LES PREMIERES PARABOLES
Mt., XIII. — ^ In ilîo die exiens Jésus de domo, sedehat secus mare. ^ Et congregatae sunt ad eum turhae muUae, ita ut in naviculam ascendens sederet ; et omnis turba stabat in littore. ^ Et locutus est eis milita in parabolis, dicens...
Me, IV. — '^Et iterum coepit docere ad mare ; et congregata est ad eum turba multa, ita ut navim ascendens sederet in mari, et omnis turba circa mare super ierram erat. ^ Et docebat eos in para' bolis multa, et dicebat illis in doctriiia sua...
Le, VIII. — * Cum autem turba plurima convenirent, et de civî' tatibus properarent ad eum, dixit per similitudinem...
Quelques mois se sont écoulés depuis l'épisode des épis froissés et du repas sommaire des apôtres : peut-être sommes-nous à l'époque des semailles. En tout cas, Vin illo die de saint Matthieu doit être entendu largement : « un jour que Jésus, sorti de la maison, était assis près de la mer... » Le Seigneur n'est plus dans la maison de Caphamaûm ; il s'est dirigé, selon sa coutume, vers le lac de Tibériade, afin d'échapper à une foule toujours grossissante, accourue des bourgades voisines. Il monte dans une barque ; le peuple s'entasse sur le rivage ; et lui, assis et comme en une chaire, il enseigne. Mais la forme de sa prédication a changé : c'est en paraboles et en similitudes qu'il parle maintenant ; et il distribue ainsi une doctrine variée : Et docebat eos in parabolis multa.
La parabole est un artifice naturel et très humain ; chez les Orientaux, chez les Palestiniens notamment, elle anime la con-
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versation et renseignement. Salonion en avait donné l'exemple, lui qui avait « composé trois mille paraboles » (III Rcg., iv, 32). C'était la projDOsition d'une vérité enveloppée, une sorte d'énigme; à la découvrir rapidement et sûrement, se révélait la vivacité de l'intelligence (III Reg., x, 2-3 ; Prov., i, 1-6 ; Eccli., xxxix, 1-3 ; XLvii, 15-18). Il y avait même, chez les Juifs, une formule habituelle i^our introduire la parabole : « Je vais vous dire une parabole. — A quoi ressemble-t-elle? — Elle ressemble à Un animal qui marche à quatre pieds le matin, à deux pieds à midi, à trois pieds le soir, etc.. » Un proverbe, un dicton populaire, parfois une simple et brève comparaison sont aj^pelés paraboles dans l'Ancien et le Nouveau Testament. L'enseignement des rabbins avait adopté la forme parabolique, et le Seigneur n'a fait que suivre la coutume. Sans nous attarder à définir ce qui distingue la parabole de l'allégorie, de la fable ou du mythe, observons seulement que la j^arabole est le récit, sans invraisemblance, d'un fait qui se passe ou qui a pu se passer, mais où se traduit une vérité supérieure de l'ordre spirituel ou moral ; c'est une analogie, une symétrie reconnue entre Tordre sensible et l'ordre in\dsible : la création étant pour nous autre chose qu'un spectacle et un paysage proposés à nos yeux jsour les récréer, mais devenant la traduction des réalités sj^irituelles. La parabole est ainsi Une leçon suggérée, que chacun comprend et s'applique selon la mesure de son intelligence et de sa moralité ; la leçon naît tout à la fois de la proposition de celui qui parle et de la collaboration de celui qui entend : car le disciple est provoqué à chercher, et l'artifice ménage une joie et une saveur nouvelle à la vérité reconnue et comme découverte par im travail personnel.
L'usage assidu de la parabole, nous le verrons plus clairement bientôt, est ici déterminé par une situation nouvelle. En face de la malveillance de beaucoup, le Seigneur commence à se dérober partiellement. Sans doute, les premières paraboles ont pour dessein d'éveiller la curiosité religieuse du peuple ; mais elles sont en même temps Un voile : l'enseignement lui-même s'estompe, de manière à n'être perçu qUe par les intelligences libres et les cœurs de bonne foi. Dans la suite, et chez saint Luc en particulier, d'autres paraboles auront simplement pour intention de substituer à l'exiDOsé direct et formel de la vérité Une sorte de scénario humain qui lui donne plus de vie et d'intérêt : par exemple, la parabole de l'enfant prodigue et celle des dix vierges.