LES TROIS POSTULANTS
tête. Sans doute, une maison amie l'hébergeait quelquefois ; mais d'une façon générale, au cours de sa vie itinérante, il n'avait nul refuge assuré. Peut-être le scribe était-il accoutumé à une vie douce et facile : le Seigneur refroidit, par sa remarque, un enthousiasme trop humain.
A un autre, que la timidité empêchait de s'offrir, le Seigneur fait des avances et dit : « Suivez-moi. » Il était déjà du nombre des disciples, de ceux qui écoutaient volontiers l'enseignement de Jésus : mais il hésitait à tout quitter pour accompagner son Maître. Après cet appel direct, il atermoie encore : « Je veux bien. Seigneur, mais au^jaravant permettez-moi de m'en aller et de donner la sépulture à mon père. » On peut se demander si son père était réellement mort, ou bien très âgé et n'ayant plus que peu de temps à vivre. Quoi qu'il en soit, la réponse du Seigneur est catégorique : il ne faut pas faire attendre Dieu, il ne faut pas lui dire : «Demain, quand je serai prêt ! » Votre père, s'il est mort, trouvera autour de lui des gens charitables qui lui donneront la sépulture. Ils ne manqueront pas au mort : mais vous, vous pourriez manquer à la vie. Laissez donc les morts, ceux qui appartiennent aux choses jDérissables de ce monde, ensevelir leurs morts. Pour vous, allez annoncer le Royaume de Dieu. Un apôtre est séparé et consacré, mieux encore que le grand-prêtre de l'Ancienne Loi (Lévit., XXI, 11), mieux que le Nazaréen dont il est dit : « Tout le temps pendant lequel il se sépare en l'honneur de Jéhovah, il ne s'approchera d'aucun corps mort ; il ne se souillera ni pour son père ou sa mère, ni pour son frère ou sa soeur, lorsqu'ils mourront : car il porte sur sa tête la consécration à son Dieu » (Xum., vi, 6-7).
Un troisième, s 'offrant de lui-même comme le premier, temporisant comme le second, disait au Seigneur : « Je vous suivrai, Seigneur, mais permettez-moi d'aller d'abord prendre congé de ceux de ma maison. » C'était probablement une trempe faible, que les adieux couraient le risque d'amollir, aussi la réponse du Seigneur est-elle austère : « L'homme qui met la main à la charrue et regarde en arrière n'est point un bon ouvrier, un travailleur utile pour le Royaume de Dieu. » — Nous ignorons ce que devinrent les postulants. Aussi bien, l'évangile n'a recueilli ce triple incident que parce qu'il souligne une fois de plus tout le prix du Royaume des cieux, comme les paraboles du trésor.caché et de la perle.
Mt., VIII. — ^' Et ascendente eo in naviculam, secuti sunt eum discipuli ejus. ^^ Et ecce motus magnus factus est in mari, ita ut navicula operiretur fluctibus : ipse vero dormiebat. ^s Et accesserunt ad eum discipuli ejus, et suscitaverunt eum, dicentes : Domine, salva nos, perimus. ^^ Et dicit eis Jésus : Quid timidi estis, modicae fidei ? Tune sur gens, imperavit ventis et mari, et facta est tranquiïlitas magna. ^^ Porro homines mirati sunt, dicentes : Qualis est hic, quia venti et mare obediunt ei?
Me, IV. — ^^ Et dimittentes iurbam, assumunt eum ita ut erat in navi; et aliae naves erant eum illo. ^' Et facta est procella magna venti, et fluctus mittebat in navim, ita ut impleretur navis. ^^ Et ipse erat in puppi super cervical dormiens ; et excitant eum, et dicunt illi : Magister, non ad te pertinet quia perimus? ^^ Et exsurgens comminatus est vento, et dixit mari : Tace, obmutesce. Et cessavit ventus, et facta est tranquillitas magna. ■*" Et ait illis : Quid timidi estis? necdum habetis fidem? Et timuerunt timoré ma gno, et dicebant ad alterutrum : Quis, putas, est iste, quia et ventus et mare obediunt ei ?
Le, VIII. — 22 Factum est autem in una dierum, et ipse ascendit in naviculam, et discipuli ejus, et ait ad illos : Transfretemus trans stagnum. Et ascenderunt. ^^ Et navigantibus illis, obdormivit, et descendit procella venti in stagnum, et complebantur, et periclitabantur. ^^ Accedentes autem suscitaverunt eum, dicentes : Praeceptor, perimus. At iïle surgens increpavit ventum, et tempestatem aquae, et cessavit, et facta est tranquillitas. ^^ Dixit autem illis : Ubi est fides vestra? Qui timentes, mirati sunt ad invicem dicentes : Quis putas hic est, quia et ventis et mari imper at, et obediunt ei?
« Passons de l'autre côté du lac, » avait dit le Seigneur. Aussitôt, les disciples congédient la foule ou la laissent se disperser, et se hâtent de préparer la barque, celle où .Jésus a prononcé des paraboles. Ils l'aident à y monter : ils le j^rennent, dit saint Marc, tel qu'il était (w; -/]v), c'est-à-dire sans le loisir de préparatifs, et rapidement. Les apôtres montent avec lui, et l'on part, toute une petite flottille formant escorte. Le Seigneur, fatigué des labeurs de la journée, s'assit à la poUpe, la tête appuyée sur la banquette, où se trouvait un coussinet, et s'endormit. La mer, calme