L'ENFANCE SPIRITUELLE
Et afin de traduire cette doctrine dans un acte symbolique, le Seigneur aj^pela un petit enfant qui était à portée de lui, l'introduisit dans le groupe des apôtres, le prit affectueusement entre ses bras, en disant : « Je vous le déclare, si vous ne vous convertissez, si vous ne dépouillez des dispositions trop humaines, et ne devenez semblables aux petits enfants, vous n'entrerez point dans le Royaume des cieux. Ainsi donc, quiconque se fait tout petit comme ce petit enfant, celui-là est le plus grand dans le Royaume. » La perfection, la vraie dignité devant Dieu consiste à revenir, de volonté résolue, à ce qu'est l'enfant par sa condition naturelle. Non sans doute qUe le Seigneur nous propose de revenir à la légèreté ou à l'inconstance, mais à la docilité confiante, à l'abandon, à la tranquille simplicité de l'enfance.
Avec 1 humilité, le dévouement : omnium novissimus et omnium minister. Que notre charité n'excepte personne : c'est surtout vers ce qui est humble et faible qu'elle se doit incliner. Et voici que le petit enfant, qui était déjà notre modèle, nous devient comme un sacrement. Jésus nous apprend la valeur d'une âme chrétienne, sa valeur vraiment divine : « Quiconque reçoit, c'està-dire, traite avec bonté un de ces petits enfants en mon nom, parce qu'il est à moi, parce que je l'aime, et pour me faire plaisir, celui-là me reçoit moi-même. » C'est moins à l'enfance qu'au Christ lui-même que nous donnons accueil. Et le Seigneur nous saura gré, non pas seulement parce que nous l'accueillons, mais parce que, pour accueillir de la sorte, notre âme ne fait plus qu'un avec Tâme du Christ. Le Sauveur ajoute une autre promesse : « Et celui qui me reçoit, ce n'est pas moi seul qu'il teçoit, mais celui qui m'a envoyé. » Avec le Fils de Dieu, vient en nous le Père, la tendresse incréée. Nous reconnaissons la doctrine du Seigneur en saint Jean : Si quis diligi' me, sermonem meum servabit; et Pater meus diliget eum, et ad eum veniemus, et mansionem apud eum faciemus (xiv, 23. Cf. Mt., x, 40 ; Jo., xiTi, 20).
Me., IX. — ^' Respondit illi Joannes, dicens : Magister, vidimus quemdam in nomine iuo ejicientem daemonia, qui non sequitur nos, et prohibuimûs eum. ^^ Jésus autem ait:Nolite prohibere eum. Nemo est enim qui faciat v'.Hutem in nomine meo, et possit cito maie loqui de me. ^^ Qui enim non est adversum vos, pro t'oè^^^^^\|OTH£o^^
PROV. TQROfJTIfiAE
Lc.j IX. — ^^ Respondens autem Joannes, dixit : Praeceptor, vidimus quemdam in nomine iuo ejicientem daemonia, et prohibuimus euni, quia non sequitur nohiscum. ^° Et ait ad illum Jésus : Nolite prohihere ; qui enim non est adversum vos, pro vobis est.
La conversation du Seigneur avec les siens était aisée, familière, parfois interrompue : les questions des apôtres se greffaient librement sur le thème développé par leur Maître. La formule in nomine meo qu'a prononcée Jésus leur ra^Dpelle un fait récent où ils ont joué un rôle assez ingrat, inquiétant peut-être pour des consciences à qui l'on vient de redire le i^récepte de la charité et de la bienveillance. C'est saint Jean qui prend la parole : a Maître, dit-il, nous avons vu quelqu'un chasser les démons en votre nom : il n'est pas notre compagnon, il n'est pas de notre groupe ; aussi, nous l'en avons empêché. » Saint Jean avait exprimé la pensée du groupe apostolique : vidimus, prohibuimus ; le Seigneur lui donne une solution universelle. « Ne l'empêchez pas. » C'est un conseil de divine tolérance. L'homme est de nature si jalouse, si exclusive ! N'est-il pas attaché à Jésus-Christ par la foi, celui qui exorcise en son nom? S'il réussit à chasser les démons, n'est-ce pas l'indice que le Seigneur autorise réellement son ministère? « Car il n'est personne qui, accomplissant un miracle en mon nom, puisse aussitôt après parler mal de moi.» A l'œu^Te on reconnaît l'ouvrier. Après tout, que manque-t-il à cet homme ? Un élément tout extérieur de conformité avec Jésus : il ne le suit pas dans ses pérégrinations, voilà tout. Qui enim non est adversum vos pro vobis est : « Qui n'est pas contre vous est pour vous. » — Il sufïït d'étudier autre chose que la phrase matérielle pour se rendre compte qa'il n'existe aucune opposition entre cette locution proverbiale et celle que le Seigneur emploie en saint Matthieu, xii, 30 : Qui non est mecum contra me est. S'il est indispensable d'appartenir au Seigneur par le cœur et l'attachement, il ne l'est pas d'être recensé parmi les siens et de faire partie du groupe qui l'entoure et se déplace avec lui ; cela même ne suffit pas, et Judas le prouve trop.
Mt., XVIII. — ^ Qui autem scandalizaverit unum de pusillis istis qui in me credunt, expedit ei ut suspendatur mola asinaria in collo ejus, et demergatur in profundum maris. ' Vae mundo a scan-