‹ L'évangile de notre-Seigneur Jésus-ChristChapitre 164 sur 340 · LKVANOILE DE N.-S. .T.-C · texte numérisé non relu

LKVANOILE DE N.-S. .T.-C

salietur a pu inviter Tévangéliste à souder avec elle l'autre réflexion : Bonum est sal...

La conclusion d'un enseignement amorcé par la discussion des apôtres sur la prééminence dans le Royaume est amenée tout naturellement : Habete in vobis sal, et yacem hahete inter vos. Renoncez aux prétentions et aux discussions de l'égoïsme : ayez en vous le sel qui purifie, qui conserve, qui est le condiment obligé de tout sacrifice agréable au Seigneur ; et, fidèlement attachés à Dieu, demeurez en paix les uns avec les autres.

Mt., XVIII. — ^^ Videte ne coniemnatis unum ex his pusillis; dico enim vobis quia angeli eorum in caelis semyer vident faciem Patris mei qui in caelis est. ^^ Venit enim Filius hominis salvare quod perierat. ^^ Quid vobis videtur? Si fuerint alicui centum oves, et erraverit una ex eis, nonne relinquit nonaginta noveni in montibus, et vadit quaerere eani quae erravit? ^^ Et si contigerit ut inveniat eam, amen dico vobis, quia gaudet super eam magis quani super nonaginta novem quae non erraverunt. ^* Sic non est volunias ante Patrem vestriim qui in caelis est, ut pereat unus de pusillis istis.

Il n'est pas impossible que saint Marc, avant de dire adieu au ministère galiléen, avant de passer à cette portion du ministère du Seigneur qui s'est dépensée au delà du Jourdain, dans la Pérée, ait voulu grouper, à la fin du chapitre ix, certains enseignements qui n'avaient pas encore trouvé place dans son récit et qu'un lien logique pouvait rattacher facilement à l'incident soule\'é par les discussions des apôtres. Nullement contraire au but des écrivains sacrés et au caractère historique de leur récit, bien qu'un peu étranger à nos habitudes modernes, ce procédé se rencontre plus d'une fois aussi chez saint Matthieu ; et la majeure partie de son chapitre xviii semble formée de fragments juxtaposés, mais reliés entre eux par une pensée commune. — L'enfant continue de servir de thème au Seigneur. « Prenez garde, dit-il, de traiter avec mépris un seul de ces petits : car je vous le déclare, leurs anges, dans les cieux, contemplent sans trêve la face de mon Père céleste. » Comment l'enfance n'aurait-elle pas de titre à être respectée des hommes, lorsque Dieu ne dédaigne pas de lui attribuer ses anges comme gardiens, de donner pour elle son Fils même : « car le Fils de l'homme est venu sauver ce qui était

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perdu. »(Cf. Le, XIX, 10.) Celui qui accueille le petit enfant accueille le Père, accueille le Christ, nous Tavons lu jjIus haut; celui qui, par le scandale, entraîne la perte d'une seule âme, du plus humble des baptisés, se déclare, par là même, l'ennemi du Christ qui est venu pour les racheter, l'ennemi du Père céleste qui ne veut pas que périsse le moindre de ses enfants.

Il suffit de nous reporter à saint Luc (xv, 1-7) pour recoimaître la circonstance historique qui a donné occasion à la parabole suivante. Saint Matthieu ne l'a reproduite ici que i^our souligner davantage le j)rix des âmes. « Que vous en semble ? Un homme possède cent brebis, l'ime d'elles s 'égare, est-ce qu'il ne laisse pas les quatre-vingt-dix-neuf brebis fidèles sur les collines, afin de s'en aller chercher celle qui est perdue? Et s"il est assez heureux pour la retrouver, je vous le dis, en vérité, il éprouve plus de joie à son sujet qu'au sujet des quatre-vingt-dix-neuf autres. De même, il n'est pas dans la pensée de votre Père qui est aux cieux que périsse un seul de ces petits. » Ces divines paroles n'ont pas besoin de commentaire. Le bon pasteur, nous le connaissons ; la brebis perdue, c'est l'humanité. Le pasteur avait cent brebis : il eût pu se consoler, dans sa gloire, avec les quatre-\angt-dixneuf brebis demeurées fidèles, d'avoir perdu celle qui l'avait quitté volontairement. Il n'y a point songé. Laissant en sûreté sur les collines toute la portion fidèle, il est parti à travers les gorges et les halliers, chercher, au prix de son sang, l'unique qui s'était égarée. N'est-ce pas témoigner combien elle lui est chère ! Le texte évangélique, aux versets 12 et 13, ne veut pas dire qu'il se désintéresse des brebis dociles; cela n'implique même nullement qu'il ne les aime, pas davantage. Mais enfin leur fidélité ne fait pas événement dans sa vie : il est un élément de succès et de triomphe dont elles ne lui ont pas fourni l'occasion, et elles peuvent s'en féUciter. Mais pour le pasteur, celle qu'il a perdue absorbe toute sa pensée, elle préoccupe son dévouement et sa tendresse : elle « lui appartient ) davantage. C'est un sentiment très divin, très humain aussi, qui porte notre sollicitude vers ceux qui ont le plus besoin de pitié. Et si quelques-uns s'en étonnent, le Seigneur leur répond par la réflexion qui terminera la parabole de l'enfant prodigue : Fili, tu semper mecum es, et omnia rnea tua sunt. Epuîari auiem et gaudere oportebat, quia frater tuus hic mortuus erat, et revixit ; perierat et inventas est (Le, XV, 31-32).

