‹ L'évangile de notre-Seigneur Jésus-ChristChapitre 120 sur 340 · IX. — ^ Et ascendens in nccviculam, transfretavit · texte numérisé non relu

IX. — ^ Et ascendens in nccviculam, transfretavit

Me, V. — ^* Qui autem pascebant eos fugerunt, et nunticwerunt in civitatem et in agros. Et egressi sunt videre quid esset factuni. ^^ Et veniunt ad Jesxim, et vident illum qui a daemonio vexabatur sedentem, vestitum, et sanae mentis; et timueruni. ^^ Et narraverunt mis qui viderant, qualiter factum esset ei qui daemonium habuerat, et de porcis. ^"^ Et rogare coeperunt euni ut discederet de fînibus eonim. ^^ Cuynque ascenderet nœuim, coepit illum deprecari qui a daemonio vexatus fuerat, ut esset ciim illo. ^^ Et non admisit eum, sed ait illi : Vade in domum tuam ad tuos, et annuntia illis quanta tibi Dotninus fecerit et misertus sit tui. ^^ Et abiit, et coepit praedicare in Decapoli quanta sibi fecisset Jésus; et omnes mirabantur. ^^ Et cum transcendisset Jésus in navi rursum trans fretum, convenit turba multa ad eum, et erat circa mare.

Le, vin. — 34 Quod ut viderunt factum qui pascebant, fugerunt, et nuntiaverunt in civitatem, et in villas. ^° Exierunl autem videre quod factum est, et venerunt ad Jesum; et invenerunt hominem sedentem, a quo daemonia exierant, vestitum, ac sana mente, ad pedes ejus, et iimuerunt. ^^ Nuntiaverunt aviem illis et qui viderant, quomodo sanus factus esset a legione. ^^ Et rogaverunt eum omnis muUitudo regionis Gerasenorum ut discederet ab ipsis, quia magno timoré tenebantur. Ipse autem ascendens navim, reversus est, 2^ Et rogabat illum vir a quo daemonia exierant, ut cum eo esset. Dimisit autem eum Jésus, dicens : ^^ Redi in domum tuam, et narra quanta tibi fecit Deus. Et abiit per universam civitatem, praedicans quanta illi fecisset Jesu^. ^'^ Factum est autem, cum rediisset Jésus, excepit illum turba ; erant enim omnes expectantes eum.

Les bergers, affolés à la vue de leur troupeau disparu, courent en hâte avertir les propriétaires, à Gérasa et dans les métairies voisines. Naturellement, ceux-ci trouvent l'aventure déplaisante, et sortent de chez eux assez disposés peut-être à faire un mauvais parti au malencontreux prophète. Bientôt, toute la ville et toute la campagne Aiennent s'assurer du fait. Mais en arrivant près du Seigneur, ils sont témoins d'un spectacle inattendu. Ce démoniaque, qui avait été jusqu'alors la terreur du pays et que chacun

connaissait trop bien, il était là, assis avec les disciples aux pieds du Sauveur, décemment vêtu, revenu à la santé de l'esprit et au calme. A ce spectacle, une frayeur religieuse les saisit. Ceux qui avaient été témoins du miracle le racontaient en détail ; ils disaient tout haut la puissance redoutable qui avait prosterné le démoniaque et expulsé la légion de diables, en leur accordant la permission sollicitée. On voit bien que les sentiments des Géraséniens sont partagés. Us ont affaire à trop forte partie pour songer encore à des représailles violentes. Cependant, une crainte tout autre que la crainte religieuse ne tarde pas à l'emporter. « Que deviendra-t-on avec un homme qui fait si bon marché de nos intérêts matériels, et qui sera une menace constante jDour nos petits commerces? » Ayant à choisir entre leurs biens terrestres et le Seigneur, ils préfèrent leurs animaux et congédient le Seigneur : toute la population du pays l'invite à se retirer. Et le Seigneur obéit. Trop souvent, pour châtier les hommes, il n'a besoin que de prendre son parti de leur volonté et de les abandonner à ce qu'ils aiment.

