LES JUIFS EXCLUS DU BANQUET DU ROYAUME
l'infraction à la loi du sabbat, intcndnt ; et n'osant, ni contester le miracle, ni s'adresser au Seigneur lui-même ou à la femme guérie, il interpella la foule : « Il y a six jours pour travailler ! (Ex., XX, 9.) Venez donc vous faire guérir ces jours-là, et non pas le jour du sabbat ! » A cette mercuriale ridicule, le Seigneur répond, lui, directement : « Hypocrites ! est-ce que chacun de vous, le jour du sabbat, ne délie pas de la crèche son bœuf ou son âne pour les mener boire? Et cette femme, une fille d'Abraham, que Satan tenait liée depuis dix-huit ans, ne fallait-il pas la délier et la déli\Ter de sa chaîne le jour du sabbat? » La réponse était victorieuse, les adversaires du Seigneur se sentaient couverts de honte, tandis que la foule entière se réjouissait de toutes les choses glorieuses accomplies par lui.
Les paraboles du grain de sénevé et du levain, que saint Luc rattache à cette période, ont été expliquées en saint Matthieu (XIII, 31-33). ,
Le, XIII. — ^^ Et ihat per civitates et castella, docens, et iter faciens in Jérusalem. ^^ Ait auiem illi quidam : Domine, si pauci sunt qui salvantur? Ipse auiem dixit ad illos : ^^ Contendite intrare per angustam portam ; quia multi, dico vobis, quaerent intrare, et non poterunt. ^^ Cum autem intraverit paterfamilias, et clauserit ostium, incipietis foris stare et pulsare ostium, dicentes : Domine, aperi nohis ; et respondens dicet vobis : Nescio vos unde sitis. ^^ Tune incipietis dicere : Manducavimus coram te, et hihimu^, et in plaieis nostris docuisii. ^^ Et dicet vobis : Nescio vos unde sitis ; discedite a me, omnes operarii iniquitatis. ^^ Ibi erit fletus et stridor dentium, cum videritis Abraham, et Isaac, et Jacob, et omnes prophetas in regno Dei, vos autem expelli foras. ^® Et venient ab Oriente, et Occidente, et Aquilone, et Austro, et accumbent in regno Dei. ^° Et ecce sunt novissimi qui erunt primi, et sunt primi qui erunt novissimi.
Le Seigneur poursuivait son chemin vers Jérusalem, enseignant la bonne nouvelle aux villes et aux bourgades qu'il traversait. En un lieu non déterminé par l'évangéliste, quelqu'un lui demanda : « Seigneur, est-ce le petit nombre qui arrive au salut? » Il ne semble pas que la question vienne d'un disciple. Le ton de la réponse ferait plutôt supposer qu'elle est d'un
curieux, d'un amateur de problèmes spéculatifs ; Jésus le ramène à des soucis plus pratiques. Les Juifs se considéraient comme sauvés de droit ; ils se demandaient si d'autres que les Juifs pouvaient parvenir au salut. Le Seigneur ruine cette fausse sécurité. Ici encore, saint Lue nous donne le fait liistorique auquel se rattache l'enseignement de Jésus ; saint Matthieu (vn, 13-14) n'a retenu que la doctrine.
Efforcez-vous d'entrer par la porte étroite ; car, je vous le dis, beaucoup chercheront à entrer qui ne le pourront pas. Ce n'est pas que le Royaume des cieux se dérobe, ni que la grâce manque à aucun ; mais la porte est trop petite pour ceux que l'orgueil a gonflés et qui traînent après eux totis les fardeaux des biens créés ; il faut se réduire pour y entrer, et accomplir un effort sincère de conversion. De plus, il importe de se hâter, car les jours présents ne sont qu'un délai imparti par Dieu. Le maître de maison, aj^rès être entré et s'être assis quelque temps avec ses amis, se lèvera enfin et fermera la porte. Et vous, les retardataires, vous, qui serez dehors, vous commencerez à frapper à cette porte et à dire : « Seigneur, oUvrez-nous ! » Et il vous répondra : « Vous, je ne sais d'où vous êtes. » C'est déjà l'esquisse de la parabole des ^derges sages et des vierges folles (Mt., xxv, 1-13). Alors, vous protesterez en vain : « Nous avons mangé et bu devant vous, et c'est dans nos rues que vous avez enseigné ! Nous sommes donc vos amis et vos familiers ! » Il vous répondra : « Je ne sais d'oii vous êtes. Retirez-vous de moi, vous tous qui avez fait le mal » (Ps. VI, 9 ; cf. Mt., vu, 22-23).
Le plaidoyer tardif et les gémissements de ces fils d'Abraham selon la chair n'empêcheront point leur condamnation. On voit bien, surtout grâce à l'expression : et in plateis nostris docuisti, qu'il s'agit du Seigneur lui-même, dont la prédication, demeurée vaine, deviendra un motif de condamnation pour son peuple. Là oti seront relégués, en grand nombre, les Juifs infidèles, « il y aura des pleurs et des grincements de dents » (Mt., vni, 12 ; XIII, 42-50 ; XXII, 13 ; xxv, 30). Il y aura séparation d'avec ceux qui furent la tige bénie de la race ou qui l'illustrèrent de leur doctrine. La douleur des réprouvés sera sans remède lorsqu'ils verront Abraham, Isaac, Jacob, et tous les prophètes admis dans le Royaume de Dieu, et leurs fils infidèles jetés dehors. Les élus viendront de partout, de l'orient et de l'occident, du nord et du midi, s'asseoir au banquet du Royaume (Mt., viii, 11-12).