LES RETOURS DU ^MON
tré chacune des réalités physiques avec lesquelles vous êtes en relation. Mais si votre œil n'est pas sain, tout votre corps sera dans les ténèbres, indécis, maladroit, sans cesse menacé. Veillez donc à ce que la lumière qui est en vous, — il s'agit, cette fois, de la lumière intellectuelle, de l'œil intérieur, — ne soit pas ténèbres. Veillez à maintenir chez vous cette loyauté, cette rectitude profonde, dont sont dépourvus les i)harisiens. Car il n'y a pas de droiture là où régnent le parti j^ris, la i:)assion, l'égoïsme. Mais si votre corps tout entier, si votre être tout entier est éclairé, n'ayant nulle i:)ortion ténébreuse, alors tout sera lumineux en ^'OUs, comme lorsque la lampe vous inonde de sa clarté. Ce n'est pas une tautologie ; cela veut dire que si nous n'opposons à la lumière qui émane de l'enseignement du Seigneur aucune ténèbre volontaire, aucune opacité, la vérité circulera en nous comme dans un cristal vivant et sans défaut : toutes nos démarches morales en seront éclairées. Et nous en aurons conscience, et nous ne demanderons i^lus, pour croire, un signe du ciel.
Mt., XII. — ^3 Cum autem immundus spiritus exierit ah homine, amhulat per loca arida, quaerens requiem, et non invenit. ^^ Tune dicit : Revertar in domum meam, unde exivi. Et veniens invenit eani vacantem, scopis mundatam, et ornatam. *^ Tune vadit, et assumit septem alios spiritus secum nequiores se, et intrantes habitant ihi ; et fiunt novissinia hominis illius pejora priorihus. Sic erit et generationi huic pessimae.
Le, XI, — 24 Qui^i immundus spiritus exierit de homine, ambvrlat per loca inaquosa, quaerens requiem; et non inveniens, dicit : Revejiar in domum meam unde exivi. ^s Et cum venerit, invenit eam scopis mundatam, et ornatam. ^6 Tmic vadit, et assumit septem alios spiritus secum, nequiores se, et ingressi habitant ibi. Et fïunt 7iovissima hominis illius pejora prioribus. ^' Factum est autem, cum haec dicei^et, extollens vocem quaedam mulier de turba, dixU un : Beatu^s venter qui te portavit, et ubera quae suxisti. ^ At ille dixit : Quinimo beati qui audiunt verbum Dei, et custodiunt illud.
C'est encore un avertissement adressé à la Synagogue et l'indication de l'esprit auquel elle obéit aujourd'hui. Rap-
pelons-nous que tout cet enseignement du Seigneur a eu pour occasion la guérison d'un démoniaque et le blasphème pharisien. La question se pose nettement : qui des deux, de Jésus ou de la SjTiagogue, obéit au diable? Depuis le contact avec l'Egypte et avec les peuplades chananéennes qui n'avaient été éliminées que lentement, toute l'histoire du peuple juif est pleine de ses rechutes dans l'idolâtrie. Il en a été guéri pourtant : au retour de la captivité de Babylone, une salutaire terreur l'a gardé d'abord; puis les scribes et les docteurs de la Loi sont venus poursuivre son éducation et graver dans sa tête et dans ses mœurs le sens de l'unité de Dieu. C'est à cette conversion que le Seigneur songe. L'esprit immonde, l'esprit grossier, celui qui insjDirait les adorateurs du veau d'or et conduisait Israël sur les hauts lieux, celui-là est sorti. Tout n'est pas achevé pour autant. Béelzébub a des retours offensifs. Chassé de l'homme, chassé du peuple, il se cherche un gîte quelconque : les pourceaux, à l'occasion (Mt., viii, 31). De gré ou de force, il se retire au désert, et il y tient le sabbat, dans la compagnie 'des bêtes sauvages (voir Lev., xvi, 10, le sort du bouc émissaire ; Tob., viii, 3 ; Is., xiii, 21-22 ; xxxiv, 14 ; Bar., iv, 35). Ce sont des lieux désolés et maudits : il est naturel que le maudit y prenne domicile. Peut-être cela expliqUe-t-il en partie l'horreUr dont nous sommes saisis dans les solitudes et dans les ruines abandonnées. Le diable y promène son inexorable ennui : quaerens requiem et non invenit; il y cherche en vain le repos, car il porte avec lui son enfer et son inquiétude éternelle. Faire le mal est pour le diable la seule distraction, aussi lui est-il intolérable d'être relégué hors de son séjour. Il se dit alors : « Mais si je retournais dans ma maison, d'où je suis sorti ! » Il dit : « ma maison », non qu'elle soit sienne, mais parce qu'il y a demeuré et travaillé. Il dit : « j'en suis sorti » : entendons qu'il a été bouté dehors. Nous savons peut-être, par une triste expérience personnelle, que le diable, lorsqu'il a réussi une fois, revient toujours, obstinément, sottement, au procédé qui s'est révélé efficace.
Le voici donc qui rentre, et il trouve la maison vide, c'est-àdire inoccupée et libre. C'est bien le judaïsme d'après la captivité. Il est vide. Le diable en est sorti, mais Dieu n'y habite pas. Le mosaïsme est devenu grossier, tout en prestations extérieures. La maison est vide, comme était vide, selon saint Grégoire (Dialogues, 1. III, c. vu), le cœur de cet homme qui avait fait sur lui le