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JESUS APPORTE LE FEU SUR LA TERRE

vera vigilant et actif. En vérité, je vous le dis, c'est sur tous ses biens qu'il l'établira, et non plus seulement sur un département limité : dans la pensée du Seigneur, l'intendant fidèle jouira de tous les biens de son maître (cf. Le, xii, 37 ; Mt., xxv, 21-23). — Mais voici une autre hypothèse : L'intendant se dit en laimême : « iNIon maître ne vient toujours pas. ;> Alors, il se met à battre les serviteurs et les servantes, à manger, à boire et à s'enivrer. Le maître de cet économe indigne arrivera le jour où il ne s'y attend pas et à un moment qu'il ignore : il sera « mis en pièces », c'cst-à dire, probablement, roué de coups ; il recevra le traitement des infidèles et s'en ira, dit saint Matthieu, là où il y a des pleurs et des grincements de dents (xxiv, 51). — Les responsabilités, d'ailleurs, sont variées. Ce mauvais serviteur, qui connaissait bien la volonté de son maître, mais qui n'a rien préparé pour le recevoir et qui n'a point agi avec ses coservitcurs selon la volonté du maître, ne peut s'attendre qu'à une dure flagellation. Autre est le cas de celui qui, imparfaitement renseigné sur la volonté de son Seigneur, s'est livré à des actes dignes de châtiment : son châtiment sera moindre. Mais enfin, chacun rendra compte de sa gestion. Les biens de Dieu, en effet, nous sont accordés avec des charges diverses : charge d'en user, de les faire fructifier, de les restituer avec usure; à qui l'on a beaucoup donné, on réclamera beaucoup ; et de celui à qui l'on a beaucoup confié, on exigera davantage (Le, xix, 11-27 ; Mt., xxv, 14-30). Nous pouvons considérer tout ceci comme la réponse profonde à la question de saint Pierre.

Le, XII. — 4^ Ignem veni mittere in ierram, et quid volo nisi ut accendatur? ^° Baptismo autem habeo baptizari, et qiiomodo coarctor usque dum perficiatur? ^^ Putcdis quia pacem veni dare in ierram? Non, dico vobis, sed separationem. ^'■^ Erunt enim ex hoc quinque in domo una divisi ; ires in duos, et duo in ires ^^ divideniur : pater in filium et fllius in patrem suum, mater in filiam et filia in matreni, socrus in nurum suam et nurus in socrum suam.

Au lieu de chercher péniblement à établir une connexion logique entre ces versets et ceux qui précèdent, peut-être vaut-il mieux reconnaître la pensée générale qui domine tout le discours

et qui en fait l'unité. Jésus avertit ses fidèles de ne s'attacher qu'à lui seul, de se tenir toujours prêts à entrer en participation de son Royaume, de se persuader qu'on n'y parvient qu'à travers la persécution et la souffrance. « C'est un feu, dit-il, que je suis venu jeter sur la terre ; et combien je voudrais qu'il fût allumé déjà! » Mais de quel feu s'agit-il? Beaucoup de commentateurs l'entendent du Saint-Esprit, ou du don intérieur de la sainteté, de la charité. Sans exclure absolument l'idée d'une intervention de l'Esprit qui purifie, sanctifie et transforme (cf. Le, III, 16-17), il semble préférable de voir dans ce feu le symbole compréhensif de toutes les souffrances et divisions, extérieures et intérieures, individuelles et sociales, au miHeU desquelles se doit inaugurer l'ordre nouveau des choses religieuses. C'est dans la douleur que sera enfanté l'homme nouveau, le second Adam. Ecce positus est hic in ruinam et in resurrectionem mulioruin in Israël, et in signuni oui contradicetur, a-t-il été prophétisé du Seigneur dès sa présentation au Temple. Le souhait ardent qu'il formule ici ne s'arrête pas à la souffrance , mais il l'embrasse comme la loi providentielle de la fondation et du développement de l'Église.

