‹ L'évangile de notre-Seigneur Jésus-ChristChapitre 181 sur 340 · LES JUIFS REBELLES FILS DU DÉMON · texte numérisé non relu

LES JUIFS REBELLES FILS DU DÉMON

tages, le Seigneur leur dit ouvertement de qui ils sont les fils. La nature de vos œuvres montre bien de qui vous êtes nés. Votre père, à vous, c'est le diable. Vous ne cherchez qu'à réaliser les vouloirs, les desseins mauvais de Satan. Il a été homicide dès le commencement ; il ne s'est pas tenu dans la vérité, parce que la vérité et la droiture n'étaient pas en lui. Il s'est contemplé lui-même au lieu de regarder Dieu. Et il ne s'est pas borné à déchoir : il s'est efforcé et il travaille sans trêve à faire partager son esprit, à semer partout le péché, le mensonge, la mort. Or, il se produit ce phénomène, souvent remarqué (Rom., ii, 8) : le diable vient, il vient en son nom, il distribue, de son fonds, ce qui est son bien, sa ressource propre, le mensonge ; on le croit, lui, bien qu'il soit menteur et père du mensonge ; mais celui qui vient de Dieu, qui ne parle pas de lui-même, qui dit la vérité, votre perversité l'éearte.

Quis ex vohis argiiet me de peccato? Le Seigneur ne dédaigne pas de discuter encore, même avec des cœurs obstinés. Il vient de montrer de quel côté se trouvent la mort, et le mensonge, et le péché. Quel mal vous ai- je fait? dit-il. Que pouvez-vous me reprocher ? Je vous apporte la vérité. D'où vient l'opposition qni vous raidit contre elle? Si vous étiez de Dieu, vous reconnaîtriez la voix de Dieu, la parole et la pensée de Dieu. Mais vous n'entendez pas, parce que vous n'êtes point de Dieu, non plus que vous n'êtes fils d'Abraham.

Jo., VIII. — *s Respondei'imt ergo Jiidaei, et dixerunt ei : Nonne hene dicimus nos quia Samaritanus es Ui, et daemonium hahes? ^^ Respondit Jésus : Ego daemonium non haheo; sed honorifico Patrem meum, et vos inhonorastis me. ^° Ego autem non quaero gloriam meam; est qui quaerat, et judicet. ^^ Amen, amen dico vohis, si quis sermonem meum servaverit, mortem non videhit in aeternum. ^^ Dixerunt ergo Judaei : Nunc cognovimus quia daemonium hahes. Ahraliam mortuus est, et prophetae; et tu dicîs : Si quis sermonem meum servaverit, non gustabit mortem in aeternum. ^^ Numquid tu major es pâtre nostro Ahraham, qui mortuus est? et prophetae mortui sunt. Quem teipsum facis? ^* Respondit Jésus : Si ego glorifico meipsum, gloria mea nihil est ; est Pater meus qui glorificat me, quem vos dicitis quia Deusvester est. ^^ Et non cognoxnstis eum, ego autem novi eum; et si dixero quia non scio eum, ero

51& CIPTQUIÈME PARTIE. — CHAPITRE I

similis vohis, meyidcuic. Sed scio euni, et sermonem ejus servo. ^^ Abraham, pater vester, exultavit ut videret diem meum; vidit, et gavisus est. ^^ Dixefunt ergo Judaei ad eum : Quinquaginta annos nondum habes, et Abraham vidisti? °^ Dixit eis Jésus : Amen, amen dico vobis, antequam Abraham fieret, ego sum. ^^ Tulerunt ergo lapides, ut jacerent in eum; Jésus autem abscondit se, et exivit de temph.

Nous entrons dans une phase nouvelle : l'offensive violente de la part des Juifs ; ils ripostent ainsi à l'offensive du Seigneur (v. 44), Le Seigneur les a excommuniés, et de DieU, et d'Abraham : à leur tour, ils vont l'exclure de la fraternité juive. L'appréciation qu'ils portent était courante et commune parmi eux : N'avons-nous pas raison de dire que vous êtes un Samaritain, un homme souillé, semblable à ceux à qui vous avez porté l'évangile, enfin un possédé du démon ! C'est par un pacte avec BéelzébulD que vous accomphssez les œuvres surprenantes de votre vie ; et c'est sous l'influence de l'esprit impur que vous parlez, — Le Seigneur écarte doucement l'injure. Il ne se défend pas d'être Samaritain, ni ne se justifie d'avoir porté aux Samaritains la vérité ; il repousse seulement le second reproche. Nc«i, dit-il, je n'ai point de démon, je n'appartiens jDas au diable. J'honore mon Père par l'absolue et continuelle docilité de ma vie. Mais vous, vous me déshonorez, et, en ma personne, celui qui m'a envoj'é. Car lorsque je vous parle de mon honneur, ce n'est pas que je cherche une gloire qui soit pour moi : il est quelqu'un qui a souci de moi, qui me défend et jugera entre nous.

