PARABOLES DE LA BREBIS ET BE LA DRACHME PERDUES
parée, c'est courir à Tiiisuccès et se vouer au ridicule. Vous ne voudriez pas le faire dans la vie humaine, pourquoi l'essaieriezvous dans la vie surnaturelle? Les lois de la prudence sont les mêmes en tout ordre.
Autre parabole qui nous met en garde contre toute présomption. Voici un roi qui songe à guerroyer contre un roi voisin ; il a dix mille hommes, son adversaire \'ingt mille. Une bonne manœuvre peut compenser Tinégalité des forces, et une armée de métier l'emporte facilement sur des recrues ; mais enfin, il est sage pour celui qui ne dispose que de dix mille combattants de s'asseoir, lui aussi, c'est-à-dire de réfléchir, de calculer la force respective des deux armées et leur solidité. S'il se sent trop faible, qu'il envoie donc une ambassade à son ennemi, tandis que celui-ci est loin encore, et négocie la paix avec lui. Ainsi, quiconque ne dit pas adieu à tout ce qui est sien, demeure incapable de devenir mon disciple.
Les paroles suivantes, que nous avons rencontrées ailleurs (Mt., V, 13 ; Me., ix, 49), insistent encore sur la loi du saciifice. C'est chose bonne que le sel ; il donne de la saveur, assainit, guérit. Marcher comme disciple à la suite de Jésus, cela est bon, grand, louable. Encore faut-il que le sel ne s'affadisse pas, que le disciple ne ^jerde rien de sa vertu par l'attachement à des biens misérables. Si le sel s'affadit, qui lui rendra sa vigueur? Il n'est plus bon à rien. Il ne saurait féconder la terre, même mélangé au fumier. On le jette dehors. Qu'il entende, celui qui a des oreilles pour entendre !
Le., XV. — 1 Erant autem appropinquantes ei publicani et peccatores, ut audirent illum. ^ Et murmurabant pharisaei et scrihae, dicentes : Quia hic peccatores recipit, et mandiœat cum illis. ^ Et ait ad illos parabolam istam, dicens : * Quis ex vohis homo, qui habet centum oves, et si perdiderit unam ex illis, nonne dimittit nonaginta novem in deseHo, et vadit ad illam quae perierat, dojiec inventât eam? ^ Et cum invenerit eam, imponit in humeros sux)s gaudens; ^ et veniens domum convocat amicos et vicinos, dicens illis : Congratulamini miJii, quia inveni ovem meam, quae perierat. ' Dico vobis, quod ita gaudium erit in caelo super uno peccatore poenitentiam agente, quant super nonaginta novem jusiis, qui non indigent poenitentia. * Aut quae millier habens drachmas decem, si
perdiderit drachmam unam, nonne accendii lucernam, et everrit domum, et quaerit diligenter, donec inveniat ? ^ Et cum invenerit, convocat arnicas et vicinas, dicens : Congratulamini mihi, quia inveni drachmam quam perdideram. ^° lia dico vobis, gaudium erit coram angelis Dei super uno peccatore poenitentiam agente.
Dans tout ce chapitre xv, il n'est parlé que de miséricorde. Auprès du Seigneur enseignant la doctrine du Roj^aume des cieux, se groupaient volontiers publicains et pécheurs, c'est-à-dire ce que le Judaïsme avait de moins scrupuleux et de moins considéré. D'où le murmure accoutumé des pharisiens et des scribes : « Voyez, disaient-ils, ce prétendu prophète qui fait bon accueil aux pécheurs, aux gens souillés et tarés, et qui mange avec eux ! » (Le, v, 30 ; vu, 39.) C'est alors que le Seigneur propose l'histoire de la brebis perdue, parabole rattachée par saint Matthieu à un enseignement sur le prix des âmes (xviii, 12-14). Je suppose que quelqu'un de vous possède cent brebis ; l'une d'elles s'égare : ne laisse-t-il pas aussitôt dans le désert les quatrevingt dix-neuf autres, pour courir après celle qui est perdue, et chercher partout jusqu'à ce qu'il la trouve? Et lorsqu'il l'a retrouvée enfin, il la place, tout heureux, sUr ses épaules ; puis arrivé à la maison, il appelle et rassemble amis et voisins, leur disant : Ré j o uissez-vous avec moi, parce que j 'ai trouvé ma brebis, celle qui était perdue ! De même, je vous le déclare, il y aura plus de joie dans le ciel pour un seul pécheur qui se convertit, que pour quatrevingt dix-neuf justes qui n'ont pas besoin de conversion. — Peutêtre se glisse-t-il une part d'ironie dans ces dernières paroles du Seigneur : les justes ne seraient que des prétendus justes, ceux qui se croient tels, les pharisiens. Ou bien la catégorie des justes est ici indéterminée, et la comparaison entre une seule brebis et le troupeau entier n'existe qUe pour faire ressortir la sollicitude et la tendresse divines envers ceux qui font pénitence, alors qu'on les croyait si loin du Royaume des cieux. La joie débordante du pasteur réclame les félicitations de ses amis, comme si le bonheur n'était pas surtout pour la brebis arrachée à sa perte.
Et voici un autre exemple, emprunté à la vie domestique. Une femme est riche de dix drachmes : est-ce que, si une drachme vient à s'égarer, cette femme n'allume pas sa lampe et ne promène pas son regard et la lumière par toute sa maison, cherchant avec soin la petite pièce, dans les endroits les plus obscurs, cher-