« Et il est im baptême dont je dois être baptisé, et quelle est mon anxiété jusqu'à ce qu'il soit accompli ! » Entre les versets 49 et 50, il y a non seulement parallélisme, mais liaison causale : c'est par le baptême de souffrance préparé au Seigneur que le feu doit être allumé sur la terre. Dans le langage biblique, les eaux signifient les tribulations : elles envelopperont et pénétreront le Seigneur tout entier, comme le font les eaux purifiantes du baptême (cf. Me, x, 38-39). Le verbe coarctor peut signifier soit l'anxiété, l'oppression causée par l'effroi, soit l'ardeur du désir ; les deux états d'âme ont existé chez le Seigneur (Jo., xii, 27) ; mais peut-être le parallélisme avec le verset précédent nous invite-t-il à préférer la seconde interprétation. Ainsi, le chef et les membres de\'rdnt jjasser par l'eau et le feu, le chef avant les membres : Transit 'mus per ignem et aquam, et eduxisti nos in refri gerium (Ps. lxv, 12).

Puis le Seigneur développe brièvement sa i)ensée : Vous croyez peut-être, avec la masse des Juifs, que c'est la paix que je suis venu apporter sur la terre? Eh bien, non, je vous le dis, c'est la division. Car désormais, dans une maison comprenant cinq personnes, il y aura partage et conflit : trois contre deux, et deux

QU'IL FAUT DISCERNER LES TEMPS DU MESSIE 5i9

contre trois ; le père s'élèvera contre son fils, et le fils contre son père, la mère et la fille seront divisées, de même la belle-mère et la belle-fille (Mt., x, 34-37 ; Mich., vu, 6). Tel sera le signal et comme le fruit premier du Royaume des eieux s'établissant sur terre !

Le., XII. — 5* Dicebat autem et ad turbas : Cum videritis nubem orientem ab occasu, statim dicitis : Nimbus venit ; et ita fît. ^^ Et cum austrum flantem, dicitis : Quia aestus erit, et fit. ^® Hypocritae, faciem caeli et terrae nostis probare ; hoc autem tempus quomodo non probatis? ^^ Qiiid autem et a vobis ipsis non judicatis quod justum est? ^^ Cum autem vadis cum adversario tuo ad principem, in via da operam liberari ab illo, ne forte trahat te ad judicem, et judex tradat te exactori, et exactor ryiittat te in carcerem. ^^ Dico tibi, non exies inde, donec etiam novissimum minutum reddas.

« Le Seigneur disait aux foules... » Nous voyons, par le passage parallèle de saint Matthieu (xvi, 1-3), que les pharisiens, les docteurs « hjq^oerites », sont spécialement visés. Ils auraient dû venir eux-mêmes et guider le peuple vers le Messie : leurs dispositions haineuses les amenaient à repousser la doctrine et les miracles du Seigneur; ils esquivaient ainsi la conclusion naturelle qu'il en fallait tirer et que la logique la plus simple eût dû leur suggérer. Les foules et leurs chefs, hjrpnotisés par la conception d'un Messie puissant et guerrier, passaient inattentifs à côté du "VTai Royaume de Dieu. Lorsque vous voyez une nuée se lever à l'occident, dit le Seigneur, vous concluez immédiatement : c'est une averse qui nous vient ; et elle vient. Et quand souffle le vent du midi, vous dites : il fera très chaud ; et l'événement vous donne raison. Hypocrites ! vous savez discerner l'aspect du ciel et de la terre : comment se fait-il que vous ne sachiez pas discerner que les temps du Messie sont révolus? Les indices, les avertissements extérieurs ne vous manquent pas, ; les avertissements intérieurs non plus : pourquoi vos consciences se dérobent-elles ? Pourquoi ne suffisent-elles pas à vous faire reconnaître ce qui est juste, c'est-à-dire le devoir urgent pour vous de donner créance au Messie et de faire pénitence ?