Il semble ensuite que le Seigneur, devant une telle obstination, se désintéresse Un instant des Juifs et revienne à ceux qui ont commencé à croire en lui, à qui il disait : Si vos manseritis in sermone meo... (31). Leur ayant promis la liberté, il leur promet maintenant la vie, une vie sans fin. Il emploie la formule solennelle qui, sur ses lè\'res, équivaut à un serment. « En vérité, en vérité, je vous le dis : si quelqu'un garde ma parole, elle le défendra contre la mort, et à jamais. » La i^arole du Seigneur en nous, ce n'est pas simplement une parole déposée dans un coin de La mémoire, d'où elle n'exerce sur la vie aucune action réelle : c'est la parole vivante et efficace ; c'est la règle, la loi, l'influence divine, sans laquelle il n'existe pas pour nous de vraie liberté. Il nous faut la garder comme on veille sur un trésor, sur un bien

LE FILS DE DIEU PLUS ANCIEN QUABRAIIAM j19

dont on ne veut pas perdre une parcelle. Alors, nous ne connaîtrons point la mort, puisque Dieu même sera avec nous et en nous.

C'est bien, disent les Joifs, en face de cette affirmation, aussitôt interrompue que prononcée. Maintenant nous tenons la preuve que vous agissez et que vous parlez comme un fanatique, sous l'influence du démon. Le monde a connu de grands amis de Dieu : Abraham, les prophètes. Dieu ne les a pas garantis contre la mort, encore qu'ils fussent ses familiers et ses élus. Et vous venez de dire : Si quelqu'un garde ma parole, il ne mourra jamais. Vous seriez alors plus grand qu'Abraham, qui n'a pas échappé à la mort? plus grand que les prophètes qui, à leur tour, en ont subi la loi? Eux aussi, cei^endant, ont écouté la voix de Dieu : ce qui ne leur a point conféré l'immortalité. Et non seulement la mort vous épargnerait personnellement, mais vous accorderiez le même privilège à tous vos disciples ! Qui êtes- vous donc ? Prétendez- vous être plus grand que notre père Abraham, qUe les prophètes, que Dieu même, puisqu'il a laissé mourir ses amis? — C'est, à propos de la mort, la même méprise qu'au sujet de la liberté.

Le Seigneur trouve d'abord, dans la question même de ses ennemis, l'occasion de renouveler l'assertion de son origine divine. A Dieu ne plaise que je me glorifie, ni que je m'élève moi-même ! La gloire que je me décernerais ne serait rien. Je suis Fils de Dieu, et n'ai d'autre gloire que celle qui me \ient de lui ; en poursuivre une autre serait renoncer à cette gloire essentielle. C'est à mon Père qu'il appartient de me donner de la gloire. Mon Père est celui que vous appelez votre Dieu et dont vous vous glorifiez d'être le peuple, encore que vous ne le connaissiez pas. Je le connais, moi, et si je niais le connaître, si je me dérobais à sa pensée, si j'étais infidèle à la mission qui vient de lui, je serais semblable à vous, un menteur. Car le mensonge profond et premier, c'est d'être en désaccord avec Dieu et de se dérober à lui. Mais je connais mon Père et je garde sa parole.

