PREMIERE MULTIPLICATTON DES PAINS
a Vous voulez que nous donnions à manger à tout ce peuple? alors, il nous faut aller acheter pour ,deux cents deniers de pain ? » Sous-entendu : avons-nous les deux cents deniers ? avons-nous le loisir? où trouverons-nous la quantité requise ? D'autant, ajoute sagement Philippe, que même a^•cc deux cents deniers, c'est à peine si l'on aurait de quoi donner à chacun un morceau de pain. — Mais le Seigneur semble tenir à son idée première : « Personne n'a donc songé aux provisions? combien de pains avez- vous? allez, rendez- vous compte. » Les apôtres circulèrent parmi la foule pour s'informer. Et André, frère de Simon-Pierre, vint faire part au Seigneur de sa découverte : « Il y a ici, dit-il, un petit enfant qui porte cinq pains d'orge et deux poissons (les pains ne devaient pas être énormes pour avoir trouvé place dans la besace du petit). Mais qu'est-ce que cela pour tant de monde !» — « Apportez-moi ce que vous avez, » dit le Seigneur.
Et il commande aux apôtres de ranger la foule, de la diviser en groupes distincts, par cinquantaines ou par centaines, afin que la distribution pût s'accomjolir en bon ordre. Tous étaient fatigués, et le Seigneur voulait qu'on prît en paix le repas qu'il allait offrir : « Faites-les asseoir, » dit-il. Justement, il y avait là de l'herbe verte en abondance. C'était le printemi3s, puisque la Pâque était proche. Les groupes de convives se couchèrent, à la mode antique, sUr ce lit de table improvisé. Et le festin commença aussitôt : car il est permis de croire que le Seigneur n'attendit pas, pour nourrir les premiers, que tous fussent rangés « par tables ». Il était facile, grâce au procédé indiqué par le Seigneur, de faire le recensement approximatif de cette foule. On compta cinq mille hommes en%dron. Les femmes et les enfants, dont parle saint Matthieu, semblent s'être réunis à part, ou du moins ne furent point recensés avec les hommes, mais ils mangèrent comme les autres : peut-être faut-il plus que doubler pour arriver au chiffre total.
Alors le Seigneur prit dans ses mains, « saintes et vénérables, » les cinq pains et les deux poissons ; et levant les 3'eux vers le ciel, il rendit grâces à son Père {vy/f/.^io-r.ny.c, selon saint Jean) ; ou, ce qui indique le même rite, il prononça sur les aliments la prière de bénédiction {zlUv-n^vj selon saint Matthieu et saint Marc; saint Luc : vjlir-rnvj auToù:); il brisa les pains, puis divisa les poissons. De ses mains, les portions passaient dans
celles des disciples, qui s'en allaient les distribuer à la foule. Il y en eut povir tout le monde, et chacun mangea à sa faim. Et lorsque le repas fut terminé, le Seigneur dit aux apôtres : « Recueillez les restes, jjour que rien ne se perde. » Il ne veut pas que même les parcelles du don divin soient gaspillées ; sa recommandation, d'ailleurs, rend plus sensible encore la réalité du miracle. Car le Seigneur avait grandement fait les choses : des restes des cinq petits pains et des deux petits poissons qui venaient de nourrir tant de milliers de personnes, on remplit encore douze corbeilles, — autant que d'apôtres. Tel est le prélude aimable et le symbole de l'Eucharistie : mais il ne devait être compris que plus tard.
Mt., XIV. — ^2 Et slatim compulii Jésus discipulos ascendere in naviculmn, e praecedere eiwi trans jreium, donec dimitteret turhas. ^^ Et dhnissa iurba, ascendit in rnontem solus orare. Vespere autem facto, solus erat ibi. ^^ Navicula autem in medio mari jactahatur fuctibus ; erat enitn contrarius ventus. -^ Quarta autem vigilia noctis, venit ad eos ambulans super mare. -® Et videnies eum super mare ambulantem, turbati sunt, dicentes : Quia phantasma est. Et prae iiinore cïamaverunt. ^' Statimque Jésus îocutus est eis, dicens : Habete fiduciam; ego sum, nolite timere. ^^ Respondens autem Petrus dixit : Domine, si tu es, jubé me ad te venir e super aquas. ^^ At ipse ait : Veni. Et descendetis Petrus de navicula, ambulabat super aquam ut veniret ad Jesum. ^^ Videns vero ventum validum, timuit; et eu m coepisset mergi, clamavit, dicens : Domine, salvum me fac. ^^ Et continuo Jésus, extendens manum, apprehendit eum; et ait illi : Modicae fidei, quare dubitasti? ^^ Et cum ascendissent in naviculam, cessavit ventus. ^^ Qui autem in navicula erant vcnerunt et adoraverunt eum, dicentes : Vere Filius Dei es.
Me, VI. — *^ Et statim coegit discipulos suas ascendere navim, ut praecederent eum trans fretum ad Bethsaidam, dum ipse dimitteret populum. ^® Et cum dimisisset eos, abiit in montem orare. *' Et cum sero esset, erat navis in medio mari, et ipse solus in terra. *^ Et videns eos laborantes in remigando {erat enim ventus contrarius eis), et circa quartam vigiliam noctis venit ad eos ambulans supra mare; et volebat praeterire eos. ^^ At illi ut viderunt eum