L'ÈVANGlLE DE N.-S. J.-C
dice du droit unique et éininent de Notre-SeigneUr Jésus-Christ : il faut bien admettre que, sous la même réserve et dans les mêmes conditions, le titre de fondement attribué spécialement à Pierre l'a été légitimement et sans diminution de la gloire propre à Notre-Seigneur. Il faut admettre enfin que Jésus, en parlant de la sorte à saint Pierre, a voulu lui dire quelque chose : le contester, ce serait, cette fois, manquer grossièrement au Seigneur lui-même.
Afin de ne pas trop étendre le commentaire, nous laissons à la théologie le soin de s'assurer que le privilège de saint Pierre est durable et qu'il passe à ses successeurs. Toute la question est de savoir si l'Église est indéfectible, et de reconnaître si le fondement la doit supporter toujours. Aussi bien, cette pérennité de l'Eglise est attestée par l'Évangile même : Et portae inferi non praevaîebunt adversus eam. Les portes de l'enfer, c'est-à-dire les puissances de la mort et du mal, ne l'emporteront pas sur elle. L'expression est orientale ; c'est aux portes que se tient la justice, que se rendent les sentences ; c'est des portes que sortent les armées. Le texte sacré nous avertit qu'il existe seulement deux cités, deux empires : la puissance de la vie ou du ciel, la puissance de la mort ou de l'enfer. Les assauts répétés de la cité du mal ne prévaudront jamais contre cette Église, fondée sur le roc, bâtie sur Pierre.
L'évangile poursuit. Il faut, afin de préciser en quoi consiste le privilège de Pierre, ajouter à cette grande promesse Une autre assurance : « Je vous donnerai les clefs du Royaume des cieux. » L'Église, le Royaume des cieux, c'est tout un ; il n'y a guère entre l'une et l'autre qu'une différence de mode et de situation : l'une est dans le temps, l'autre dans l'éternité ; mais l'édifice est le même, en construction ici-bas, achevé à la fin des siècles. Pierre est établi gardien de l'Église, avec Une marque indiscutable de souveraineté : il tient en mains les clefs du Rojaume. Il ouvre et il ferme : aperit, et nemo claudit; claudit, et nemo aperit (Apoc, m, 7). Il ouvre aux Juifs, et, à sa prédication, ils entrent par milliers ; il ferme à Simon le Magicien (Act., viii, 21). Il ou^Tc aux gentils, et avant saint Paul, il reçoit, dans la personne du centurion Corneille, les prémices de la gentilité. Il garde donc, dans l'Église, d'abord ce rôle de fondement et d'assise indéfectible ; mais il exerce de plus une fonction active : il accueille, il écarte, il a les pleins pouvoirs du maître de la maison : la Monarchie pontificale est instituée.
POUVOIR DOCTRINAL DB*SAINT PIERRE i35
Et quodcumque ligaveris super terram... Sans contester que dans ce passage se trouve impliqué le pou^'oir suprême de remettre les péchés, conféré ailleurs explicitement à tous les apôtres (Jo., xx, 23), il semble cependant préférable de voir ici la constitution du plein pou^'oir doctrinal, soit dans l'ordre spéculatif et de la foi, soit dans Tordre pratique. C'est encore une expression aramécnne. Les docteurs de la Loi étaient dits lier ou délier, lorsqu'ils prononçaient : « Ceci est défendu, ceci est permis ; telle chose est inexacte, telle autre ne l'est pas. » C'étaient les termes mêmes employés dans la langue rabbinique. L'autorité doctrinale de Pierre succédera à celle de la SjTiagogue. Ainsi est affirmée deux fois l'afïinité qui existe entre l'Église et le Royaume des cieux ; la continuité est assurée, moyennant Pierre ; l'Apôtre devient i)ierre angulaire entre le temps et l'éternité. Ce que Pierre interdit et lie sur terre est lié dans les cieUx ; et ce que Pierre délie, permet, prononce sur terre l'est aussi dans les cieux, c'est-à-dire jusque dans les conditions définitives de cette Église, aujourd'hui encore militante, dont Pierre est le fondement, le gardien, le docteur.
