LE SEIGNEUR QUITTE LA GALILÉE
peut-être de leur part de réputation, lui font remarquer qu'au point de vue de sa mission, se limiter à la Galilée est hors de raison. Le vrai centre est Jérusalem. C'est là qu'il faut se rendre, si l'on veut saisir le Judaïsme tout entier. Le Messie d'ailleurs y compte des disciples : les miracles les affermiront dans leur foi et leur attachement. Lorsqu'on est investi d'une mission publique, lorsqu'on est prétendant, on n'a pas le droit de se retrancher dans l'obscurité. « Vous faites des miracles : c'est donc que vous voulez être connu ? Alors manifestez-vous au monde ! » Ces proches étaient Galilécns ; ils partageaient les i:>réjugés nationalistes de leurs concitoyens ( Jo., vi, 15) ; ils rêvaient pour Jésus une royauté terrestre, et pour eux-mêmes sans doute quelque haute situation. Lorsque saint Jean nous dit qu' « ils ne croyaient pas en lui », cela ne signifie point une méconnaissance absolue de son pouvoir miraculeux, puisqu'ils l'invitent à se porter en lieu plus utile et plus opportun ; cela veut dire que leur foi n'a pas le titre voulu, qu'elle est mêlée de préoccupations humaines, altérée par des désirs personnels.
Monter à Jérusalem avec sa famille, c'eût été se mettre à la tête d'un mouvement populaire et exciter une sédition. Le Seigneur s'y refuse. Il consentira au triomphe du dimanche des Rameaux : il ne se prête point à une apothéose ménagée par sa parenté. On le presse de se montrer au monde : il observe simplement que l'heure de sa révélation et de sa manifestation n'est pas venue encore. La condition de ses proches est fort différente. Ils ne portent pas au monde des vérités qui le heurtent et l'irritent; ils ne courent pas le risque, s'ils vont à Jérusalem ostensiblement, d'y être crucifiés. Toute heure leur est bonne. « Le monde ne peut vous haïr ; mais moi, il me hait, j^arce que je porte sur lui ce témoignage que ses œuvres sont mauvaises. Montez, vous autres, à la fête ; moi, je ne monte pas à cette fête, parce que mon temps n'est pas encore accompli. » Le Seigneur songe à une autre fête. La réponse, volontairement ambiguë, laissait planer le doute sur son dessein ; elle témoignait seulement qu'il ne consentait pas à accompagner ses parents. Et de fait, il les laisse partir et demeure en Galilée. Mais, poursuit saint Jean, après que ses frères furent montés à la fête, il y monta lui aussi, non pas ouvertement, mais comme en secret : c'est-à-dire hors des caravanes et, nous allons le voir, par une route différente.
Le, IX. — ^^ Factum est auiem, dum complerentur dies assumpiionis ejus, et ipse jaciem suam fîrmavit ut iret in Jérusalem. ^^ Et niisit nuniios ante conspectum suum ; et euntes intraverunt in civitatem Samaritanorum, ut paravent illi. ^^ Et non receperunt eum, quia faciès ejus erat euntis in Jérusalem. ^^ Cum vidissent autem discipuli ejus Jacohus et Joannes, dixerunt : Domine, vis dicimus ut ignis descendat de caelo, et consumai illos? '"'"Et conversus, increpavit illos, dicens : Nescitis cujus spiritus estis. ^^Filius hominis non venit animas perdere, sed salvare. Et ahierunt in aliud castellum.
Le début de ce texte de saint Luc revêt une certaine solennité. Si les temps de la Passion ne sont pas révolus encore, ils approchent néanmoins. L"évangéliste envisage ce départ de la Galilée et cette montée vers la ville sainte comme l'inauguration d'une période nouvelle, décisive dans la vie du Sei- ^eur. Lorsque s'accomplissaient, dit-il, ou étaient sur le point de s'accomiDlir les jours de son ascension et de son retour vers le Père, Jésus s'affermit dans la résolution d'aller à Jérusalem. Toutes ces exjDressions dénotent Faraméen ; la dernière : et ipse jaciem suam firmavit, implique une décision ferme et qui brave le danger. Habituellement, les pèlerins traversaient la Pérée, afin de se dérober à l'hostilité de la Samarie. Mais le Seigneur, soucieux surtout d'échapper à la réclame dont l'avait menacé l'indiscrétion de ses proches, désireux aussi de redire la bonne nouvelle aux compatriotes de la Samaritame, se dispose à monter tout droit vers Jérusalem. Par prudence, cependant, il envoie devant quelques disciples afin de préparer toutes choses pour lui et pour ceux qui l'accompagnent.
Les messagers entrèrent dans une bourgade samaritaine, mais furent éconduits. Jésus faisait route vers Jérusalem ; il se détournait donc du mont Garizim : ce fut pour ces gens un motif de le repousser. Deux disciples, Jacques et Jean, s'indignèrent de ce refus. Se souvenant de la puissance miraculeuse dont ils avaient déjà fait l'expérience, ils demandèrent la permission de renouveler le prodige d'Élie (IV Reg., i, 10 sq.) : c'est de là peutêtre que leur vint le surnom de Boanergès, ou « Fils du tonnerre » (Me, m, 17). « Seigneur, dirent-ils, voulez- vous que nous ordonnions au feu du ciel de descendre sur eux et de les consumer ? » Mais le Seigneur, se tournant vers eux, les reprit : « Vous ne