconnaissait en Jésus un prophète. Elle était sous le charme de cet enseignement, peut-être même en Une sorte d'extase, pour laisser de la sorte jaillir son exclamation. Alors que scribes et pharisiens avaient accusé le Seig leur d'agir au nom de Béelzébub, elle béatifie tout à la fois et le Fils et la Mère. Comme elle est bien insijirée ! Jamais, en effet, il n'y eut Mère plus heureuse ni plus grande que Marie. Et pourtant, le Seigneur trouve ici même l'occasion d'appuyer encore sur la doctrine qui le préoccupe actuellement : « Bienheureux plutôt ceux qui écoutent la parole de Dieu, et qui la gardent avec soin. » Ce ne sont i^oint nos privilèges, ce sont nos vertus, Li loyauté de l'intelligence et la fidélité pratique, qui font notre bonheur et notre richesse surnaturelle. Bienheureux les simples, les dociles : bienheureuse la Vierge,