‹ L'évangile de notre-Seigneur Jésus-ChristChapitre 105 sur 340 · POURQUOI LE'NSEIGNEMENT PARABOLIQUE · texte numérisé non relu

POURQUOI LE'NSEIGNEMENT PARABOLIQUE

jet. Tous sont appelés : néanmoins, cette vocation et son universalité laissent une place à des préférences et à des privilèges. Vous vous apercevez bien, dit Jésus, que je parle autrement à vous et autrement aux foules. C'est que le Ro^'aUme de Dieu dont il est question dans toutes les paraboles, la théocratie, a, comme tout royaume, ses secrets, ses conseils mystérieux, ses réalités inconnues du vulgaire : et à vous. Dieu a donné de les savoir. Vous êtes du conseil de Dieu. Dieu parle librement avec vous. Il le faut bien, puisqu'il vous aime, et qu'on ne cache rien à ceux qu'on aime. Il le faut bien aussi, puisque vous serez un jour obligés d'en parler au monde. A d'autres, à ceux qui lui sont moins intimes, à ceux-là surtout qui demeurent distants et se confinent dans leurs préjugés, illis autem qui foris sunt, le Seigneur ne se livre qu'avec mesure : « pour ceux du dehors tout se passe en paraboles ». Sans doute, Dieu a par devers lui les ressources suffisantes pour triompher de tout aveuglement, de toat endurcissement : Ad te nostras etiam rebelles compelle propitius voluntates, lui demande notre liturgie ; mais le Tout-Puissant use à son gré de ses ressources. Acception de personnes ! dira quelqu'mi. Non : il n'y a acception de personnes que lorsqu'il existe par ailleurs Une dette, une obligation de justice distributive : Celui dont la bonté iDremièrc est toujours gratuite demeure souverainement libre dans ses dons (Rom., ix, x, xi). Parfois cependant, Dieu semble s'incliner et presque condescendre à l'opposition qui lui est faite, mesurer sa lumière et sa grâce aux capacités volontaires de chacun : il est envers nous ce que nous sommes à son égard ; sa voix se fait lointaine pour ceux qui se tiennent à distance.

« Car, à celui qui a, l'on donnera, et il connaîtra l'abondance ; mais à celui qui n'a pas, on ôtera même ce qu'il a, — ce qu'il croit avoir, » dit saint Luc (vin, 18). La leçon est d'une opportunité étemelle. A celui qui accueille la lumière, au privilégié, Dieu se révélera plus encore ; à celui qui écoute non seulement avec l'oreille, mais avec le cœur, Dieu élargira le cœur afin qu'il comprenne davantage. Mais à celui qui n'apporte aux choses divines qu'im cœur sensuel, des dispositions grossières, une simple préoccupation de curiosité. Dieu retirera le peu de lumière qu'il a ou semble avoir. Avoir la vérité surnaturelle, cette vérité qui est en nous le jDrincipe de la foi et de la vie, ce n'est pas avoir lu, ou entendu, ou analysé comme une science purement humaine les

choses de la religion ; ce n'est pas davantage y avoir trouvé un objet d'émotion esthétique : c'est posséder intérieurement la vérité, dans une sorte de prise de conscience et de fixation, plus profonde de jour en jour et plus habituelle ; c'est avoir replié son âme sur elle, comme sur un trésor aimé, comme une bonne terre sur la semence jetée au sillon. On raconte que les anciens philosophes figuraient l'opinion, la So^y., par la main ouverte ; la certitude, par la main fermée ; la conviction, absolue et définitive, par la main fermée et embrassée par l'autre main : c'est là ce qui s'appelle avoir la vérité, qui habet. Si vous avez de cette sorte, on vous donnera davantage, car vous êtes Un économe fidèle. Mais à ceux qui détiennent la Aérité captive dans les infirmes dispositions de leur cœur, on retirera cette vérité, cette parole, cette semence dont ils ne font rien. Le Seigneur répétera encore, sur la fin de sa vie (Mt., xxv, 29), le même avertissement, !a même menace pour Israël,

Or, ce qui se passe aujourd'hui est un commencement de soustraction : avant de se retirer totalement, la lumière se réduit, elle s'adapte aux dispositions des consciences. Elle se tient à distance, assez loin, mais pas trop loin, afin qUe les hommes la regrettent. Voici pourquoi, dit le Seigneur, je leur parle en paraboles : ils voient et ne voient pas. Ils voient le messager que Dieu leUr a envoyé : ils ne pourront donc accuser le Seigneur d'indifférence ; mais ils ne le voient, hé as ! que des yeux du corps, comme le cheval du centurion contemplait de son œ'\ morne le spectacle du Calvaire. C'est un pur enregistrement cérébral, qui ne leur sera d'aucun fruit. Ils entendent : les secrets de la vie éternelle et ses essentielles conditions leur sont présentés ; à mots couverts, il est vrai, puisque l'hostilité des uns, la grossièreté des autres, oblige à user désormais du circuit de la jDarabole. Mais enfin, même alors, même dans la formule symbolique, il y aurait moyen de reconnaître la vérité : celle-ci prend dans la parabole une forme piquante, et peut devenir un objet d'agréable conquête. Encore faudrait-il chercher, déchirer l'écorce ; mais les mêmes causes qui ont contraint le Seigneur à se voiler, déterminent les Juifs à ne rien faire ; ils entendent sans entendre et sans comprendre, non audiunt neque intelliguni. Nulle guérison n'est possible pour ces aveugles volontaires.

Et le Seigneur, en saint Matthieu, reconnaît dans la situation

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