Ayant ainsi écarté toute idée de vaine gloire et d'estime personnelle, le Seigneur donne satisfaction à la question des Juifs; il omet les prophètes, dont la cause est d'ailleurs liée à celle d'Abraham, et se borne à la seule comparaison établie entre lai et le père des croyants. Même alors, il ne se dit pas formellement supérieur à Abraham ; la question de taille respective n'est pas

abordée : ainsi, l'humilité garde ses droits et la divinité n'y perd rien. Abraham, que vous appelez votre père et de qui vous vous réclamez, a tressailli d'espérance à la pensée de voir mon jour, le jour de mon avènement sur terre. C'est à dater de ce jour-là, en effet, que dans son fils et selon les promesses réitérées de Dieu, toutes les nations de la terre ont été bénies, comme en germe. Et, dans les limbes, grâce à une manifestation spéciale, Abraham a contemplé le jour du Seigneur, et il a tressailli dans la joie de son avènement. — Le Seigneur a donc vu et a été vu ; il s'est donc montré au patriarche et a été le témoin de sa joie, ce qui explique l'objection du verset 57. Rien, dans cette assurance donnée par JésUs, qui ne fût d'accord avec ce qu'il avait dit de lui-même : mais comment une âme juive eût-elle pu supporter la pensée d'une telle subordination : Abraham, leur père, attenc^ant Jésus, désirant contempler le jour de sa venue ! «Comment ! s'écrient-ils, vous n'avez pas encore cinquante ans, et vous avez vu Abraham ! »

Avec une solennité tranquille, Jésus répond : « vivant qu'Abraham ne reçût la vie, je suis. » C'est l'affirmation de sa préexistence éternelle et de sa divinité. Mais l'incrédulité des Juifs n'y voit qu'un blasphème. Le temple était en construction depuis quarante-six ans ; certaines portions demeuraient sans doute à l'état de chantier, encombrées de pierres et de matériaux. Aussitôt, les Juifs se mettent en devoir de lapider le blasphémateur, dans le temple même ; la fureur leur fait oublier toute loi : nul ne pouvait être frappé de mort à l'intérieur de la ville sainte, à plus forte raison dans le temple. Mais parce que l'heure n'est pas venue, le Seigneur se dérobe, comme jadis à Nazareth, et sort du temple.

Jo., IX. — ^ Et yraeteriens Jésus vidit hominem caecum a nativitate. 2 Et interrogaverunt eum discipuli ejus : Rabbi, quis peccavit, hic aut parentes ejus, ut caecus nasceretur? ^ Respondit Jésus : Neque hic peccavit, neque parentes ejus; sed ut manifestentur opéra Dei in illo. ^ Me oportet operari opéra ejus qui misit me, donec dies est; venit nox, quando nemo potest operari. ^ Quamdiu sum in mundo, lux sum mundi. ^ Haec cum dixisset, expuit in terrant, et fecit lutum ex sputo, et linivit lutum super oculos ejus. ''Et dixit ei : Vade, lava in natatoria Siloe {quod interpretatur Missus).

l'aveugle- NÉ 521

Abiit ergo, et lavit, et venit videns. ^ Itaque vicini, et qui viderant eum piiîis quia mendicus erat, dicehant : Nonne hic est qui sedehat, et mendicahat? Alii dicehant : Quia hic est. ^ Alii autem : Nequaquam, sed similis est ei. Ille vero dicebat : Quia ego sum. ^° Dicehant ergo ei : Quomodo apaii sunt tihi oculi? ^^ Respondit : Ille hoîuo, qui dicitur Jésus, lutum fecit, et unxit oculos meos, et dixit mihi : Vade ad natatoria Siloe, et lava. Et abii, et lavi, et video. ^2 Et dixerunt ei : Uhi est ille? Ait : Nescio. ^^ Adducunt eum ad pharisaeos, qui caecus fuerat. ^* Erat autem sahhatum, quando lutum fecit Jésus, et aperuit oculos ejus. ^ Iterum ergo interrogahant eum pharisaei quomodo vidisset. Ille autem dixit eis : Lutum mihi posuit super oculos, et lavi, et video. ^^ Dicehant ergo ex pkarisaeis quidam : Non est hic homo a Deo, qui sahhatum non custodit. Alii autem dicehant : Quomodo potest homo peccator haec signa facere ? Et schisma erat inter eos. ^' Dicunt ergo caeco iterum : Tu quid dicis de illo qui aperuit oculos tuos? Ille autem dixit : Quia propheta est. ^^ Non crediderunt ergo Judaei de illo quia caecus fuisset, et vidisset, donec vocaverunt parentes ejus qui viderat. ^* Et interrogaverunt eos, dicentes : Hic est fîlius vester, quem vos dicitis quia caecus natus est? Quomodo ergo nunc videt? 2° Responderunt eis parentes ejus, et dixerunt : Scimus quia hic est filius noster, et quia caecus natus est. ^^ Quomodo autem nunc videat, nescimus ; aut quis ejus aperuit oculos, nos nescimus; ipsum interrogate : aetaiem hahet, ipse de se loquatur. 22 Haec dixerunt parentes ejus, quoniam timehant Judaeos; jam en\m conspiraverant Judaei, ut si quis eum confiteretur esse Christum, extra synagogam fîeret. ^^Propierea parentes ejus dixerunt : Quia aetateyn hahet, ipsum interrogate. ^^ J^ocaverunt ergo rursum hominem qui fuerat caecus, et dixerunt ei : Da gloriam Deo. Nos scimus quia hic homo peccator est. 25 Dixit ergo eis ille : Si peccator est, nescio ; unum scio, quia caecus eum essem, modo video. ^^ Dixerunt ergo illi : Quid fecit tihi? quomodo aperuit tihi oculos? ^^ Respandit eis : Dixi vohis jam, et audistis ; quid iterum vultis audire ? Numquid et vos vultis discipuli ejus fîeri? ^s Maledixerunt ergo ei, et dixerunt : Tu discipulus illius sis; nos autem Moysi discipuli sumus. ^^ Nos scijnus quia Moysi locutus est Deus; hune autem nescimus unde sit. ^° Respondit ille homo, et dixit eis : In hoc enim mirahile est quia vos nescitis unde sit, et aperuit meos oculos. ^^ Scimus autem quia peccator es Deus non audit; sed si quis Dei cultor est, et voluntatem ejus facit, hune exaudit. ^^ A saeculo non est auditum quia quis