Un mot suffira pour résoudre le cas de conscience que crée aux commentateurs le triste sort des pourceaux de Gérasa : N'y eut-il pas injustice à perdre ainsi, pour un caprice du diable, le bien de ces gens qui n'avaient mérité rien de pareil? On réjjond habituellement que le Verbe fait chair a droit de juridiction et domaine éminent sur toute la création : Domini est terra et plenitudo ejus. On observe aussi que le Seigneur a simplement laissé faire les diables, et que la responsabilité divine n'est pas plus engagée ici que dans toutes les autres destructions : tremblements de terre, naufrages, pestes, où s'exerce normalement l'énergie. des causes secondes : il suffisait à la miséricorde du Seigneur d'avoir délivré un homme. Aussi bien, en permettant la destruction du troupeau, il semble avoir voulu fournir im enseignement et infliger une correction. L'enseignement, c'est de nous révéler les goûts du démon, et aussi les desseins de mort auxquels se termine son action. Le châtiment, c'est de venger une infraction à la Loi juive, de tarir une source de revenus impurs et d'inspirer une terreur salutaire à toute cette population gérasénienne, composée de Juifs et de gentils. Le porc était un animal immonde et sa chair interdite par Moïse (Lev., xi). Sans doute ce n'était pas pour n'y goûter jamais, ni pour les vendre seulement à des infidèles, que ces gens nourrissaient des bandes de deux mille

pourceaux. Quoi qu'il en soit, le bénéfice moral de la leçon que donne le Seigneur est hors de proportion avec le détriment matériel qu'elle Qccasionne. Et enfin, s'ils perdent leurs porcs, du moins sont-ils délivrés des démons.

Mais la leçon ne fut pas comprise, et le Seigneur, repoussé, revint avec les siens au bord du lac. Il était déjà remonté dans la barque, lorsque le démoniaque, maintenant délivré, et définitivement gagné au Seigneur, le supplia de l'emmener avec lui. Jésus n'y consentit pas. « Allez, lui dit-il, rentrez chez vous, revenez près des vôtres, et racontez-leur tout ce que le Seigneur a fait pour vous, comment il a eu pitié de vous. » C'est le procédé, infiniment aimable, dont se sert le Seigneur pour que la région à demi païenne qui le repousse reçoive, quand même, la bonne nouvelle. N'est-ce pas la vocation des gentils qui commence? Le miraculé était du pays : sa guérison pouvait devenir un motif puissant de crédibilité. Il s'en alla donc, apôtre libre, et raconta, non seulement à tous les gens de la ville, mais dans d'autres cités de la Décapole, tout ce que Jésus avait fait pour lui. Et ceux qui l'entendaient étaient dans l'admiration. Peut-être se prirent-ils à regretter d'avoir été si prompts à congédier le thaumaturge. C'était surtout en Galilée, et pour les motifs indiqués plus haut, que le Seigneur enveloppait de discrétion ses miracles : ici, il y avait moins d'inconvénient à les laisser proclamer.

Pendant la petite négociation, on avait appareillé. Le Seigneur rebroussait chemin ; la barque qui l'avait amené le reconduisit de l'autre côté du lac, probablement dans la direction de Capharnaiim. Et il retrouva bientôt, sur la rive, l'affluence populaire à laquelle, la veille, il avait voulu échapi^er. On l'accueillit avec joie. Les foules, ne pouvant croire à une absence prolongée, inquiètes peut-être au sujet de la tempête de la nuit i^récédente, ne s'étaient point encore dispersées : tous l'attendaient.

Mt., IX. — ^^ Haec illo loquente ad eos, ecce pj-inceps unus accessit, et adorahat eum, dicens : Domine, filia mea modo defuncta est; sed veni, importe manum iuam super eam, et vivet. ^^ Et surgens Jésus, sequehaiur eum, et discipuli ejus. ^^ Et ecce mulier, quae sanguinis fluxum patiehatur duodecim annis, accessit rétro, et tetigit flmhriam vestimenti ejus. ^^ Dicebat enim intra se : Si tetigero tantum vestimentum ejus, salva ero. ^^ At Jésus conversus

et videns eam, dixit : Confide, filia, fides tua te salvam fecit. Et salva facta est mulier ex illa hora.

