‹ L'évangile de notre-Seigneur Jésus-ChristChapitre 157 sur 340 · PRÉDICTION DE LA PASSION · texte numérisé non relu

PRÉDICTION DE LA PASSION

mundum, se aiitem ipsum perdat, et detrimentum suifaciat? -^ Nam qui me erubuerit et meos sermones, hune Fïlius hominis eruhescet cuni venerit in majestate sua, et Pairis, et sanctorum angeîorum. ^"^ Dico autem vobis vere : sunt aliqui hic stantes, qui non gustabunt morteni donec videant regnum Dei.

Le Seigneur n'a fait jusqu'ici que des allusions rapides à sa Passion. Il a été dit peut-être à Nicodème : Et sicut Moyses exaliavit serpentem in deserto, iia exaltari oportet Filium hominis (Jo., III, 14). Dans ses instructions aUx aj^ôtres, Jésus a formulé la loi du renoncement absolu : Et qui non accipit crucem suam et sequitur me, non est me dignus (Mt., x, 38). Combien ont pu deviner alors tout ce que contenaient ces formules générales? Mais après avoir obtenu des apôtres leur profession de foi, maintenant qu'ils l'ont reconnu comme Messie, Jésus s'applique à éliminer de leur esprit toute notion inexacte touchant le programme que doit renij^lir le Messie et le sort réservé au Christ. Saint Matthieu et saint Marc soulignent d'un mot cette liaison entre la confession de Pierre et la première prophétie des souffrances du Messie : Exinde coepit Jésus..., et coepit docere eos... A dater de cette heure, il commence à montrer aux apôtres que le dessein de Dieu, la volonté du Père est qUe le Fils de l'homme se rende à Jérusalem, la cité hostile ; qu'il y ait beaucoup à souffrir ; qu'il soit réprouvé et excommunié par les anciens, les princes des familles sacerdotales et les scribes (en un mot par tout le Sanhédrin) ; qu'il soit mis à mort ; qu'il ressuscite enfin le troisième' jour. Et saint Marc ajoute que le Seigneur parlait de tout cela ouvertement, avec une grande liberté et sans réserve. C'était déjà un enseignement formel, l'exposé de cette économie providentielle selon laquelle « il fallait » que le Christ traversât la souffrance pour entrer, grâce à elle, dans sa gloire messianique (Cf. Le., XXIV, 25-27 ; 44-46).

On soupçonne à quel point l'âme des apôtres fut déconcertée par une telle révélation. Ils ne devaient comprendre que beaucoup plus tard cet ensemble lié des souffrances et des gloires, prophétisé sans doute dans l'Écriture, mais pratiquement inintelligible pour des mentalités juives. La félicité du temps avait Un grand prix chez les Juifs ; pour eUx, souffrance était malédiction ; qu'on veuille bien relire à ce point de vUe les Psaumes xxxvi et Lxxii.lls s'indignaient et demandaient compte à la Providence

lorsqu'ils voyaient le bonheur aller à l'impie, et l'infortune aux justes ; on était fidèle, mais pour obtenir en retour la félicité terrestre. Et pour eux le Messie, l'envoyé de Dieu, ne pouvait être que la glorieuse revanche de la nationalité juive aujourd'hui opprimée. Annoncer que le Christ passerait par la souffrance et la mort, quel scandale ! Sans doute Jésus avait parlé d'une résurrection finale ; mais les apôtres ne retenaient guère que les étapes douloureuses de la voie qui menait à la résurrection. Tout leur paraissait invraisemblable ; les conditions de la \àctoire messianique étaient à leurs yeux bouleversées. La foi, la tendresse, l'admiration même qu'ils professaient • pour leur Maître leur était dès lors comme Un piège. Saint Pierre surtout se montre déconcerté. Et avec sa spontanéité accoutumée, avec cette affectueuse familiarité à laquelle le Seigneur ne se dérobait jamais, il j^rend JésUs à part, et se met, dit l'évangile, à contester avec lui. « Mais c'est impossible. Seigneur ! vous ne ferez pas cela. Tout cela ne vous arrivera pas. DieU vous en garde ! Absit a te, Domine! » Peut-être l'apôtre s'imaginait-il qUe la prédiction visait des événements que le Seigneur, dans sa toute-puissance, pouvait écarter et conjurer. Accablerons-nous saint Pierre de nos blâmes, lorsque, mis en face de la souffrance, nous protestons tout comme lui, et non par amour du Seigneur, mais j^ar condescendance envers nous-mêmes? Aujourd'hui encore, c'est à peine si nous avons pris notre parti de ces paradoxes évangéliques qui nous montrent la douleur comme condition essentielle de la vie surnaturelle et comme élément de gloire.

Encore que l'intervention de saint Pierre lui ait été inspirée par sa charité ardente, le Seigneur le prit de très haut avec lui, et la réprimande fut d'une sévérité extrême. Il s'agissait d'une question vitale. Pierre, qui venait de confesser la grandeur du . Messie, méconnaissait maintenant sa condition de Rédempteur par la souffrance ; il traversait, autant qu'il était en lui, l'étemel dessein de Dieu. Peut-être la protestation de saint Pierre étaitelle intempestive pour un autre motif encore. Le Seigneur est vraiment Dieu ; il est aussi vraiment homme. Il a pris notre nature tout entière, sauf le péché. Qu'il nous pardonne d'interroger le mystère auguste de sa ^ie intérieure ; nous ne le faisons qu'avec respect. Mais enfin, il n'était pas Un beau marbre impassible. Un albâtre pur et froid. Il était Une nature hum.aine vive et frémissante, d'une incomparable pureté, com-

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