‹ L'évangile de notre-Seigneur Jésus-ChristChapitre 189 sur 340 · DIVERS AVIS AUX DISCIPLES · texte numérisé non relu

DIVERS AVIS AUX DISCIPLES

le déclare, il en sera demandé compte à cette génération (cf. II Par., XXIV, 19-22. Tout ce passage sera expliqué en même temps que le texte parallèle de saint Matthieu). ■ — Malheur à vous, docteurs de la Loi, parce que vous avez enlevé la clef de la science, la clef qui donne accès au Royaume des cieUx ! Vousmêmes n'êtes pas entrés, et vous avez détourné ceux qui voulaient entrer !

Lorsque le Seigneur sortit de chez son hôte, scribes et pharisiens se mirent à le harceler violemment et à le presser de questions multijjles et captieuses, dans le dessein de surprendre sur ses lèvres une parole qui pût leur ser^nr contre lui.

Le, XII. — ^ Multis autem turhis circiimstaniibus, ita ut se invicem conculcarent, coepit clicere ad discipulos siios : Attendite a fermento pharisaeo7'iim, quod est Jiypocrisis. - Nihil autem opertum est, quod non reveletur ; neque absconditum, quod non sciatur. ^ Qiioniam quae in tenehris dixistis, in luniine dicentur ; et quod in aurem locuti estis in cubiculis, praedicabiîur in tectis. * Dico autem vobis amicis meis : ne terreamini ab his qui occidtmt corpus, et post haec non habent amplius quid faciant. ^ Ostendam autem vobis quem timeatis : timete eum qui, postqnam occident, habet potestaiem mittere in gehennam. Ita dico vobis, hune timete. ^ Nonne quinque passeres veneunt dipondio, et umis ex illis non est in oblivione coram Deo? ' Sed et capilli capiiis vestri omnes numerati sunt. Nolite ergo timere ; multis passeribus pJuris estis vos. ^ Dico autem vobis : oninis quicumque confessus fuerit me coram liominibus, et Filius hominis confttebitur illum coram angelis Dei ; ^ qui autem negaverit me coram hominibus, negabitur coram angelis Dei. ^° Et oninis qui dicit verbum in Filium hominis, remittetur illi : ei autem qui in Spiriium Sanctum hlasphemaverit, non remittetur. ^^ Cum autem induceni vos in synagogas, etadmagistratus, et potestates, nolite solliciti esse qualiter aut quid respondeatis, aut quid dicatis. ^^ Spiritus enimSanctus docebit vos in ipsa hora, quid oporieat vos dicere.

La majeure partie des éléments dont se compose ce chapitre XII de saint Luc a été recueillie par saint Matthieu et par saint Marc, mais avec des connexions historiques et doctrinales différentes. Il est d'ailleurs toujours légitime de supposer que les

mêmes choses ont été dites à plusieurs reprises, et à peu près dans les mêmes termes ; ou bien que des formules matériellement identiques ont revêtu une signification nouvelle venant du contexte et des circonstances. — Dans une autre rencontre, des milliers de personnes s'étant groupées et se pressant autour du Seigneur, il commença à parler à ses disciples ; «d'abord, » lit-on dans le texte grec : pour indiquer sans doute que le Seigneur s'adressa ensuite directement à la foule. « Gardez-vous, dit-il, du levain des pharisiens, qui est rhy]30crisie. » Dans saint Matthieu (xvi, 6) et saint Marc (viii, 15), le levain, c'est la doctrine des pharisiens; ici, ce serait plutôt une disposition morale, la haine profonde, masquée sous les apparences extérieures de la religion et le souci des intérêts de Dieu.