Mt., XVIII. - ^^ Si autem peccaverit in te jrater iuus, vade et corripe euni inter te et ipsum solum. Si te audierit, lucratus eris fratrem tuum. ^^ Si autem te non audierit, adhibe tecum adhuc unum vel duos, ut in ore duorum vel irium testium stet omne verhum. 1' Quod si non audierit eos, die ecclesiae ; si autem ecclesiam non audierit, sit tibi sicut ethnicus et publicanus. ^® Amen dico vobis, quaecumque alligaveritis super terrani erunt ligata et in caelo, et quaecumque solveritis super terram erunt soluta et in caelo.

Il ne serait pas absolument impossible de découvrir un lien logique entre la condescendance divine, qui aime et pardonne quand même, et la charité fraternelle qui remet et oublie l'offense reçue ; non plus que de mettre en opposition le péché commis contre notre frère par le scandale, avec la faute que notre frère peut commettre contre nous. On arrive ainsi, moyennant un peu d'ingéniosité, à grouper ensemble des enseignements de nature assez différente. Admettons que leur variété s'harmonise dans la seule loi de la charité. — Voici un premier problème et le procédé qui le résoudra. Votre frère a eu quelque tort envers vous : une injure personnelle, une violence, une injustice. N'attendez pas qu'il vienne s'excUser ni s'expliquer. Allez vers lui le premier (Mt., V, 23-24). Soyez seul avec lui : un témoin, ou une galerie de témoins ne peuvent que nuire, parce qu'ils provoquent facilement un plaidoyer. Abordez votre frère, faites-lui comprendre que c'est un simple malentendu, que vous ne voulez vous souvenir de rien, que vous désirez qu'il agisse de même (Cf. Le., xvii, 3). Il y a chance que votre initiative sera accueillie. Ne regardez pas à l'effort qu'elle exige de vous ; regardez à la récompense, regardez au fruit : vous aurez gagné votre frère à la charité et à Dieu ! Peut-être n'est-il rien au monde qui arrête l'épanouissement de la \âe surnaturelle autant qu'une amertume, une rancune, un éloignement obstiné. Une sorte d'excommunication silencieuse prononcée contre l'un ou l'autre de nos frères.

Vous n'avez pas réussi? Ne vous découragez pas, revenez à la charge. Prenez avec vous un ou deux autres frères, non pour les faire juges du tort originel ou de l'endurcissement du coupable, mais pour appuyer l'effort de votre charité. Votre frère rougirait de ne pas agréer leur démarche. Ils lui feront entendre des paroles affectueuses et raisonnables ; et ce qui vous a été refusé, à vous, sera obtenu par ctttc coalition aimable. Toute

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l'affaire sera ainsi traitée et apaisée entre trois ou quatre consciences, — selon le précepte du Deutéronome : « C'est sur la parole de deux ou trois témoins que tout différend doit se régler » (xix, 15). Il peut se faire que vous alliez encore à un échec : n'importe ; n'abandonnez pas votre frère. Exposez la chose à l'Église, à l'assemblée des fidèles ; non pas pour provoquer ses sévérités, mais pour solliciter ses prières. L'intervention de toute la famille chrétienne, l'invitation collective adressée au Tout- Puissant, obtiendra ce qu'un seul ou quelques-uns n'ont pu obtenir : Ut Dominus, qui omnia potest, operetur saluiem circa infirmum jratrem (Rcg. S. Benedieti, c. xxviii). — Pourtant l'obstination peut être telle que l'homme n'écoute ni l'Église ni Dieu : alors il est excommunié; il n'est plus de l'Église, il s'exclut volontairement en brisant le lien de la charité. N'ayez plus de rapport avec lui : traitez-le comme les Juifs traitent un païen ou un publicain.

