SENS DE LA PARABOLE DU SEMEUR
diabolus, et tollit verhum de corde eorum, ne credentes salvi fiant. ^^ Nam qtii supra petram, qui cum audierint, cum gaudio siiscipiunt verhum ; et hi radices non habent ; qui ad tempus credunt^ et in iempore tentationis recedunt. ^^ Qiiod autem in spinas cecidit, hi sunt qui audierunt, et a soUicitudinibus, et divitiis, et voluptatibus vitae, euntes, suffocantur, et non referunt fructum. ^^ Quod autem in terram bonam, hi sunt, qui in corde bono et optimo audientes verbum rctinent, et fructum afferutit in patientia.
Le Seigneur s'emploie donc à soustraire les siens, dès la première heure de leur éducation apostolique, aux préjugés de race. Ils n'y échapperont complètement que beaucoup plus tard ; mais, dès maintenant, leur âme est prête à recevoir Un enseignement pri\'ilégié. Ils ont la clef des symboles sous lesquels le Seigneur se dérobe aux autres. Et dans la parabole du semeur, le voile est si transparent que le Seigneur s'étonne de n'avoir pas été compris aussitôt : Vous ne comprenez pas cette parabole? C'est pourtant chose simple, semble dire JésUs. Si vous échouez dans cette interjDrétation, comment comprendrez-vous les autres paraboles, toutes celles où se rencontrera une réelle difficulté, quomodo omnes parabolas cognoscetis? Entendez donc, vous, mes disciples, la parabole du semeur. C'est la réponse à la seconde question posée naguère : qUe signifie cette parabole? La première avait été : pourquoi parler au peuple sous cette forme symbohque?
La semence, c'est la parole de Dieu. Ne traduisons pas : le Verbe de Dieu. Encore que le dessein de l'Incarnation soit de faire habiter dans nos cœurs la Parole étemelle et consubstantielle de Dieu, dans l'espèce, cependant, il s'agit de la parole créée : parole parlée ou prédication, parole écrite, non écrite ou tradition, parole intérieure, spectacle même de la création, en un mot tout ce par quoi nous est communiquée la pensée de Dieu. Verhum regni, dit saint Matthieu, la parole qui fonde le Royaume de Dieu. Le Fils de l'homme en est le semeur (Mt., xiii, 37). Nous allons apprendre comment s'étabht ce Royaume, et les obstacles qu'il trouve devant lui. Il n'est fondé que par l'étroite collaboration de Dieu et de Ihomme. Dieu sème, c'est lui seul qui peut semer la \\e, la vie étemelle surtout ; sans la tendresse de Dieu, qui descend vers nous la première, il n'y aurait rien eu, pas même un obscur comnK^ncement. Mais enfin, si souveraine que soit l'action divine, elle n'est pas exclusive, elle ne nous dispense pas
d'agir. La grande leçon de la parabole présente, c'est de montrer comment naît en notre âme la vie surnaturelle ; nous y voyons quel accueil intelligent et affectueux réclame la parole de DieU, germe de vie, germe vivant qui doit s'assimiler toutes choses en nous, et grandir. Leçon toujours actuelle, sans doute, mais combien opportune au jour où le Seigneur l'adressait à la génération de ses contemporains ! C'était une génération quiétiste : le salut lui aj^partenait, pensait-elle, par droit d'héritage et à raison du sang d'Abraham !
Lorsque nous disons que le germe divin doit s'assimiler toute la terre spirituelle où il est jeté, il faut bien reconnaître que la parabole demeure au-dessous de la réalité : la germination matérielle épuise la terre, et son œuvre ne l'embrasse pas toute ; elle fait choix de ce qui lui convient dans le sol, mais ne le transforme pas. Remarquons-le une fois de plus : il ne faut demander aux paraboles que ce qu'elles nous veulent précisément enseigner ou suggérer, et non pas un parallélisme absolu entre la parabole et son objet moral, une identité rigoureuse entre chaque détail de la parabole ou de l'allégorie et chacun des éléments de la doctrine symbolisée. Bien des traits d'une parabole n'ont d'autre dessein que de lui laisser tout le charme et le naturel d'une scène réelle. A l'époque déjà de Tertullien, le dur Africain était obligé de réprimer des recherches qui, sous prétexte d'exactitude, devenaient puériles ou même dangereuses {De pudicitia, c. ix).
Le Seigneur reprend l'une après l'autre les quatre données de la parabole. Voici vm homme qui entend la parole, mais ne la comprend pas. Il ne s'agit point d'un enregistrement spontané et rapide : les plus simples sont capables d'entendre leur Credo ; il s'agit de l'hospitalité aimante donnée à la parole, de l'attention, de l'intégration mentale, de la docilité intellcctvielle et volontaire. Hi sunt qui circa viam... : c'est la semence égarée sur le chemin. Le terrain est battu, durci, souvent piétiné : la parole demeure à la surface, non recouverte, non défendue. L'œuvre jalouse du mauvais, de Satan, est trop facile : il vient sans retard, l'oiseau malfaisant, lui qui connaît bien les abords de l'âme et la sensibilité ; il enlève la semence, il arrache du cœur jusqu'au souvenir de cette vérité qui ne sert à rien. Accueillie avec foi, elle eût apporté le salut : ni l'âme, ni le diable ne l'ont permis. Telle est la première condition de la semence : cela ressemble à l'enfance, et il en est chez qui l'enfance dure toute la vie.