‹ L'évangile de notre-Seigneur Jésus-ChristChapitre 140 sur 340 · LE SEIGNEUR MARCHE §UK LES EAUX · texte numérisé non relu

LE SEIGNEUR MARCHE §UK LES EAUX

tion d'un seul : tous le voyaient, là, tout près d'eux : Ormies enim videruni eum, et conturhati suni.

Aussitôt, JéiUS les interijelle : Rassurez- vous ! Non, ce n'est pas un fantôme, ni le fantôme de votre Maître. C'est moi ; ne craignez pas ! — Ici, s'intercale un incident relatif à saint Pierre et rapporté seulement par saint Matthieu. Il trahit bien la spontanéité de Simon-Pierre, son tempérament ardent, affectueux, mêlé d'une part de faiblesse et de témérité. Tout entier à sa joie d'avoir reconnu la voix du Seigneur, désireux peut-être aussi d'arriver à lui le premier, il adresse à Jéi>us Une demande audacieuse et peu réfléchie. Sa question n'implique aucun doute, et nous ne devons pas nous arrêter à la formule conditionnelle dont il se sert : Domine, si tu es; traduisons-la : « Seigneur, puisque c'est vous. » Et, en effet, Tordre donné par le Seigneur de venir jusqu'à lui n'eût pas été un procédé de discernement, une démonstration de son identité : Un fantôme peut donner un ordre imprudent. Mais une demande comme celle de Pierre était un témoignage primesautier de sa foi : « Ordonnez-moi, permettez-moi d'aller vers vous sur les eaUx. )> — « Venez ! » lui dit le Seigneur. Et Pierre descendit de la barque... On voit le geste : Pierre, un pied sur le bateau et l'autre sur la mer. Pour commencer, tout alla bien : l'Apôtre marchait réellement sur les vagues, dans la direction du Seigneur. Soudain, un coup de vent, — qu'il n'eût jsas même ressenti, si, dans son cœur, ne s'était glissée quelque disposition imparfaite. L'apôtre est déjà moins assuré, dans la mesure où il oublie le Seigneur pour songer à lui-même; fortement secoué par le vent, il perd pied et, aussi prompt à trembler qu'il a été empressé à s'offrir pour marcher sur les eaUx, il crie aU secoiirit : « Seigneur ! sauvez-moi ! »

C"est l'éducation du Prince des apôtres qui se poursuit ainsi. Il aime, il a de la foi, mais une part de présomption aussi. Avec l'enthousiasme de sa nature, il se persuade à tort que l'ardeur de sa foi lui suffit et qu'elle suffit à tout. Il ne sait pas encore assez que toute notre force est dans le Seigneur. Mais Jésus, qui lai ménage d'ailleurs d'autres expériences, jugea mopportun de lui adresser, sur l'heure. Une longue exhoitation. Il fit beaucoup mieux : aussitôt il étendit la main et le saisit. La force de cette main le maintint sur l'eau ; tandis que le Seigneur se bornait à "lui dire : « Homme de peu de foi, de peu de confiance, pourquoi avez- vous hésité? » Tous deux, le Seigneur et Pierre, celui-ci

peut-être lin peu confus, remontèrent dans la barque. Le vent tomba à l'instant même : ce qui témoignait d'une nouvelle intervention divine. Alors, tous s'empressent autour de Jésus ; prosternés à ses pieds, ils confessent sa puissance surhumaine et lui disent : « Vous êtes véritablement le Fils de Dieu. » Il ne semble pas cependant qu'ils aient comi3ris dès lors tout ce que de tels prodiges révélaient sur la personne de leur auteur, sur ses desseins, sur le vrai caractère de sa mission ; le miracle de la multiplication des pains, notamment, où l'on pouvait reconnaître le pouvoir créateur lui-même, demeurait pour eux enveloppé de mystère. Cet état d'âme des apôtres est exprimé en termes très précis i^ar saint Marc : « Ils étaient, dit-il, étonnés en eux-mêmes au delà de toute mesure : car ils n'avaient 2:)as compris au sujet des pains, mais leur cœur était encore endurci. » Lorsque le Seigneur eut pris place dans la barque, ils arrivèrent aussitôt, dit saint Jean, c'est-à-dire en fort peu de temps, au point où ils voulaient aborder.

Mt., XIV. — ^* Et cum transfretassent, venerunt in terram Genesar. ^^ Et cum cognovissent eum viri loci illius, miserunt in universam regionem illam, et obtulerunt ei omnes mole hahentes. 3^ Et rogabant eum ut vel fimhriam, vestimenti ejus tangerent. Et quicumque tetigerunt salvi facti sunt.

Me, VI. — ^^ Et cum transfretassent, venerunt in terram Genesareth, et afplicuerunt. ^^ Cumque egressi essent de navi, continua cognoverunt eum; ^^ et percurrentes universam regionem illam, coeperunt in grahatis eos qui se mole habebant circumferre, ubi audiebant eum esse. ^® Et quocumque introibat, in vicos, vel in villas, aut civitates, in plateis ponebant infirmas, et deprecabantur eum ut vel fimbriam vestimenti ejus tangerent; et quotquot tangebant eum salvi fiebant.

On avait traversé la mer de Tibériadc, et abordé dans la région de Génésar ou Génésareth, où était située Capharnaûm. A peine débarqué, le Seigneur fut reconnu sans peine par les gens du pays, et l'affluencc des foules recommença. Saint Matthieu et saint Marc, omettant de nous raconter ce qui se passa immédiatement à Capharnaûm, et que nous lirons tout à l'heure en saint Jean,

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