Il nous faut être attentifs aux versets 17 et 18. L'Éghse ou assemblée dont il est parlé n'est certainement point la Synagogue, dépourvue de toute autorité pour lier et délier les chrétiens, et à qui l'on n'aurait pu soumettre de tels problèmes. Ce n'est pas davantage l'autorité civile : elle ne se préoccupe de ces mêmes causes que lorsqu'elles se traduisent par un détriment matériel ; et lorsqu'elle intervient, ce n'est pas par voie de réconciliation ou d'excommunication qu'elle procède, mais par voie de contrainte. Il n'est pas question non plus d'une réunion quelconque de chrétiens, d'un collège où tous les membres seraient égaux ; c'est la société chrétienne considérée comme dépositaire du pouvoir et de l'autorité, puisqu'il est prescrit au fidèle de l'écouter, sous peine de n'être plus traité comme chrétien. Dans le verset 18, le Seigneur s'adresse à l'Église telle qu'elle existait alors, préparée et déjà constituée dans les apôtres. Ce qui a été donné à Pierre personnellement (xvi, 19) est accordé aux apôtres imis à leur chef : « En vérité, je vous le dis : tout ce qUe vous lierez sur la terre sera lié dans le ciel, et tout ce que vous délierez sur la terre sera délié dans le ciel. » Ce pouvoir est absolument universel et relatif à tout ce qui appartient aux fins de l'Église. Ce que les chefs de l'Église auront prononcé ici-bas par autorité doctrinale ; par autorité et puissance d'ordre, dans le domaine de la sanctification ; par autorité de juridiction, en prononçant l'anathème : tout cela sera sanctionné, homologué, ratifié dans le ciel.

Mt., XVIII. — 1^ Iterum dico vobis, quia si duo ex vobis consenserin* super terram, de omni re quamcumque petierint fiet illis a Pâtre meo qui in caelis est. ^^ Ubi enim sunt duo vei très congregati in nomine meo, ibi sum in medio eorum.

Les versets 19 et 20 se rapportent encore à la charité. Là où un homme est impuissant, le Seigneur a réclamé l'intervention de plusieurs (verset 16) : il relève maintenant de nouveau la bénédiction promise à l'union fraternelle. Il suffit que, sur cette terre, deux disciples du Christ, deux âmes unies ensemble de pensée et de vouloir, demandent à Dieu Une grâce quelconque, pour qu'elles soient exaucées du Père céleste. Et la raison profonde de cette toute -puissance de la jjrière commune est indiquée aussitôt par Jésus. « Car là où deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis au milieu d'eux. » Il est avec ces âmes chrétiennes et en elles, inspirant soutenant leur prière, et l'offrant lui-même à son Père, lui dont l'intervention est efficace toujours.

Mt., XVIII. — 21 l'une accedens Petrus ad eum, dixit : Domine, quoUes peceabit in me frafer meus et dimittam ei? usque sepiies? ^2 Didt illi Jésus : Non dico iibi usque septies, sed usque sejJtuagies septies. -^ Ideo assimilatum est regnum caelorum liomini re,gi, qui voluii rationem ponere cum servis suis. ^^ Et cum coepisset rationem ponere, oblatus est ei unus qui debebat ei decem miïlia talenta. 2^ Cum autem non haberet unde redderet, jussit eum dominus eju^ venumdari, et uxorem eju^, et fîlios, et omnia quae habebat, et reddi. 26 Procidens autem servus ille, orabat eum, dicens : Patientiam habe in me, et omnia reddain tibi. 2' Misertus autem dominus servi illius, dimisit ettm, et debitum diynisit ei. ^^ Egressus autem sei'vus ille, invertit unum de conservis suis, qui debèbat ei centum denarios ; et tenens suffocabat eum, dicens : Redde quod debes. ^^ Et procidens conserims ejus, rogabat eum, dicens : Patientiam habe in me, et omnia reddam tibi. ^° Ille autem noluit ; sed abiit, et misit eum, in carcerem donec redderet debitum. *^ Videnies autem conservi ejus quae fiebant, coniristati sunt valde ; et venerunt, et narraverunt domino suo omnia quae facta fuerant. ^^ Tune vocavit illum dominus suus, et ait illi : Serve nequam, omne debitum dimisi tibi quoniam rogasti me ; '^ nonne ergo oportuit et te misereri conservi tui, sicut et ego tui misertus sum? ^* Et iratus dominus