Puis le Seigneur traduit son avertissement solennel sous la forme d'une allégorie que nous avons rencontrée déjà, mais

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aj^pliqiiée au pardon des injures et à l'indulgence qu'on peut espérer de Dieu (Mt., v, 25-26; cf. xviii, 21 sq,). Lorsque, avec votre adversaire, ^'ous vous rendez devant le magistrat, efforcezvous, en chemin, d'amener votre adversaire à une transaction ; que sur votre prière il renonce à ses poursuites; sinon il vous traînera devant le juge, le juge vous livrera à l'exécuteur, l'exécuteur vous jettera en prison. Je vous le déclare, vous n'en sortirez pas avant d'avoir payé jusqu'au dernier «lepton » ou centime de votre dette. — Le thème de cette prédication du Seigneur rappelle celui de sahit Jean-Baptiste (Mt., m, 7-12; Le, m, 16-18).

Le, XIII. — ^ Aderant autem quidam ipso in temyore, nuntiantes illi de Galilaeis, quorum sanguinem Pilatus miscuit cum sacrificiis eorum. ^ Et respondens dixit illis : Putatis quod M Galilaei prae omnibus Galilaeis peccatores fuerint, quia ialia pas si sunt? ^ Non, dico vobis ; sed nisi poeniteniiam hahu^ritis, omnes similiter peribitis. ^ Sicut illi decem et octo, supra quos cecidit turris in Siloe, et occidit eos ; putatis quia et ipsi debitores fu£rint praeter omnes homines habitantes in Jérusalem? ^ Non, dico l'obis ; sed si poenitentiam non egeritis, omnes similiter peribitis. ^ Dicebat autem et hanc similitudinem : arborem fici habebat quidam plantatam in vinea sua, et venit quaerens fructum in illa, et non invenit. ' Dixit autem ad cultorem vineae : Ecce anni très sunt ex quo venio, quaerens fructum in fîculnea hac, et non invenio ; succide ergo illam : ut quid etiam terram occupât? ^ At ille respondens, dicit illi : Domine, dimitte illam et hoc anno, usque dum fodiam circa illam, et mittarn stercora ; ^ et si quidem fecerit fructum ; sin autem, in futurum succides eam.

Le Seigneur %ient d'effrayer les Juifs impénitents par l'annonce du châtiment qu'ils se préparent : « en ce même temps, » l'occasion lui fut offerte de réitérer ses sévères menaces. « Quelques personnes vinrent lui apporter la iloUvelle de Galiléens dont Pilate avait mêlé le sang au sang des victimes immolées par eux. » Les historiens ne nous ont conservé le récit d'aucun fait violent qui coïncide avec la période évangélique où nous sommes. Mais les répressions sanguinaires de Pilate furent ordonnées souvent, et souvent aussi provoquées par des séditions où les Galiléens se montraient les plus exaltés. Il semble que le mas-

PARABOLE DU FlGUIEl^ STÉRILE 5ol

sacre dont on parle au Seigneur soit tout récent, qu'il ait eu lieu au cours d'une grande fête religieuse, et peut-être dans l'enceinte même du temple. Y avait-il un motif spécial d'avertir le Seigneur de cet événement? Lui et ses apôtres étaient Galiléens et se dirigeaient vers Jérusalem. Des paroles de commisération furentelles prononcées, ou bien quelques-uns fu'ent-ils remarquer, en bons Juifs, comme les amis de Job, qu'un tel châtiment n'avait pu être mérité que par de grandes fautes ? Nous l'ignorons ; la conclusion de l'entretien importe seule.

« Croyez-vous donc, dit le Seigneur, que ces Galiléens aient été des pécheurs éminents et les plus coupables parmi leurs compatriotes, pour avoir été traités de la sorte? Nullement, je vous le dis. Mais si vous ne changez de vie, vous périrez tous de même. » Dans le massacre ordonné par Pilate, l'homme est intervenu, Jérusalem n'a pas été touchée, et les Galiléens sont peut-être pour vous des gens méprisés ; il est d'autres faits auxquels vous ne pouvez méconnaître le caractère d'avertissements personnels. « Ces dix-huit Juifs qu'écrasa, en s'écroulant, la tour de Siloé, croyez-vous qu'ils aient été plus coupables qlie tous les autres habitants de Jérusalem? Nullement, je vous le dis. Mais si vous ne changez de vie, vous périrez tous de même. » Trente ans après, la prédiction s'accomplissait : le sang coulait partout, le temple et la ville sainte étaient souillés et détruits. Saint Luc est l'évangéliste du pardon : nous voyons cependant qu'il ne tait pas la sévérité du Seigneur; même, ces graves avertissements n'appartiennent qu'à lui.

