‹ L'évangile de notre-Seigneur Jésus-ChristChapitre 16 sur 340 · LA NATIVITÉ DU PRÉCURSEUR · texte numérisé non relu

LA NATIVITÉ DU PRÉCURSEUR

dit-elle avec fermeté, il s'appellera Jean. » Elle avait pu apprendre de son mari, nous l'avons remarqué plus haut, tout ce qui s'était passé au temple. Une petite contestation s'engage : « Il n'y a personne dans la famille qui porte ce nom, » objectent les parents. Jusqu'ici, on avait omis de s'enquérir des intentions du père : il était muet, et même sourd, semble-t-il. Au moyen de signes, on lui demande comment il veut nommer l'enfant. Zacharie, s'étant fait apporter des tablettes, répond par écrit, et, lui aussi, avec une netteté qui surprend tout le monde : « Son nom est Jean. » C'était adhérer pleinement à toutes les dispositions divines. En récompense de sa foi, ses lèvres s'ouvrirent, sa langue se délia sur-le-champ, et il parla pour bénir Dieu. Il commença probablement par le cantique qui sera rapporté tout à l'heure. Amis et parents reconnurent dans le miracle et dans les circonstances de cette nativité une intervention de DieU, et une crainte religieuse s'emj^ara de leurs âmes. Tout le voisinage s'entretint de tels événements, et le bruit s'en réjDandit peu ù peu dans toutes les montagnes de la Judée. Tous ceux à qui parvinrent ces nouvelles les recueillaient dans leur cœur et se demandaient : Quel sera donc cet enfant? Il était visible, en effet, que la main du Seigneur était avec lui.

Voici maintenant le cantique de Zacharie, la dernière prophétie de l'Ancien Testament. C'est bien un prêtre qui parle, et un prêtre juif. Comme pour le Magnificat, le style est celui des Psaumes et des Prophètes. Mais, encore que les paroles de Zacharie soient inspirées et déjà chrétiennes, elles gardent une saveur juive très marquée. C'est un cantique d'action de grâces, en cinq strophes. Alors qu'Elisabeth, comme une mère, parlait surtout de son enfant, le prêtre juif, lui, considère plutôt la réalisation des promesses divines adressées au peuple d'Israël. « Béni soit le Seigneur, le Dieu d'Israël, parce qu'il a visité son peuple et opéré sa rédemption. » Jéhovah était le Dieu d'Israël, Israël était à un titre spécial et de privilège le peuple de Dieu : Deus Israël, ... plebis suae. Or, depuis longtemps, la déchéance d'Israël s'accentuait ; on eût dit que le Seigneur ne regardait plus son peuple ou se tenait à distance de lui. Une intervention directe de Dieu était nécessaire dorénavant pour le sauver, et les Juifs envisageaient surtout le Messie comme leur sauveur politique et leur roi. Quelle qu'ait pu être pour Zacharie la portée de la « rédemption » qu'il annonce, nous voyons qu'il la considère

comme chose faite. Dieu uc s'est pas borné à regarder avec bienveillance et à visiter son pénible : il a donné une garantie réelle ; 0 il a fait lever, il a fait sortir de la maison de David, son serviteur, la force qui doit nous sauver ». Ce n'est pas de son fils que Zacharie parle ainsi, mais bien de celui dont son fils est le Précurseur. L'expression erexit cornu salutis est intraduisible en notre langue ; elle implique l'idée de vigueur et de puissance, le degré d'énergie divine que réclamera la rédemption.

Deuxième strophe : Sicut locutus est... N'est-ce pas comme un emprunt au dernier verset du Magnificat, un éloge à la fidéUté de Dieu ? Dès les temps les plus reculés, les lè^'res des saints prophètes de Dieu annonçaient le salut. Enfin, l'heure était venue ; ils avaient dit vrai et leur parole s'accomplissait toute. Sur Israël se levait la rédemption et le salut : la déli\Tance du joug de nos ennemis, l'affrancliissement des mains de tous ceux qui nous liaïssent. Zacharie ne précise pas davantage ; on peut croire qu'il s'agit tout à la fois des gentils, des Romains, des péchés, multiples servitudes sous lesquelles gémissaient les enfants de Dieu. Si Dieu leur rend aujourd'hui la liberté politique avec la liberté rehgieuse, c'est pour réaliser l'œuvre de miséricorde solennellement promise, pour sceller le pacte sacré conclu avec les ancêtres. Nous devons toujours nous rappeler que la religion est Universellement conçue sous la forme d'une alliance, d"im yrai contrat passé entre Dieu et l'homme. Traité avec Adam, avec Noé, avec Abraham, avec Moïse, avec Notre-Seigneur Jésus-Christ : c'est toute l'histoire surnaturelle. Sous l'Ancien Testament, en chacun de ces traités. Dieu promettait sa providence et des bénédictions temporelles ; le peuple, de son côté, s'engageait à la fidélité religieuse, à l'observance de la loi morale. Néanmoins, il y avait, selon la doctrine de saint Paul (Rom., m), une part de promesse qui, dans la pensée divine, était absolue, non subordonnée à la fidéhté du peuple, non susceptible de caducité alors même que le peuple manquait à ses engagements. La promesse du Messie était sans condition ; l'héritage véritable, c'est-à-dire, non plus la terre de Canaan, mais la possession de l'éternité, était promis aussi à l'Éghse d'une façon absolue (Hebr., vi, 13-20 ; iv), cet héritage étant celui du Messie et sa conquête.