Dissimulation bien inutile : car tout ce qui se cache maintenant sera dévoilé, il n'est rien de secret qui ne doive être connu un jour. — Cette sentence, de forme proverbiale, se trouve ailleurs avec une signification différente (Le, viii, 17 ; Mt., x, 26 ; Me, IV, 22). Tout ce fragment de saint Luc, depuis le verset 2 jusqu'au verset 9, est parallèle à saint Matthieu, x, 26-33. — Le Seigneur développe l'affirmation précédente, en visant encore les pharisiens, dont il connaît les complots homicides. En effet, dit-il, tout ce que vous aurez concerté dans les ténèbres, sera révélé dans la lumière ; et ce que vous aurez dit à l'oreille, dans l'intérieur de vos demeures, sera proclamé sur les toits.

Le discours prend ensuite une allure plus générale, et s'adresse non seulement aux apôtres, mais à tous les disciples : Mais je vous dis , à vous qui êtes mes amis : ne vous laissez pas effrayer par ceux qui tuent le corps, et qui, après cela, ne peuvent rien faire de jjIus. Je vais vous montrer qui vous devez craindre : craignez le maître de la vie et de la mort, celui qui a le pouvoir de vous jeter dans la géhenne ; oui, je vous le dis, c'est celui-là qu'il faut redouter. Est-ce qu'on n'a pas cinq passereaux pour deux as? Or, il n'est pas une seule de ces petites créatures qui soit en oubli devant DicU.Bien plus, les cheveux mêmes de votre tête sont comptés (Le, xxi, 18). Ne craignez donc point. Si un seul passereau est l'objet d'une telle sollicitude, comment ne seriezvous pas gardés, vous, qui valez certainement plus que nombre de passereaux !

La persécution et le martyre, supportés sans défaillance, auront d'ailleurs leur dédommagement infini : Je vous le déclare, qui-

PARABOLE DU RICHE INSENSE jil

conque m'aura confessé devant les hommes, le Fils de l'homme, à son tour, le confessera devant les anges de Dieu ; mais celui qui m'aura renié devant les hommes, sera renié lui aussi devant les anges de Dieu (Le, ix, 26). — L'évocation du jugement suprême où siégera le Fils de l'homme, avec la pensée toujours présente de la déloyauté pharisienne, nous explique peut-être l'insertioa, dans ce discours du Seigneur, d'une parole que saint Matthieu (xii, 31-32) et saint Marc (m, 28-30) ont rattachée à une autre circonstance : le blasphème des pharisiens, attribuant les miracles du Seigneur à un pacte avec Béclzébub. « Quiconque parlera contre le Fils de l'homme, il lui sera pardonné : mais pour celui qui blasphémera contre le Saint-Esprit, il n'y aura point de pardon. » — Puis le Seigneur revient à l'idée de la persécution : Lorsqu'on vous conduira devant les synagogues, les magistrats, les autorités du siècle, ne vous préoccupez point de savoir comment et par quels arguments vous devez vous défendre, ni ce que vous pourrez répondre : car le Saint-Esprit vous suggérera sur l'heure ce que vous devrez dire (Mt,, x, 18-20 ; Me, Xiii, 9-11 ; Le., xxi, 14-15).

Le, XII. — ^^ Ait autem ei quidam de tiirba : Magister, die fratri meo ut dividat mecum liereditatem. ^^ Ai ille dixit illi : Homo, quis me constituit judicem aut divisorem super vos ? ^^ Dixitque ad illos : Videte, et cavete ah omni avaritia ; quia non in abundantia cujusquam vita ejus est ex his quae possidet. ^^ Dixit autem similitudinem ad illos, dicens : Hominis cujusdam divitis uheres fructus ager attulit ; ^' et cogitabat intra se, dicens : Quid faciam, quia non habeo quo congre gem fructus meos? ^^ Et dixit : Hoc faciam; destruani horrea mea, et majora faciam ; et illuc congregabo omnia quae nota sunt mihi, et bona mea. ^^ Et dicam animae meae : Anima, habes multa bona posita in annos plurimos; requiesce, comede, bibe, epulare. "^^ Dixit autem illi Deus : Stulte, hac nocte animam tuam repetunt a te ; quae autem parasti, cujus erunt? ^^ Sic est qui sihi Lhesaurizat, et non est inDeum dives.