aperuit oculos caeci nati. ^^ Nisi esset hic a Deo, non poterat facere quidquam. ^* Responderunt^ et dixerunt ei : In peccatis tiatus es totus, et tu doces nos? Et ejeceriint eum foras. ^^ Audivit Jésus quia ejecerunt eum foras; et eum invenissei eum, dixit ei : Tu créais in Filium Dei? ^^ Respondit ille, et dixit : Quis est. Domine, ut credam in eum? ^"^ Et dixit ei Jésus : Et vidisii eum, et qui loquitur tecum ipse est. ^^ At ille ait : Credo, Domine. Et procidens adoravit eum. 2^ Et dixit Jésus : In judicium ego in hune mundum v€n% ut qui non vident videant, et qui vident caeci fiant. ^° Et avdierunt quidam ex pharisaeis, qui eum ipso erant, et dixerunt ei : Numquid et nos caeci sumus? ^^ Dixit eis Jésus : Si caeci essetis, non haheietis peccatum; nunc vero dicitis : Quia videmus; peccatum vestruni manet.

Il n'y a nulle nécessité de considérer le miracle du chapitre ix comme faisant suite immédiate aux événements des chapitres précédents ; ni de supposer que c'est au sortir du temple que le Seigneur rencontre l'aveugle-né. Le courroux des Juifs a fait place à une attitude extérieure plus calme ; nous sommes au jour du sabbat (14) : il semble plus naturel et plus légitime de regarder le récit comme indépendant, aU point de ^^ie chronologique, de la discussion qui a précédé. On a remarqué que le Seigneur, qui est la lumière, s'est plu à guérir les aveugles, et que, soit dans l'Ancien Testament, soit dans le Nouveau, ceux qui ont fait des miracles ont rare/nent guéri la cécité ; nous pouvons donc, si nous le voulons, reconnaître un caractère symbolique au fait historique ici rapporté. Le Seigneur a été chassé du temple et repoussé par les Juifs. A la porte du temple se trouve un aveugle de naissance : le peuple des gentils. La lumière extérieure de la Loi ne lui a pas été offerte, et peut-être ne lui reste-t-il plus assez de vie pour solliciter sa guérison. La vraie lumière, repoussée par les Juifs, lui sera donnée.

Le Seigneur, dit Tévangile, aperçut im homme aveugle de naissance. Peut-être, en sollicitant l'aumône, disait-il lui-même la date de son infirmité : il pouvait d'ailleurs être bien connu dans la ville. Et les disciples demandent à Jésus : « INfaître, le coupable, est-ce lui ? sont-ce ses parents, pour qu'il soit né aveugle ? " Autrefois déjà, lors de la guérison du paralytique, il avait plu au Seigneur de recomiaître un€ relation de causalité entre k péché et l'infirmité (v, 14). Mais s'il est naturel que la curiosité des

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