‹ L'évangile de notre-Seigneur Jésus-ChristChapitre 144 sur 340 · PREMIÈRES CONTESTATIONS · texte numérisé non relu

PREMIÈRES CONTESTATIONS

descendu du ciel. La première partie : « Je suis le pain » demeurait mystérieuse, mais la seconde : « je suis descendu du ciel » l^araissait aux Juifs démentie par ce qu'ils savaient de lui. Le Seigneur s'attribuait une naissance extraordinaire, une préexistence céleste : il se disait descendu du ciel, alors que son entrée dans le monde avait été l'entrée commune. De là des murmures parmi les Juifs ; des réflexions à voix basse , une surprise déconcertée et inquiète, comme au choc d'une contradiction. Les âmes rebelles protestent à leur tour : « Descendu du ciel ? Mais nous connaissons son père et sa mère : n'est-ce pas Jésus, le fils de Joseph ? Comment peut-il parler de la sorte? » Joseph etMarie étaient connus ; et sans doute il se trouvait dans la foule des Nazaréens, compatriotes du Seigneur. Beaucoup se scandalisent, se dérobent à la lumière, s'impatientent d'une parole incomprise, alors qu'il suffirait d'attendre des lè\'res du Seigneur lui-même la solution du problème ainsi soûles é.

Ce n'était pas le lieu, pour le Seigneur, de concilier ensemble ses deux naissances, ni de montrer la réalité de sa double filiation. Il lui semble plus opportun de réclamer encore en faveur de la foi. Il ne sert de rien, dit-il, de vous interroger les uns les autres en murmurant. Ce n'est pas du côté des hommes qu'il convient de se tourner. Les hommes, consultés de la sorte sur une question qui n'est pas de leur ressort, ne sauraient mettre en commun que leurs doutes, leurs indécisions, leurs erreurs. Nul ne peut venir à moi, nul ne peut s'unir au Fils, dans la foi, s'il n'y est entraîné par le Père, qui a envoyé le Fils. La foi est volontaire et elle est une grâce. Celui-là seul que le Père a aimé, qu'il m'a donné dès rétemité, qu'il attire vers moi et attache à moi dans le temps, celui-là seul entre en participation de ma vie : et celui-là, je le ressusciterai au dernier jour. Aussi bien, Theure est venue où, selon la parole des proj^hètes, « tous les hommes sont enseignés de Dieu » (Is., liv, 13 ; Jer., xxxi, 33-34). Quiconque a entendu le Père et s'est laissé instruire par lui vient à moi. Il faut que l'homme écoute ; il faut qu'il consente à la vérité et lui ouvre son âme : alors ces apparentes contradictions s'évanouissent, une nouvelle grâce sur\dent, celle de l'agir. Audivit, didicit, venit : c'est en ces trois moments que consiste l'influence secrète, la sollicitation toute-puissante par laquelle le Père amène au Fils.

!Mais l'enseignement du Père est intérieur. Les termes mêmes dont le Seigneur s'est serW écartent l'idée d'une vision immé-

diate. Entendre, accueillir ce qu'on a entendu, ce n'est pas contempler face à face, ce qui rendrait superflue la mission du Fils. Lorsque je parle d'un enseignement venu du Père, nous dit Jésus, je parle en naême temps de l'enseignement dont je suis le messager et le porteur, non d'un enseignement que les âmes recevraient du Père seul : le Père ne s'adresse aux hommes que par l'organe de celui qui est de chez Dieu, qui a vu Dieu, et de qui l'office n'empêche pas, d'ailleurs, que l'enseignement ne vienne encore directement du Père. Nul n'a vu le Père : celui-là seul qui vient de Dieu a vu le Père. — Une fois de plus, le Fils de Dieu s'accrédite, au titre de sa filiation divine, et il conclut par l'affirmation la plus solennelle ce premier ensemble doctrinal où il n'a cessé de solliciter la foi, en vue d'une révélation formelle et décisive : « En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui croit en moi possède la vie éternelle. »

Jo., VI. — ^^ Ego sum panis vitae. *^ Patres vestri manducaverunt manna in deserto, et mortui sunt. ^^ Hic est panis de caelo descendens, ut si quis ex ipso mandv^averit, non moriatur. ^^ Ego siim panis vivus, qui de caelo descendis ^^ Si quis manducaverit ex hoc pane, vivet in aeternum ; et panis quem ego dabo, caro mea est pro mundi vita. ^^ Litigabant ergo Judaei ad invicem, dicentes : Qiiomodo potest hic nobis carnem suam dare ad manducandum? ^^ Dixit ergo eis Jésus : Amen, amen dico vobis, nisi manducaveritis carnem Filii hominis, et biberitis ejus sanguinem, non habebitis vitam in vobis. ^^ Qui manducat meam carnem, et bibit meum sanguinem, habet vitam aeternam; et ego resuscitabo eum in novissimo die. ^^ Caro enim tnea vere est cibus, et sanguis meus vere est potus. ^' Qui mandu£at meàm carnem, et bibit meum sanguinem, in me manet, et ego in illo. ^^ Sicut misit me vivens Pater, et ego vivo propter Patrem, et qui manducat me, et ipse vivet propter me. 5^ Hic est panis qui de caelo descendit. Xon sicut mandu^averunt patres vestri manna, et mortui sunt. Qui manducat hune panem, vivet in aeternum.

Maintenant que les cœurs dociles sont préparés par la foi, le Seigiieur leur livre la formule définitive : Le pain de la vie, c'est moi. Il n'y a qu'une seule vie : celle dont Dieu est, au fond de notre âme, le principe ; et de cette vie, c'est le Fils de Dieu qui est l'ali-

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