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CHAPITRE III

LA NATIVITÉ

Mt., I. — ^^ Christi aidem generatio sic erat. Cum esset desponsaia mater ejus Maria Joseph, antequavi convenirent, inventa est in utero hahens de Spiritii Sancto. ^^ Joseph auie?n vir ejus, cum esset justus, et nollet eam traducere, voluit occulte dimiitere eam. 20 Haec autem eo cogitante, ecce angélus Domini apparuit in som- 7iis ei, dicens : Joseph, fili David, noli timere accipere Mariam conjugem tuam ; quod enim in ea natum est, de Spiritu Sancto est. ^^ Pariet autem filium, et vocabis nomen ejus Jesum ; ipse enim salvum faciet popidum suum a peccatis eorum. 22 Hoc autem ioium factum est ut adimpleretur quod dicium est a Domino per prophetam dicentem : ^3 Ecce vir go in utero habebit, et pariet filium ; et vocahunt nomen ejus Emmanuel, quod est interpretatum : Nabiscum Deus. 24 Exurgens autem Joseph a somno, fecit sicut praecepit ei angélus Domini, et accepit conjugem suam. 20 Et non cognoscebat eam donec peperit filium suum primogenitum ; et vocavit nomen ejus Jesum.

Nous assistons à une nouvelle annonciation. Mais tandis que celle de saint Luc regarde Notre-Dame, celle que rapporte saint Mattliicu concerne saint Joseph. Elles sont naturellement indépendantes, sans qu'il y ait entre Fune et l'autre aucune trace de contradiction ; chacune d'elles atteste, à sa manière, nous le verrons, les mêmes faits d'histoire et la même doctrine. Tout est dit avec la même sobriété et la même délicatesse que chez saint Luc ; nous sommes loin, non seulement des fables païennes, mais encore des légendes apocryphes. Dans la première partie du chapitre, saint Matthieu a eu le souci d'établir la descendance

davidiquc du Seigneur ; il établit maintenant sa conception virginale, accusée déjà au verset 16. Voici, dit-il, de quelle manière eut lieu la naissance, quelle fut l'origine de Jésus-Christ.

Cuni esset desponsaia mater ejus... Ni les termes latins ni ceUx de l'original grec ne doivent nous faire penser à de simples fiançailles, comme l'affirment cependant la jolupart des commentateurs contemporains. D'après eux, nous aurions ici l'application de cet usage juif selon lequel une fiancée demeurait chez ses parents toute une année ; après quoi l'époux venait la chercher pour l'introduire solennellement dans sa maison ; pendant toute cette période des fiançailles, ils étaient considérés néanmoins comme mari et femme, et l'infidélité de la fiancée méritait le châtiment de l'adultère. Mais une exégèse plus attentive écarte la supposition des pures fiançailles. Celles-ci n'auraient pas garanti suffisamment l'honneur de Notre-Dame, ni l'honneur de saint Joseph, ni l'honneur du Seigneur lui-même. Et c'est alors que tous les blasphèmes talmudiques auraient rencontré un prétexte. Il semble que le Fils de Dieu ait préféré voir les Juifs méconnaître les conditions réelles de sa naissance, plutôt que de les voir douter de sa Mère ; il a voulu naître d'une vierge, mais sous le voile sacré d'une véritable union conjugale. Saint Joseph est \Taiment Tépoux de Marie, vir ejus, au sens rigoureux du mot. Mais il connaît son vœu de virginité et il s'en est constitué le gardien.

Si l'évangéliste s'est servi du mot desponsaia, c'est sans doute afin d'indiquer le caractère tout virginal de cette union : saint Luc n'emploiera-t-il pas la même expression pour indiquer une situation où la réalité du mariage ne saurait plus être contestée : cwn Maria desponsaia sibi uxore praegnante (ri, 5)? Aniequam convenirent signifie non pas : avant que d'habiter ensemble, mais bien : en dehors de tout commerce humain ; c'est une formule discrète et chaste qui a j^our dessein d'écarter l'idée d'un mariage ordinaire. Il n'y a nul motif, comme saint Jérôme l'a démontré surabondamment contre Helvidius, i>our conclure de cette formule que le mariage eut ensuite son caractère ordinaire ; de même, au verset 25, les mots et non cognoscebat eam donec peperit filium suum n'indiquent point qu'il y eut relation matrimoniale après l'enfantement du Seigneur. La pensée de l'évangéHste est d'énoncer le fait de la conception virginale, mais sans rien affirmer au sujet de l'avenir, qui n'a rien à voir avec le dessein

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