LE ({ON PASTEUR
seur de la foi. Aussi le Seigneur vint-il à lui ; et, de catéchumène qu'il était, il en fit un chrétien parfait. Croyez-vous, lui dit -il, au Fils de Dieu? — Il réijondit, reconnaissant son bienfaiteur : Et qui est-ce. Seigneur, afin que je croie en lui? — Vous l'avez devant vous, c'est lui qui vous parle. — Je crois, Seigneur, reprit l'aveugle, tout rempli maintenant de la lumière de Dieu. Et il se prosterna devant Jésus et l'adora.
Il ne restait plus aU Seigneur qu'à recueillir la moralité de tout cet épisode. « Je serai donc venu en ce monde, dit-il avec l'accent de la tristesse, pour juger, pour accomplir un discernement ; afin que recouvrent la vue ceux qui ne voient pas, afin que ceux qui voient soient aveuglés ! » C'est le sort de la lumière : elle est accueillie j^ar l'œil sain, l'œil malade en souffre et la maudit. Quelques pharisiens, qui se trouvaient alors auprès du Seigneur, entendirent ses paroles, et lui demandèrent : Est-ce que nous sommes, nous aussi, du nombre de ceux qui ne voient pas? Nous rangez- vous au nombre de ceux qu'aveugle votre lumière? — A cette question ironique, le Seigneur se borne à répondre : Si A'OUs étiez aveugles, vous n'auriez pas de péché. Nul n'est coui>ablc de se dérober à une lumière qu'il ne voit pas. Mais vous dites : Nous voyons... Et en effet, vous avez mission pour voir et pour guider vers Dieu, vers le Messie ; vous avez la clef de la science ; d'autre part, les indices ne vous ont pas manqué pour reconnaître où est la lumière ; de droit et de fait, vous avez raison de dire : Nous voyons. Mais la faute est de retenir captive dans l'injustice la vérité que l'on voit (Rom., i, 18), de trahir sa conscience, de se dérober à ce que la vérité exige de nous, de dérober la vérité à ceux que l'on a la charge d'éclairer. Le bien est de voir et de suivre la lumière qui nous vient de Dieu. Parce que vous prétendez voir, votre péché demeure ; vous êtes coupables, à proportion de votre science, de votre science méprisée et démentie.
Jo., X. — ^ A*i7ïen, amen dico vobis, gui iwn vitrai per ostium in ovile ovium, sed ascendit aliunde, ille fur est et latro. ^ Qui autem intrat per ostium, pastor est ovium. ^ Huic ostiarius aperit, et oves vocem ejiis audiunt, et proprias oves vocai nominatim, et educit cas. '^Et cum proprias oves emiserit, ante eas vadit; et oves illum sequuntur, quia sciunt vocem ejus. ^ Alienum autem non sequuntur, sed fugiunt
ab eo, quia non noverunt vocem alienorum. " Hoc yroverhium dixit eis Jésus ; illi autem non cognoverunt quid loqueretur eis. "^ Dixit ergo eis Jésus : Amen, amen dico vobis, quia ego suni ostium ovium. * Omnes quotquot venerunt, jures sunt et latrones, et noîi audierunt eos oves. ^ Ego sum ostium. Per me si quis introierit, salvahitur; et ingredietur, et egredietur, et pascua inveniet. ^° Fur non venit nisi ut furetur, et mactet, et perdat. Ego veni ut vitam haheant, et abundantius habeant. ^^ Ego sum pastor bonu^. Bonus pastor animam suam dat pro ovibiis suis. ^^ Mercenarius autem, et qui non est pastor, cujus non sunt oves propriae, videt lupum venientem, et dimittit oves, et fugit; et lupus rapit, et dispergit oves. ^^ Mercenarius autem fugit, quia mercenarius est, et non pertinet ad eum de ovibus. ^^ Ego sum pastor bonus, et cognosco meas, et cognoscunt me meae. ^^Sicut novit me Pater et ego agnosco Patrem, et animam meam pono pro ovibus meis. ^^ Et alias oves habeo, quae non sunt ex hoc ovili ; et illas opoHet me adducere, et vocem meam audient, et fiet unum ovile, et unus pastor. ^' Propterea me diligit Pater, quia ego pono animam meam, ut iterum sumam eam. ^^ Xemo tollit eam a me ; sed ego pono eam a meipso, et potestatem habeo ponendi eam, et potestatem habeo iterum sumendi eam : hoc, mandatum accepi a Pâtre meo. ^^ Dissensio iterum facta est inter Judaeos propter sermones hos. ^^ Dicebant autem multi ex ipsis : Daemonium habet, et insanit; quid eum auditis? -^ Alii dicebant : Haec verba non sunt daemonium habentis ; numquid daemonium potest caecorum oculos aperire?
Tout est divin dans Tévangile : nous osons dire pourtant qu'il s'y rencontre peu de pages qui aient plus de droits à retenir notre attention. Le lecteur avisé reconnaîtra bientôt, dans les dixhuit premiers versets du chapitre x, sous une forme allégorique, le résumé et comme une condensation des chapitres v, vi, vu, VIII, IX et XVII de saint Jean. Une brebis vient d'être expulsée, expulsée sans cause, du bercail de la Spiagogue, par des bergers égoïstes et cruels. La SjTiagogue croit excommunier, mais elle s'excommunie elle-même ; elle trahit son mandat divin et abdique, avec sa grandeur, son titre à exister : une autre société religieuse lui doit être substituée. L'allégorie dont se sert ici l'évangile était familière à la pensée juive (Jer., xxiii; Ez., xxxiv; Ps. xxii); même, cette figure de diction est si naturelle que, dans la langue d'Homère, les rois s'appellent les pasteurs des peuples. A pre-