‹ L'évangile de notre-Seigneur Jésus-ChristChapitre 179 sur 340 · JESUS LUMIERE DU MONDE · texte numérisé non relu

JESUS LUMIERE DU MONDE

parle de moi. Vous autres, là où vous voyez une forme humaine, vous déclarez : il n'y a qu'iuic forme humaine, ^'ous affirmez etque vous voyez, vous niez ce que vos yeux n'aperçoivent pas. Je ne suis pas exposé à cette infirmité. Alors que je prononce sur moi-même et sur tous autres, mon jugement, fondé sur une pleine comiaissauce, est exact. Le Fils de Dieu est la règle et la vérité. L'homme de droiture peut se tromper, mais la vérité ne saurait jamais se séparer d'elle-même. — « Mais enfin, vous êtes seul ! » Non, cette unité du témoin n'est point telle que vous pensez. Lorsque je prononce, mon jugement est \Tai, parce que je ne suis pas seul : il y a toujours, dans ma parole, et moi et celui qui m'a envoyé. Or, dans votre Loi, il est écrit que le témoignage de deux honunes fait autorité, qu'il est recevable en justice (DeUt., XIX, 15); vous avez sur moi le double témoignage et du Fils et du Père qui Ta envoyé : est ce que l'attestation de deux personnes divines serait moins sûre que celle de deux personnes humaines ? — On ^oit que le Seigneur répond à toutes les difficultés élevées contre lui par l'affirmation réitérée de sa filiation.

Mais les Juifs ne se rendent pas encore. Un témoin doit être vu, entendu : sans cela il est loisible à n'importe qui d'en appeler au témoignage de nïmporte qui. On nous parle de deux témoignages : mais où est le second témoin? Votre Père, où est-il ? Quelle autorité peut constituer pour vous un témoin absent et invisible? — Une fois de plus, le Seigneur élude le sarcasme latent de la question, et se borne à répondre : Vous ne me connaissez pas. Ce n'est pas connaître Un homme que de constater sa présence corporelle, apercevoir ses traits, le distinguer d'avec les autres hommes par des indices extérieurs ; on ne connaît quelqu'un que lorsque Ion sait ce qu'il est réellement et intérieurement. Or vous ne connaissez ni moi ni mon Père; celui pourtant que vous appelez votre Dieu, vous ne pourriez le connaître que par moi. Il n'y a de vraie manifestation du Père que dans et par le Fils. — Ces paroles furent prononcées^ observe l'évangélistc, au cours de l'enseignement que Jésus donnait aux foules, dans la galerie du Trésor, située à l'angle du parvis des femmes. Le Seigneur parle en public, dans un endroit fréquenté, près de la demeure des prêtres; mais, non plus que les jours précédents, personne ne se saisit de lui, parce que son heure n'était pas venue encore.

