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CHAPITRE III

CAPHARNAUM. l'ÉDUCATIOX DES APOTRES

Mt., XVII. — 23 £^i çy^^ venissent Capharnaum, accesserunt qui didrachma accipiebant, ad Petrum, et dixerunt ei : Magister vesier non solvit didrachma? 2* Ait : Etiam, Et ciim intrasset in domum, praevenit eum Jésus, dicens : Quid tibi videtur, Simon? Reges ierrae a quibus accipiunt iributum vel censum? a filiis suis an ab alienis? 25 Et ille dixit : Ab alienis. Dixit illi Jésus : Ergo liberi sunt filii. 26 Ui autem non scandalizemus eos, vade ad mare et mitte hamum, et eum piscem qui primus ascenderit, toile; et aperto ore ejus, invenies staterem : illum sumens, da eis pro me et te.

A ce nouveau séjour à Capharnaum saint Matthieu rattache un incident qui dut intéresser l'ancien collecteur d'impôts devenu disciple du Seigneur. Dès l'arrivée du collège apostolique, ou bien un peu plus tard, « les percepteurs de didrachmes » abordèrent saint Pierre dans la ville et lui demandèrent : « Votre maître ne paiet-il pas les deux drachmes ? » On s'adresse à Pierre plutôt qu'aux autres apôtres, parce qu'il est jjIus connu, ou bien que sa primauté n'est un mystère pour personne. Il avait été déterminé par Dieu même que tout Israélite âgé de vingt ans et au-dessUs paierait annuellement, pour l'entretien du sanctuaire, Une taxe d'un demi-sicle (Ex., xxx, 11-16 ; IV Reg., xii, 4 sq. ; II Par., xxiv, 4 sq.). Même après la prise de Jérusalem, le tribut continua à être prélevé, mais au profit du temple de Jupiter Capitolin. A l'époque de Notre-SeigneUr, on s'acquittait en monnaie tyrienne ; la pièce que les Hébreux appelaient le sicle équivalait au tétradrachme ou statère des Grecs (3 francs environ), le demi-sicle au didrachme. Selon la Michna, cette taxe était perçue normalement en fé\Tiermars, avant la Pâque ; mais le produit des régions éloignées courait

le risque de ne ijarvenir à Jérusalem qu'à la Pentecôte, ou même à la fête des Tabernacles. Or, le Seigneur venait des régions septentrionales et lointaines ; l'échéance dernière, la fête des Tabernacles approchait : on s'explique que les collecteurs de l'impôt sacré (personnages différents des publicains tels que saint Matthieu) se soient informés si Jésus entendait y satisfaire. La question, ainsi posée, ferait supposer qu'un certain nombre de Juifs négligeaient d'acquitter cette dette ; les rabbins, a-t-on dit, en étaient dispensés. Ou bien encore, l'autorité de Jésus était telle, à Capharnaûm, que l'on rougissait de lui rappeler un devoir ; c'est peut-être pour cela que l'on s'adresse à Pierre, non au Seigneur en personne.

L'apôtre prend sur lui de répondre, sans en référer à Jésus. Il sait que son Maître a coutume de verser la modique somme, et veut lui é-vàter une nouvelle occasion de conflit avec le pouvoir religieux. Sa réponse est affirmative et catégorique : « Oui, notre Maître acquitte l'impôt. » Une fois rentré dans la « maison », et avant qu'il eût le loisir de raconter l'incident, le Seigneur, le premier, l'aborde et lui dit : « Que vous en semble, Simon? Les rois de la terre, à qui réclament-ils les impôts ou le cens? Aux gens de leur famille, ou aux étrangers? » Les impôts, ce sont tous les droits de douane, les taxes prélevées sUr les marchandises ; le cens est la cote personnelle, la capitation, ou cette forme spéciale d'impôts que chacun doit acquitter pour soi et ses terres. Or, toutes les taxes étant levées précisément pour aider le gouvernement dans ses charges, ni le souverain, ni les membres de sa famille et de sa maison n'y sont soumis. « Est-ce à leurs enfants, ou bien aux étrangers, c'est-à-dire à leurs sujets, que les rois réclament l'impôt? » — « Aux étrangers, » répond saint Pierre. « Par conséquent, conclut le Seigneur, les enfants sont exempts. » Sous cette forme gracieuse, le Seigneur se réclame une fois de plus de sa filiation divine : en vertu des coutumes reçues et fondées, le Messie, Fils de Dieu, est affranchi d'une redevance au temple de Dieu. Et tous ceux qui appartiennent à son Royaume, filii regni, tous les membres privilégiés de la maison royale, saint Pierre et les autres apôtres, bénéficient, avec le Messie, de la même immunité; cela n'est pas dit explicitement, mais ressort des expressions mêmes dont se sert le Seigneur.