Saint Luc est seul à nous rapporter cet incident, qui fournit au Seigneur l'occasion d'une parabole. Quelqu'un de la foule lui dit : « Maître, invitez donc mon frère à partager avec moi l'héritage qui nous est échu. » L'autorité des rabbins était souvent

invoquée pour trauclier ces questions de succession ; peut-être même l'interpellateur reconnaissait-il Jésus comme Messie et se persuadait-il, avec tant d'autres Juifs, que le rôle du Messie était de ramener les transactions courantes aux termes de l'équité. Mais c'était demander au Seigneur une intervention dans des matières purement civiles : le Royaume qu'il est venu établir ne se préoccupe pas directement d'assurer les intérêts matériels, moins encore de favoriser la cupidité ; et peut-être dans l'âme de celui qui lui adressait la parole le Seigneur avait-il lu des dispositions imparfaites. Aussi répond-il sévèrement, pai une formule empruntée en partie à l'Exode (ii, 14) : « O homme, qui m'a donné la mission d'expertiser vos partages? » Et en échange de l'intervention à laquelle il se refuse, le Seigneur donne une leçon, à ses disciiîles et à tous : « Soyez attentifs, et gardez-vous de toute cupidité ; car la vie d'un homme ne dépend pas de ses biens ni de l'abondance dont il jouit. » La vie de l'homme s'appuie sur Dieu : s'il y a abondance, c'est de Dieu qu'elle vient ; c'est lui aussi qui la retire ; reconnaissons notre dépendance vis-à-vis de lui. Le danger des richesses vient précisément de ce qu'elles nous font oublier la source de tous les biens et le seul trésor d'une créature intelligente. La parabole du riche ■ insensé va illustrer cette doctrine.

Il était un homme riche, dont le domaine rapportait beaucoup. Et il se disait à part lui : « Que vais- je faire? La place me manque pour entasser mes récoltes... Voici ce que je vais faire : démolir mes greniers, en construire de plus spacieux, où j'amasserai tout le blé et toUs les biens qui sont à moi. Alors, je dirai à mon âme : Mon âme, tu as maintenant beaucoup de biens en réserve pour de longues années ; repose-toi, mange, bois et mène joyeuse vie ! » Tous les traits sont à noter. Voyez d'abord les soucis multiples de cet homme : il est encombré de ses richesses ! il lui faut détruire, puis rebâtir. Et dans son monologue, il n'est question ni de Dieu, ni des pauvres, mais de lui seul, de son « âme », comme principe de la vie animale, comme siège. des jouissances et du bien-être. C'est un épicurien. Et voici que, subitement, entre en scène l'inattendu. Dieu dit à ce riche : « Insensé ! cette nuit même, on viendra vous réclamer votre âme : et ce que vous avez préparé, pour qui sera-ce? » Votre vie n'est pas à vous ; à plus forte raison vos biens. Vous ne disposez pas de la propriété de votre âme, qui est le bien de Dieu ; disposerez- vous davan-

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tage de vos richesses? Vous perdrez toutes ehoses à la fois ; et l'héritage amassé avec tant de peine s"écoulera xqts des héritiers inconnus. — Cette parabole était esquissée déjà dans l'Ecclésiastique : Est qui locupletatur... In eo quod dicit : Inveni requiem mihi, et nunc manducabo de bonis meis solus ; et nescit quod tempus praeteriet, et mors appropinquet, et relinquat omnia aliis, et morietur (xi, 18-20). — Le Seigneur en indique la moralité : c'est dans ce même dénûment que tombera tout homme qui amasse pour lui des biens terrestres, et non des richesses meilleures devant Dieu. Car il y a mie sainte avidité, il existe ime plus haute ambition, il est d'autres biens que les périssables et une autre vie que la \-ie mortelle.

Ce qui suit est relatif à la confiance en Dieu, à l'affrancliissement des vaines sollicitudes, chez ceux qui appartiennent au Royaume nouveau. Les versets 22 à 31 ont été expliqués déjà, en même temjîs que le Discours sur la montagne (Mt., vi, 25-33). Saint Lue présente ces enseignements comme adressés spécialement aux apôtres ; ils constituent le commentaire élargi de la parabole du riche insensé.

