‹ L'évangile de notre-Seigneur Jésus-ChristChapitre 193 sur 340 · LE SEIGNEUR GÉMIT SUR JÉRUSALEM DÉICIDE · texte numérisé non relu

LE SEIGNEUR GÉMIT SUR JÉRUSALEM DÉICIDE

Mais de cette foule vous ne serez pas. Il y aura interversion et changement absolu dans l'ordre des préséances : les premiers et les i)rivilégiés seront les derniers et les négligés, et inversement (Mt., XIX, 30; XX, 16; ]Mc., x, 31). La locution, de caractère proverbial, est ici appliquée à la situation respective des Juifs et des ffcntils.

Le, XIII. — 31 i^i ipsa die accesserunt quidam pharisaeorum, dicentes illi : Exi, et vade hinc, quia Herodes vult te occidere. ^^ Et ait mis : lie, et dicite vulpi illi : Ecce ejicio daemonia, et sanitates perficio hodie et aras, et tertia die consummor. ^^ Veruintamen oportet me hodie et cras et sequenti die ambulare ; quia non capit prophetam perire extra Jérusalem. ^^ Jérusalem, Jérusalem, quae occidis prophetas, et lapidas eos qui miituntur ad te, quoties volui congregare filios tuos, quemadmodum avis nidum suwn sub permis, et noluisti ! ^^ Ecce relinqueiur vobis domus vestra déserta. Dico autem vobis, quia non videbitis me donec veniat cum dicetis : Benedicius qui venit in nomine Domini.

<( En ce même temps, » quelques pharisiens vinrent dire au Seigneur : Partez, fuyez, quittez ce pays, car Hérode veut vous faire mourir. Le Seigneur se troUA'ait alors probablement dans la Pérée, qui appartenait à Hérode Antipas. Le souverain faible et ombrageux qui avait fait décapiter saint Jean-Baptiste songeait-il réellement alors à se défaire de JésUs ? le regardait-il comme Un agitateur et un homme politiquement dangereux? L'évangile nous dira plus loin qu'il était depuis longtemps désireux de le voir et d'assister à quelque prodige (Le., xxiii, 7-12). Mais l'avertissement des pharisiens cachait peut-être Un dessein perfide : il était naturel que le Seigneur, pour se dérober aUx menaces d'Hérode, se retirât en Judée ; or, en Judée, il se trouvait plus immédiatement au pouvoir du Sanhédrin. Le Seigneur répond par ce message prophétique : « Allez dire à ce renard : aujourd'hui et demain encore, j'expulse les démons et guéris les malades : après demain, ce sera fini. » Ce qui signifie, il nous semble : Hérode ne tardera guère à n'avoir plus rien à craindre de moi : je ne demande que le loisir de quelques jours pour faire le bien, et ensuite viendra, à bref délai, l'achèvement de ma vie et de ma mission. Mais avant cette heure, poursuit JésUs,

il faut que je marehe aujourd'hui, et demain, et le jour suivant ; car il ne convient pas, il n'est pas conforme à la triste coutume qu'un prophète périsse hors de Jérusalem. — Ainsi le Seigneur n'ignore rien de son programme de Rédempteur : c'est par des étapes tranquilles qu'il s'en va résolument vers la mort ; il peut demeurer quelques jours encore sur la terre d'Hérode : ce n'est pas de sa main qu'il doit périr. Que les pharisiens se rassurent ! Leurs desseins homicides ne seront point toujours déjoués, et Jérusalem aura son heure.

Aussi l'ingratitude de la ville aimée arrache-t-elle au Seigneur un gémissement et une adjuration suprême. Nous retrouverons des paroles toutes semblables chez saint Matthieu, mais après le dimanche des Rameaux, et comme conclusion d'un grand discours contre les pharisiens et les scribes (xxiii, 37-39). Il est difficile de déterminer si elles ont été prononcées deux fois ; et, dans l'hj^othèse contraire, si saint Matthieu, plutôt que saint Luc, les a rapportées à leur vraie place historique. — Jérusalem, Jérusalem ! qui mets à mort les prophètes et qui lapides ceux qui te sont envoyés, combien de fois n'ai- je pas voulu rassembler et grouper autour de moi tes enfants, comme la poule rassemble sa couvée sous ses ailes : et tes enfants n'y ont pas consenti ! Voici donc le châtiment réservé aux enfants de Jérusalem : leur maison deviendra une solitude. Le Seigneur abandonne la nation à elle-même et à son sens réprouvé ; il n'y demeurera plus et cessera d'en être le protecteur (Jér., xii, 7 ; xxii, 5). Le Fils de Dieu va s'éloigner, — pour un temps, du moins : « Je vous le déclare, vous ne me verrez plus jusqu'à ce que vienne l'heure où vous direz : Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! » (Ps. cxvii, 26). Il ne s'agit ici, très probablement, ni du second avènement, ni de l'ovation momentanée des Rameaux (Le, xix, 37-38), mais de la conversion du peuple juif (Rom., xi) : ce jour-là seulement, Israël en tant que nation « verra », reconnaîtra Jésus comme Messie et Sauveur. .

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