‹ L'évangile de notre-Seigneur Jésus-ChristChapitre 160 sur 340 · PUISSANCE DE LA FOI · texte numérisé non relu

PUISSANCE DE LA FOI

retire aussitôt avec ses disciples dans une maison hospitalière. Et lorsqu'on fut en petit comité, les neuf apôtres, afin de prévenir sans doute des humiliations nouvelles, lui demandèrent : « Nous autres, Seigneur, comment se fait-il que nous n'ayons pas réussi à chasser ce démon? » — « A cause de votre peu de foi, » dit le -Seigneur. Tout lui sert pour élever l'âme des apôtres. Leur foi avait ses heures de faiblesse. Dieu étant l'être unique, l'unique force, l'unique stabilité, et Dieu ne se communiquant à nous que par son Fils, c'est à la condition seulement de nous appuyer sur Dieu, et par le Fils de Dieu, que nous pouvons accomplir des oeuvres qui requièrent la force de Dieu. Et chacun comprend bien que la foi ^jarfaite, ce n'est pas un acte rapide, suggéré par un besoin pressant, encore que le Seigneur puisse exaucer même en ce cas : c'est la foi habituelle et plénière, la foi devenue un tempérament, l'adhésion de notre pensée, de notre volonté, de notre tendresse, à la pensée, à la bonté de Dieu ; il faut lire la Vie des Pères du désert pour reconnaître jusqu'où peut aller la naïveté et la puissance d'une foi qui a pénétré toute la vie. Peutêtre les apôtres avaient-ils prononcé les formules accoutumées de l'exorcisme avec une hésitation secrète : leur Maître était absent, ils se trouvaient seuls face à face avec l'hostilité des scribes, le démon qui maltraitait Tépileptique était brutal et tenace. « En vérité, je vous le dis, poursuit le Seigneur, si vous aviez de la foi gros comme un grain de sénevé, vous diriez à cette montagne : Transporte-toi d'ici jusque-là, — et elle vous obéirait, et rien ne vous serait impossible » (Mt., xxi, 21-22 ; Me., xi, 23 ; Le, XVII, 6).

La réponse : Propter incredulitatem vestram... n'appartient qu'à saint Matthieu ; et il ajoute, en conformité avec saint Marc : « Ce genre de démon, — muet, méchant, violent, — ne peut être expulsé par aucun autre moyen que la prière et le jeûne. » Cette réflexion du Seigneur pourrait servir de thème à un chapitre entier de la doctrine ascétique. Elle nous explique la durée de certaines tentations sombres, où l'âme, comme ivre d'un vin fumeux, ne comprend plus rien, n'écoute plus rien, n'obéit plus qu'à son aveuglement et à son obstination. Les paroles d'exhortation, les exorcismes eux-mêmes demeurent alors inefficaces : il faut un travail d'assainissement surnaturel, par le double moyen du jeûne, qui agit sur le corps, et de la prière, qui agit sur l'âme.

Mt., XVII. — 21 Conversantihus autem eis in Galilaea, dixit illis Jésus : Filius hominis tradendus est in manus hominum, ^^ et occident eum ; et leHia die resurget. Et contristati sunt veliemenier.

Me, IX. — 29 El ifi^g profecti praetergredieban'ur Gaîilaeam, nec volehat quemqiiam scire.^^ Docebat autem discipulos suos, et dicehat illis : Quoniam Filius hominis tradetur in manus hominum, et occident eum, et occisus teHia die resurget. ^^ At illi ignorahant verhum, et timehant interrogare eum. ^^ Et venerunt Capharnaum,

Le, IX. — *^ Stiipebant autem omnes in magnitudine Dei : omnibusque mirantibus in omnibus quae faciebat, dixit ad discipulos suos : Ponite vos in cordibus vestris sermones istos ; Filius enim hominis futurum est ut tradatur in manus hominum. '*^ At illi ignorabant verbum istud, et erat velatum ante eos ut non sentirent illud ; et timebani eum interrogare de hoc verbo.

Il n'est nullement certain que la Transfiguration et le miracle qui suivit aient eu lieu en Galilée, mais le Seigneur s'y trouve maintenant. De l'endroit où ils s'étaient retirés après la guérison du lunatique, Jésus et ses disciples parcourent, traversent la Galilée; nous devons nous contenter de ce minimum d'indications topograjîhiques et chronologiques. Ce qui est constant, c'est le secret dont le Seigneur tient à s'envelopper au cours de ce voyage : Nec volebat qu£mquam scire ; il ne fait que passer à travers le pays. C'est alors que se place une seconde annonce j^rophétique de la Passion. La foule, nous dit saint Luc, avait été frappée d'étonnement en face de la toute-puissance di\'ine, rendue manifeste dans le miracle du démoniaque. A chacun des miracles du Seigneur, éclataient les mêmes témoignages d'admiration. Les apôtres ne pouvaient manquer de se réjouir, et ils s'entretenaient volontiers des gloires de leur Maître. Mais Jésus ramenait assidûment leur pensée à ce même jDoint de vue qu'ils s'obstinaient à négliger. Pour vous, disait-il, écoutez avec soin, gravez dans votre mémoire ce que je vous annonce : le Fils de l'homme sera livré aux mains des hommes ; ils le feront mourir, et, mis à mort, il ressuscitera le troisième jour.

Rien de plus catégorique, rien de plus précis : les disciples ne comprenaient rien, pourtant, à ces paroles. Elles demeuraient voilées pour eux, et ils n'en pénétraient pas le sens. Le Fils de

SECONDE PRÉDICTION Dg LA PASSION 455

Dieu mourir ! Le Fils du Tout-puissant, Tout-i^uissant lui-même, devenir la proie des méchants ! Mais alors, c'est la déroute de toutes les espérances juives? Dans toute Thistoire d'Israël, Dieu n'a jamais paru que sous l'aspect d"un triomphateur, in manu potenti et in brachio extenio, in signis atque porientis! Est-ce que l'Écriture ne nous répète pas à chaque page que Dieu est juste et qu'il est toujours avec le juste? Pourquoi « faut-il » que le Seigneur passe par l'ignominie et la mort? — Une grande tristesse, dit saint Matthieu, envahit les apôtres ; ils n'osèrent pas interroger leur Maître sur ce sujet pénible. Leur conversation, nous le verrons bientôt, prit un tour bien différent. C'est ainsi qu'ils arrivèrent à Capharuaum.

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