ENSEIGNEMENTS VERS LE MIUEU DE LA FETE
sabbat, et guéri à la fois le corps et l'âme, tous deux malades depuis trente-huit ans? N'est-ce pas Un bienfait plus grand que la circoncision ? Ce que vous vous permettez, pourquoi me l'interdire ? Sachez être équitables.
On ne voit pas que les Juifs aient rien trouvé à répondre. Ce qui suit nous montre combien était variée la composition de l'auditoire. Il s'y trouvait des pharisiens, adversaires acharnés ; des Galiléens, naïfs et ignorant le dessein des chefs de la Synagogue ; des gens de Jérusalem, qui souj^çonnaient le complot, sans y être gagnés eux-mêmes : ce sont ces derniers qui s'étonnent de voir le Seigneur libre au milieu de ses ennemis. « N'est-ce pas, disent-ils, celui qu'on cherche à faire mourir? » L'attitude des meneurs est pour eux inexplicable. Depuis Un an et demi ils ont projeté la mort de Jésus ; ils ont la force ; ils ont l'opportunité, et Jésus semble se livrer lui-même. Il parle ouvertement dans le temple, et on ne lui dit rien ! Est-ce donc, se demande la foule, que les chefs ont reconnu, après mûr examen, qu'il est vraiment le Christ?... Mais non, ajoutent d'autres, il ne peut être le Christ. Le Christ, lorsqu'il paraîtra, personne ne saura d'où il vient : il surgira soudain, et aura besoin qu'Élie vienne le désigner et lui rendre témoignage, puisqu'il se présentera sans père, sans mère, sans généalogie. Or, celui-ci, nous savons d'où il vient : nous le connaissons comme fils de Joseph et de Marie, et comme Galiléen.
Toujours soucieux de proclamer, en Jérusalem, sa mission et sa filiation divines, le Seigneur saisit cette occasion nouvelle. A haute voix, dans le temple, il relève ce qu'il y a de vrai, ce qu'il y a d'inexact et d'incomplet dans l'objection qui a surgi. Oui, dit-il, vous me connaissez, et vous savez d'où je suis. Vous n'ignorez pas mon origine terrestre et ma patrie. Mais c'est peu de chose. Il vous reste à apprendre que je suis un envoyé, et de qui je suis l'envoyé. Je ne suis pas venu de moi-même et sans mandat. Celui qui m'a envoyé est vrai, est vérité : il garantit la vérité de son messager ; il montre sans cesse que ma mission vient de lui. Avec lui on ne saurait contester ; mais vous ne le connaissez pas. Je le connais, moi, car je suis de lui, et c'est de lui que je tiens nia mission. — De telles assertions ne faisaient que réveiller le grief ancien et envenimé : Quia non solum solvehat sabbatum, sed et patrem suum dicebat Deum, aequalem se faciens Deo (v, 18). Aussi la haine des pharisiens s'en accroît -elle : eUx aussi per-
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sévèrent dans leur pensée, ils veulent sur-le-champ s'emparer de Jésus ; et pourtant nul ne parvient à se saisir de lui, parce que l'heure fixée par Dieu n'était pas venue encore. Même, sa doctrine et ses miracles lui gagnaient la faveur du peuple. Beaucoup disaient : Est-ce que le Christ, lorsqu'il viendra, accomplira plus de merveilles?
Devant les dispositions de cette foule où se tiennent des propos favorables au Seigneur, les chefs de la S}TiagogUe, sadducéens pour la plupart, s'abouchent avec les pharisiens, afin de conjurer à tout prix le péril qui va croissant et de combattre l'engouement de la sotte multitude. Ils donnent à la police du temple des instructions précises pour l'arrestation. Mais le Seigneur, qui n'ignore rien, déclare qUe cette mesure n'aura, sur l'heure, aucmi succès. Son enseignement se poursuit, en s'inspirant même des objections et des difficultés qu'on lui oppose. Je suis avec vous, dit-il, pour un peu de temjjs encore, libre, au miheu des embûches qui me sont tendues. Et c'est librement aussi que je m'en irai vers celui qui m'a envoyé. Vous me cherchez aujourd'hui, dans votre haine : vous me chercherez quelque jour, dans votre détresse. Et vous ne me trouverez pas ; car je serai, et je suis dès maintenant, là où vous ne pouvez pas venir... — Cette parole inquiète les Juifs, qui se demandent entre eux : Où prétend-il aller? Dans un lieu où nous ne pourrons pas l'atteindre? Aurait-il l'intention de se diriger vers la Dispersion, vers la population juive répandue chez les Grecs : à Tarse, à Antioehe, à Alexandrie, et de porter sa prédication aux gens de l'Hellénisme? Que signifie ce langage : Vous me chercherez et vous ne me trouverez pas ; et là où je suis vous ne pouvez pas venir? — Mais le Seigneur ne s'explique pas davantage ; il les abandonne à leurs commentaires, où se mêlent la curiosité, l'inquiétude, la peur, l'hostilité.