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ejus îradidit eum iortorihus, quoadusque redderet universum debitum. ^^ Sic et Pater meus caelestis jaciel vohis, si non remiseriiis unusquisque frairi suo de cordibus vestris.

Saint Pierre reconnaît que le Seigneur n'a pas dautre souci que de créer la charité dans l'Église ; et en face du pardon des injures, dont il a été précédemment question (15-16), il éprouve une part d'indécision et soumet un cas de conscience : « Seigneur, dit-il, combien de fois pardonnerai- je à mon frère, lorsqu'il péchera contre moi? Jusqu'à sept fois? » La doctrine des rabbins disait : trois fois, et pas plus : sans doute par respect pour la formule employée par le Seigneur dans Amos (i, 3) : le quatrième crime de Damas fait déborder la coupe de la colère divine (Cf. Job, XXXIII, 29). Ailleurs il est dit : « Sept fois le juste tombe et il se relève » (Prov., xxiv, 16). L'âme de saint Pierre était bonne et allait d'elle-même aUx grandes indulgences. Pourtant, il demeure en deçà de la mesure prescrite par le Seigneur. Lorsqu'on veut, en style oriental, marquer l'indéfini de la vengeance, on multiplie la mesure par son décuple : Septuphim ultio dabitur de Cain : de Lamech vero septuagies septies (Gen., iv, 24). Il convient que la charité chrétienne aille aussi loin. Comment celui qui pardonne pourrait-il compter, puisqu'il ne se souvient même pas ! Pour additionner, il faut tenir compte des événements qui ont précédé ; et l'âme qui pardonne les a oubliés ! Elle ressemble à Dieu ; elle ne fait pas revi\Te le mal pardonné. « Je ne vous dis pas jusqu'à sept fois, répond JésUs, mais jusqu'à soixante-dixsept fois, » en d'autres termes, toujours.

Mais il y a difficulté et fatigue à pardonner ainsi indéfiniment? Le Seigneur n'en discon\àent pas. Aussi, pour nous aider, pour nous y contraindre même, projDOse-t-il une parabole : Ideo assimiliaum est regnuni caelorum homîni régi... A quoi ressemble le Royaume des cieux ? Il est dans les conditions d'un roi terrestre qui n'use de générosité et de bienveillance envers ses serviteurs qu'avec obligation pour ceux-ci de se traiter les uns les autres avec la même indulgence. Ce Royaume des cieux n'est autre chose, ici, que l'Église même, le Royaume qui se fonde maintenant sur terre et dont le sceptre est aux mains du Fils de Dieu. Le roi, est-il dit dans la parabole, voulut exiger des comptes de ses serviteurs. Ils ont négocié avec l'avoir du maître, ou bien ils avaient la responsabilité des domaines à eux confiés, avec charge d'en

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servir les revenus au roi. La reddition des comptes est commencée, et voici qu'on présente au souverain Un serviteur redevable de dix mille talents. Que ce soient des talents d'or ou d'argent, la dette est énorme, et représente, en plus, une forte somme de négligence et peut-être de malversations. Le talent n'est pas une monnaie, mais un poids, une Unité de compte. Dix mille talents constituent la somme qu'Aman eût fait rentrer dans le trésor royal, de par la destruction du peujjle juif (Esther, III, 9). C'est donc la fortune de tout Un peuple qui a été dissipée. S'il s'agissait de talents d'or, la somme eût été vingt fois plus considérable. A dessein, et pour instituer le contraste d'où résultera la leçon morale, la parabole a proposé ces chiffres élevés. Ils nous rappellent d'ailleurs que les fautes empruntent mi certain caractère d'infinité à l'infinie majesté du Dieu qu'elles atteignent, et à l'ingratitude de la créature, surtout lorsque ces fautes se multiplient et qu'elles font scandale.

