LE SEIGNEUR MARCHE SUR LES EAUX
amhulaniem supra mare, putaverunt phantasma esse, et exclamaverunt. ^° Omnes enim viderunt eum, et conturhati sunt. Et statim locutus est ciim eis, et dixit eis : Confidite, ego sum, nolite timere. ^^ Et ascendit ad ilios in navim, et cessavit ventus. Et p'.us ma gis irUra se stupebant. ^^ Non enim intellexerunt de panibus; erat enim cor eorum obcaecatum.
Jo., VI. — ^^ Illi ergo homines cum vidissent quod Jésus jecerat sigmim, dicebant : Quia hic est vere propheta, qui venturiis est in mundum. ^^ Jésus ergo cum cognovisset quia venturi essent ut râpèrent eum, et jacerent eum regem, fugit iterum in moniem ipse solus. ^^ Ut autem sero factum est, descenderun' discipuli ejus ad mare. ^"^ Et cum ascendissent navim, venerunt trans mare in Capharnaum; et tenebrae jam factae erant, et non venera' ad eos Jésus. ^^ Mare autem, vento magno Hante, exsurgebat. ^^ Cum remigassent ergo quasi stadia viginti quinque aut triginta, vident Jesum ambulantem supra mare, et proximum navi fieri, et timuerunt. ^^ Ille autem dicit eis : Ego sum, nolite timere. -^ Voluerunt ergo accipere eum in navim, et statim navis fuit ad terrain in quam ibant.
Pendant sa prédication de la journée, le Seigneur, nous a dit saint Luc (ix, 11), avait parlé aux foules « du Royaume de Dieu » : à la vue du miracle éclatant qu'il venait d'accomplir en leur faveur, elles conçurent tout naturellement le dessein de donner un roi à ce Roj'aume : « Sûrement, se disaient-elles, cet homme-là est le prophète qui doit venir dans le monde. » N'avait-on pas cultivé dans la pensée des Juifs l'attente d'un Messie glorieux, conquérant, qui étendrait à l'infini le royaume de David? Le peuple était tout disposé à hâter la réalisation de ce programme et à proclamer Jésus son roi. On se délivrerait ainsi et des Romains et de cette race idumécnne qui avait Usurjjé le trône, et, naguère, mis à mort Jean-Baptiste. Mais le Seigneur se dérobe.
En revanche, peut-être les apôtres s'étaient-ils laissés gagner par l'enthousiasme populaire ; il n'est pas téméraire de le penser, puisque, le jour même de l'Ascension, nous les entendons demander au Seigneur si l'heure est venue enfin où il doit restaurer le roj^aume d'Israël (Act., i, 6). Quoi qu'il en soit, après la multipheation des pains, ils neparaissent pas consentir sans peine à quitter ce lieu maintenant consacré, à clôturer si prématurément leur
retraite, à se séparer, même mi instant, de leur Maître. Il fallut que le Seigneur insistât. Car les termes dont se servent saint Matthieu et saint Marc sont formels : statim, compulit, coegit : Sur-le-chami3, il les obligea, il les contraignit à monter dans la barque et à le devancer de l'autre côté du lac, vers la Bcthsaïde voisine de Cajîharnaum, tandis que lui-même congédierait la foule. Seul, il avait assez d'autorité pour tenir en échec le dessein de cette multitude exaltée et pour la calmer doucement. Il réussit sans trojj de peine, semble-t-il, à lui faire entendre raison. Et tandis qu'elle se dispersait, jDar petits groupes, le Seigneur gagna rapidement la montagne, quelque sommet solitaire, pour y prier. Il y monta de nouveau, et seul, dit saint Jean, qui se souvient d'avoir écrit au verset 3 : Suhiit in viontem Jésus, et ihi sedehat cum discipulis suis. Les entretiens avec la foule et le service du relias miraculeux avaient entraîné jusqu'au pied de la colline et dans 'a pleine le Seigneur et les Douze.
Cependant, à la nuit tombante, les apôtres avaient gagné le rivage et repris la mer. Le Seigneur devait les rejomdre par la voie de terre, dans la région de Capharnaiim, selon sa!nt Jean, de Bcthsaïde, selon saint Marc : ce qui est tout un, puisque Bcthsaïde servait d'entrepôt à Capharnaiim. Sur la montagne silencieuse, le Seigneur j^ria, songeant sans doute à son œuvre du lendemain. Mais sur la mer la nuit était rude. Un grand vent s'était élevé, qui soulevait les flots, secouait fortement la barque et la poussait, non point dans la direction de Ca^Dharnaum ou de Bcthsaïde, mais vers le milieu du lac. Pendant des heures, avec vent contraire, les apôtres avaient fait force de rames, couvrant une distance de vingt-cinq ou trente stades (le stade équivaut à 180 mètres environ). Malgré leur longue habitude du travail et des luttes contre la mer, ils se sentaient pris de lassitude. Étaitce là le repos qu'on leur avait promis? et le Seigneur n'était point avec eux : Et non venerat ad eos Jésus! Du haut de la colline, à travers la nuit claire, Jésus, pourtant, sa prière terminée, les contemplait. Et vers la quatrième veille, vers trois heures du matin, il descendit dans leur direction, marchant sur les eaux. A distance, il semblait vouloir les rejoindre, et. Une fois proche, les gagner de vitesse, les dépasser. Mais eux, fatigués de corps et d'âme, voyant cette forme glisser sur la mer, dans la demiobscurité, ne reconnurent point le Seigneur. '« Un fantôme ! » s'écrièrent-ils, saisis de terreur. Et ce n'était point l'hallucina-