Troisième strophe : Jusjurandum quod juravii... Il faut lire comme s'il y avait : juramenti quod juravit. C'est un cas grammatical d'attraction. Parce que la phrase a été un instant suspen-

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due par le changement de strophe, le premier mot, jusjurandum, au lieu d'être régi par le verbe memorari auquel il se rapporte, est régi par le verbe juravit, auquel il se rapporte d'une autre manière. « Dieu s'est souvenu du serment qu'il a fait à Abraham notre père : que, délivrés de la main de nos ennemis et affranchis de la crainte, nous le servions dans la sainteté et la justice, nous tenant devant lui tous les jours de notre vie. » Ce prêtre est réellement plus éclaire que les Juifs ordinaires ; il voit le côté spirituel de la rédemjjtion d'Israël. La délivrance et la liberté, pour lui, ne sont pas un but, mais un moyen ; il souliaite qu'Israël ait tout le loisir de servir Dieu et de l'adorer paisiblement jusqu'à la fin. La pensée est déjà elirétienne ; et l'on songe à la fui suprême des choses ré^"élée par le Seigneur à la Samaritaine : In spirifu et veriiate oportet adorare, et décrite par saint Jean dans l'Apocalypse : Et serci ejus servient illi (xxii, 3).

Avec la quatrième strophe, c'est le père qui se révèle. Jusqu'ici il n'a guère été attentif qu'au Messie : Notre-Dame était présente, elle écoutait. Enfui, Zacharie se tourne vers son petit enfant, avec un sentiment de tendresse et de piété. Pourtant, là encore, c'est à peine de son fils qu'il est question : saint Jean n'existe qu'en fonction du Seigneur. « Pour vous, petit enfant, on vous appellera jarophète du Très-Haut. » Car Zacharie a compris quel est celui qui repose dans le sein de la Vierge. Il répare magnifiquemeiit l'incrédulité d'un instant à laquelle il a succombé dans le temple ; il répète les paroles de l'ange et proclame que la gloire unique de son fils sera de marcher comme un héraut devant le Seigneur, afin d'aj^lanir ses voies et de frayer le chemin devant lui. Puis, de cette fonction relative au ]Messie, le cantique passe à la fonction relative au peuple d'Israël : le Précurseur vient enseigner au peuple de Dieu la science du salut, d'un salut spirituel qui consiste en Ja rémission des péchés.

La dernière strophe résume. Si nous sommes déhvrés de nos ennemis et de nos péchés, si nous avons la joie de servir Dieu à jamais, si le Précurseur fraie la voie au Messie en préparant les âmes, c'est grâce à la miséricordieuse tendresse de notre Dieu, qui s'est levée sur le monde, comme une aurore brille soudain au fond des cieux. La lumière de DieU vient éclairer tous ceux qui étaient assis dans les ténèbres et dans les ombres de la mort (Is., IX, 2), et diriger nos pas dans le chemin de la paix. On était convaincu que l'ère du Messie serait une ère de tranquillité pro-

fonde ; Juifs et gentils devaient y communier ; et l'Apôtre reprend cette pensée lorsqu'il écrit aux Éphésiens que le Christ est notre paix.

Le récit évangélique prend congé de saint Jean par une formule dont la couleur est tout araméenne ; nous en retrouverons bientôt une semblable, à propos d'un autre enfant. Le fils de Zacharie grandissait devant Dieu, comme le petit Samuel (I Reg., II, 26) ; il était de jour en jour davantage sous l'influence de l'Esprit-Saint et son âme se trempait de force, selon la promesse faite à son père. A une époque indéterminée, au lieu de se préparer au sacerdoce héréditaire, il se retira « dans les lieux déserts », sans doute dans la solitude de Juda, à l'ouest de la mer Morte, non loin de sa ville natale. Et il y demeura jusqu'au jour de sa mission divine, « jusqu'au jour de sa manifestation devant Israël. » La Sainte Vierge, après la naissance de Jean, était revenue de Judée en Galilée, à Nazareth.

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