‹ L'évangile de notre-Seigneur Jésus-ChristChapitre 147 sur 340 · DEFECTION DE PLUSIEURS DISCIPLES · texte numérisé non relu

DEFECTION DE PLUSIEURS DISCIPLES

que je vous ai dites sont esprit et vie. » Saint Augustin et saint Thomas estiment que le Seigneur veut écarter la supijosition grossière selon laquelle sa ehair aurait été offerte aux fidèles dépecée, déchirée, comme la chair des victimes ordinaires. Mais on peut élargir cette interprétation. Dans la langue du Nouveau Testament, esprit et chair s'opposent comme deux tendances absolument distinctes. L'esprit, c'est l'ensemble des dispositions créées chez l'homme sous l'influence de l'Esprit de Dieu, c'est l'appartenance pratique à Un principe de vie supérieure ; la chair, c'est l'ensemble des pensées, des vouloirs purement humains, et tels qu'on les peut attendre dune nature déchue. C'est à l'esiDrit qu'il faut obéir pour vivre d'une vie élevée et complète : les suggestions, les préjugés de l'homme charnel ne servent de rien et ne conduisent qu'à la mort. Or, tout ce que le Seigneur vient de révéler appartient à l'ordre de l'Es^^rit de Dieu et de la vie surnaturelle ; tout cela dépasse l'humaine mesure. Aussi longtemps que les âmes se laissent aveuglément conduire par leurs chétives conceptions personnelles, elles ne sauraient accueillir la pensée de Dieu, accepter la doctrine et le sacrement de la vie éternelle. C'est l'Esprit seul qui vivifie, en inspirant la foi et les dispositions intérieures qui la rendent possible.

La foi est donc le chemin qui conduit à la vie. Mais il en est parmi vous qui ne croient pas, continue le Seigneur, et pour qui dès lors mes paroles sont vaines ; au lieu de produire la vie dans une âme loyale, elles vont faire germer la mort. — Car, remarque saint Jean dans une parenthèse rapide, le Seigneur savait, dès la première heure, ceux dont l'esprit lui demeurait fermé, et il n'ignorait pas qui deva't le trahir. Mais les clartés de sa prescience infinie ne pesaient jamais sur sa conduite, ni n'imposaient de limites à sa bonté. — Jésus révélait ainsi l'incrédul té de plusieurs et ajoutait : C'est là ce qui m'a fait vous dire : Nul ne peut venir à moi, si mon Père ne l'amène à moi (44). Ce n'est pas, nous l'avons observé déjà, que les moyens intérieurs et extérieurs ne soient offerts à tous ; mais les tendances de chacun sont variées : orgueilleuses, révoltées, rebelles chez les uns, confiantes et dociles chez les autres. Là où les paroles du Seigneur sont écoutées, le triomphe appartient à Dieu : c'est lui qui montre, c'est lui qui fait aimer la vérité, c'est lui, par la foi, qui nous fait devenir fils.

Le discernement entre les vrais disciples et les infidèles s'est accompli à propos de l'Eucharistie ; c'est dans l'excès de la divine bonté que beaucoup trouvèrent un prétexte pour s'éloigner du Seigneur et renoncer à lui. Et en face de cette désertion, Jésus demanda aux Douze, avec l'accent de la tristesse : Voulez-vous vous retirer, vous aussi? — Simon-Pierre prélude à son acte de foi définitif (Mt., xvi, 16) : Seigneur, dit-il au nom de ses frères, vers qui irions-nous? Vous avez tous les secrets de la vie étemelle, et vous nous les livrez dans a'os j^aroles. Il n'y a pas d'autre maître que vous. Ce n'est pas d'aujourd'hui que nous croyons, et que nous avons reconnu que vous êtes le Saint de Dieu! (C'est la leçon la plus fondée de ce passage ; celle de la Vulgate : Vous êtes le Christ, Fils de Dieu, semble rapportée de saint Matthieu, x\'i, 16.)

Même parmi ceUx qui demeurent avec lui, le Seigneur a encore la douleur de rencontrer une exception. Il aperçoit, au cœur d'un de ses apôtres, la passion misérable qui le conduira jusqu'à la trahison et jusqu'au déicide. Elle a grandi déjà : il faut, à la hâte, faire rentrer le coupable en lui-même et le ramener en arrière, par l'horreur même de la perspective entre\'ne. « Ne vous ai-je pas choisis tous les douze? dit le Seigneur. Et l'un de vous est un démon ! » Aucun nom n'est prononcé. Mais l'évangéliste ajoute qu'il s'agissait de Judas, fils de Simon l'Iscariote ; c'était lui, l'un des Douze, qui devait traliir le Sauveur !

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