Comme on pouvait s'y attendre, le serviteur est incapable de faire face à la dette qu'il a contractée. Et beaucoup moins pour rentrer dans Une partie de son bien que pour châtier un intendant infidèle, le roi ordonne qu'il soit vendu comme esclave, avec sa femme et ses enfants, et que ses biens soient confisqués : ainsi justice sera faite. Cependant le malheureux se prosterne à terre devant son maître et lui dit : « Soyez patient envers moi, laissezmoi du loisir, et je vous rendrai tout! » La promesse n'est guère réalisable; mais enfin le maître, touché de compassion, relâche ce serviteur, et, avec sa peine, il lui remet encore sa dette. — Nous reconnaissons le caractère de Dieu; il pardonne sans mesure, il trouve sa joie et sa gloire à être indépendant et magnifique dans son amour, à triompher de tous obstacles et de toutes indignités: Deus, qui omni'potentiam tuam parcendo maxime et miserando manifestas...

Au sortir du palais, ce serviteur, qui aurait dû, semble-t-il, être tout entier à la reconnaissance, tout entier à la charité, rencontre un de ses coserviteurs, qui lui doit cent deniers, c'est-àdire environ le soixantième d'un talent ; et, le saisissant à la gorge, jusqu'à l'étrangler, il lui crie : « Rends-moi ce que tu me dois ! » Alors se renouvelle la scène précédente : le débiteur tombe, lui aussi, aux genoux de son créancier ; il demande grâce, il implore quelque répit, et, dans la même formule qui aurait dû rappeler au serviteur impitoyable et son angoisse récente et l'in-

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diligence du roi : « Laissez-moi du loisir, et je vous rendrai tout ! » Il était plus facile d'espérer le remboursement de cent deniers que de dix mille talents. Mais la cupidité l'emporte : le créancier ne consent à rien, il s'en va et fait jeter son débiteur en prison jusqu'à l'acquittement intégral de la dette. Cependant, le palais du roi est rempli de tous les officiers et serviteurs qui viennent rendre leurs comptes : témoins de la scène, et vivement attristés, ils rapportent au maître tout ce qui s'est passé. Alors le roi fait appeler le serviteur intraitable, et lui dit : « Méchant serviteur, sur votre sUpi^lication, je vous avais remis toute cette dette : ne deviez -vous pas, vous aussi, avoir pitié de votre coserviteur, comme j'ai eu, moi, pitié de vous ! » Et le maître, courroucé, le livra aux tortionnaires jusqu'à complet acquittement de ce qu'il devait, — c'est-à-dire, en fait, pour toujours...

Peut-être un lecteur chrétien se posera-t-il la question : Mais si la dette énorme du premier a été précédemment remise, comment le Seigneur peut-il la réclamer encore? Y a-t-il donc une réviWscence des péchés, comme il y a une reviviscence des mérites? Aucunement. Comme nous l'avons observé déjà, il ne confient pas, dans l'explication d'une parabole, d'exiger une symétrie absolue; il ne faut chercher que l'enseignement spirituel et l'ensemble, et non la correspondance matérielle de tous les détails de la parabole avec les détails de la réalité signifiée. La leçon qui se dégage de la parabole présente, c'est que nous devons pardonner à nos frères, parce que Dieu nous pardonne, et pour que Dieu nous pardonne : les torts du prochain envers nous n'ayant d'ailleurs aucune commune mesure avec nos dettes envers Dieu. Remarquons pourtant que le serviteur ingrat, en traitant son égal comme il l'a fait, au sortir de l'indulgence royale, s'est replacé en état de condamnation, sinon à raison d'une dette sincèrement remise, du moins à raison de sa cruauté et de la dette nouvelle qu'il contracte du fait de sa dureté : quiconque se met en dehors de la charité n'a rien à espérer de Dieu. Telle est la conclusion naturelle d'un chapitre où il n'a été question que de charité. C'est un supplément à l'éducation aposto-. liqUe et à la nôtre. CeUx qui ont besoin de beaucoup d'indulgence et qui l'espèrent du Seigneur doivent témoigner beaucoup d'indulgence à leurs frères. Là est le secret de bien des grâces, et, nous ne le redirons jamais assez, de bien des retards aussi, de bien des échecs dans la vie surnaturelle. La conduite du roi de la para-

bole sera , dit Jésus , la conduite de mon Père céleste envers chacun de ceux qui n'auront pas voulu pardonner du fond du cœur : Sic et Pater meus caelestis faciet vohis, si non remiseritis unusquique fratri suo de cordibus vestris.

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