JÉSUS MAUDIT L'HYPOCRISIE PHARISIENNE
les circonstances sont différentes. En saint Luc, c'est le repas chez un pharisien et l'interpellation d'un docteur qui fournissent au Seigneur l'occasion de prononcer l'anathcmc contre les pharisiens d'abord, puis contre les docteurs de la Loi : les uns et les autres ont résolu de perdre Jésus (53-54), mais le dénouement ne semble pas encore imminent. Dans saint Matthieu, au contraire, la scène se passe à Jérusalem au cours de la dernière semaine ; en réijonse au complot déicide de la Synagogue, le Seigneur prononce contre elle une malédiction solennelle, enveloppant tout à la fois les i^harisicns et les scribes. Nous croyons que dans les deux circonstances historiques, le Seigneur a flétri et maudit l'hypocrisie pharisienne, et à peu près dans les mêmes termes ; mais il est permis de supposer que les évangélistes ont groupé ensemble, sans trop de souci de leur date, certaines sentences du Seigneur offrant entre elles de grandes analogies. En saint Luc, xx, 45-47, en saint Matthieu, xxiii, 1-7, en saint Marc, xii, 38-40, nous retrouverons, aux jours de la Semaine Sainte, les reproches adressés aux scribes. Même, saint Luc reproduit, xx, 46, ce qu'il a dit une première fois, XI, 43. Quoi qu'il en soit de la distinction réelle des deux incidents, nous réserverons pour le commentaire de saint Matthieu l'explication des parties communes aux trois évangélistes. Au cours de sa i^rédication, le Seigneur fut invité par un pharisien à venir prendre chez lui le repas du milieu du jour. Il entra et se mit à table. Le pharisien remarqua avec étonnement qu'il n'avait pas accompli, avant le repas, les ablutions d'usage. Peut-être témoigna-t-il extérieurement de sa surprise scandalisée, comme d'autres pharisiens s'étaient plaints jadis au Seigneur lui-même d'une incorrection toute pareille de ses disciples : Quare discipuli fui non ambulant juxia traditionem seniorum, sed communihus manibus manducant panem? (Me, vu, 5.) En tout cas, le Seigneur, qui lisait dans les âmes, répondit à son hôte, ou plutôt à la secte tout entière : Il est vrai, vous autres, pharisiens, vous purifiez l'extérieur de la coupe et du plat (Me, vu, 3-4) ; mais votre intérieur demeure plein de cupidité et de perfidie. Insensés ! Celui qui a créé le dehors n'a-t-il pas créé aussi le dedans? Puisque vous vous dites si jaloux de la justice et de la pureté religieuse, pourquoi ne pas bannir la souillure de votre cœur ? Commencez par le dedans, et afin de ruiner en votre âme la cupidité, faites l'aumône ; alors, toutes choses
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seront pures chez vous, l'extérieur et rintérieur, le corps et l'âme.
Mais vous n'en faites rien : aussi malheur à vous, pharisiens, qui payez la dîme de la menthe, de la rue, et des moindres légumes (Lev., xxvii, 30), mais qui négligez la justice et l'amour de Dieu ! Un ^Tai souci de pureté morale devrait vous porter à accomplir les devoirs essentiels, sans omettre d'ailleurs les prescriptions moindres. — Malheur à vous, pharisiens, qui aimez la première place dans les synagogues et les salutations sur les places publiques ! — IMalheur à vous, qui ressemblez à des sépulcres inaperçus et sur lesquels les passants marchent sans le savoir ! Les tombeaux devaient être apparents, afin que chacun pût éviter la souillure légale contractée à leur contact (Num., XIX, 16). On pourrait peut-être traduire aussi : Vous êtes comme des tombeaux dont on ne voit que l'extérieur : les promeneurs circulent dessus ou alentour, et ne se rendent pas compte qu'il n'y a là-dedans que j^ourriture (cf. Mt., xxiii, 27-28).
Le langage du Seigneur était sévère. Aussi, un des docteurs de la Loi, jarésent au repas, s'en émut-il. « Maître, dit-il à Jésus, en parlant de la sorte, c'est nous également que vous outragez, nous les interj^rètes autorisés de la Loi divine ! » Alors, à la triple malédiction qui vient de frapper les pharisiens, le Seigneur ajoute un triple anathème contre les casuistes officiels : Malheur à vous aussi, docteurs de la Loi, à vous qui chargez les hommes de fardeaux intolérables, alors que vous-mêmes ne consentez pas à les toucher du doigt ! — Malheur à vous, qui élevez des tombeaux aux prophètes que vos pères ont mis à mort ! Ainsi, vous reconnaissez que vos pères furent des meurtriers, et vous faites cause commune avec eux ; ils ont mis à mort les prophètes, et vous, vous leur bâtissez des sépulcres. En dépit des apparences, il y a continuité morale entre vos pères et vous ; parce que vous portez dans vos cœurs les mêmes dispositions meurtrières, le lien d'une solidarité étroite vous unit à eux, soulignée et accrue encore par votre zèle hypocrite. Aussi la sagesse de Dieu elle-même a-t-elle dit : Je leur euA^errai des prophètes et des apôtres, et ils en tueront et persécuteront plusieurs : de sorte qu'il sera demandé compte à cette génération du sang de tous les prophètes qui a été versé depuis la création du monde, depuis le sang d'Abel jusqu'au sang de Zacharie, égorgé entre l'autel et le temple ; oui, je vous