Jo., VIII. — 2^ Dixit ergo iterum eis Jésus : Ego vado, et quaeretis me, et in peccato vestro moriemini. Quo ego vado, vos non potestis venire. ^^ Dicebant ergo Judaei : Numquid interficiet semetipsum, quia dixit : Quo ego vado, vos non potestis venire? ^^ Et dicebat eis : Vos de deorsum estis, ego de supernis sum. Vos de mundo hoc estis, ego non sum de hoc mundo. ^* Dixi ergo vobis quia moriemini in peccatis vestris : si enim non credideritis quia ego sum, moriemini in peccato vestro. ^^ Dicebant ergo ei : Tu quis es? Dixit eis Jésus : Principium, qui et loquor vobis. ^® Multa habeo de vobis loqui, et judicare. Sed qui me misit, verax est; et ego quae audivi ab eo, haec loquor in mundo. 2' Et non cognoverunt quia patrem efus dicebat Deum. ^^ Dixit ergo eis Jésus : Cum exaltaveritis Filium hominis, tune cognoscetis quia ego sum, et a meipso facio nihil, sed sicut docuit me Pater, haec loquor : ^^ et qui me misit mecum est, et non reliquit me solum, quia ego, quae placita sunt ei, facio semper. ^° Haec illo loquente, multi crediderunt in eum. ^^ Dicebat ergo Jésus ad eos qui crediderunt ei, Judaeos : Si vos manseritis in sermone meo, vere discipuli mei eritis, ^^ et cognoscetis veritatem, et veritas liberabit vos. ^^ Responderunt ei : Semen A brahae sumus, et nemini servivimus unquam : quomodo tu dicis : Liberi eritis? ^* Respondit eis Jésus : Amen, amen dico vobis, quia omnis qui facit peccatum, servus est peccati. ^^ Servus autem non manet in domo in aeternum; filius autem manet in aeternum. 3^ Si ergo vos filius liberaverit, vere liberi eritis. ^^ Scio quia filii Abrahae estis : sed quaeritis me interficere, quia sermo meus non capit in vobis. ^^ Ego quod vidi apud Patrem meum, loquor ; et vos quae vidistis apud patrem vestrum, facitis. ^^ Responderunt, et dixerunt ei : Pater noster Abraham est. Dicit eis Jésus : Si filii Abrahae estis, opéra Abrahae facite. *" Nunc autem quaeritis me interficere, hominem qui veritatem vobis locutus sum, quat7i audivi a Deo ; hoc Abraham non fecit. '*^ Vos facitis opéra patris vestri. Dixerunt itaque ei : Nos ex fornicatione non sumus nati; unum patrem habemus, Deum. '^^ Dixit ergo eis Jésus : Si Deus pater vester esset, diligeretis utique me. Ego enim ex Deo processi et veni; neque enim a meipso veni, sed ille me misit. *^ Qiiare loquelam meam non cognoscitis? Quia non potestis audire sermonem meum. ** Vos ex pâtre diabolo estis, et desideria patris vestri vultis facere. Ille homicida erat ab initio, et in veritate non stetit, quia non est veritas in eo : cum loquitur mendacium, ex propriis loquitur, quia mendax est, et pater ejus. ^^ Ego autem si veritatem dico, non creditis

DISCUSSION SERRÉE A^EC LES JUIFS 5irî

mihi. *® Quis ex vohis arguet me de peccato? Si veritatem dico vohis, quare non creditis mihi? *' Qui ex Deo est, verha Dei audit. Propterea vos non auditis, quia ex Deo non estis.

Nous pouvons distinguer, au cours de ce chapitre viii, avec un progrès constant dans l'hostilité de la Synagogue, une sorte de gradation dans les moments successifs du conflit. D'abord un piège tendu au Seigneur (versets 1-11); puis, une discussion qui, d'abord toute juridique (12-20), devient peu à peu discourtoise, âpre, absolument violente, et s'achève dans une tentative de meurtre (21-59). L'enseignement du Seigneur, en cette dernière partie, est haché par des interruptions brutales, par des questions irritées ; questions et réponses se succèdent en un dialogue rapide comme une passe d'armes. Après s'être présenté sous les formes aimables de la manne nouvelle, de l'eau vive et de la lumière, le Seigneur, n'ayant point réussi à fléchir les âmes par la considération de leur propre intérêt, s'efforce maintenant de les ébranler i>ar la terreur. Plusieurs fois déjà (vu, 33-36; viii, 14), il a. fait allusion à son départ imminent ; aujourd'hui, il insiste et menace : « Je m'en vais, et vous me chercherez, et vous mourrez dans votre péché : là où je vais, vous ne sauriez venir.» Il n'est pas nécessaire d'écarter la pensée de la chute de Jérusalem, alors que les Juifs se cherchèrent de faux Christs et de faux prophètes, espérant échapper ^ la main de Dieu. Pourtant, cet avertissement suprême semble mieux s'appliquer à la mort et à la perdition de chacun : Vous mourrez pour avoir refusé la vie ; il sera trop tard pour me chercher alors : vous mourrez par le fait de votre incrédulité. Là où je vais, vous ne pourrez pas venir : car on n'y peut venir que par moi. — Où va Jésus ? Vers son Père. C'est le lieu des âmes. Mais les Juifs, dans leur pensée étroite, travestissent, en les interprétant de façon moqueuse et insolente, les paroles du Seigneur : Comment ! nous ne pouvons le suivre? Quel est donc le chemin ouvert à lui seul, fermé pour nous? Aurait-il donc la pensée de se suicider et de se précipiter dans la Géhenne? En effet, c'est le seul endroit où nous ne puissions le suivre...

Le Seigneur dédaigne de répondre à cet impertinent commentaire, mais il ne laisse pas d'affirmer toujours sa filiation divine et la nécessité de la foi en lui. Le motif, dit-il, pour lequel vous ne croyez pas et ne pouvez me suivre, c'est que la région

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