EXIGENCES DE I.A VIE CHRÉTIENNE
recipit; et qui me recipit, recipit eum qui me misit. ^^ Qui recipit prophetam in nomine prophetae, mercedem prophetae accipiet; et qui recipit justum in nomine justi, mercedem jusli accipiet. ^^ Et quicumque potum dederit uni ex minimis istis calicem aquae frigidae tantum, in nomine discipuU, amen dico vobis, non perdet mercedem suam.
Sur le berceau du Seigneur, les anges avaient chanté la paix. Il est certain, il est démontré par l'expérience que le Seigneur est venu apporter la paix ; il est le Roi pacifique ; et les sujets pacifiques de son Royaume sont les enfants de Dieu. En ruinant le péché, il a ruiné par là-même toutes les divisions et supprimé toutes les hostilités qui venaient du jDéché : Ipse est pax nostra, qui /ecit utraque unum (Eph., ii, 14). Tout cela est vrai. Mais il faudra que cette paix soit achetée par la destruction lente et progressive de tout ce qui s'oppose à elle dans la société religieuse, dans la société civile, dans le cœur de chacun. Le vieillard Siméon avait présenté JésUs comme un signe de contradiction. Et le Seigneur entend que nul ne se méprenne sUr le caractère de la paix messianique annoncée par Isaïe. « Ne pensez pas, dit-il, que je sois venu apporter la paix sur la terre : je ne suis pas venu donner la paix, mais déchaîner le glaive. » Sans doute, la guerre n'est prévue, n'est voulue que pour la paix, et non désirée pour elle-même ; mais enfin, le fruit premier de la venue du Seigneur sera de séparer le fils de son père, la fille de sa mère, la belle-fille de sa bellemère, en un mot de créer à l'homme des ennemis à l'intérieur même de sa maison. C'est une citation matérielle du prophète Michée : Q,uia filius contumeliam facit patri, et filia consurgit adversus matrem suam, niirus adversus socrum suam; et inimici hominis domestici ejus (vu, 6).
Telles sont les exigences souveraines de Notre-SeigneUr Jésus- Christ. Il insiste. Je serai à vous et vous serez à moi, mais à cette condition : lorsqu'on vous mettra en demeure de choisir entre votre père et moi, entre votre mère et moi, c'est moi que vous devrez choisir. Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n'est pas digne d'être mon disciple. Celui qui aime son fils ou sa fille plus que moi n'est pas digne de moi (Le., xiv, 26). — Qui donc a jamais parlé de la sorte? Si Jésus n'était pas Dieu, si Jésus ne nous aimait pas d'mi amoUr infini, s'il n'était pas la béatitude absolue, pourrait-il parler ainsi, sérieusement, à l'humanité?
374 TROrSlEME PARTIE. — CHAPITRE VI
S'il n'était pas celui qui peut tout demander parce qu'il est iMaître et Seigneur et qu'il tient en réserve un dédommagement éternel, Une telle exigence ne serait j^as seulement prétentieuse et téméraire : elle s'appellerait de l'immoralité. — Mais ce n'est pas tout encore : Si vous avez à choisir entre votre vie et Dieu, choisissez Dieu : « Celui qui ne prend pas sa croix et ne marche pas derrière moi n'est pas digne de rnoi. »
On serait tenté de supposer que cette sentence appartient historiquement à une date postérieure, ou du moins qu'elle ne fut formulée en ces termes précis qu'a23rès les événements du Calvaire. Jusqu'alors, pouvait-elle être comprise des Juifs? Le sUp- Ijlice de la croix n'existait pas chez eux : c'était Un châtiment romain ; et le Seigneur ne l'a subi que parce qu'il a été li\Té aux gentils. De plus, porter sa croix à la suite de Jésus est un fait plus circonstancié encore. Tandis que si nous plaçons ces paroles sur les lèvres du Seigneur ressuscité, elles deviennent parfaitement claires ; elles sont pour les croyants Un encouragement d'une singulière éloquence et d'une entière efficacité : à cette date, le Seigneur avait donné des gages ; lui aussi avait délaissé, pour nous, son Père et sa Mère ; celui qui s'était livré pour nous avait le droit de réclamer que nous l'aimions plus que nous-mêmes : le même procédé qui l'avait fait nôtre nous était offert pour devenir siens. C'est ainsi qUe l'Apôtre pourra écrire aux Hébreux : Aspicientes in auctorem fidei et consummatorem, Jesum, qui proposito sihi gaudio sustinuU cnieem, confusione contempla (xii, 2).
Si sUggesti\-e que soit cette exégèse, nous ne croyons pas cependant qu'il y ait lieu d'abandonner l'interprétation commune. L'in%dtation à j^orter notre croix à la suite du Seigneur ne se lit pas seulement au chapitre x de saint Matthieu : elle se retrouve dans les trois synoptiques, alors que Jésus prédit sa Passion (Mt., XVI, 24; Me, VIII, 34; Le, ix, 23). Saint Luc la reproduit même, comme saint Matthieu, une seconde fois, au chapitre xiv (27) : elle dut être réi^étée plus d'une fois par le Seigneur et impressionner ses auditeurs. Sans doute, ils n'en comprirent point, dès lors, toutes les précisions proj^hétiques ; mais ils entendirent que, pour devenir disciples authentiques de Jésus, ils devaient être prêts à donner leur vie, à affronter même avec lui le plus ignominieux des supplices, celui de la croix, bien connu et redouté des Juifs, à qui les oppresseurs romains, au dire de Josèphe, l'infligèrent souvent. Les condamnés portaient eux-mêmes leur