LKVANGILE DE N.-S. J.-C
de votre vie et de vos pensées est trop différente de la mienne. Vous autres, vous êtes de la terre et de ce bas monde : moi, je suis d'en-haut et du monde de Dieu. J'y retourne, et j'y conduis tous ceux qui s'attachent à moi par la foi. Vous mourrez dans vos péchés; jamais vos souillures ne seront effacées, si vous ne croyez pas que je suis, quia ego suni. — Peut-être cette formule elliptique a-t-elle ici pour dessein de résumer tout ce que le Seigneur avait dit de lui-même : qu'il est non seulement le Messie, mais la vie et la lumière, la vraie manne, la source de la vie, le Fils de Dieu. C'est alors que les Juifs interrompent de nouveau : '; Mais qui êtes- vous donc? » On sent que la haine sollicite une réponse qu'elle puisse Une fois de plus tourner en blasphème. Cette réponse a fort embarrassé les exégètes, et les traductions jDroposées sont multiiîles. La Vulgate a compris que le Seigneur se déclarait le Principe, le premier Principe de toutes choses, « Celui qui est ». Mais l'original grec se prête mal à une telle traduction. Il signifie : Je suis ce que je vous dis de moi dès le commencement. Le Seigneur s'exprime ainsi afin de ne rien retirer de ce qu'il a dit à son sujet et, en même temps, de «ne fournir aux ennemis aucun prétexte nouveau.
Interrompu par la question du verset 25, Jésus reprend l'argument commencé en 24 et l'examen de conscience des pharisiens. Je vous ai parlé de moi : j'aurais bien des choses à dire aussi de vous, bien des dispositions intérieures à ^'ous révéler à vous-mêmes. Je n'ignore pas les raisons secrètes de vos révoltes et de votre hostilité. Mais je ne puis rien retirer de mon enseignement. Celui qui m'a envoyé est la vérité même ; je ne dis moimême que ce que j'ai entendu de lui : le Fils n'annonce au monde que ce que le Père lui enseigne dans son éternelle naissance. — C'était toujours l'affirmation résolue de la filiation divine ; mais, observe saint Jean, ils ne comi^rirent pas, ils ne voulurent pas reconnaître qu'il appelait Dieu son Père. Le Seigneur insiste. Du moins, dit-il, lorsque vous aurez élevé de terre le Fils de rhomme, vous serez obligés de reconnaître qui je suis. Lorsque vous verrez l'héritage du Fils venir à Jésus et les nations du monde entier accueillir son évangile, vous serez contraints de confesser sa condition de Fils. Elle est glorieuse, cette condition; elle consiste à ne rien faire de moi-même, mais à parler toujours selon renseign«ment que j'ai reçu de mon Père. Celui qui m'a envoyé est avec moi, et il ne m'a pas laissé seul ; car ce qui lui
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est agréable, je le fais toujours. Il y a, du Fils avec le Père, société permanente, indivisible union d'être, de pensée, de vouloir, d'activité.
Haec illo loquenie, multi crediderunt in eum. Aux âmes de bonne volonté que ses paroles viennent de ga^aer, le Seigneur s'adresse maintenant, et il les encourage à persévérer dans la foi qu'elles %riennent de concevoir. Demeurez fidèles à la doctrine que je vous ai dite, et vous serez vraiment enseignés par moi, vous serez mes \Tais disciples. La foi qui est en vous sera pour vous principe de lumière : c'est moi-même qui, grâce à votre foi, vous enseignerai intérieurement. Vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous fera libres. C'est à la condition d'aijpartcnir au Fils de Dieu que vous deviendrez, vous aussi, fils et libres, que vous échapperez à toute tyrannie, à toute influence despotique du dedans et du dehors. — On conçoit qu'un tel encouragement devait sonner mal aux oreilles des Juifs demeurés rebelles. Ils se sentaient deux fois humiliés : et parce que les croyants les délaissaient, et parce que la liberté était promise aux croyants. Ils étaient donc esclaves, eux? Nous sommes la race d'Abraham, dirent-ils : jamais nous n'avons été esclaves de personne. Sans doute, nous a^■ons momentanément sUbi le joug de l'Egypte, le joug des peuplades chananéennes, le joug de Babylone et celui des Romains : mais nous sommes tellement de race libre, que notre liberté a triomphé, et triomphera de tous ces incidents, qui ne sont que des épisodes. Le Messie %'iendra, qui, à son tour, ruinera l'empire roiïiain et nous donnera, non pas seulement la liberté, mais la souveraineté : et ce sera dans la race d'Abraham que toutes les nations seront bénies ! Comment vous, vous seul, au mépris de notre histoire, venez-vous promettre que vous nous ferez libres?
