L'EUCHARISTIE PRINCIPE DE VIE
ment. Il ne s'agit plus du pain que j'ai multiplié hier. Il ne s'agit pas davantage de la manne : elle était de même ordre. Vos pères l'ont mangée au désert ; mais parée qu'elle n'était ni un pain vivant, ni le pain de la vie, elle ne les a pas empêehés de mourir : elle ne leur a pas procuré la vie surnaturelle ; elle ne leur donnera pas davantage la résurrection. Le pain dont je vous parle, c'est le pain qui descend du ciel. Il est de telle nature qUe si quelqu'un' en mange, il ne mourra point. — Je suis le pain vivant descendu du ciel. Le Seigneur est insatiable de ses divines affirmations : chacune d'elles ajoute un détail précieux. Le pain qu'il promet est un pain vivant, il est vivifiant, il est vie, il vient du ciel, il est celui en qui est la vie ; il nourrit, mais ceUx-là seulement qui consentent à le manger, comme le breuvage ne désaltère et n'enivre que ceux qui le boivent ; il devient chez eux une semence de vie éternelle. Et, pour tout rassembler en un mot : Ce pain que je donnerai, ce sera ma propre chair, pour la vie du monde, du monde entier.
Une déclaration si nette, si précise dans sa brièveté, provoque, non plus des murmures, comme au verset 41, mais des contestations ouvertes ; et aux Juifs qUe l'assertion ne semble pas étonner, les incrédules demandent : Mais comment cet homme peut-il nous donner sa chair à manger?... En face de l'opposition qui se dresse devant lui, le Seigneur, loin d'atténuer son expression, loin de lui donner, pour rassurer les auditeurs, un tour métaphorique, reprend avec une force et une autorité toujours nouvelles : En vérité, en vérité, je vous le dis, si vous ne mangez la chair du Fils de l'homme et si vous ne buvez son sang, vous n'aurez pas la vie en vous. Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle, et je le ressusciterai au dernier jour. Car ma chair est vraiment nourriture, et mon sang un ^•rai breuvage. — Il n'y a de place ici ni pour la métaphore, ni pour aucune figure. Les termes de boire et de manger s'y refusent obstinément. Il est mille circonstances où l'efficacité d'un agent est assurée par sa simple présence, par son contact, par une influence ou une action exercée par lui ; mais là où on nous parle de nourriture et de breuvage, s'il n'y a pas intussuscej^tion, pénétration réelle dans notre vie, le langage ne veut plus rien dire et on se contredit soimême ; au Teu donc de nous laisser entraîner à une polémique ingrate, parce que ceux à qui elle s'adresserait ne veulent pas entendre, ne vaut-il pas mieux recueillir avec amour, avec 26. — L'Évangile de N.-S. J.-C.
402 TROISIÈME PARTIE. — CHAPITRE Vil
foi, avec reconnaissance, chacune des paroles de la promesse sacrée ?
Le festin auquel nous sommes conviés est décrit comme un repas complet. Il s'agit pour nous de manger la chair vivante du Fils de l'homme et de boire son sang. Notre ^de est à ce prix ; et l'indispensable nécessité de cette nourriture et de ce breuvage est marquée d'abord (54) sous forme négative, et ensuite (55) sous forme affirmative. Nous connaissons le fruit de la communion à la chair et au sang de l'Agneau de DieU : c'est la vie éternelle, c'est la revanche, au dernier jour, sur le chétif triomphe de la mort. Mais le Seigneur insiste sur les effets premiers de l'Eucharistie : « Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et moi en lui. » Dans les cas ordinaires, la nourriture est transformée au foyer vivant de notre corps : elle perd sa réalité propre pour entrer dans notre vie. Ici, l'aliment conserve sa vie, il la communique ; celui qui mange, au lieu de transformer, est transformé lui-même par un aliment vivant et supérieur à lui. Et le fruit est double : union, unité de tous ceux qui communient au même pain et au même breuvage (I Cor., x, 16-17) ; mais d'abord, union, unité de chacun avec l'aliment divin : intimité complète et assidue. Ce n'est pas Une visite d'un instant, une entrevue momentanée et rapide : même une présence du Seigneur limitée à la durée en nous des espèces sacramentelles ne répondrait pas à la continuité impliquée dans le texte évangél.que : in me manet, et ego in co. Chaque réception nouvelle apportera une grâce sacramentelle nouvelle, mais l'union subsiste toujours : elle devient seulement plus étroite à chaque communion. Les paroles du Seigneur sont à la fois pour nous et 1 exi^ression d'une condition et la formule d'un devoir : vivre de Dieu, sans cesse, puiser à cette source éternelle toute notre pensée, tout notre vouloir, toutes nos affections. Praesia meae menti de te vivere.
Nous semblons téméraires lorsque nous assimilons aux gloieuses conditions de la vie intérieure de Dieu l'inhabitation mutuelle, la pénétration persévérante, l'unité réelle qui sont, par l'Eucharistie, créées entre le Seigneur et nous. Mas voici que le Seigneur en appelle lui-même, pour dessiner la situation de celui qui communie, à l'exemplaire incréé de la Très Sainte Trinité. Nous retrouverons la même i^ensée au chapitre xv, dans l'action de grâces qui suit la première communion , et au