LE PAIN DE V
venit ad me. *^ No?i quia Patrem tidit quisquam, nisi is qui est a Deo, hic vidit Pairem. *^ Amen, amen dico vohis : qui credi in me, Jiabei vitam aeternam.
Les arrivants font les empressés autour du Seigneur. En vérité, en vérité, leur dit Jésus, vous me cherchez, non pas parce que vous avez vu des merveilles, ni compris leur dessein, mais à cause du repas facile qui vous a été procuré. Comme le vin de Cana, le pain de Bcthsaïde était bon, le jDoisson aussi. On avait bien mangé. Le corps était satisfait. Le peuple était tellement livré à la satisfaction naïve du repas miraculeux, qUe la fin du miracle était oubliée et aussi la conclusion pratique à en recueillir. Le miracle n'avait d'autre dessein que d'accréditer le Seigneur, et d'élever les esjorits vers une autre nourriture, qui est le Seigneur lui-même. Les miracles sont inutiles lorsqu'ils ne produisent pas en nous une réflexion loyale, mais seulement la complaisance ou l'infatuation. Donnez-vous maintenant de la peine pour obtenir, moyennant votre travail, non le pam d'une vie qui périt, mais la nourriture qui demeure, Falimcnt d'une vie éternelle que vous donnera le Fils de l'homme. Car c'est lui que Dieu son Père désigne à votre foi, lui qu'il a accrédité par le miracle d'hier et par tous ceux dont vous avez été les témoins : tel est l'aliment que Dieu vous invite à rechercher.
Le Seigneur vient de faire allusion à Une poursuite laborieuse, operamini. Que nous faut-il donc faire, demandent les Juifs, pour accomplir ce qUe Dieu attend de nous? et le Seigneur de répondre : L'œuvre de DieU, c'est-à-dire l'œuvre prescrite par lui, c'est de croire en celui qu'il a envoj'é. — Le Seigneur n'approche qu'avec mesure et pas à pas de la comj^lète révélation du mystère. Il s'efforce de créer en ses auditeurs mi état d'esprit, une mentalité toute de foi. La foi est le commencement de la vie surnaturelle, mais elle est siDécialement la condition i^réalable pour accueillir la doctrine de l'Eucharistie. — Nous voulons bien, répondent les Juifs, encore vous faut -il acheter notre foi. Quel signe ferez-vous donc, quelle œuvre extraordinaire, au j^rix de quoi nous croirons en vous? On reconnaît ici l'humeur habituelle des Juifs : Judaei signa petunt. Il est naturel, d'ailleurs, d'observer que, dans une foule comme celle qui entoure le Seigneur, les dispositions sont ^•ariécs et inégales : à côté de ceux qui croient et font crédit à Dieu, il en est d'autres qui font les difficiles et les
réservés. Ces derniers ont pour le moment la parole. Ils indiquent au Seigneur la forme de miracle qui leur plairait assez ; celui de la veille était trop peu : il n'a été accompli qu'une fois. Nos pères, disent-ils, ont eU mieux que cela. Pendant quarante ans, le premier Moïse leur a j^rocuré la manne, dans le désert ; et l'Écriture en a conservé le souvenir au Psaume lxxvii : « Il leur a donné à manger Un pain venu du ciel. » Pourquoi n'en pas faire autant, si vraiment vous êtes le Messie, le second Moïse ?
Non jîlus que la Samaritaine, les Juifs n'arrivent à s'affranchir de leur préoccupation : le pain matériel. Pourtant l'objection elle-même, comme si elle était gouvernée par le Seigneur, lui fournit le thème de l'enseignement qui va les élever de l'aliment visible à l'aliment spirituel. L'eaU du puits de Jacob avait fait songer à l'eau qui jaillit pour la vie éternelle : le pain que réclament les Juifs et la manne du désert ne sont que la figure lointaine de la nourriture divine qui va être offerte au monde. En vérité, en vérité, je vous le dis. Moïse ne vous a pas donné le vrai pain, celui qui vient du ciel ; seul mon Père vous peut donner le pain céleste, le pain de vie, l'aliment qui répare, soutient, achève la vie de l'âme, le vrai pain de Dieu, celui qui descend du ciel, et procure la vie, non plus à une tribu errante, mais au monde entier. - — ■ Et, comme autrefois la Samaritaine, les Juifs répondent : Seigneur, donnez-nous ce pain-là, et toujours. — Ce pain, cet aliment de la vie surnaturelle, c'est moi, dit le Seigneur. Je le suis si complètement que quiconque vient à moi n'aura plus jamais faim, celui qui croit en moi n'aura plus jamais soif.
Gardons-nous, avec un soin extrême, de nous laisser entraîner à l'exégèse périlleuse de certains commentateurs et théologiens qui nous parlent ici d'une manducation par la foi : ce qui n'est qu'une imprudente concession à l'hérésie sacramentaire, et ce qui les met dans la pénible nécessité de déterminer, dans le discours du Seigneur, le point exact où il passe de cette inintelligible manducation par la foi à la manducation eucharistique. Il est inutile de se créer des problèmes, et surtout des problèmes sans solution. Il n'y a pas de manducation par la foi : mais la foi est une condition indisj^ensable pour accueillir la promesse de l'Eucharistie, et pour s'approcher fructueusement de l'Eucharistie. Il n'est question que de la seule Eucharistie dans tout le chapitre, et de la foi, en vue de l'Eucharistie. Et sans