Le., XII. — - 32 X alite timere, pusillus grex, quia complacuit Patri vestro date :cobis regnum. ^^ Vendite quae possidetis, et date eleemosynam. Facite vohis sacculos qui non veterascunt, tJiesaurum non deficienteni in caelis, quo fur non appropiat, neque tinea cornimpit. ^'^Ubienini thésaurus vester est, ibi et cor vestrum erit.

Cette fois la parole du Seigneur ressemble à une caresse di^dne. Les apôtres, encore faibles, peu accoutumés à s'abandonner à Dieu, pouvaient se demander : Qu'adviendra-t-il de nous, si nous n'apportons aucun effort à nous procurer les ressources nécessaires à la vie? Et le Seigneur réjDond à leur inquiétude, le bon pasteur rassure ses brebis : « Ne craignez pas, petit troupeau ! » Ceux qui poursuivent les richesses de ce monde ne sont nullement assurés que leurs démarches seront fructueuses ; mais ceux qui « cherchent le Roj'-aume de leur Père céleste » (31), ceux qui s'attachent à Dieu seul, ne manqueront jamais des biens indispensables à la vie du teni})s, et ils sont assurés des indemnités étemelles : « Car il a plu à ^-otre Père de vous donner le Royaume. »

C'est une complaisance et une volonté arrêtée du Père, de votre Père, du Tout-Paissant ; il se repose dans ce dessein comme si c'était déjà chose accomj^lie (Mt., xix, 27-29 ; Le, xxii, 29-30).

A la différence de celui qui réclame avidement sa part d'héritage et du riche insensé qui ne songe qu'à lui, vous, vendez ce qUe vous possédez et le distribuez en aumônes. — Ceci s'adresse aux âmes soucieuses de perfection ; jamais l'Église n'a considéré ces paroles comme une règle absolue et universelle, mais comme un conseil, selon qu'il est marqué plus clairement au chapitre xviii, verset 22 (Mt., xix, 21). — Se dépouiller ainsi, au profit des pauvres, c'est placer ses capitaux en lieu sûr (Le, xvi, 9) ; c'est se constituer un trésor dans le ciel. Même à ceux qui n'iront pas jusqu'au dépouillement effectif, le Seigneur veut rajjpeler le principe du détachement intérieur et le prix incomparable du trésor surnaturel auquel chaque chrétien doit être disposé à tout sacrifier : « Faites-vous des bourses qui ne s'usent pas, im trésor qui ne s'épuise ni ne se perd, une richesse dans les cieux, là où le voleur n'approche pas et où la rouille ne ronge pas. Là, en effet, où sont vos trésors, là aussi se trouvent vos cœurs » (cf. Mt., VI, 19-21).

Le, XII. — ^^ Sint lumhi vestri praecincti, et lucernae ardentes in vianihus vestris. ^® Et vos similes hominibus exspectantibus dominum suum quando revertatur a nuptiis, ut, cum venerit et pulsaverit, confestim aperiant ei. ^^ Beati servi illi, quos, cum venerit dominus, invenerit vigilantes ; amen dico vohis, quod praecinget se, et faciet illos discumbere, et transiens ministrabit illis. ^^ Et si venerit in secunda vigilia, et si in teHia vigiJia venerit, et ita inveiierit, beati sunt servi illi. ^^ Hoc auteni scitote, quoniam s- sciret paterfamilias qiia hora fur veniret, vigilaret utique, et non sineret perfodi domum suam. *° Et vos estote parati, quia qua hora non putatis, Filius hominis veniet.

L'enseignement qui précède a orienté notre vie vers l'éternité. Notre cœur y doit déjà reposer tout entier. C'est là que se trouve notre unique richesse : le Royaume que Dieu nous a promis. Est-ce nous qui allons vers l'éternité? Est-ce l'éternité qui vient vers nous? Cette dernière image serait peut-être plus

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