La menace est rendue j^lus pressante encore par une parabole qui, tout en glorifiant la patience di\'ine, nous avertit néanmoins qu'une heure vient où la justice a son cours. Un homme avait un figuier planté dans sa vigne. Et il vint y chercher du fruit, et il n'en trouva point. Et il dit au vigneron : « Voilà trois ans de suite que je viens demander du fruit à ce figuier, et je n'en trouve aucun. CoUi^ez-le ! Pourquoi occupe-t-il encore la terre qui sans lui pourrait produire? » Mais le vigneron lui répondit : « Seigneur, laissez-le encore cette année, jusqu'à ce que j'aie creusé tout autour et que j 'y aie mis du fumier. Peut-être portera-t-il du fruit à l'avenir ; sinon, vous le couperez. » Les allusions sont transparentes. Le maître de la vigne, Isaïe l'avait nommé aux Juifs (c. v). Le figuier stérile, c'est le peuple d'Israël, plus spécialement Jérusalem. Les trois années pendant lesquelles le maître

vient chercher vainement sa récolte représentent la longue période d'attente qui précède les temps messianiques ; et, si l'on veut préciser davantage, ce sont les trois grandes divisions de l'histoire juive : depuis Abraham jusqu'à David, depuis David jusqu'à la captivité de Babylone, depuis la captivité jusqu'au Christ (Mt., i, 1-17). Nous connaissons le vigneron : c'est le Seigneur en personne. Il demande pour Jérusalem un délai à son Père. Cette année même, il fera un effort décisif ; et quelques années encore s'écouleront, pendant lesquelles la prédication apostolique retentira aux oreilles des Juifs. Si le figuier demeure rebelle à tous les soins. Dieu, à son heure prédestinée, le coupera et le jettera au feu. Saint Jean-Baptiste avait dit le premier : « Faites de dignes fruits de pénitence... car déjà la cognée menace le pied des arbres. Tout arbre qui ne produit pas de bon fruit sera coupé et jeté au feu » (Le, m, 8-9).

Le, XIII. — 1" Erat autem docens in synagoga eorum sabbatis. ^^ Et ecce mulier, quae habebat spiritum infirmitatis annis decem et octo, et erat inclinata, nec omnino poterat sursum respicere. ^^ Quam curti vider et Jésus, vocavit eani ad se, et ait illi : Mulier, dimissa es ab infirmitate tua. ^^Et imposuit illi manus, et confestim erecta est, et glorificabat Deum. i* Respondens autem archisynagogus, indignans quia sabbato curasset Jésus, dicebat iurbae : Sex dies sunt in quibus oportet operari; in his ergo venite, et curamini, et non in die sabbati. ^^ Respondens autem ad illum Dominus, dixit : Hypocritae, unusquisque vestrimi sabbato non solvit bovem suum aut asinum a praesepio, et ducit adaquare? ^® Hanc autem filiam Abrahae, quam alligavit Satanas, ecce decem et octo annis, non oportuit solvi a vinculo isto die sabbati? ^' Et cum haec diceret, erubescebant omnes adversarii eju^ ; et omnis populus gaudebat in universis quae gloriose fîebant ab eo.

Le Seigneur enseignait, un jour de sabbat, « dans l'une des synagogues ». Et il y avait là une femme qu'un esprit mauvais rendait infirme depuis dix-huit ans : elle était comme ploj^ée en deux et absolument incapable de se redresser. Jésus la vit, lui adressa la parole, et lui dit : « Femme, voUs êtes déli\nrée de votre infirmité. » Il lui imposa les mains ; et elle se redressa aussitôt, et rendit grâces à Dieu. Mais le chef de la synagogue, indigné de

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