Les Juifs, peut-être à dessein, ne parlaient que de leur liberté politique et de leur indépendance nationale : il y a cependant une autre liberté, conune il y a une autre servitude que la servitude politique. Lorsqu'un homme commet le péché et vit sous la d^endance des forces du péché, il est vraiment esclave. Or l'esclave, alors même qu'il est, selon la chair, fils d'Abraham, finalement se voit expulsé de la maison, comme Ismaël. Le Fils, seul, demeure à jamais dans la maison : elle est à lui. Si donc le Fils vous accorde d'être fils ; si vous entrez, par la foi, en communion de vie avec lui, c'est alors que d'esclaves vous deviendrez libres,
réellement et pleinement libres. — Les Juifs avaient iDroclamé leur liberté et leur filiation d'Abraham : le Seigneur, qui vient de contester cette liberté, va contester aussi la réalité de leur filiation. Je vous entends bien, dit-il ; oui, vous êtes les fils d'Abraham, vos généalogies sont en règle : comment se fait-il dès lors que vous cherchiez la mort du Fils de Dieu et que sa parole n'ait pas de prise chez vous ? Credidit Abram Deo et reputatum est iïïi ad justitiam (Gen., xv, 6). Le patriarche croyait : vous ne croyez pas ; il croyait en moi : vous me repoussez. Vous n'êtes pas réellement nés d'Abraham. Je vous dis, moi, ce que j'ai vu chez le Père ; et vous faites, vous, ce que vous avez appris de votre père...
Une explosion de colère accueille ces paroles : « Notre père est Abraham ! » C'était la dangereuse fierté contre laquelle Jean- Baptiste déjà les avait mis en garde (Mt., m, 9). Nous sommes les fils d'Abraham ! Encore faudrait -il ressembler au patriarche ! Sans cela, il y a double honte : la honte de l'exemple méprisé, la honte du mal accompli. Vous démentez votre race, vous cessez d'avoir un titre à vous en réclamer, lorsque vous guettez l'heure et l'occasion de me mettre à mort, moi qui vous ai apporté la vérité de Dieu. Est-ce là ce qu'il a fait, Abraham? Non, vous faites les œuvres d'un autre, qui est votre père. — Le Seigneur les a exclus de la vraie postérité d'Abraham, en ne reconnaissant en eux qu'une filiation d'ordre charnel, non d'ordre spirituel. Mais ils ne se découragent jDas, et prétendent que leur lignée spirituelle est aussi pure que leur lignée charnelle. Nous venons de Dieu, disent-ils, non de la fornication : nous n'avons que Dieli pour père. — Le Seigneur ne leur laissera ni le privilège de la liberté, ni la filiation d'Abraham, j^uisqu'ils sont incrédules, ni la filiation de Dieu, puisqu'ils sont homicides. Si vous aviez Dieu pour père, dit-il, vous aimeriez le FiL de Dieu, vous vous rallieriez à lui ; car c'est de Dieu que je suis sorti et que je viens ; je ne suis pas venu de mon propre chef, mais c'est lui qui m'a envoyé. Pourquoi ne pas accueillir ma parole? Ceux qui appartiennent à la même région se reconnaissent à leur langue et à leur accent commun. Vous écartez ma parole, parce que vous écartez ma doctrine ; et vous écartez ma doctrine, parce que vous n'êtes pas de Dieu, parce que vous cultivez volontairement dans votre cœur des dispositions qui ne viennent pas de lui.
Après avoir dépouillé les Juifs de tous leUrs prétendus avan-