Me, V. — 22 ^i venit quidam de archisynagogis, nomine Jairus; et videns eum, procidit ad pedes ejus, ^^ et deprecabatur eum multuni, dicens : Quoniam filia mea in extremis est; veni, impone manum super eam, ut salva sit et vivat. ^^ Et abiit eum illo, et sequebatur eum turba multa, et compriînebant eum. -^ Et mulier quae erat in profluvio sanguinis annis duodecim, ^^ et fuerat multa perpessa a compluribus medicis, et erogaverat omnia sua, nec quidquam profecerat, sed magis deterius habebat, ^^ eum audisset de Jesu, venit in turba rétro, et ietigit vestimentum ejus. 28 Dicebat enim : Quia si vel vestimentum ejus tetigero, salva ero. 2^ Et confestim siccatus est fons sanguinis ejus; et sensit corpore quia sanata esset a plaga. ^° Et statim Jésus in semetipso cognoscens virtutem quae exierat de illo, conversus ad turbam, aiebat : Quis tetigit vestimenta mea? ^^ Et dicebant ei discipuli sui : Vides turbam comprimentem te, et dicis : Quis me tetigit P ^^ Et circumspiciebat videre eam quae hoc fecerat. ^^ Mulier vero timens et tremens, sciens quod factum esset in se, venit et procidit ante eum, et dicit ei omnem veritatem. ^* Ille autem dixit ei : Filia, fides tua te salvam fecit; vade in pace, et esto sana a plaga tua.

Le, VIII. — ^^ Et ecce venit vir, cui nomen Jairus, et ipse priti' ceps synagogae erat; et cecidit ad pedes Jesu, rogans eum ut intraret in domum ejus, ^^ quia unica filia erat ei fere annorum duodecim, et haec moriebatur. Et contigit, dum iret, a turbis comprimebatur. *^ Et mulier quaedam erat in fluxu sanguinis ab annis duodecim, quae in medicos erogaverat omnem substantiam suam, nec ab ullo potuit curari : ^^ accessit rétro, et tetigit fimbriam vestimenti ejus; et confestim stetit fluxus sanguinis ejus. *^ Et ait Jésus : Quis est qui me tetigit? Negantibus autem omnibus, dixit Petrus, et qui eum illo erant : Praeceptor, turbae te comprimunt et affligujit, et dicis : Quis me tetigit ? ^^ Et dixit Jésus : Tetigit me aliquis ; nam ego novi virtutem de me exiisse. " Videns autem mulier quia non latuit, tremens venit, et procidit ante pedes ejus, et ob quam causam tetigerit eum indicavit coram omni populo, et quemadmodum confestim sanata sit. ^^ At ipse dixit ei : Filia, fides tua salvam te fecit ; vade in pace.

GUÈRISON DE LHÉMO^flOlSSE 351

Il nous faut bien, ici encore, sous peine de rompre la trame historique de saint Marc et de saint Luc, donner à Vhaec illo loquente de saint Matthieu la valeur d'une simple formule de transition. Le Seigneur marchait au bord de la mer, et erai circa mare, lorsque sur\'int Jaïrc, l'un des chefs de la synagogue, — celle peut-être de Caphamaûm. On appelait chefs de la sjTiagogue les personnages plus considérés à qui était confié le soin de l'administrer et d'y présider aux réunions liturgiques. Cela n'entraînait d'ailleurs aucune fonction sacerdotale. Jaïre reconnaît sans peine le Seigneur, se prosterne à ses pieds, et le supplie avec instance de vouloir bien se rendre dans sa maison : « Seigneur, disait-il, ma petite fille, — elle avait douze ans environ, — ma fille unique, est à l'extrémité ; mais venez, imposez-lui les mains, afin qu'elle soit sauvée et qu'elle vive ! » Sans trop solliciter les paroles évangéliques, soulignons certains détails qui sembleraient indiquer, chez ce prince de la sjTiagogue, une foi moins parfaite que celle du centurion. Il fait entendre mille supplications, ce qui s'exphque, puisqu'il s'agit d'une enfant aimée ; mais enfm il est permis de reconnaître que, dans l'évangile, les formules les plus authentiques de la prière sont conçues habituellement d'une façon plus sobre : Vinum non habent; — Domine, ecce quem amas infirmatur : un simple exposé tranquille et confiant. Jaïre ne paraît pas croire à l'action à distance ; pour lui, les guérisons ne se font que par application immédiate du charme ou du remède di\'in ; et alors que le centurion se proclamait indigne de recevoir le Seigneur dans sa maison, il veut, lui, que le Seigneur \'ienne : il ne sera rassuré qu'à cette condition. On peut bien supposer aussi que Jaïre montrait un empressement exigeant et fébrile, et qu'il comptait avec anxiété les moments de retard. Le Seigneur condescend néanmoins et le suit, sauf à mettre à l'épreuve, en cours de route, sa patience et sa foi. Car la multitude, toujours insatiable de miracles, se met à la suite du groupe des apôtres ; elle presse le Seigneur de toutes parts et retarde sa marche. Et voici qu'un incident se produit, qui arrête tout le cortège.