Jo., VII. — ^' In novissimo outem die magno festivitatis, stahat Jésus, et clamahat, dicens : Si guis silii, reniât ad me, et bibat. 2^ Qui crédit in me, sicut dicit Scriptura, flumina de ventre ejus fluent aquae vivae. ^^ Hoc aiiteni dixit de Spiritu, queni accepturi erant credentés in eiim ; nondum enim erat Spiritiis datiis, quia Jésus nondum erat gîorifieatus. ^" Ex iUa ergo turba, cum audissent hos sermones ejus, dicebant : Hic est vere propketa. ^^ Alii dieebant : Hic est Christus. Quidam autem dicebant : Numquid a Gaîi-
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laea venit Christus? *- Nonne Scriptura dicit : Quia ex semine David, et de Bethlehem casteïlo, ubi erat David, venit Christus? *^ Dissensio itaque facta est in turba propter eum. ** Quidam autem ex ipsis volebant appreliendere eum : sed nemo misit super eum munus. *^ Venerunt ergo ministri ad pontifices et' pharisaeos. Et dixerunt eis illi : Quare non adduxisiis iUurn? *® Responderunt ministri : Nunquam sic locutu-s est homo, sicut hic homo. *' Responderwni ergo eis Pharisaei : Numquid et vos seducti estis? *^ Numquid ex principibus aliquis credidit in eum, aut ex pharisaeis? *^ Sed turba haec, quae non novit legem, maledicti sunt. ^" Dixit Nicodemus ad eos, ille qui venit ad eum nocte, qtii unus erat ex ipsis : ^^ Numquid lex nostra judicat hominem, nisi prius audierit ab ipso, et cognoverit quid faciat? """^ Responderunt, et dixerunt ei : Numquid et tu Galilaeus es? Scnvtare Scripturas, et vide quia a Galilaea propheta non surgit. ^^ Et reversi sunt unusqwisque in domum suam.
Cette deuxième partie des enseignements du Seigneur fut donnée le dernier jour de la fête, le huitième probablement (Lev., XXIII, 36), qui était particulièrement solennel et avait polir dessein de rappeler l'entrée dans la terre promise. Le temple de Jérusalem n'avait pas d'eau vive. Durant chacun des jours de fête, le prêtre se rendait, avec ime procession nombreuse, à la piscine de Siloé {quod interpretatur Missus, Jo., ix, 7), au pied de la colline d'Ophel. Il y puisait, avec ime urne d'or, de l'eau qu'il reportait au temple et versait au pied de l'aUtcl des holocaustes, tandis que les chœurs chantaient le Hallel (Psaumes cxiiicxrvii). Ainsi, la fête des Tabernacles était une réédition symbolique de ce qui s'était passé au désert : les tentes, l'eau jaillie du rocher sous la baguette de Moïse. Peut-être l'eau avait-elle aussi une signification présente : elle devait être offerte à DieU et obtenir sa bénédiction pour les semailles nouvelles ; mais elle avait sûrement une signification prophétique, comme nous l'apprend le Seigneur lui-même. A l'occasion d'un rite liturgique, bien connu des foules, il reprend et complète l'enseignement déjà donné à la Samaritaine. Il s'exprime d'une voix forte, afin que parvienne à tous l'invitation di^dnc.
(( Si quelqu'un a soif, qu'il vienne à moi, et qu'il boive. Celui qui croit en moi, comme a dit l'Écriture, des fleuves d'eau vive jailliront de son sein. » Venir au Seigneur, c'est reconnaître en
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lui le Fils de Dieu ; avoir soif, être altéré, c'est porter en soi une âme religieuse et désireuse de justice. En attendant le rassasiement de la vision, il n'existe dans le désert de cette vie, pour nous désaltérer et apaiser notre faim, d'autre procédé que de nous attacher au Seigneur par la foi. Nous sommes des êtres pauvres, incomplets, qui ne seront achevés que par Dieu même. Notre grande misère a besoin de lui : il est le seul qui la puisse combler. La richesse de Dieu vient à propos. On y puise, dans le Christ, en croyant en lui. Est-il exact de dire qu'on y puise? La promesse du Seigneur est plus haute. Au chapitre xlvii de sa prophétie, Ezéchiel s'était plu à montrer le temple nouveau comme inondé d'eau vive, au lieu de n'être rafraîchi que par l'eau lointaine de Siloé. Le Seigneur fait allusion, soit à cette prophétie, soit à celles d'Isaïe (xLiv, 8 ; lviii, 11) ou de Zacharie (xiv, 8), jjour montrer comment et avec quelle abondance divine seront désaltérés ceux que la foi Unit aU Fils de Dieu. Ils portent en eux, dans leur cœur, la source même de l'eau vive, la source qui jaillit et qui coule éternellement.
Et l'évangéliste ajoute un bref commentaire. En parlant ainsi, le Seigneur signifiait l'Esprit de Dieu que devaient recevoir ceux qui croiraient en lui, Jésus. C'est l'Esprit-Saint qui est cette source d'eau vive, intérieure à nous ; c'est lui qui comble tous les désirs de notre cœur en nous attachant à Notre-Seigneur JésUs-Christ ; c'est lui qui verse en nous la plénitude de la vie divine. La vie surnaturelle est donc toute dans une relation au Père, et au Fils, et au Saint-EsjDrit. Mais à Theure où le Seigneur s'exprimait ainsi, l'Esjjrit n'était pas donné encore, parce qlie Jésus n'était pas encore glorifié. Une disposition divine subordonnait l'effusion de l'Esprit de Dieu sUr toute la nature humaine à l'entrée du Seigneur dans le tabernacle éternel, pour y présenter au Père la rançon de son sang, et prendre possession de son héritage. L'effusion de tous les dons célestes ne devait avoir lieu qu'après l'Ascension. C'est la doctrine de l'épître aux Hébreux. La glorification du Fils dont il est parlé ici nous sera expliquée au chapitre xvii de saint Jean.
La foule des pèlerins s'intéresse aux discours du Seigneur ; il est trop visible que saint Jean ne les a rapportés qu'en partie. Les Uns disaient : Il est vraiment le Prophète, celui que Moïse annonçait comme devant venir, semblable à lui (DeUt., xviii, 15). D'autres reprenaient : Non, ce n'est pas le Prophète, c'est le