‹ L'évangile de notre-Seigneur Jésus-ChristChapitre 195 sur 340 · JÉSUS ENSEIGNE A L.V TABLE D'UN PIURISIEN · texte numérisé non relu

JÉSUS ENSEIGNE A L.V TABLE D'UN PIURISIEN

s'abaisse sera élcAC. — Telle est la règle, à la fois humaine et divine. Le dessein du Seigneur n'est nullement, on le pense bien, de favoriser les manœuvres des pharisiens,. ni de leur fournir le seeret pour monter à la première place. L'humilité est sa propre fin à elle-même ; elle ne saurait, sans danger, devenir un cireuit voulu et un calcul subtil pour j^arvenir plus haut. Le Seigneur indique ce qui adviendra aUx humbles, mais non ce qu'il faut désirer.

Le., XIV. — ^- Dicebat autem et ei qui se invhaverat : Cum jacis Ijrandium, mit coenam, noli vocare aniicos tiios, neque fratres tuos, negue cognatos, neque vicinos divites, ne forte te et ipsi reinvitent, et fiât tihi retributio. ^^ Sed cum facis convivium, voca pauperes, débiles, claudos, et caecos. ^* Et beatus eris, quia non habent retribuere tibi ; retribuetur enini tibi in resurrectione justorum.

Un conseil aimable est donné ensuite au pharisien qui a reçu le Seigneur. Peut-être avait-il le goût de la société distinguée ; peut-être n'était-il pas inutile de rappeler à tous ces hommes opulents et superbes le précepte de charité et de large hospitalité formulé dans le Deutéronomc (xiv, 29 ; xv, 11 ; xxvi, 12-13). L'hydropiqUe guéri était sorti sans que personne le retînt. Aussi bien, le Seigneur s'adressait-il à toutes les âmes avides de cette justice et de cette perfection nouvelles qui doivent faire déborder la mesure chétive du pharisaïsme. « Lorsque vous donnez un repas, dit Jésus à son hôte, n'invitez ni vos amis, ni vos frères, ni vos parents, ni vos riches voisins, de peur qu'ils vous réinvitent, et que vous soyez ainsi payé de retour. Mais à ce repas que vous offrez, appelez des pauvres, des infirmes, des boiteux, des aveugles, et soyez heUreUx qu'ils ne puissent vous rendre la pareille : c'est à la résurrection des justes que vous serez paj'é de retour. » Il va de soi que de telles paroles ne doivent pas être prises à la lettre : on ne nous demande ni d'écarter toute chance de réinvitation, ni d'exclure de notre table parents et amis, poiu' faire place aux seuls indigents. Sous une forme paradoxale, le Seigneur fait l'éloge de la charité désintéressée, de celle qui n'attend sa récompense qUe de Dieu (cf. Le., VI, 32 sq.).

Le, XIV. — ^^ Haec cum audisset quidam de simul discumbentibus, dixit illi : Beatus qui manducabit paneni in regno Dei. ^^ At ipse dixit ei : Homo quidam fecit coenam magnam, et vocavit multos. ^"^ Et misit servum suum hora coenae dicere invitatis ut venirent, quia jam parata sunt omnia. ^^Et coeperunt simul omnes excusare. Primus dixit ei : Villam emi, et necesse habeo exire, et videre illam ; rogo te, habe me excusatum. ^^ Et alter dixit : Juga boum emi quinque, et eo probare illa ; rogo te, habe me excusatum. 20 Et alius dixit : Uxorem duxi, et ideo non possum venire. 21 Et rêver sus servus nuntiavit haec domino suo. Tune iratus paterf amilias dixit servo suo : Exi cito in plateas et vicos civitatis ; et pauperes, ac débiles, et caecos, et claudos introduc hue. ^^ Et ait servus : Domine, factum est ut imperasti, et adhuc locus est. ^^ Et ait dominas servo : Exi in vias, et sepes ; et compelle intrare, ut impleatur domus mea. 2* Dico autem vobis, quod nemo virorum illorum qui vocati sunt gustabit coenam meam.

On était encore à table, et le Seigneur ayant fait allusion à ce grand repas de l'éternité (Le., xiv, 14) qui sera le salaire de la charité désintéressée, l'un des convives fit cette réflexion : « Heureux celui qui prendra part au banquet du Royaume de Dieu ! » Il est vrai, et Jésus ne contredit pas : Beati qui ad coenam nuptiarum Agnî vocati sunt (Apoc, xix, 9). Mais ce n'est pas assez qu'il y ait un festin préparé, c'est trop peu d'y être appelé : encore faut-il y prendre place; et afin de corriger la fausse sécurité où s'obstinaient les Juifs, le Seigneur répond par Une parabole à l'exclamation, peut-être sincère, du convive. La plupart des commentateurs distinguent cette parabole de celle que nous lirons au chapitre xxii de saint Matthieu. Un homme donna un grand souper, auquel il invita beaucoup de monde. Et à l'heure du souper, il envoya son serviteur dire aux invités : « Venez, car maintenant tout est prêt. » Et voici que tous ensemble, comme de concert,- se dérobent et esquivent, pour divers motifs, l'invitation. On nous donne quelques exemples des excuses alléguées. L'un dit au serviteur : « J'ai acheté un champ, et je suis obligé d'aller le voir. Excusez-moi, je vous prie. » Un second : « J'ai acheté cmq paires de bœufs, et je m'en vais, de ce pas, les essayer. Excusez-moi, s'il vous plaît. » Un troisième : « J'ai pris femme, et c'est pourquoi je ne puis y aller. » La politesse des excuses va en décroissant. Les uns montrent

PARABOLE DBS INVITES Qft'I SE DEROBENT 361

plus d'attachement pour leur richesse ou leur plaisir que pour le repas où ils sont gracieusement conviés ; le dernier ne s'excuse, même pas.