Dans la foule se trouvait une femme qui, depuis douze ans, — l'âge de la petite malade, — souffrait d'une joerte de sang. Nombre de médecins s'étaient occupés d'elle, lui avaient fait dépenser tout son bien, l'avaient fait beaucoup souffrir : comme tant d'autres, elle n'avait ressenti aucune amélioration des trai-

tements variés et contradictoires ; même, elle se trouvait plus mal qu'au commencement ! Elle avait entendu parler de Jésus. Dieu lui avait inspiré une grande foi. Perdue dans la foule, elle suivait le Seigneur, et se tenait derrière lui, de manière à n'être pas même aperçue. Et sans oser prétendre, comme Jaïre, à une visite et à l'imposition des mains du Seigneur, elle se disait humblement, respectueusement : « Si je puis seulement toucher son vêtement, je serai guérie. » Elle parvint jtisqu'à Jésus et toucha la frange de son manteau. A l'instant même elle se sentit exaucée et tressaillit dans sa santé reconquise. Le Seigneur n'accomi^lissait pas de miracles inconscients ; il n'ignorait pas comment il venait de guérir cette femme, dont il avait lai-même provoqué la confiance : mais il tient à recueillir son témoignage, il veut qu'elle rende gloire à Dieu, qu'elle soit félicitée de son humble foi, peut-être aussi qu'elle soit une leçon pour Jaïre et pour les apôtres. Il s'arrête donc et institue une sorte d'enquête aimable. Il connut aussitôt en lui-même, dit saint Marc, la vertu qui était sortie de lui ; et s'adressant à ceux qui l'entouraient, il demandait : « Qui a touché mes vêtements? » Saint Pierre et les disciples ne manquent pas de lui faire observer combien une telle question est étonnante : « Maître, vous voyez la foule vous presser, vous serrer de toutes parts, et vous demandez : Qui m'a touché? » Chacun, en effet, note saint Luc, se défendait d'avoir touché le Seigneur d'une façon spéciale. Mais Jésus insistait : « Quelqu'un m'a touché : car j'ai eu conscience qu'une vertu était sortie de moi. » Et il regardait autour de lui, avec une feinte indécision, afin de reconnaître « celle » qui avait fait cela. Oui, tout le monde avait touché le Seigneur, matériellement : en réalité, une seule personne l'avait touché avec vénération, avec désir. La femme en avait bien conscience, elle, sachant parfaitement ce qui s'était accompli en elle. Peut-être, après son pieUx délit, car son cas constituait une impureté légale, chez les Juifs (Lev., xv, 25), i^eutêtre avait-elle reculé un peu, afin de laisser à d'autres le premier rang : elle aurait voulu se dissimuler encore, mais le regard du Seigneur pesait sur elle. Se voyant découverte, elle vint, effrayée et tremblante de joie, tomber aux pieds du Seigneur ; et, devant le peuple entier, elle avoua toute la vérité. Et Jésus mit fin à la scène en lui disant : « Rassurez-vous, ma fille : votre foi vous a sauvée. Allez, demeurez en paix, et soyez guérie à jamais de votre mal. » Et depuis lors, en effet, la guérison fut complète.

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