Les paroles qui suivent contiennent une leçon de discrétion et de charité dont nous retrouvons l'écho chez saint Paul (I Cor.,

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VIII, IX, X; Rom., xiv). Il est telles circonstances où le souci de nos frères, la crainte de scandaliser les faibles, la prudence surnaturelle, nous font un devoir de ne pas revendiquer toute l'étendue de nos privilèges, de consentir à l'abandon de quelques droits réels. S'abstenir de telles ou telles viandes, verser un léger tribut au trésor du temple, ce sont choses que les circonstances pourront réclamer, même à une conscience chrétienne, même « aux fils » du Royaume messianique. « Les fils sont exempts, dit le Seigneur ; pourtant, afin de ne point scandaliser les collecteurs juifs, allez vers le lac, jetez-y une ligne avec son hameçon. Vous prendrez un poisson ; ouvrez-lui la bouche ; vous y trouverez un statère. Prenez-le et donnez-le à ces gens, en mon nom et au vôtre. » Il faut faire violence au texte, par crainte d'un miracle de prescience et de i^oissance, pour supposer qu'au lieU de trouver un statère dans la bouche du poisson, Pierre a vendu celui-ci et réalisé ainsi les quatre drachmes.

Mt., XVIII. — ^ In illa hora accesserunt discipuli ad Jesum, dicentes : Quis, putas, major est in regno caelorum? - Et advocans Jésus 'parvulum, statuit eum in medio eorum, ^ et dixit : Amen dico vobis, nisi conversi fueritis et effîciamini sicut parvuli, nonintrahitis in regnum caelorum. * Quicumque ergo humiîiaverit se sicut parvulus iste, hic est major in regno caelorum. ^ Et qui susceperit unum parvulum talem in nomine meo, me suscipit.

Me., IX. — 22 ... Qui cum domi essent, interrogabat eos : Quid in via iractahatis? ^^ At illi tacehant ; siquidem in via inter se disputaverant quis eorum major esset. ^^ Et residens vocavit duodecim, et ait mis : Si quis vult primus esse, erit omnium novissimu^ et omnium minister. ^^ Et accipiens puerum, statuit eum in medio eorum ; quem cum complexus esset, ait illis : ^^ Quisquis unum ex hujusniodi pueris receperit in nomine meo, me recipit ; et quicumque me susceperit, non me suscipit, sed eum qui misit me.

Le, IX. — '*® Intravit autem cogitatio in eos, quis eorum major esset. *' At Jésus videns cogitatio nés cor dis illorum, apprehendit puerum, et sta'.uit illum secus se. *^ Et ait illis : Quicumque susceperit puerum istum in nomine meo, me recipit; et quicumque me receperit, recipit eum qui me misit. Nam qui minor est inter vos omnes, hic major est.

Nous sommes encore dans la maison de Capharnaiim ; tous les apôtres sont présents. « Sur quoi discutiez -vous en chemin? » interroge le Seigneur. Il les provoque à Un examen de conscience et vetit obtenir l'aveU de leurs dispositions secrètes. Cette question jette d'abord les apôtres dans l'embarras, ils gardent le silence. Mais voyant bien que Jésus lisait dans leur âme, ils avouent enfin avoir agité ensemble une question de préséance. Même, selon saint Matthieu, ils allèrent jusqu'à demander la solution au Seigneur : « Qui donc est le plus grand dans le Royaume des cieux? » Ce n'était pas, croyons-nous, une rivalité de sainteté personnelle, mais une question de préséance dans ce nouveau Royaume que le Seigneur venait fonder sUr terre et dont il ne tarderait pas à j^rendre visiblement possession (Mt., XVI, 28). N'y avait-il pas pour eux un intérêt à savoir quel serait le premier et qui succéderait à la primauté du Seigneur, alors surtout que le Seigneur parlait de mourir?... Peut-être la discussion ne s'établissait-elle pas entre tous les apôtres, quelquesuns se contentant d'être apôtres sans aspirer au premier rang. Mais les deux fils de Zébédée, Jacques et Jean, parents du Seigneur, avaient des titres capables, leur semblait-il, de rivaliser avec ceux de Pierre ; et bientôt , leur mère Salomé viendra poser leur candidature devant le Seigneur lui-même.

Alors même que la discussion n'eût été le fait que du petit nombre, tous ces pasteurs futurs de l'Église méritaient un enseignement d'humilité. Aussi le Seigneur, faisant trêve à toute occupation, s'assied, groupe autour de lui les Douze et leur dit : «Si quelqu'un veut être le premier, qu'il se fasse le dernier et le serviteur de tous. » Au fond, la réponse est beaucoup plus directe qu'elle ne le semble tout d'abord ; car les apôtres ne songeaient qu'à la grandeur et à la domination extérieures ; JésUs leur répond au sujet de la grandeur intérieure et surnaturelle. Au lieU de blâmer directement leur ambition, il prend son point d'appui dans leur ambition même : « Tel d'entre aous veut être le premier dans mon Royaume? Soit. Qu'il en apprenne les conditions : se mettre sincèrement au dernier rang et employer son dévouement au service de tous. Voilà sur quoi vous devez rivaliser ensemble. » Cela ne signifie nullement l'absence d'autorité dans l'Église; mais cela veut dire dans quel esprit cette autorité s'exercera et, en dehors même de toute question hiérarchique, en quoi consiste la vraie grandeur dans l'ordre surnaturel.

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