De retour chez son maître, le serviteur lui rapporta ce qui s'était passé. Alors, le maître de la maison, irrité, dit à son serviteur : « Allez promptement sUr les places et dans les rues de la ville ; et tout ce que vous trouverez de pauvres, d'infirmes, d'aveugles, de boiteux, amenez-les ici. » Et le serviteur s'en va, non dans les maisons, mais là où se tiennent les pauvres, ceux qui n'ont pas de foyer, qui ne sont jamais invités nulle i^art ; il recueille les estropiés, qui ne songent pas à se marier ; les aveugles qui, eux, ne sauraient aller voir leur terre ; les boiteux, qui n'ont pas à éprouver leurs attelages. Là, du moins, rin\dtation ne sera pas écartée : il n'y aura même pas d'invitation, on les entraînera par groupes. Cela s'exécute sans retard, et largement, mais la maison est si grande ! « Seigneur, dit l'intendant, vous avez été obéi, et il reste encore de la place. » Alors, ordre est donné de sortir de la ville, d'aller par les chemins, par les petits sentiers qui longent les clôtures des champs, et tous ceux qui se rencontreront, de les contraindre à venir au festin. On dirait que Dieu n'a plus souci de sa dignité : il prend les âmes par la terreur, par la surprise, par le besoin ; qu'importe, pourvu qu'elles viennent et que sa maison soit pleine : ut impleatur domus mea. Mais alors que les gentils entreront en foule dans l'Église, la malédiction pèsera éternellement sur les chefs de la Synagogue et sur tous les Juifs qui auront méprisé les avances de Dieu : « Car je vous le déclare, conclut le Seigneur, aucun de ces hommes qui avaient été invités d'abord ne goûtera de mon festin. »

Le., XIV. — 25 jjjdfii autem turbae multae cum eo ; et conversiis dixit ad illos : ^^ Si quis venit ad me, et non odit patreni suum, et matrem, et uxorem, et fiîios, et jratres, et sorores, adhiic autem et animam suam, non potest meus esse discipulus. ^"^ Et qui non hajulat crucem suam, et venit post me, non potest meus esse discipulus. 2^ Qiiis enim ex vobis voîens iurrim aedificare, non prius sedens computat sumptus qui necessarii sunt, si habeat ad perficiendum, ^^ ne, posteaquam posuerit jundamentum, et non potuerit perficere, omnes qui vident incipiant illudere ei, ^^ dicentes : Quia hic homo coepit aedificare, et non potuit consummare? ^^ Aut quis

S6'2 CINQUIl-ME PARTIE. — CHAPITRE III

rex iturus committere hélium adversus alium regem, non sedens prius cogitât, si possit cuni decem millihus occurrere ei, qui cum viginti millihus venit ad se? ^^ Alioquin adhuc illo longe agente, legationem mittens, rogat ea quae pacis sunt. ^^ Sic ergo omnis ex vohis qui non renimtiat omnihus quae possidet, non potest meus esse discipulus. ^'* Bonum est sal. Si autem sol evanuerit, in quo condietur? ^^ Neque in terram, neque in sterquilinium utile est, sed foras mittetur. Qui habet aures audiendi, audiat.

Le Seigneur a quitté la maison du pharisien. Il chemine, accompagné de grandes foules, dont les dispositions sont très variées, et qui ont besoin d'apprendre à quelles conditions leUr sera ouvert le Royaume des cieux. Ceux qui, tout à l'heure, ont refusé l'invitation du Père de famille, et ont été pour ce motif exclus du banquet, ne doivent leur erreur et leur déconvenue finale qu'à leur attachement à des biens terrestres. Se retournant vers les foules, dit saint Luc, le Seigneur reprend un enseignement déjà formulé par saint Matthieu (x, 37-39 ; xvi, 24-26), par saint Marc (vin, 34-36), et saint Luc lui-même (ix, 22-25). Si quelqu'un vient à moi, et s'il ne hait son père, et sa mère, et son épouse, et ses enfants, et ses frères, et ses sœurs, et jusqu'à sa propre vie, jusqu'à soi-même, il ne peut devenir mon disciple (Le, xii, 52-53). Et quiconque ne prend pas sa croix pour me suivre, celui-là ne peut être mon disciple. — Nous avons expliqué ce que veut signifier l'expression « porter sa croix », et comment il ne faut « haïr » personnes et choses que dans la mesure où elles sont hostiles au Messie et en contradiction avec lui. Deux rapides paraboles vont illustrer ce principe du renoncement, condition de la vie chrétienne.

Quel est celui d'entre vous, s'il veut bâtir une tour, qui ne s'assied d'abord, c'est-à-dire ne prend son temps pour calculer la dépense et pour s'assurer qu'il aura de quoi la couvrir ; de peur qu'après avoir posé les fondements, il ne puisse poursuivre les travaux et ne s'expose ainsi à la raillerie publique. Voyez cet homme, dirait-on, qui a commencé à bâtir et qui n'a pu achever ! — Le Seigneur veut rappeler que, pour être disciple, il se faut mettre, intérieurement, dans les conditions morales qui sont indispensables laour l'être vraiment : Avons-nous les ressources de volonté requises? Avons-noUs consenti aux sacrifices exigés? Aborder une telle œuvre avec une âme molle, indécise, non pré-

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