N'est-il pas vrai que le point culminant du ministère du Seigneur et la ligne de partage entre l'économie ancienne et l'économie nouvelle se trouvent à cette heure même où le Seigneur semble méconnu par toute la nation? que sa victoire commence, alors que sa défaite paraît certaine? que, du côté de l'homme et du côté de DieU, rien d'aussi considérable n'a été prononcé qu'en ce jour ? enfin, qUe l'Église n'est pas un simple produit historique, une rencontre fortuite, mais l'expression d'Un dessein formel chez le Seigneur? — Les trois synoptiques ont rapporté la recommandation sévère adressée aux disciples d'ajourner la révélation de leur secret, la défense de révéler à qui que ce soit que lui, Jésus, était le Christ. Les populations, mal préparées, auraient pu se scandaliser, ou bien provoquer des manifestations intempestives en faveur d'un Messie trop différent, en réalité, de celui qu'elles attendaient.
Mt., XVI. — -^ Exinde coepit Jésus osiendere discipulis suis quia oporterei eum ire Jerosolymam, et multa poli a senioribus et scribis et principibus sacerdotum, et occidi, et tertia die resurgere. ^'' Et assumens eum Petrus, coepit increpare illum, dicens : Absit a te.
Domine; non erit tihi îioc. ^^ Qui conversus, dixit Petro : Vadc post me, satana ; scandalum es mihi : quia non sapis ea quae Dei sunt, sed ea quae hominum. ^^ Tune Jésus dixit discipulis suis : Si quis vult post me venire, abneget semetipsinn, et toUat crucem suam, et sequatur me. ^^ Qui enim voluerit animam suam salvam facere, perdet eam ; qui autem perdiderit animam sunm propter me, inveniet eam. ^^ Quid enim prodest homini si mundum universum lucretur, animae vero suae detrimentum patiaiur ? Aut quam dabit homo commutationem pro anima sua ? 2' Filius enim hominis veniurus est in gloria Patris sui cum angelis suis : et tune reddet unicuiqiie secundum opéra ejus. ^^ Amen dico vobis, sunt quidam de hic stantibus qui non gustabunt mortem, donec videant Filium hominis venientem in regno suo.
Me, VIII. — ^^Et coepit docere eos quoniam oportet Filium hominis pati multa, et reprobari a senioribus, et a summis sacerdotibus, et scribis, et occidi, et post très dies resurgere.^^ Et palam verbum loqv£batur. Et apprehendens eum Petrus, coepit increpare eum. ^^ Qui conversus, et videns discipulos suos, comminatus est Petro, dicens : Vade rétro me, Satana, quoniam non sapis quae Dei sunt, sed quae sunt hominum. ^* Et convocata turba cum discipulis suis, dixit eis : Si quis vult me sequi, deneget semetipsum, et tollat crucem suam, et sequatur me. ^^ Qui enim voluerit animam suam salvam facere, perdet eam ; qui autem perdiderit animam suam propter me et evangelium, salvam faciet eam. ^^ Quid enim proderit homini, si lucretur mundum totum, et detrimentum animae suae faciat ? ^^ Aut quid dabit homo commutationis pro anima sua ? ^® Qui enim me conju^us fuerit et verha mea in generatione ista adultéra et peccatrice, et Filius hominis confundetur eum, cum venerit in gloria Patris sui cum angelis sanctis. ^^ Et dicebat illis : Amen dico vobis, quia sunt quidam de hic stantibus, qui non gustabunt moHem, donec videant regnum Dei veniens in virtute.
Le, IX. — ^^ ... dicens : Quia oportet Filium hominis multa pati, et reprobari a senioribus, et principibus sacerdoium et scribis, et occidi, et,tertia die resurgere. ^^ Dicebat autem ad omnes : Si quis vult post me venire, abneget semetipsum, et tollat crucem suAim quotidie, et sequatur me. -^ Q^d enim voluerit animam suam salvam facere, perdet illam ; nam qui perdiderit animam suam propter me, salvam faciet illam. ^^ Quid enim proficit homo, si lucretur universum