‹ L'évangile de notre-Seigneur Jésus-ChristChapitre 143 sur 340 · LE PALN DE VIE · texte numérisé non relu

LE PALN DE VIE

doute, nul ne sera surpris qu'en vue de ce mystère, le mystère par excellence de la foi, le Seigneur ait réclamé, à titre spécial et éminent, cette indispensable condition. Après tout, je ne m'étonne pas qu'il y ait un mystère en Dieu : il est normal que DicU dépasse l'esprit humain. Je ne m'étonne pas davantage de ne pouvoir définir en quoi consiste le nœud vital qui unit ensemble la personne divine et la nature humaine en Notre-Seigneur Jésus-Christ. Je ne m'étonne pas que Dieu, qui est libre et souverain, use, dans l'application du fruit de la Rédemption, de justice envers les uns, de miséricorde envers les autres : jamais je ne lui demanderai compte de sa volonté. Mais ici, le mystère semble empiéter : il vient, d'emblée, s'établir sur le terrain que nous croyons si bien connaître, le monde matériel. Il vient placer Dieu auprès de nous et en nos mains, dans une intimité presque effrayante. Il vient témoigner, et de façon irrécusable, d'une tendresse et d'une condescendance qui font peUr, tant elles nous dépassent, tant cela nous ressemble peu, tant notre cœur est étroit, tant nous redoutons la resi^onsabilité encourue par ceux qui sont aimés de Dieu, et aimés de la sorte. On s'explique bien, dès lors, l'insistance du Seigneur à exiger premièrement la foi.

On conçoit aussi qu'auprès des Juifs l'assertion : « Je suis le pain de la vie venant du ciel » ait provoqué des surprises, voire des dénégations. Le Seigneur poursuit : Mais je vous l'ai dit déjà: vous m'avez vu, vous avez vu mes miracles, et vous ne croyez pas. On dirait que Jésus se recueille un instant, comme pour in^'itcr de nouveau à la foi, pour en montrer la source bénie, pour vanter la région où elle nous introduit, la vie éternelle qu'elle nous vaudra. Il voit le groupe des croyants et des prédestinés venir à lui : l'incrédulité des Juifs n'arrêtera pas le bienfait de Dieu. Tout ce que mon Père me donne viendra à moi, dit-il, et celui qui vient à moi je ne le repousserai pas, je ne le mettrai pas dehors. Et la vraie raison de cette disposition du Seigneur à garder en lui, dans sa vie, tous ceux que le Père lui a donnés, c'est qu'il n'est comme Fils de Dieu que l'instrument de la tendresse infinie, le procédé vivant par lequel le Père accomplit toute chose, dans la création et dans la Rédemption. Le Fils n'a ni une pensée, ni une action personnelle : il ne peut rien faire, comme Dieu, que ce qu'il voit faire à son Père, et, comme Verbe Incarné, que ce que son Père lui a confié. Je suis

descendu du ciel pour faire, non ma volonté, mais la volonté de celui qui m'a cnvo3^é. Dans la mesure où il s'écarterait de la pensée et du vouloir de son Père, il cesserait d'être Fils, il s'isolerait de la Trinité. Ni le Père ne peut vouloir qu'avec son Fils, ni le Fils ne peut vouloir autre chose que ce que veut le Père. Ils sont deux : mais il n'y a pour tous deux qu'une seule pensée, une même volonté.

Or, voici quelle est la volonté de mon Père, qui m'a envoyé : c'est que je ne laisse périr aucun de ceux qu'il m'a donnés et que je leur rende la xie au dernier jour. Dans le texte, le Seigneur use de la forme abstraite : 07nne qiiod dédit mihi..., parce que les élus sont devant lui comme un grouj)e distinct, comme un faisceau déterminé et précis. Ils ne sauraient périr, les élus de Dieu : ils sont entrés dans la vie du Seigneur qui n'est point complet sans eux ; car, sans eux, il ne serait pas le second Adam : aucun de ces prédestinés ne saurait donc définitivement périr : la puissance et l'honneur du Fils de Dieu y sont engagés. • — Au verset 39, c'est la volonté de Dieu à l'égard du Rédempteur qui est affirmée ; au verset 40, la volonté de DieU à l'égard des rachetés : les deux textes, encore qu'ils proposent la même doctrine, ne font donc pas double emploi. Telle est la volonté de mon Père, ajoute le Seigneur, que tout homme qui voit le Fils et croit en lui, qui regarde le Fils comme étant le Fils de Dieu, possède la vie éternelle : et je le ressusciterai, moi, au dernier jour. Il n'échappera point à ce que le monde appelle la mort : mais la vraie mort ne consiste pas en la séparation de l'âme d'avec le corps, mais seulement dans la séparation de l'âme d'avec Dieu : le Seigneur ne permet ce que nous appelons la mort que pour relever, dans de magnifiques proportions, le corps luimême, un instant humilié dans le tombeau. En vérité, il ne se pouvait rien dire qui fût plus efficace pour obtenir la foi de tous et nous établir dans une absolue sécurité : appartenir au Père, être par lui confié au Fils, communier à sa filiation, n'avoir plus faim, n'avoir plus soif à jamais, porter la vie éternelle en soi, ne mourir que pour revi\Te ! Et ces adorables promesses étaient faites par la Beauté et la Sainteté même, elles étaient appuyées par les miracles : comment était-il possible d'y résister?

On résistait pourtant ; non pas encore contre l'Eucharistie, dont la promesse n'était qu'esquissée, mais contre le Seigneur et à raison de sa déclaration solennelle : C'est moi qui suis le pain

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