NÉCESSITÉ DE PORTBR SA CROIX
croix (cf. Justc-Lipse, De Cruce, 1. II, c. v). Pour les contemporains du Seigneur, même avant la Passion, l'expression « porter sa croix » pouvait avoir, comme pour nous, sinon une valeur proverbiale, du moins une portée métaphorique ; elle était déjà symbolique du j^arfait renoncement : aussi est-il question chez saint Luc (ix, 23) de porter sa croix « tous les jours ». — Le Seigneur n'avait pas simplement prophétisé qu'il mourrait de mort violente : il avait, et à diverses reprises, spécifié la forme du supplice (Jo., III, 14 ; Mt., XX, 19 ; xxvi, 2 ; Jo., viii, 28 ; xii, 32-34). Il ne semble pas, d'ailleurs, que les disciples aient entendu à la lettre les prédictions de leur Maître ; toute cette économie de la Rédemption devait demeurer longtemps pour eux une énigme.
L'obstacle au généreux programme que vient de tracer le Seigneur se trouve dans l'amour que nous avons pour nous-mêmes : amour naturel, mais qui est exposé à devenir animal et exclusif. Nous ne croyons, semble-t-il, qu'à la vie présente, et nous ne songeons qu'à nous. Le Seigneur doit s'armer contre cet ennemi, l'miique ennemi. «Celui, dit-il sous une forme paradoxale, celui qui garde sa vie, la perdra ; et celui qui perd sa vie à cause de moi, la gardera. » Vous voulez garder jalousement votre vie du temps, vos biens matériels, et demeurer vous-mêmes? vous perdrez finalement tout : et votre vie, et vos biens misérables, et Dieu ; il ne vous restera rien de ce trésor égoïste au nom duquel vous aurez écarté DicU. Mais celui qui aura consenti à perdre sa vie, non pas seulement, par la mort du martyre, mais par l'élimination et l'abandon de tout ce qui n'est pas selon DieU, celui-là l'aura sauvée en la sacrifiant, et la retrouvera.
Qui recipit vos me recipit. Après avoir décrit la persécution et la souffrance réservées à ses disciples, le Seigneur suppose que plusieurs leur feront pourtant bon accueil : à eeUx-là, il promet une bénédiction spéciale. Ses paroles contiennent donc encore un encouragement indirect pour les apôtres, en même temps qu'elles soulignent la sublimité de leur mission. Recevoir l'apôtre, qui est ambassadeur de JésUs-Christ (II Cor., v, 20), c'est recevoir Jésus-Christ ; et, semblablement, recevoir le Christ, l'envoyé de Dieu, c'est recevoir Dieu lui-même, c'est donner l'hospitahté au Père céleste (Jo., xiii, 20). Le bienfait de l'accueil remonte donc au Seigneur et à son Père ; ils se considèrent comme obligés et débiteurs : c'est d'eux que viendra la récompense. Et le Seigneur précise en quoi elle consistera. Recevoir un prophète,
c'est-à-dire celui qui parle au nom de DieU et sous son influence, recevoir un prophète en qualité de prophète, in noniine prophetae, c'est collaborer à sa mission, c'est ne faire qu'un avec lui, c'est acquérir un titre à partager le glorieux salaire que Dieu lui réserve. Il y aura de même communication de privilèges et de récompense pour celui qui accueille Un juste. Un saint, non pas à un titre quelconque et par pure philanthropie, mais en qualité de juste : la bénédiction donnée au juste s'étendra sur lui. Nulle proportion entre l'acte matériel de charité et son profit surnaturel : « Quiconque aura donné à boire à l'un de ces petits, ne fût-ce qu'un verre d'eau fraîche, parce qu'il est mon disciple : je vous le dis, en vérité, il ne perdra point sa récompense. » Ce salaire n'est jamais autre qUe DieU. Les petits, ce sont les disciples, comme le suggère le contexte, et comme il est dit formellement en saint Marc, ix, 40 : Quisquis enim potum dederit vobis calicem aquae in nomine meo, quia Christi estis, amen dico vohis, non perdet mercedem suam.
Mt., XI. — '^ Et factum est, cum consummasset Jésus praecipiens duodecim discipulis suis, transiit inde, ut doceret et praedicaret in civitatihus eoruni.
Me, VI. — ^2 Et exeuntes praedicabant ut poenitentiayn agerent; ^^ et daemonia multa ejiciehant, et ungebant oleo multos aegros et sanabant.
Le., IX. — ^ Egressi autem circuibant per castella, evangelizantes et curantes ubique.
Lorsque le Seigneur eut achevé de donner ses instructions aUx douze apôtres, il quitta le lieu où il était alors et s'en alla, avec quelques disciples, enseigner et prêcher dans les cités galiléennes. Le premier évangéliste n'a rien dit ni de la mission, ni du retour des apôtres. CeUx-ci se répandirent aussitôt dans le pays, passant de bourgade en bourgade. Ils prêchaient la pénitence, la conversion des mœurs ; et ils annonçaient la bonne nouvelle. Partout, ils oj^éraient des guérisons, en faisant des onctions d'huile sur de nombreux malades, et expulsaient beaucoup de démons.