‹ L'évangile de notre-Seigneur Jésus-ChristChapitre 18 sur 340 · SONGE DE SAINT JOSEPH · texte numérisé non relu

SONGE DE SAINT JOSEPH

actuel de l'auteur sacré. Nous trouvons souvent dans l'Écriture des locutions analogues. Il est dit, par exemple, que la fille de Saùl, Michol, femme de David, cut Un sentiment de mépris pour son mari, lorsqu'elle le vit danser devant l'arche du Seigneur. Dieu la châtia par la stérilité : « A Michol, fille de Saiil, il ne naquit point d'enfant jusqu'au jour de sa mort » (II Reg., VI, 23). Est-ce donc qu'elle aurait eu des fils après son trépas ! Au viii^ chapitre de la Genèse, nous apprenons que, quarante jours après la réapparition des montagnes, Noé, pour s'assurer de rétat de la terre, lâcha un corbeau « qui sortit et ne revint point, jusqu'à ce que les eaux eussent disparu de dessus la terre » ; est-il un esprit sage qui osera conclure que le corbeau revint, le déluge terminé, se reconstituer prisonnier? ,

En dehors donc de toute relation conjugale, il advint que Marie se trouva mère. C'était l'œuvre de l'Esprit-Saint, note l'évangéUste, en des termes qui ressemblent à ceux de saint Luc. Mais la Sainte Vierge garda le silence sur le mystère. Et, non plus qu'elle-même, saint Joseph, dans son humihté, ne pouvait soupçonner la glorieuse destinée que Dieu lui avait réservée. Il avait donc besoin, lui aussi, d'une annonciation. Avant de la raconter, saint Matthieu nous livre l'état d'âme de l'époux de Marie. Il était juste et observateur de la Loi. H n'ignorait pas les conditions du mariage sacré contracté avec Notre-Dame, le vœu de virginité accompli par elle, accompli par lui. Or, tout lui semblait démenti maintenant par les apparences. La Loi mosaïque était sévère : une épouse infidèle, livrée au jugement, encourait la peine de la lapidation, celle du feu autrefois ; le mari pouvait l'abandonner : mais l'acte de répudiation, lihellus repudii, mentionnait, ordinairement du moins, le motif de l'abandon ; c'était un document public, dressé devant témoins. Il y a conmae une sorte de moyen terme dans la résolution que va prendre saint Joseph, moyeu terme douloureux et respectueux à la fois. Ne l^ou^'ant se soustraire à la réahté, ne pouvant accepter conune sien un enfant dont il ignore l'origine ni demeurer avec sa mère, incapable pourtant de conclure à une faute, tant il sait la pureté de Notre-Dame, et bien résolu à ne point la dénoncer pubhquement, il songe à la quitter, à la renvoyer, mais sans éclat, aussi secrètement qu'il le pourra. Du moins, c'est rh}^othèse qui s'offre à lui et vers laquelle il incline, comme pouvant seule donner satisfaction à toutes

i8 PREMIERE PARTIE. — CHAPITRE III

les exigences. Rien ne montre plus vivement que cette anxiété de Joseph Tadmirable virginité des deux époux.

Tandis que Joseph portait dans son âme le douloureux problème, un ange du ciel, probablement Gabriel, se présenta à lui pendant le sommeil. La Sainte Vierge veillait, lorsque l'ange s'adressa à elle : on lui demandait un consentement ; saint Joseph pouvait dormir : on lui donnait seulement une explication. L'ange est délicat et affectueux dans ses formules : « Joseph, fils de David... « On lui rappelle, par le nom qui lui est donné, une prophétie que la race de David avait dû conserver avec soin ; on le prépare à reconnaître à l'enfant les droits davidiques. « N'hésitez pas à garder aujorès de vous Marie votre épouse. Que nul scrupule légal ne aous arrête, qu'aucun soupçon ne naisse en votre esprit : il n'y a pas de tache en Marie. Ce qui est né en elle est l'œuvre de l'Esprit-Saint. » Cela suffisait à Joseph pour le passé et le présent ; le reste de l'annonciation concerne l'avenir du Fils prédestiné. Car c'est un Fils que l'épouse vierge mettra au monde ; et l'époux vierge, par une disiDOsition divine, le reconnaîtra pour sien. Le Verbe incarné n'est pas simplement, en effet, le fils adoptif de saint Joseph, ni saint Joseph simplement le père de Notre-Seigneur Jésus- Clirist au titre d'un amour ^Taiment paternel : il est le jière du Seigneur parce que le Seigneur est le ATai fils de son épouse ; parce qu'il est le fruit béni de cette virginité féconde dont lui, Joseph, est le gardien, l'appui, le témoin. Le Fils de Dieu est donc à lui, et il lui imposera un nom, comme Zacharie l'a fait pour son enfant. « Vous l'appellerez Jésus, » dit l'ange. Et il donne la raison de ce nom qui signifie « Jéhovah sauveur » : car il délÎNTera son peuple de ses péchés. Une fois de plus, le Messie est présenté conune apportant un salut spirituel.

Au verset 22, ce n'est plus l'ange qui parle, mais Tévangéliste. Tout ceci, c'est-à-dire non seulement le message céleste, mais aussi l'anxiété de saint Joseph, tout adA'int de manière à réaliser la prophétie du Seigneur, en Isaïe (vu, 14). Elle est rappelée ici pour qu'apparaisse, grâce à son raj^port avec les faits, l'exactitude de son accomplissement ; et de plus, selon l'intention habituelle de saint Mattliieu, afin de montrer aux Juifs convertis l'harmonie des deux Testaments. « Voici que la Vierge portera dans son sein et enfantera un fils, et on lui donnera le nom d'Emmanuel », ce qui signifie « Dieu avec

Page 1